Les Nibelungen : la vengeance de Kriemhild (Die Nibelungen : Kriemhilds Rache) (1924) de Fritz Lang
La vengeance est un plat qui se mange froid : rien de tel dans ces cas-là que de faire appel à un tartare. Kriemhild n'a qu'une idée en tête, venger la mort de Siegfried en tuant Hagen Tronje, et n'hésite pas pour se faire à se marier avec Attila, à s'allier avec les Huns pour massacrer les autres : les siens.
L'ami Bibice soulignait le sens de la mise en scène de Lang, et faut avouer qu'il est un maître incontesté, aussi bien dans les scènes qui partent dans tous les sens - la cour des Huns devant Attila sur son trône, les déferlements à chevaux des Huns qui avalent les collines, les combats foisonnant d'action - que dans les mises en scène ultra-théâtrales où chaque geste est senti, est pesé avec des acteurs qui irradient - en particulier Kriemhild dont le regard hypnotise (sublime scène où elle se place telle une statue de Commandeur en avant des troupes) et Attila, monstrueux avec sa tronche toute pelée, désespéré avec son enfant mort sur les bras. Si les 5 premiers "Canto" sont relativement calmes, les deux derniers donnent lieu à un pugilat, à un véritable massacre. Poussées par l'or que leur promet Kriemhild, les troupes d'Attila attaquent en traître les Nibelungen, invités pour célébrer la naissance du fils de Kriemhild et d'Attila. Ils se ruent véritablement à l'attaque, comme des sauvages mais sont violemment et rapidement repoussés par les Nibel et tombent les Huns après les Huns (promis, j'arrête). Second assaut en force et nouvelle déconfiture. Il faudra incendier le propre palais d'Attila pour anéantir ces farouches Nibel... Attila, au côté de Kriemhild, assiste de ses propres yeux à la chute de sa place renforcée, mais jubile de voir sa femme enfin heureuse ; il lance cette remarque démoniaque: "En amour nous étions deux, nous voilà enfin unis dans la haine"... Mais le bougre fait une boulette car la Kriemhild rétorque qu'elle n'a jamais été autant amoureuse, et l'autre Hun comprend alors qu'il ne pourra jamais se targuer de remplacer Siegfried dans son coeur, qu'elle s'est servie de lui de A à Z. Hagen Tronje ressort héroïque des flammes, plus invincible que jamais, protégeant de son bouclier son roi. Kriemhild lui demande où il a caché le trésor de Nibelungen (il a tout jeté à la flotte, le bougre, au début du film, sentant le vent tourner), mais l'autre dit qu'il ne cèdera jamais tant que son roi sera vivant - aurait mieux fait de se taire car on décapite immédiatement le roi ; mais il n'est jamais à court d'argument et déclare que seuls lui et Dieu savent dorénavant où le trésor se cache. On le lamine, Kriemhild en meurt de plaisir et Dieu ne lâche aucune info. La fondue chinoise était prête, je suis passé à table dans la foulée, baba. Epique, c'est tout, et diablement réalisé. (Shang - 20/11/07)
Bah oui, sur le même nuage que mon camarade au bout de ces 5 heures de Nibelungen échevelées. Il est vrai que cette deuxième partie manque peut-être un peu des grands moments de bravoure de la première (ça manque de dragons, de nains, et de compétitions de javelot, genre), en tout cas au début ; mais quand Lang lâche les chevaux, diable, ça envoie du paté. Cette bataille filmée dans la longueur, où on s'envoie des coups de glaive dans la face avec une brutalité impressionnante, vaut tout le petit endormissement qu'on a subi dans les cantos précédents : Lang excelle à diriger les foules, les grands mouvements d'ensemble ; mais il est aussi parfaits quand il s'agit, au milieu de ce gigantesque bordel, d'isoler un ou deux personnages, de toujours laisser la place au drame intime au milieu de l'épopée. C'est le visage diabolique de Kriemhild qui se dégage surtout de l'ensemble, car finalement c'est là toute la beauté du sujet : un drame intime (l'amour et la vengeance d'une femme perdue) déclenche une saga énorme, le choc des armées et l'anéantissment de tout un peuple. La mise en scène rend tout son poids à ce joli paradoxe, en mélant le spectaculaire et la sobriété, les gros plans et les gestes lentissimes (expressivité magnifique des acteurs, précision des gestes qui deviennent presque abstraits à force d'être découpés), la furie et l'immobilité.
