The Revenge : The Scar that never disappears (Fukushu the Revenge Kienai Kizuato) de Kiyoshi Kurosawa - 1997
Deuxième volet d'un diptyque dont le premier opus est introuvable à ma connaissance, mais ce n'est pas très grave : le scénario de ce polar de vengeance est tellement classique qu'on comprend sans problème les motivations des personnages, le déroulement de l'histoire et chaque épisode (y compris à l'avance, d'ailleurs) sans avoir vu le début. C'est l'habituel flic qui devient gangster à la suite de l'assassinat de sa femme, et qui fait tout pour retrouver les coupables, pas besoin de développer. On l'aura compris : ce polar terne ne rajoutera rien à la gloire de KK, qui fait ce qu'il sait faire en jonglant avec une trame usée jusqu'à la corde. Des acteurs à la musique, tout sent le labeur là-dedans, on se tape complètement de qui est le coupable, qui tue qui et qui aime qui dans cette poussive intrigue. C'est d'ailleurs presque appréciable de se désintéresser ainsi des événements du scénario : ça permet de se concentrer sur le seul intérêt du film, la mise en scène, et de se laisser aller à la quasi-abstraction des scènes de violence, les plus réussies.
Car, sans aller jusqu'au génie, ces scènes où la violence éclate sont vraiment intéressantes, dans leur rythme et leur façon de les filmer. La plupart du temps en plan-séquence, ce qui en augmente la "pénibilité" (on se rappelle de Torn Curtain de Hitch, et de ce meurtre qui n'en finit pas ; eh bien c'est un peu la même chose dans l'assassinat de ce chef de yakuzas qui n'en finit pas de mourir), et prise en plan éloigné, ce qui les rend d'autant plus réalistes, les assassinats ne nous épargnent rien : le gars à qui on casse la tête à coups de brique, celui qu'on étrangle alors que sa femme essaye de le sauver, ces séquences tranchent avec le petit côté plan-plan du reste. Il y a aussi des tentatives presque tarantinesques dans ces longues balades en voiture, filmées là aussi dans la continuité et avec distance, où on discute de tout et de rien avant d'aller remplir son contrat de tueur, expérimentations assez payantes malgré la nullité des acteurs. Et puis toujours ces subtils mouvements de caméra pour les scènes d'intérieur, qui recadrent avec finesse pour dévoiler des personnages cachés dans le hors-champs, et cette façon très personnelle de filmer ces lieux ternes de hangars ou de bureaux anonymes. La dernière fusillade marque aussi des points, tout est dans l'utilisation efficace du hors-champ là encore ; pas nouveau, mais ça fonctionne toujours de faire sortir du champ un personnage armé d'un flingue, et de poursuivre la séquence uniquement grâce aux sons des coups de feu. Bon, donc, c'est parfois intéressant au niveau du dispositif, mais l'ensemble est quand même très moyen. Comme quoi, tout ce qui est rare n'est pas beau.
The Atonement (Shokuzaï) de Kiyoshi Kurosawa - 2012
Kurosawa nous avait laissés sur le splendide Tokyo Sonata ; il revient avec un film de 5 heures, en fait une mini-série en 5 épisodes qui vaut vraiment le détour. C'est surtout dans la construction même de cette série que le film est grand. Ça démarre sur un événement traumatique, une fillette violée et assassinée par un type. Quatre camarades de cette gamine assistent à l'enlèvement ; chacune est envoyée chercher de l'aide de son côté. Chaque épisode va suivre une de ces fillettes, non seulement dans l'immédiat après-drame, mais surtout 15 ans plus tard, essayant de voir en quoi ce choc a pu avoir des répercussions sur leur vie d'adultes. Il faut dire que la mère de la victime leur a lancé une sorte de malédiction au début : si elles ne parviennent pas à donner des indices sur le coupable (ce qu'elles sont incapables de faire, vu le choc), elles devront payer pour leur faute. Cet anathème les poursuivra tour à tour avec une constance qui a tout de la sorcellerie. En fait chaque nouvel épisode aborde une nouvelle façon de réagir face à ce traumatisme de l'enfance : soumission aux hommes, rébellion contre le système, obsession de rédemption, ou refus de toute culpabilité, chaque personnage suit un parcours moral symbolique, qui se termine implacablement par un drame. Le dernier épisode, purement policier, résout le mystère de l'enlèvement, avec force coups de théâtre et moult aveux honteux.
