21 juin 2010

Les Derniers Jours du Monde d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu - 2009

les_derniers_jours_du_monde_1Les deux compères Larrieu sont bien connus pour attaquer en biais leurs sujets, et ce film-là ne viendra pas démentir cette option : en infiltrant doucement un thème de SF pur beurre (la fin du monde, et ce que les gens font de leurs derniers jours), ils savent à merveille conserver un style étrange, mélange de comédie absurde (veine Un Homme Un Vrai) et de sentimentalisme profond (veine Peindre ou Faire l'Amour). Le film est une ode à l'amour total, et un acte de foi sur la passion comme voie de survie dans ce monde qui part en sucette.

Amalric, omniprésent à l'écran, est le corps idéal pour ce projet : il sait être complètement décalé, clown lunaire qui semble toujours être en train de se réveiller, jeu en porte-à-faux qui supporte tous les excès ; et il sait être par ailleurs d'une présence poignante, accompagnant avec grâce le projet sentimental des Brothers. Les_derniers_jours_du_monde7_01Heureusement qu'il est là, d'ailleurs, dans plusieurs scènes qui sans lui tomberaient dans le ridicule. Ca a toujours été le danger du cinéma des Larrieu : c'est tellement original que ça assume très frontalement un mauvais goût parfois trop poussé, et si les acteurs ne sont pas complètement à l'unisson, c'est la catastrophe. Ce fut le cas avec les dernières bobines du Voyage aux Pyrénées, c'est parfois le cas ici aussi, notamment dans une scène de boîte échangiste vraiment trop kitsch.

On est d'ailleurs trimballés, dans Les derniers Jours du Monde, de cîmes en abysses, d'émerveillement en déception. Certaines scènes sont ravageuses (surtout grâce à une splendide utilisation de la musique : Léo Ferré accompagnant l'Apocalypse en chantant "Ton style, c'est ton cul", il fallait arriver à imaginer quel résultat poignant ça pouvait donner), d'autres sont terriblement ratées. Toute la partie centrale est vraiment ennuyeuse, se perdant dans des sous-trames qui éloignent du sujet. Le sujet, c'est un homme qui veut retrouver son amour aux dernières heures du monde, pas cette errance un peu fâde en compagnie d'une mère de famille derniers_jours_monde_lapocalypse_selon_freres_L_15(Catherine Frot, bien, mais en trop). Quand les Larrieu reviennent à leurs moutons, on touche souvent la grâce : un homme seul dans la campagne désertée, ou hantant des lieux déjà envahis par la disparition, ou, sommet du film, débarquant dans une fiesta surpeuplée et effrayante (Pampelune pendant la feria). Ou encore, un couple qui vit dans la simple passion de l'un pour l'autre, déconnecté d'un monde qui meurt, où la cendre tombe sur la nature, où les gens s'entretuent dans la rue, où les cadavres s'empilent dans les chambres à côté. On aurait aimé que les Larrieu restent dans ce portrait d'un être solitaire qui recherche sa moitié pour quitter le monde, sans s'attarder sur tout le reste (les personnages de Karin Viard ou de Sergi Lopez auraient été parfaits dans un autre film). Trop long, donc, trop dispersé, même si le ton est bien là, même si encore une fois on assiste à quelque chose d'unique dans le cinéma français, même si le projet très ambitieux de départ est en grande partie réussi. (Gols - 24/08/09)