Le film est brutal, nettement moins drôle que le premier volet (qui l'était involontairement peut-être, mais qui était en tout cas plus léger, plus porté sur les aventures que sur la tragédie), sans espoir. Si on peut encore ricaner devant les yeux roulants de Kriemhild ou les figurants qu'on fait sauter des arbres (il y a 30 entorses en direct, au moins, regardez ceux qui hésitent à sauter, c'est terriblement cruel), on ressort du bazar assez terrassé par la puissance morbide de l'ensemble : tout meurt, femmes, enfants, vieillards, animaux, frères, soeurs et parents proches, dans des décors de plus en plus secs et glauques. Déprimant, oui, mais aussi dopé aux amphètes. Un grand chef-d'oeuvre, j'espère qu'on est tous d'accord là-dessus. (Gols - 13/10/11)
Les Nibelungen : la mort de Siegfried (Die Nibelungen : Siegfried) (1924) de Fritz Lang
Un grand moment du cinéma muet sur une musique royale de Gottfried Huppertz. C'est un petit peu long que ces "7 canto" et les 2h20 de la version longue mais au bout du compte, on se frotte les mains en attendant la deuxième partie (comme je suis aussi en plein Berlin Alexanderplatz, je patienterai un tantinet - ben oui ça sent les longues soirées d'hiver devant la flambée ma foi). Des décors superbes, des effets spéciaux particulièrement réussis - le dragon tortue est un must dans le genre -, des personnages qui feraient passer ceux du Seigneur des Anneaux pour des figurines (ah, ce sont des figurines ?) et un drame qui, bien qu'annoncé à chaque début de chapitre, tient toujours en haleine jusqu'au bout.
Finalement l'histoire est relativement simple : notre héros Siegfried veut conquérir la belle Kriemhild ; en chemin et pour le fun il se massacre un dragon qui a vraiment une tronche de barbecue et récupère le trésor des Niebelungen ; il obtient ainsi des super-pouvoirs : il est non seulement invincible avec un petit point faible sous l’omoplate gauche - ouais une feuille est tombée sur lui pendant qu'il prenait une douche sous le sang du dragon mort, trop bête - mais a obtenu aussi un ptit filet de pêche qui lui permet d'être invisible mais aussi de prendre la forme de qui il veut - c'est cool, avec ça il aurait déjà de quoi foutre la trouille à pas mal de jouets Marvel. Il passe un deal avec le roi Gunther : si Siegfried aide le roi à battre la farouche Brunhild et qu'elle épouse ce dernier, le roi lui file sa sœur. Siegfried, invisible, met une branlée à Brunhild puis se déguise en roi pour conquérir son cœur - le roi est non seulement po courageux mais en plus il est cocu ; mais pour l'instant il le vit bien, vu que personne est au courant de la tractation. Bon, double mariage, tout va bien dans le royaume, avant que les deux gonzesses en "hild" se mettent sur la gueule et provoquent la pagaille - la femme de Siegfried a pas pu tenir sa langue devant l'air arrogant de la Brunhild et lui a tout révélé sur le ptit filet de pêche : l'autre a monté la tête de son mari ("Oui, euuuuuuh,..." - les gonzesses quoi) qui a craqué sous la pression ; Gunther, par l'intermédiaire de son fidèle Hagen Tronje - un type avec une barbe de folaille et un œil de hibou fermé - fera tuer Siegfried, alors que c'était quand même son frère de sang - il y avait eu pacte et tout le tintouin mais ça l'a pas fait ; sa gonzesse, elle est trop contente d'être vengée, le roi s'arrache les cheveux et la Kriemhild promet vengeance. Ouah !
Des êtres poilus dans les cavernes, au tout début, aux nains qui gardent le trésor, du dragon super crédible au sublime effet de l'arbre au printemps qui se transforme en tête de mort (ci-contre) à l'assassinat de Siegfried, des décors gigantesques du palais à cette ultime partie de chasse fabuleuse, il y en a quand même de quoi s'en mettre plein les yeux. Bon c'est vrai qu'on est pas toujours sur un rythme à la Die Hard, mais l'ensemble garde encore toute sa puissance et sa grandeur quelque 80 ans plus tard. Un héros beau comme un camion, une histoire d'amour dramatique à en mourir, des jalousies d'alcôves et un meurtre au javelot (ont toujours été forts les Allemands en javelot, c'est marrant - au poids aussi d'ailleurs), de quoi faire oublier la grisaille de l'hémisphère Nord pour un temps. (Shang - 19/11/07)
Bah c'est rien moins qu'immensissime et puis c'est tout. C'est bien simple : il n'y a aucun plan anodin là-dedans : tout respire la composition parfaite, la profonde connaissance de l'espace, des possibilités du cinéma dans son plus simple appareil. Si vous y ajoutez l'ambition démesurée de Lang sur les effets visuels et la mégalomanie évidente de la production UFA, vous comprendrez qu'on tient là un des films les plus puissants de cette époque (ce que Hitler semle avoir compris, qui a tenté de faire de ce bon vieux Siegfried l'archétype de l'Aryen luttant contre les démons sémites à grosses barbes et à oeil de hibou). On est d'accord : Lang n'y va pas avec le dos de la cuillère pour exalter un héroïsme allemand à l'ancienne : blondeur du héros musclé, courage d'icelui face aux pires horreurs (le dragon en mousse, la mer de feu, les gonzesses félonnes, les faux-frères...), postures héroïques face à l'adversité et à la campagne teutonne, on est bien dans la pure propagande (de quelle cause, ça, on se demande un peu), dans le cinéma ++ qui met son point d'honneur à doper chaque geste, chaque acte et chaque micro-expression des personnages. D'où, c'est vrai, une certaine lenteur qui vise à décupler la puissance de chaque instant : ça marche diablement, on a l'impression d'être dans un opéra tonitruant alors que le film est muet. Je vous raconte pas ces contre-jours invraisemblables que le Lang se permet, ou ces décors majestueux (ils ont vraiment construit toute cette énorme cathédrale pour deux plans seulement ?) qui dopent le film comme c'est pas permis.