On le voit, c'est encore et toujours une histoire de fantôme que filme Kiyoshi : Emiri, petite victime du début, hante chaque épisode, représentée par sa mère, présence sombre et vaporeuse comme seul sait les filmer le maître japonais. Sans jamais aller complètement dans le genre fantastique, il imprègne chaque plan d'une atmosphère inquiétante, légèrement étrange : lieux gris et vides (superbe photo dans l'ensemble), scènes faussement banales qui cachent de lourds secrets, acteurs dirigés dans l'opacité totale (les comédiennes sont toutes excellentes, et leurs visages sont filmés comme des surfaces planes infranchissables), science parfaite du hors-champ et du recadrage minimaliste (le mouvement, répété à chaque début d'épisode, qui recadre Emiri quand l'assassin la choisit parmi les autres)... Tout est empreint de peur, même les scènes les plus simples : superbe épisode par exemple, qui montre les rapports très tendus entre une fille et sa sœur à travers des gestes quotidiens banals ; c'est juste notre lecture de l'histoire qui tend la scène. On le sait de toute façon : il suffit que KK filme un couple en train de manger, cadre un mur nu ou fasse une mise au point sur l'arrière-plan, pour que la peur surgisse. La violence est rare, mais éclate sèchement, là aussi comme des scènes de films d'horreur : le rêve du premier épisode, où un homme éclate une poupée contre une table, est proprement terrifiant, tout comme la résolution du dernier épisode, dont je ne dirai rien bien sûr (même si ce n'est pas la meilleure partie, et qu'on devine le tout longtemps à l'avance).
Mise en scène, acteurs, écriture, tout est donc parfait là-dedans, et si Kurosawa est loin de retrouver la puissance de ses films de cinéma (le petit écran a peut-être moins d'intérêt que le grand pour un cinéaste aussi formel, et qui sait aussi bien utiliser les dimensions d'icelui pour fabriquer son style), si au niveau de la psychologie, on est un peu dans le schématisme et le manque de profondeur, on ne peut qu'applaudir devant cette série passionnante, superbement tenue de bout en bout, constamment renouvelée, et qui se termine sans vergogne en mélodrame poignant. Ai-je déjà dit que Kuro était grand ?
House of Bugs (Mushitachi no Ie) de Kiyoshi Kurosawa - 2005
Un moyen-métrage (51 mn) réalisé pour la télé et qui n'a pas à rougir face aux grandes œuvres sur grand écran de Kiyoshi : on n'est peut-être pas dans l'excellence totale (à cause surtout du manque évident de moyens, ce qui est bien pardonnable), mais on est tout de même dans une grande leçon de mise en scène, qui permet de retrouver le style si particulier de notre gars, tout en passant un délicieux moment sulfureux au niveau de la trame. L'écriture de celle-ci, tout comme la mise en scène choisie par Kurosawa pour en rendre toute la complexité, forcent l'admiration : on suit une seule histoire, mais racontée par une multitude de points de vue, le film revenant sans cesse en arrière, recommençant inlassablement les mêmes séquences, pour dégager à chaque fois une nouvelle façon de les voir, des interprétations possibles, des hors-champs qu'on n'avait pas envisagés. L'épouse modèle a-t-elle trompé son mari ? Sa métamorphose en insecte est-elle réelle ou l'époux est-il aveuglé par sa jalousie ? Celui-ci a-t-il tué l'amant ou est-ce une illusion engendrée par la folie de la femme ? Cela dépend, au gré des séquences, de celui qui raconte la scène, de la place de la caméra, du plan qu'on décide de monter à la place d'un autre. Jeu efficace et splendide sur le cinéma, donc, qui révèle toute la puissance que peuvent avoir le montage, le cadre et la subjectivité de la caméra. La complexité de la narration, et celle de la mise en scène, ne brouillent pourtant jamais la lecture : on suit cela très simplement, malgré les sauts dans le temps, les allers et retours incessants entre fantasme et réalité, l'attirance éternelle de Kurosawa vers un onirisme étrange, vers une "torsion du quotidien" qui pourraient complexifier les choses : ce cinéma-là est métaphysique, symbolique, philosophique, tout autant que visuel, et c'est vrai que la fin nous laisse devant un abîme de questions plus que vers la simplification des choses ; c'est ce qu'on aime chez le gars KK, avouons-le, et ce House of Bugs est de fait très satisfaisant.