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Dès le départ, on a l'impression que les frères Larrieu ont gagné au loto et bénéficient de tous les moyens imaginables pour donner corps à leur vision. Le film est ambitieux et le pari est plutôt réussi, aussi bien dans l'utilisation des effets spéciaux que dans les séquences mettant en scène de nombreux figurants - la fiesta à Pampelune étant forcément hors-concours. Les frères Larrieu, en prime, nous entraînent dans un fabuleux voyage du Sud de la France en Espagne en passant par Taiwan (très beaux moments) ou le Canada - autant de digressions tous azimuts qui mènent le spectateur de surprise en surprise (on ne sait jamais de quoi sera constituée la prochaine scène). Seulement voilà, pour enfoncer un peu le clou de mon collègue, non seulement le fil scénaristique a tendance à méchamment se déliter en route, mais surtout, face un Amalric comme toujours hénaurme, la multitude de personnages secondaires manque terriblement de profondeur : la passion amoureuse que vit Amalric perd en densité tant le personnage de Lae (Omahyra) est mal dessiné (elle demeure énigmatique, certes, mais au delà d'un physique troublant, quid de son caractère et de tout le reste...) ; de même, les Catherine Frot, Karin Viard ou Clotilde Hesme font plus figure d'accessoires féminins - rencontres de hasard qu'on hésite pas à sacrifier à la première occase - que de personnages ayant du poids ; même le pauvre Sergi Lopez (il est homo, ah bon...) a plus des airs de cameo de luxe que d'individu à part entière (seule la sublime séquence du "saut de l'ange" lui donne une vraie dimension... mais trop tard). Les deux heures de ce long-métrage finissent par paraître terriblement étirées, comme si à force de prendre plaisir à filmer Amalric, les deux frères avaient fini par perdre de vue l'essentiel : cette fin du monde censée trouver un point d'orgue avec une histoire d'amour digne des premiers temps (belle escapade finale de nos "Adam et Eve 2 - the end") ne s'apesantit que trop sur cette mortelle randonnée d'un Amalric ultra fataliste ; la balade est sympa mais tourne un peu trop souvent en rond. Demeurent quelques jolis moments suspendus (les bêtes sauvages qui sortent de nulle part : une biche effarouchée qui débarque en ville, des vautours autour de cadavres d'automobilistes, une chouette effraie qui joue les copilotes au côté d'un Amalric avec un masque de plongée en guise de masque à gaz - j'en ris encore), quelques répliques qu'il fallait oser ("un type a sorti son lance-roquette et ma femme est partie en fumée"; "c'est fou ce qu'on baise quand ça va mal"...), et un film qui fait tout de même figure d'ovni dans la production française. Les frères Larrieu gardent toute ma confiance malgré cette micro pointe de déception.  (Shang - 21/06/10)

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18 janvier 2010

Un Homme, Un Vrai d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu - 2003

affiche_1Dès leur premier long, les frères Larrieu cultivaient déjà ce petit ton inclassable qui a fini aujourd'hui par devenir un vrai style. Un Homme, Un Vrai est passionnant, audacieux et drôle. Le grand enjeu de la chose, c'est de traiter une histoire banalissime (les états d'un couple, la rencontre, l'amour, la séparation, les retrouvailles) en en morcellant complètement la chronologie, en jonglant de façon très ludique avec les étapes incontournables d'une love-story. Pour ainsi dire, le film commence pratiquement sur la séparation, et se termine sur la parade amoureuse. Mais les Larrieu n'ont pas la rigueur mathématique du Ozon de 5x2, duquel ce film pourrait être le versant drôlatique. Pour eux, tout doit être fantaisie, y compris les douleurs sentimentales les plus sombres. On est donc sans cesse sur le fil entre un sentimentalisme poignant, une mélancolie très touchante, et le désamorçage de ceux-ci par un ton léger qui marque vraiement des points : la politesse du désespoir, comme on dit.

La première partie est définitivement la plus drôle : une rencontre-coup de foudre expéditive, une évidence amoureuse qui saute aux yeux. Le jeu complètement décalé de Amalric et de Fillières (absolument géniaux l'un et l'autre) pourrait être trop souligné, trop composé : mais l'évidence avec laquelle les Larrieu filment cette histoire rend au contraire naturelle cette façon de jouer. Ces deux-là, clowns maladroits perdus dans un monde qui ne l'est pas moins, romantiques avec excès, étonnés par la puissance de ce qui leur arrive, étaient faits pour se rencontrer. En quelques minutes hilarantes, le film construit un des couples les plus attachants qui soient (références subtiles aux grandes comédies américaines), si bien qu'on se demande ce qu'il va bien pouvoir nous raconter après une telle exécution. Les Larrieu jouent avec de multiples formes, la comédie musicale fait des incursions inattendues et précieuses là-dedans, tout comme le film d'entreprise (!) ou la comédie à la française la plus raffinée (sens du dialogue, absurdité sans hystérie, petit théâtre bourgeois proche du vaudeville). On est sans cesse étonnés, bousculés par l'imagination des brothers, qui savent toujours conserver la fraîcheur de l'inattendu au sein d'un dispositif pourtant très risqué.

