Canine (Kynodontas) (2009) de Giorgos Lanthimos
Délicieuse petite surprise que ce film grec qui flirterait avec l'univers d'un Haneke des premiers temps, l'humour - caustique - en plus. Dans le but de "protéger" leurs trois enfants du monde extérieur, des parents ont décidé de les tenir cloîtrés en leur faisant croire, primo, qu'ils pourraient quitter la maison (en voiture, sinon c'est trop dangereux) quand leur canine - la gauche ou la droite, oui - tomberait, et que, secundo, ils apprendraient à conduire quand elle repousserait - autrement dit quand les poules auront un bridge. Bénéficiant d'une éducation assez spartiate - entrainement à la résistance physique - et un tantinet décalée - les leçons de vocabulaire sont un vrai bonheur... -, nos trois jeunes pousses tentent plus ou moins de s'occuper avec de petits jeux absurdes pour ne pas dire un peu couillons. Seul le frère bénéficie dans un premier temps d'un semblant d'éducation sexuelle, le mari introduisant de temps en temps au sein de la maison une jeune femme se pliant à ses pauvres petits désirs. Cette dernière procurera également à l'aînée, sous le manteau, des cassettes vidéo (cela donnera lieu à des remakes de Rocky ou des Dents de la Mer proprement hilarants (à chacun ses modèles...)), amenant notre jeune fille à un comportement de plus en plus incontrôlable...
Ce qu'il y a d'assez jouissif, c'est qu'on ne sait jamais quel subterfuge le père est prêt à inventer pour divertir sa progéniture et surtout pour les effrayer sur le monde qui les entoure; cela donne lieu à des séquences proprement délirantes : nos ados imitant le chien pour mettre en fuite d'éventuels chats, créatures maléfiques parmi toutes, les avions qui tombent dans le jardin sous forme de miniatures, la chasse au harpon dans la piscine, la traduction d'une chanson de Frank Sinatra (leur grand-père, eh ouais!) par le père jamais à court d'inventions... Les gamins lui obéissent au doigt et à l'oeil - bien dressés, c'est ça - même s'il est parfois bien difficile de "canaliser" leurs brusques accès de violence, voire de cruauté - à l'image forcément de la violence, mentalement parlant, de leur éducation... Un film qui baigne dans une sorte d'humour à froid qui flirte avec le malaise, en particulier lorsque Lanthimos s'aventure sur l'éveil de leur sexualité; si au départ on reste dans un domaine bien mignon - le fils plus maladroit qu'une tanche, les petites séances de léchouilles sur le corps entre les jeunes filles... -, le cinéaste va jusqu'à traiter frontalement de l'inceste (entre frère et soeurs, puis entre père et fille...) et ces séquences traitées frontalement (on sent qu'il cherche à monter en "puissance" dans la provocation...) sont peut-être une des limites du film; c'est un peu comme si Lanthimos prenait goût à la perversité du père, et ces scènes "très léchées" apparaissent finalement, dans le concept général, un peu gratuites et faciles. C'est un peu dommage tant le film était parvenu à être jusque là, avec un évident brio, sur une sorte de corde raide entre comédie grinçante et drame. A vouloir se faire un peu trop provocateur, le film perd un poil de son... mordant, c'est ça. On tient tout de même en Lanthimos une perle rare (extraordinaire maîtrise formelle, disons-le tout de même en passant) qu'on se fera un plaisir de suivre (sa précédente oeuvre, Kinetta, semble également valoir le détour, à voir donc...)