D'autant qu'encore une fois, la mise en scène est impressionnante. Il n'y a que lui pour réussir à décadrer ainsi les plans pour en développer toute l'étrangeté. Beaucoup aimé ces plans qui commencent par cadrer des figurants, pour doucement revenir au motif principal pour en rendre toute la surprise (un couple dans un restaurant : on ne cadre que la femme et la table qui est derrière elle, puis on panote pour faire entrer son interlocuteur dans le champ ; surprise : c'est l'amant, et non le mari), ou ces profondeurs de champ magnifiques qui mettent en relief des petits détails en fond d'écran pour en multiplier l'étrangeté (le très curieux mouvement du cadavre à la fin, une de ces idées très chorégraphiées dont Kuro a le secret et qui sont d'un effroi total). Simples champs/contre-champs rendus complètement bizarres par leur rythmique en porte-à-faux, rythmes lentissimes pour mieux amener très lentement la peur, utilisation arythmique de la musique, bruitages lynchiens, tout surprend là-dedans, et tout fonctionne merveilleusement. Comme en plus les acteurs sont excellents, et que la trame tient le coup, on applaudit à ce nouvel exercice de style brillant, unique et très personnel. Même si certains effets sont ratés (l'attaque de l'araignée géante à la fin, la femme enfermée dans la toile, la ballade en voiture très artificielle), certains plans vous rentrent dans le regard immédiatement : un homme qui en assassine un autre à coup de chandelier, une assiette de choux posée au milieu d'une pièce remplis de toiles transparentes (élément de décor incontournable chez Kurosawa), le simple geste d'une femme qui, pour montrer sa terreur, désigne le plafond, et hop, vous avez peur. Peu de réalisateurs arrivent ainsi à être aussi profonds et intelligents dans le genre de l'horreur (surtout à la télé) : KK y arrive, bâtissant peu à peu une œuvre hétéroclite et très homogène en même temps.
Kaïro de Kiyoshi Kurosawa - 2001
Voilà le genre de films qui a profondément modifié ma vision du cinéma ; en l’occurrence du cinéma d'horreur, puisque Kiyoshi trouve tout simplement une nouvelle façon de nous faire peur. Tout en restant sur la trace de ses maîtres (cette façon lentissime de faire venir la mort, héritée sans doute de Carpenter), il renouvelle totalement le genre, créant même avec Kaïro une sorte de prototype unique : le film d'horreur intello. Ou le film d'horreur romantique. Ou métaphysique. Enfin, c'est quelque chose d'inédit.