Dans ce faste immense, Lang développe la mise en scène la plus pensée qui soit : des mathématiques appliquées. J'adore particulièrement ces plans d'intérieurs en perspective, où on voit sols, plafonds et murs comme dans une boîte de poupée, et où pénètrent deux personnages face à face de chaque côté de l'écran : on dirait ces tableaux académiques Renaissance qui cherchaient à trouver le point de fuite des bâtiments en architecture. Ces cadres précis, hyper-rigoureux, sont sans arrêt pensés en termes d'équilibre des formes : un homme/une femme face à face, et entre eux le vide que vient souvent atténuer une ouverture de porte ou un figurant immobile. Ces plans d'intérieurs tranchent avec ceux, beaucoup plus "hystériques", d'extérieurs, qui sont tout aussi splendides : ces groupes qui montent les marches du palais, chacun de leur côté, en plan très large, et qui se terminent par un plan serré sur les deux femmes qui se défient du regard ; ces décors à la fois féeriques et dangereux de forêt ; ces sombres antichambres de l'enfer dans le château de Brunhild ; ces motifs sur les costumes qui contrebalancent géométriquement les angles des bâtiments... On est très loin de l'expressionnisme, plutôt dans une sorte d'imaginaire nordiste vraiment convaincant. Comme en plus on rigole bien devant ces monstres au nez crochu acheté à Tout pour la Fête et ces dragons tout gentils (que le gusse Siegfried découpe en tranches sans autre forme de procès), devant ces blondes à nattes taillées comme mon charcutier et ce héros qui exhibe ses muscles à la moindre occasion, on passe devant cette première partie un moment royal, effectivement complètement capté par cette histoire alors même qu'on en connaît à l'avance tous les rebondissements. Je suis pas loin de penser que voilà le meilleur film de Lang, me poussez pas, mais j'attends de revoir la suite pour me prononcer définitivement. (Entre parenthèses : béni soit Arte de prendre le risque de passer ce genre de merveille à une heure de grande écoute : on devait être 6 à regarder, sentiment d'esthète délicieux) (Gols - 04/10/11)
Le Tigre du Bengale (Der Tiger von Eschnapur) (1959) de Fritz Lang
Il peut paraître un peu surprenant - et bêta - d'avoir vu Le Tombeau hindou avant Le Tigre du Bengale (il y a plus de trois ans déjà, gosh), mais que voulez-vous on ne fait pas toujours ce qu'on veut. Ce premier opus langien n'est, pas plus que le second d'ailleurs, destiné aux daltoniens tant l'on assiste à un feu d'artifice multicolore : si cela fait très couleur locale lors de "cérémonies" filmées in situ avec moult autochtones et éléphants (la réception de Berger par Chandra), on tire terriblement vers le kitsch dans certaines scènes d'intérieur, en particulier dans les souterrains éclairés comme la Tour Eiffel un 14 juillet - il a eu la main lourde avec la cellophane, le chef-lumière... Comme il y a trois ans - je reste fidèle à moi-même au moins -, je continue d'avoir le même sentiment mitigé sur cette oeuvre en deux parties de Lang : on sent que le type met le paquet dans le genre "décor merveilleux digne des mille et une nuits" et se plaît à mettre en scène cette romance ultra exotique - et périlleuse - mais d'un autre côté on ne peut s'empêcher à la vision de la plupart des scènes d'avoir une terrible impression de factice : certes, le jeu catastrophique de Paul Hubschmid (le pire 007 de tous les temps) n'arrange rien, mais même dans les scènes où il est absent, le film paraît incroyablement empesé et lourdot, comme caramélisé par les décors ; certes, le thème de l'emprisonnement constitue un véritable fil rouge dans cet épisode (l'oiseau dans sa cage, le tigre dans sa fosse, les lépreux dans leur cave... un "miroir" de la condition de la belle Seetha piégée dans ce palais), mais rares sont les instants où on peut vraiment respirer, sentir un peu de vie dans tout ça (oui, il y a bien la petite danse d'une Seetha gentiment dévêtue mais ça fait pas tout) ... Que notre Allemand soit face à un tigre déjà empaillé (la façon dont il se fait coincer dans la salle des tigres (nooon po Fort Boyard!!!!) a des sales allures de jeu vidéo), que le câble attaché à la corde magique du fakir soit grosse comme mon bras, que les acteurs allemands jouent aux Indiens en se passant du cirage sur la tronche et les figurants aux lépreux en se roulant auparavant dans la farine, à la limite, je peux accepter ce petit côté carton-pâte... Le plus terrible à avaler, c'est cette mise en scène extrêmement figée... L'ensemble de la distribution, qui plus est, prend des airs tellement constipés et graves que plus d'une fois je me suis surpris à me marrer aux moments les plus dramatiques - c'est po le but normalement, nan... Bref, même si les tigres sont d'une telle beauté qu'on finirait par croire qu'on les a repeints à la main pour les besoins du film, ce patchwork de couleurs finit souvent par donner à cette oeuvre un petit air si artificiel qu'on se demande où sont vraiment passées l'émotion, l'âme du bazar...