Mais subitement, le ton change. Un carton inscrit "5 ans après" sur l'écran, et nous voilà plongé en pleine crise de notre petit couple : tentation d'adultère, difficulté à s'adpater au quotidien, renoncement à quelques rêves de jeunesse, il n'en faut pas plus pour que Boris pète les plombs. Quand sa femme le quitte, il plonge dans une sorte d'onirisme cauchemardesque, symbolisé par une plage espagnole idyllique qui va devenir le lieu de la fuite, de la renaissance et de la métamorphose. On continue sur un ton de comédie, mais ici très nettement teintée d'une profonde amertume, d'une tristesse qui rend tout chose. Le monde rêvé filmé dans ces scènes (la paradis des îles espagnoles, les jeunes gens beaux et riches) cache mal les ravages intérieurs de Boris, sa profonde solitude, l'incommunicabilité qui s'est construite vis-à-vis de sa femme.

29271_1_un_homme_un_vraiBoum, 5 ans plus tard encore une fois, le film reprend tout à zéro. Toute la dernière partie va nous montrer une "re-rencontre", celle plus adulte et plus forte encore de Boris et de sa femme. En utilisant tous les thèmes de la comédie de remariage à la Cukor, les réalisateurs usent d'une audace d'écriture incroyable : on recommence tout, aux deux tiers du film. On est maintenant dans les Pyrénées, Boris est devenu un guide de montagne à moitié sauvage, et sa femme Mary va le recroiser au cours d'une expédition tout ce qu'il y a de symbolique. C'est en assistant au cérémonial de parade sexuelle du coq de bruyère (ben oui...) que ces deux-là vont s'engouffrer dans cette sorte de deuxième chance dans leur vie amoureuse. Les Larrieu distordent doucement la réalité, construisent dans cette montagne un monde parallèle (on parle anglais, mais pas vraiment ; on se reconnaît, mais on ne le montre pas; on affronte les dangers de la montagne, mais comme pour rire). Le film suspend brusquement son cours lors de cette séquence extraordinaire du coq de bruyère, comme si le mouvement effréné de tout le métrage trouvait ici son point d'achèvement, son climax : l'aube, deux êtres qui se sont aimés serrés l'un contre l'autre, la nature, le silence... C'est magnifique. L'histoire d'amour, la vraie, peut alors commencer réellement, et c'est la fin du film, tout le reste ne vaut pas d'être filmé.

Difficile de définir le ton Larrieu, fait de totales ruptures de ton, d'un humour incongru et vu nulle part ailleurs, d'une tristesse feutrée mais prenante. Avec Un Homme Un Vrai, ils signent sûrement leur petit chef-d'oeuvre : l'invention y est constante sans jamais virer au procédé ou au non sens gratuit (comme ce sera le cas dans Le Voyage aux Pyrénées). Un grand moment.

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02 octobre 2008

Le Voyage aux Pyrénées de Jean-Marie et Arnaud Larrieu - 2008

18935505_w434_h_q80On va pas se mentir : comparé au bouleversant Peindre ou Faire l'Amour, le nouvel opus des frangins marque un net pas en arrière. Abandonnés les finesses psychologiques, fini le regard affuté sur l'étrangeté de la nature, aux orties les expérimentations formelles ; on aura droit ici à une fantaisie sans conséquence, et à un filmage en plein air limite carte postale (malgré la jolie photo et l'évidente tendresse des Larrieu pour ces paysages somptueux des Pyrénées). Finalement plus proche du malaisé Un Homme un vrai, comme si les Larrieu reculaient, revenaient à l'innocence après s'être aventurés dans des arcanes beaucoup plus troubles.

