Sur la Riviera (On the Riviera) (1951) de Walter Lang
Etre fan de Gene Tierney impose son lot de compromis et de déceptions, et il est clair que cette vision du film de Walter Lang ne peut qu'échouer à ravir les adorateurs de la belle. A à peine trente-et-un ans, on sent déjà une ombre qui plane sur son visage et son sourire, ombre qui malheureusement s'étend dangereusement sur le spectateur peu à peu mortifié par cette histoire de "sosie" poussive à mort. S'il faut être dans un bon jour pour se fendre devant une prestation de Maurice Chevalier, il faut être dans une période ultra euphorique pour apprécier Danny Kaye imitant Maurice Chevalier. Dès la première chanson, on grince des dents comme devant le faciès ultra confiant de Raymond Domenech avant un match (oh mon Dieu, où va-t-on ?), et vu l'allant d'un Danny Kaye, charmé par sa propre prestation, on sait d'entrée de jeu qu'on est parti pour voir une "pseudo comédie musicale romantico charmante" qui risque de nous tirer de multiples bâillements. On se tape des images de cartes postales pour découvrir les charmes de la Frrrench Rivierrra et on attend patiemment de croiser le regard de Gene Tierney.
Ah enfin, la voilà, dans le rôle de la femme totalement ignorée par son charmeur de mari (déjà qu'elle avait pas l'air de péter le feu, peu de chance que sa situation lui arrache un sourire) : elle a beau avoir encore ces yeux incroyables capables de lire un disque vinyle d'un simple regard, on la sent décidément guère dans son assiette, dans ce film qui de toute façon se révèle
rapidement aussi consistant qu'une courgette trop cuite. Danny Kaye, qui plus est, est de toute les scènes, endossant à la fois le rôle de cet aviateur aventurier et celui de ce meneur de revue, les deux personnages se ressemblant tellement (formidable) que le meneur va jouer le rôle de l'aventurier (trop pas prévu) entraînant une multitude de quiproquos aussi poilants qu'inattendus - on est malheureusement en mode sarcastique... La signature d'un contrat mirobolant qui tire en longueur, une pauvre Gene Tierney qui ne sait plus qui est qui (Danny le myope, Danny le séducteur outrancier ou Danny le rouge...) mais qui finira par ouvrir les yeux à son libertin de mari (un super happy-end, je le sens), des numéros musicaux qui frôlent souvent le ridicule voire le ratage total (Danny Kaye qui se donne en spectacle en marionnette (confondant...) ou se lance dans un numéro avec une sublime chemise verte vintage (je regrette de ne pas être daltonien parfois)), bref, bien difficile de confondre Walter avec Fritz... Ce qu'on ne ferait pas, quand même, pour préserver le souvenir de la sublime Gene...