Guérillas (American Guerrilla in the Philippines) (1950) de Fritz Lang
Fritz Lang embarque Tyrone Power et Micheline Presle aux Phillipines pour nous conter sa libération : une poignée de Ricains qui "guérillent" à mort et qui entraînent de farouches autochtones bien décidés à se débarrasser de ces saloupiots de Japs - ils savent ce qu'ils perdent mais ils ne savent pas ce qu'ils gagnent, mais ne nous faisons point trop caustique. D'autant que Fritz Lang, lui-même, se fait un devoir de nous montrer qu'il y a aussi de mauvais Américains - des profiteurs qui rançonnent les Philippins avec de beaux discours -, de mauvais Philippins - enfin juste un, un sale traître qui aurait mieux fait de déguster son poulet jusqu'au bout au lieu de fuir - et de bons Japs, ah ben non, ou alors uniquement quand ils sont morts comme on dit outre-Atlantique. On embarque donc pour un récit d'aventures tout en couleurs vives avec notre gars Tyrone qui se tape des miles à la nage et des kilomètres dans la jungle (hostiles, ces putains d'îles tropicales) pour tenter de survivre et relier les poches résistantes. Comme dans le précédent Western Union (si je peux me permettre de tendre un fil, humour), il est beaucoup question de réseau de communication à mettre en place, et notre Tyrone de suer sang et eau pour rendre sa base opérationnelle et faire triompher la bonne parole, etc...
Il en chie sans jamais se plaindre, avec tout de même une petite consolation à la clé : la présence de Micheline Presle, une Française (mariée avec un planteur local) qui lui fait les yeux doux. On sent bien qu'une romance serait forcément envisageable, si elle était toute seule, et on pense que cela est définitivement cuit quand le mari de la Micheline préfère mourir plutôt que de livrer la planque de Tyrone : après un tel sens du sacrifice, difficile de tromper sa mémoire. Nan, en fait, on l'oublie vite, ce planteur - quelle idée aussi d'avoir des costumes crème dans la jongle - et Tyrone et Micheline auront l'occasion de roucouler quelques instants dans les bras l'un de l'autre avant même que cette guerre ne s'achève - retour grandiose, en sauveur, de MacArthur (qui a sa propre marque de clopes comme Alain Delon). C'est un poil complaisant de voir cette mini-troupe ricaine former la moitié de la population philippine à l'art de la Résistance - de la fabrication de faux billets à celle d'essence (qui peut, le cas échéant, devenir une excellente gnôle, bel aspect pratique), du maniement des armes au coupage de bambou (plante originaire d'Amérique, comme on sait, et qui pousse notamment très bien dans le Texas) mais ne soyons pas, c'est une manie, mauvaise langue. Le bien triomphe à la fin, tout le monde peut enfin se congratuler, mais il est clair que ce n'est pas vraiment l'oeuvre de Fritz Lang qui a fait de lui un cinéaste inoubliable... Un petit parfum d'exotisme et une leçon d'espoir (Le Jap, tu dessouderas, my son, avec l'aide du Ciel - l'utlime séquence dans cette Eglise protectrice et l'arrivée miraculeuse de l'escadron aérien), on s'en contentera malgré tout.
Le diabolique Docteur Mabuse (Die 1000 Augen des Dr. Mabuse) (1960) de Fritz Lang
Dernier volet des aventures de l'affreux Mabuse et ultime oeuvre du père Lang qui revient en ses terres teutonnes. Big Brother is watching you, Orwell l'avait prédit, Lang le démontre. C'est un festival de caméras-espions - en forme d'oeil, forcément - qui fleurissent ici et là à tel point parfois que l'on ne sait plus vraiment qui observe qui ; quel est le véritable grand manitou aux manettes ? Lang multiplie subtilement les fausses pistes pour mieux nous cueillir sur la fin. Si l'on est à l'heure de la surveillance continue, on célèbre également l'avènement d'un voyeurisme d'un genre nouveau. Même si cela ne se fait point par le biais d'une caméra mais par celui d'un miroir, la magnifique séquence où l'Américain (derrière un miroir sans tain donc), observe son flirt en train de s'habiller, est un pur délice : caméra ou miroir, même combat, l'homme peut dorénavant tout observer en restant invisible, caché. Notre Américain sortira malgré tout - il mettra du temps pour se dévoiler - de sa cachette ("Je suis passé à travers le miroir" - excellent, Lewis Carroll se marre) pour plonger "au coeur de l'action", tenter d'agir sur la réalité - jolie parabole en quelque sorte de notre mignonnette société moderne où chacun tend de plus en plus à se contenter de rester devant son écran, observateur de tout, discutaillant sur tout, en ayant de plus en plus de difficulté à prendre part à ce qui se passe "réellement" sous ses yeux. (Dans deux minutes je vais me lancer dans de grands principes philosophiques et vous pourrez alors définitivement rayer Shangols de votre mémoire).