Ceci étant accepté, on passe plutôt un bon moment avec Le Voyage aux Pyrénées. Le sens de l'absurde des réalisateurs touche souvent au but, et le film baigne dans une poésie bon enfant légèrement barrée qui fait souvent rire. Gloire en soit rendue avant tout aux deux 18935506_w434_h_q80acteurs, qui sont absolument impeccables de décalage. Si Azéma est sur ses rails dans ce genre de personnage allumé (elle est parfaite, entendons-nous bien, mais comme toujours, je dirais), Darroussin étonne par l'originalité de son jeu : une façon de surjouer légèrement chaque situation, sans non plus tomber dans la caricature, une naïveté enfantine dans sa façon de bouger et d'accepter les évènements les plus dingues, il est hilarant tout en restant éminemment subtil. Les Larrieu s'amusent comme des fous à plonger ce couple dans des aventures branques, rencontres avec un ours, massages au chocolat, interviews improbables, folie douce, etc. Bien, c'est poilant, agréable comme un vieux Raoul Ruiz, original et taquin. On voit plein d'animaux, des jolies montagnes, tout ça agrémenté de personnages doux-dingues et de dialogues décalés, ok.

Mais ça ne dépasse pas non plus la récréation simple. Il y a sûrement une sorte de discours sur les pièges du métier de comédien (ils sont tous les deux des stars de ciné en cure de repos). Azéma semble être victime 18935504_w434_h_q80du regard des autres (elle a poussé le narcissisme jusqu'à la nymphomanie), cherchant désespérément à doper sa vie à grands coups d'émotions fortes. Le film est un jeu de rôle incessant, et on comprend bien qu'il doit y avoir une lecture plus profonde que cette surface mignonette. Mais si fond il y a, il finit par être gaché par une dernière demi-heure interminable, qui appuie trop sur l'onirisme ; le film tenait plutôt bien sur ce mélange entre réalisme naturel et folie psychologique, il s'effondre quand les Larrieu veulent faire du Buñuel et plongent dans le délire pur. Les gags de la fin sont étirés jusqu'à plus soif (Azéma en femme sauvage, des moinillons cul-cul la praline, ou un échange de rôles un peu fumeux), et on quitte finalement sans regret cette tapisserie effilochée. Maintenant, je veux bien reconnaître être passé à côté d'un tas de trucs, je pense n'avoir pas tout compris à ce que les Larrieu avaient envie de nous dire. Plaisant, malgré tout.

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20 mars 2006

Peindre ou faire l'amour (2005) des frères Larrieu

peindre_amour_1_Peindre ou faire l'Amour un film qui é-change les idées.

Ce qu'il y a d'énervant chez les frères Larrieu c'est qu'ils n'ont que de bonnes idées:

- celle de faire jouer le rôle du quinquagénaire en pré-retraitre à Daniel Auteuil, toujours aussi audacieux, qui décide en un clin d'oeil de tout bazarder pour acheter cette sublime maison de campagne.

- celle de faire jouer à l'énorme Sergi Lopez -qui mériterait déjà 3 prix d'interprétation à Cannes- le rôle de cette aveugle voyant qui parvient à des sommets dans le raffinement du jeu et l'ambiguitë2047728_5_1_

- celle de faire raccompagner les deux invités dans la nuit noire par cet aveugle qui va leur faire pénétrer son monde

- celle de nous montrer au lendemain de la soirée échangiste, un Daniel Auteuil plus que troublé qui au moment de choisir une direction au volant de sa voiture fonce tout droit

- celle de toujours choisir au bon moment la chanson qu'on attendait18425629_1_

- celle de filmer la nature avec légereté et frémissement

- celle de filmer les sentiments toujours avec pudeur

- celle de réunir le lendemain de la deuxième nuit les quatre compères dont les corps hésitent et s'effleurent

Le cinéma français n'est pas mort les amis, nous avons nos Dardennes sentimentaux.

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