On suit d'un oeil amusé cette dernière aventure qui part un peu dans tous les sens et qui bénéficie d'une galerie de personnages plus ou moins troubles : Gert Fröbe en commissaire ricanant et à la coule tient parfaitement son rang dans la lignée de ses prédécesseurs à ce poste, Karl Lagerfeld qui incarne le professeur Cornelius est d'un pédantisme absolument parfait, Werner Peters qui incarne le truculent Hieronymus B. Mistelzweig, agent d'assurance, en fait des tonnes mais finit par devenir assez amusant (ses prévisions astrologiques à deux balles), l'homme au pied bot - Lang et les créatures qui marchent de traviole... - est suffisamment inquiétant avec son grand couteau - mmmmh - pour apporter une petite touche de frisson, quant à Dawn Adams dans le rôle de Marion Menil, reconnaissons qu'elle est tout de même un peu quiche - un visage comme constamment ahuri, nan l'hypnose n'excuse pas tout mon vieux. Mabuse (ou disons son esprit...) possède encore et toujours une poignée d'hommes de main qui lui obéissent aveuglement, il est capable de monter des traquenards d'un compliqué, mon pauvre (il aime po la facilité, faut reconnaître), qui depuis longtemps font sa marque (alors je vais hypnotiser une fille pour qu'elle fasse une tentative de suicide pour que le gars qui la sauve tombe amoureux d'elle et pour qu'il tue son mari jaloux et s'échappe ensuite avec elle, la Marie, meurt, et voilà putain, elle hérite de l'arme nucléaire - po prés de péter, la bombe, à ce rythme) mais heureusement on connaît depuis longtemps la finesse du policier allemand qui n'est pas du genre à se faire leurrer - ou assassiner - si facilement... Quelques séquences qui sont autant de clins d'oeil aux épisodes passés (la séance de spiritisme, l'assassinat du type dans sa bagnole avec le tueur dans la voiture voisine, la classique poursuite finale sur les chapeaux de roue, l'immense porte blindée au "visage" inquiétant - les aspects les plus dangereux restent forcément dans l'ombre...) et un imbroglio qui se démêle finalement assez simplement. Pas un chef-d'oeuvre, sûrement, mais un film des plus plaisants à suivre. C'en est malheureusement fini de la filmo du Fritz : so lang...
Le Secret derrière la Porte (Secret Beyond the Door...) (1948) de Fritz Lang
Malgré une résolution quelque peu décevante - Oedipe quand tu nous tiens -, une voix off un peu trop systématique, et des acteurs un peu trop monolithiques, il y a de belles choses dans ce film de Lang. On pourrait presque y voir une compile des années 40 du maître Hitch (de Rebecca - mais Joan Fontaine imprime plus la rétine que Joan Bennett - à Spellbound - mais scénaristiquement et visuellement un ton au-dessous - en passant par Suspicion - mais malheureusement point aussi tendu et ambigu au niveau du suspense), même si, malgré tout le talent de Lang, il n'y a point cette magie ni cette aura contenues dans les oeuvres du Bouddha du thriller. Mais bon, ne boudons point totalement notre plaisir, et apprécions dans le trousseau des idées langiennes quelques séquences joliment troussées.
A la mort de son frère - ami, véritable père et mentor -, Joan Bennett semble ne plus se faire d'illusion quant à la possibilité de trouver sa moitié. Lors d'un voyage mexicain où elle assiste au combat de deux hommes pour une femme (sans passion exacerbée, point d'amour...), elle croise le regard foudroyant de Michael Redgrave et sent passer un courant d'air sur sa nuque, trahissant une émotion violente (hou-là). Elle ne connaît rien de cet homme, elle pourrait d'ailleurs très bien choisir de se ranger en épousant le fidèle conseiller de son frère, mais à quoi bon aimer si l'on est point capable de prendre des risques (maintenant chacun voit midi à sa porte). L'union est rapidement officialisée, reste maintenant à découvrir pour Joan les lourds secrets que dissimule son partenaire... Dès qu'elle se rend, en solo, dans la maisonnée de son mari (toujours en voyage), elle a droit à son petit lot de surprises : elle est accueillie par sa belle-soeur trop souriante (pense-t-on d'entrée de jeu) pour être honnête, une secrétaire au visage à demi-voilé qui cache forcément son jeu, un fils (ah!?) d'un précédent mariage (Joan a défitivement manqué un épisode) qui ne semble point porter son propre père dans son coeur, tout un monde en un mot dont elle ne soupçonnait point l'existence.
Le Michael, qui plus est, agit de façon terriblement cyclothymique, tendre comme du beurre sur un rebord de cheminée au naturel, puis soudainement fermé comme un coffre-fort pour peu qu'il se retrouve face à une porte fermée ou en présence de lilas (hum hum). Lorsqu'il entreprend de faire visiter à Joan et à leurs invités sa "collection de chambres" (qui demande plus de place qu'une collec de timbres, oui) où dans chacune d'elles a eu lieu un meurtre sordide, elle commence à avoir des doutes (saine réaction) sur les casseroles psychologiques que traine le Michael...
Joan aurait l'occase de se faire la malle quarante-trois fois plutôt que de côtoyer cet homme au dessein on ne peut plus suspicieux. Mais assumant jusqu'au bout le fait que le mariage est pour le meilleur et pour le pire, parfaitement consciente que cette relation "dangereuse" vaudra toujours mieux qu'une petite vie rangée, elle tente jusqu'au bout d'éclaircir le mystère quitte à se mettre en danger... Même si les ressorts scénaristiques grincent un tantinet en route, Lang parvient à capter notre attention à l'aide de quelques jolies petites trouvailles ; il y a notamment l'utilisation de ce cierge "circoncis" (Joan coupe ce bout de cire pour prendre l'empreinte de la clé qui ouvre une chambre condamnée et interdite) : cette chambre secrète est non seulement liée au secret de Michael (une inhibition traumatique...), mais ce même cierge coupé va permettre à Joan de comprendre soudainement le rôle de cette chambre (est-ce celle de l'ex-femme de Michael ou la sienne ?). Un accessoire résolument "hitchcockien" tout comme la présence de ce chien (re-Rebecca), blessé, recueilli par Michael (ce type est bon, elle se rassure...), chien qui, en grognant, la mettra plus tard en danger lors du vol de la clé (ce type est dangereux, elle est au supplice). Des habitants qui surgissent dans cette maison comme des fantômes, de multiples miroirs qui ne cessent de renvoyer à Joan l'image de ses doutes, des plans en plongée comme si une menace planait constamment sur les lieux, une magnifique séquence dans le brouillard où Joan perd pied avec sa raison (ce cri infernal dans le noir le plus total - de l'art du fondu...), on a tout de même plus d'une fois l'occase de frissonner au cours de ce film, au final un peu téléphoné. Pas un chef-d'oeuvre, nan loin de là, mais une clé joliment façonnée qui fait encore son petit effet dans la filmo du Fritz.
Les Bourreaux meurent aussi (Hangmen Also Die! ) (1943) de Fritz Lang
Grand film sur la résistance et ce même si, en pleine période de propagande, Brecht, Wexley et Lang se permettent quelques arrangements avec la vérité historique : cet hymne à la résistance auquel participe le peuple tchèque dans son ensemble met forcément du baume au coeur de tout adepte de la liberté - quels que soient les sacrifices et les mensonges, seule compte l'issue finale, et la petite mécanique scénaristique de cette oeuvre constitue une remarquable montée en puissance au niveau de la tension et du suspense. Un jeu avec les ombres d'une belle sobriété, un casting de magnifique tenue où chaque personnage a une réelle densité psychologique et une "intelligence" dans l'enchaînement des séquences absolument implacable. Un excellent Lang.
Le "Reich Protektor" Heinrich annonce de nouvelles mesures pour faire régner la terreur en Tchécoslovaquie ; il est alors assassiné par un membre de la Resistance tchèque, le docteur Svoboda, qui trouve refuge dans la famille du professeur Novotny. La fille de ce dernier, Mascha, l'a en effet aidé à échapper aux nazis, et il n'a d'autre alternative que de demander sa protection, le chauffeur devant lui permettre de s'échapper ayant été arrêté lors de l'opération. Conscients des risques qu'ils prennent, les Novotny assument pleinement leur acte, mais la tension monte d'un cran quand le professeur est lui-même arrêté par la Gestapo. Il fait partie des otages qui seront quotidiennement exécutés tant que le responsable de l'assassinat ne sera point retrouvé. La chtite Mascha se retrouve au supplice (livrer le responsable ou risquer de sacrifier son père) face à cette situation inextricable. Elle peut heureusement compter à la fois sur le soutien des Résistants toujours prompts à déjouer les stratagèmes de la Gestapo pour la faire craquer, mais également sur l'aide de la population où la solidarité n'est point un vain mot - pour une fois chez Lang la masse populaire ne constitue point une menace puisque c'est elle qui remettra Mascha sur le droit chemin alors qu'elle est en route pour la Gestapo pour tout avouer...
Plusieurs intrigues s'entrecroisent et sont toutes malicieusement agencées : si au petit jeu du chat et de la souris, les nazis ont l'avantage de la force (arrestation massive, interrogatoire, exécution...), les Résistants bénéficient pour leur part d'une population soudée mais également d'une réelle finesse et intelligence dans la mise en place de leur plan : de la mise en scène d'une fausse histoire d'amour entre Mascha et Svoboda pour brouiller les pistes (sacrifice sentimental pour la bonne cause) à l'élaboration de l'extraordinaire machinerie finale où le turpide délateur (un collabo) se voit lui-même dénoncé, en passant par le stratagème pour découvrir l'espion infiltré au sein de la résistance (ce même collabo dont le rire gras est à l'image de son personnage), il est toujours question de "scénario" savamment écrit à l'avance ou malicieusement improvisé (voir la séquence où Svoboda, déjouant la présence de micros allemands, écrit pour Mascha, "en direct", chaque réplique). Le "cinéma" de chaque résistant - les rôles qu'ils n'hésitent point à endosser face à l'ennemi (ce n'est pas non plus une coïncidence si Svoboda trouve d'abord refuge, après l'attentat, dans une salle de cinoche) - pour permettre à chacun de préserver son aspiration à la liberté, face à l'occupant, est une véritable leçon qui trouve, au sein même de cette oeuvre cinématographique de Fritz Lang, un merveilleux écrin. Les bourreaux meurent aussi et les films de Lang de continuer à vivre - ce n'est finalement que justice.
Casier judiciaire (You and Me) (1938) de Fritz Lang
Assez étonnante que cette mouture langienne qui part sur un petit air de comédie romantique, bifurque du côté du polar, avant de finalement se focaliser - à nouveau - sur notre petit couple croquignolet (Sylvia Sydney qui fait la passe de trois avec Lang et George Raft, un type toujours super bien rasé). C'est relativement déroutant et un petit peu décevant d'autant qu'on voit venir gros comme une maison la bonne vieille morale finale : le crime ne pait po et heureusement que les gonzesses ont un peu plus de jugeote que leur mec pour les empêcher de faire de grosses boulettes; George Raft devra se taper la leçon et gagnera en prime un bébé : un gamin dans le tiroir, un truand au placard, c'est un bon résumé (et une sale journée - allons, vous voyez bien que je plaisante).
Petite ouverture nous rappelant que le fric mène le monde, et la musique pinkfloydesque de "Money" aurait été particulièrement bienvenue sur ses images - mais oui, voilà, problème de timing, exactement. George Raft, qui a tâté auparavant de la prison, bosse maintenant dans un grand magasin : son boss semble s'être fait une spécialité dans la récup d'anciens prisonniers - il croit à la seconde chance, le rêve américain, c'est beau putain... Il en pince pour sa collègue, Sylvia Sidney, mais il a un peu les pieds dans le même sabot pour lui faire sa déclaration. Alors que notre homme est prêt à s'envoler sous d'autres cieux, la chtite Sylvia l'alpague et lui confesse ses sentiments. George annule son plan, saute dans les bras de la belle et décide de l'épouser dans la soirée (c'est beau la confiance, mais ça dure po, c'est ça). Pitite ombre au tableau, Sylvia n'a pas voulu avouer à George que, elle aussi, elle a un passé et qu'en plus elle est toujours sous parole : elle n'a, en fait, pas le droit de se marier, et le George, qui sent que sa femme toute neuve lui cache quelque chose, devient de plus en plus sombre. Il se rapproche même, l'idiot, de son ancien gang et comme dirait ma grand-mère, il file un mauvais coton. Mais Sylvia veille, bien...
Ce départ primesautier presque "borzagien" est assez surprenant chez le Fritz, mais on se laisse séduire par ce petit couple plein d'optimisme. Rapidement, on voit bien que cela titille Lang de revenir du côté noir de la force, et de gros nuages du suspicion commencent à planer sur la tête de George. Il recontacte ses collègues et l'on plonge dans son passé avec une petite parenthèse sur la période de la prison, un moment forcément glauque mais qui a créé des liens entre nos taulards. Ils s'amusent maintenant comme des larrons en foire en projetant un nouveau coup (piquer la thune du boss du grand magasin pour lequel la plupart d'entre eux travaille, shame on them !); belle montée d'escalier silencieuse et cérémonial de notre gang qui se retrouve à 48, au moins, pour dérober un bien maigre butin (pour 30.000 dollars, t'as que dalle, surtout divisé par 48...). Le coup finit en cul-de-sac et on enquillera, après ce moment grave et sentencieux, sur un petit air de comédie à la bonne franquette, les gangsters repentis se retrouvant autour de notre pauvre George à attendre la naissance du bébé (c'est comme le début du Péril jeune, fois 12). Ces variations de genre ont un certain charme en soi - c'est original, surtout - mais l'issue est tellement doucettement moralisante (ouah, cool, un méga happy end) qu'on reste quand même un peu sur notre faim (le petit noir avec cinq sucres, c'est un peu sirupeux à avaler) ... Encore un homme sauvé par l'amour, ça devient un peu lourd. Bon, allez, c'est mignon, disons, pour rester sur une bonne note...
Le Testament du Dr. Mabuse - version française - (1933) de Fritz Lang et René Sti
Assez étonnant d'assister coup sur coup, grosso modo, au même film (amputé tout de même de trente minutes et dans une copie qui a beaucoup plus morflé) avec cette fois-ci des acteurs français à la place des acteurs allemands; seuls Hofmeister (Karl Meixner) et Mabuse (Rudolf Klein-Rogge) jouent dans les deux versions, mais il est étonnant de voir à quel point le physique des acteurs français reste généralement relativement proche de celui de la distribution allemande. Si le professeur Baum (Thomy Bourdelle) a le même regard inquiétant que son homologue allemand et demeure tout aussi impressionnant lors de ses envolées sur Mabuse, le commissaire Lohmann, interprété par Jim Gérald, est, lui, beaucoup plus à la coule et rigolard - et dix fois moins finaud - que l'excellent Otto Wernicke dans la version allemande; relativement gouailleur (tu fermes les yeux, on dirait Jean Renoir, surtout lorsque le commissaire se met en pétard lors d'un interrogatoire), on sent bien qu'il amène beaucoup moins de subtilité à son rôle que le gars Otto. Le personnage de Ken est joué ici par un beau gosse gominé un peu falot, Lilly passe de brunette à blondinette, et la troupe de criminels fait, en règle général, un peu figure de bras-cassés comparée à l'ensemble du casting allemand (le type au chapeau melon qui cuisine les saucisses fait autant penser à un voyou que moi à un haltérophile). Dès la séquence d'ouverture, on tique une seconde, le montage de la version française ayant eu l'audace de couper à la tronçonneuse ce merveilleux travelling avant initial. On s'en remet tout de même rapidement (on va po jouer au puriste offusqué tout du long à la moindre coupure), et on prend rapidement un certain plaisir à découvrir la mise en scène pointilleuse de Lang qui s'évertue à reproduire le plus souvent au millimètre exactement le même plan (pas du genre à se permettre des variations pour le fun, le gars Fritz). C'est donc, en dehors du jeu des comédiens, surtout au niveau du montage que les différences se font sentir, la version française amputant notamment toute une partie de la romance entre Kent et Lilly (au revoir le flash-back), la séquence marquante et significative avec les masques ou encore les gros plans sur le spectre de Mabuse - on sent un peu que le gars rogne dès qu'il le peut sur un passage pour arriver aux quatre-vingt-dix minutes finales, ce qui finit par donner l'impression d'assister à une sorte de version light du Testament - plus légère mais moins goûtue, forcément. La vision de ces deux versions à la suite constitue malgré tout une expérience bien intéressante, ma foi, et l'on ne saurait conclure sans louer, une fois de plus, le remarquable travail de la collection Criterion à qui l'on doit cette somptueuse édition (je vous rassure, je touche po de pourcentage).
Le Testament du Docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse) (1933) de Fritz Lang
Dès 1933, Fritz Lang avait tout pigé à propos de la pente savonneuse que suivait son pays, et cette déclaration du directeur de l'asile sous l'emprise de Mabuse fait encore froid dans le dos : "L'âme des hommes doit être effrayée jusqu'au plus profond d'elle-même par des crimes inexcusables et apparemment absurdes ; car le but ultime du crime est d'instaurer le règne absolu du crime, de créer un état total d'insécurité et d'anarchie fondé sur la destruction des idéaux d'un monde condamné au naufrage". Mort ou vivant, le spectre de Mabuse continue de tirer les ficelles, et tous ses sbires d'obéir sans vraiment comprendre le pourquoi du comment. Tous sauf un, le gars Kent, auquel l'amour pour la chtite Lilli finit (forcément, comme toujours) par ouvrir les yeux. Le type se rebelle, se retrouve pris au piège dans cette pièce lynchienne où derrière un rideau le Dr Mabuse est censé donner ses ordres, parvient tout de même à s'échapper (une séquence terriblement haletante qui se termine par un tourbillon - sentimental ?- salvateur) et part aux trousses du notre grand manipulateur aux côtés du malicieux commissaire Lohmann. Une course-poursuite qui les mènera dans l'antre de la folie...
Impressionnante et captivante séquence d'ouverture, avec l'inspecteur déchu Hofmeister qui, après avoir pénétré le repère des faussaires, tente tant que bien que mal de leur échapper sain et sauf. Une "mignonne" explosion de baril pour tenter de se débarrasser du gêneur avec des effets spéciaux vintage tout à la main et au canif, et une scène angoissante dans l'appart de notre homme lorsque, téléphonant au commissaire Lohmann pour le tenir au courant de ses découvertes, il se retrouve soudainement plongé dans l'obscurité totale... Lang parsème son film de petites énigmes (le coup du nom gravé dans le verre) et de scènes d'action superbement troussées (merveilleuse séquence que celle de l'assassinat dans la voiture avec notre victime qui appuie comme un couillon et un mouton sur son klaxon pour imiter ses congénères, bruit infernal permettant de couvrir le coup de feu qui lui sera fatal), se permet quelques échappées "fantastiques" à l'esthétisme soigné (cette cellule toute zarbi dans laquelle se trouve Hofmeister en proie à des visions, la tronche abominable du docteur Mabuse dont le spectre continue de hanter le directeur de l'asile - il fout franchement la trouille ce type : j'aurais découvert le film tout chtit, je ne serais pas allé aux toilettes situées au bout du couloir pendant une semaine...). Le final, avec cette course en bagnole, permet de conclure sur un rythme trépidant, et on ne peut reprocher aux Fritz de ne pas chercher à varier les genres (du comique au dramatique en passant par la romance et l'action) et les plaisirs.
Il est vrai, aussi, qu'il y a tout de même de très longs passages en caméra fixe qui s'attardent en particulier sur le commissaire Lohmman ou sur le directeur Baum. Si les deux acteurs sont tout autant captivants (le finaud Lohmann et son constant petit sourire, l'inexpressif Baum et son air triste comme une porte de prison), il est vrai que le film baisse alors un peu en intensité, le démêlement des tous les fils de l'enquête étant forcément un peu longuet et ardu. Voilà sans doute en partie pourquoi M le Maudit continue de tenir la corde dans mon petit coeur dévoué au gars Lang, tant tous les plans semblent dans une parfaite fluidité magistralement s'enchaîner. Ce Testament continue, historiquement, de "faire date" et demeure du très bel ouvrage, mais il manque sûrement une ptite pointe de magie langienne pour pouvoir l'élever au rang de ses chefs-d'oeuvre - c'est en tout cas mon humble avis. Bon demain, si tout va bien, je me ferais la version française que je n'ai jamais eu l'occase encore de voir. Je vous tiens au courant - voilà, parfaitement...




