Parce que ce qui fait peur à Kurosawa, bien plus que les fantômes, la mort ou la douleur, c'est la solitude, mal du siècle qu'il met ici en scène avec une poignante sensibilité. Les zombies du film, êtres désolés errant dans les cyber-réseaux et les caves des villes, sont complètement livrés au désespoir de la solitude : "La mort est un isolement éternel", dira l'un d'eux, avant de conclure par cette litanie qui vous rentre dans le cœur et la tête : "A l'aide, à l'aide". Ces spectres ne sont même pas menaçants, ils ne dispensent même pas la mort : l'effroi vient seulement de ce qu'ils sont là, seuls et immobiles, face à nous, mêlés à notre monde tout en en étant exclus. C'est dans ce face-à-face des personnages avec la solitude du monde moderne que se situe la peur, et de là la profonde tristesse qui émane du film. Cette solitude imprègne peu à peu les vivants, qui vivent alors des relations dénuées de tout désir, de toute énergie même : filles et garçons se côtoient sans qu'il soit jamais question d'amour ou de sexe. Ce sont juste des solitudes mises ensemble, et qui vivotent avant de plonger dans cette sorte d'hébétude située dans l'entre-deux (entre l'état de ceux qui ont vu les fantômes, et ont donc déjà un pied dans la tombe, et celui des autres, qui les regardent disparaître). Difficile d'ailleurs, la plupart du temps, de différencier les vivants des "presque-morts", tant l'univers urbain décrit par Kurosawa est vide, terne, triste, presque abstrait (ces voyages en bus où tout l'extérieur est flouté), tant la direction d'acteurs va dans le sens du "défaut d'énergie", de la mollesse. Tout y sent la ruine, dans ces décors de friches industrielles ou de sous-sols ternes, remplis de bâches de chantier, de chambres envahies par les objets courants. Dans cet aspect superficiel aussi, induit par la thématique d'internet (considéré comme le transmetteur de la dépression, comme un vecteur de solitude surpuissant) : grande idée de brouiller les pistes visuellement, les images d'Internet que l'on distingue au début finissant par investir le monde réel, qui subit lui aussi des sautes d'images, des émissions de bruits bizarres, etc., comme si le point de vue changeait sans cesse entre le regardant et le regardé. Ca m'a fait penser à certaines pages de Murakami, quand il nous fait prendre conscience subitement de notre rôle de témoin tout en nous enfouissant la tête la première dans la trame. Dans Kaïro, notre regard est parfois objectif, parfois acteur principal de l'action.
Mais cet aspect très cérébral n'occulte jamais la peur réelle qui émane constamment de ce film. Je n'ai jamais vu un fantôme aussi effrayant que cette nana qui avance très lentement, démarche étrangement maladroite et en même temps hyper-souple, et cette façon qu'elle a de trébucher au ralenti : on sent qu'elle est implacable et enfantine à la fois, terrible. Beaucoup aimé également cet enfant mutique qui traîne dans les rayons de la bibliothèque, ou ce spectre final, flou, qui vient très lentement jusqu'au premier plan pour chercher le focus, ses yeux apparaissant alors comme un gouffre total au milieu de la surface du visage. Il y a aussi cette grande idée des gens qui disparaissent dans les murs, laissant des taches glauques, humides, comme dernières traces de leur passage dans l'au-delà. Et puis ce jeu millimétré sur les sons (couper tous les sons avant de faire venir la phrase ou l'image terrifiantes, excellent), cette mise en scène subtile sur les écrans, les cadres dans les cadres, etc. Peut-être que la fin est un peu maladroite (cet avion inattendu qui s'écrase, cette ellipse un peu incompréhensible) ; mais le gars nous a tellement tenu par les boules pendant 2 heures qu'on ferme les yeux sur cette dernière maladresse. Le fait est : Kaïro est un des plus beaux et des plus terrifiants films qui soient.
Suit yourself or Shoot yourself 1 : The Heist (Katteni shiyagare!! : Godatsu keikaku) de Kiyoshi Kurosawa - 1996
Rareté encore une fois sur Shangols, toujours à la pointe de l’improbable et du nécessaire, voire parfois du franchement n'importe quoi. Voici donc le premier épisode d'une série lancée par le grand Kiyoshi Kurosawa (je ne vous cache pas que trouver les 5 autres opus va s'avérer coton) pour la télévision. Ça parle de deux petits malfrats bras-cassés vivant de petits coups foireux, et embringués pour les beaux yeux d'une donzelle dans une affaire un peu trop grosse pour eux, rien de bien nouveau. L’épisode est délibérément placé sous le signe de l'absurde et de l'humour, nos deux compères rivalisant de maladresses et parvenant toujours à se fourrer dans les plans les plus impossibles : ils ont cette fois-ci sur le dos un ancien médecin timide contraint de jouer aux yakuzas, une maîtresse de maternelle (strip-teaseuse la nuit) à la recherche de plusieurs millions de yens, et un chef de la pègre qui joue aux travestis durant ses heures creuses... C'est sympathique, cet esprit Pieds Nickelés nippon, même si on ne s'amuse pas non plus comme des petits fous devant cette parodie gentillette : les gags sont un peu attendus, on sourit avec bienveillance, mais les occasions de se taper sur les cuisses ne sont pas non plus légion. Bien aimé cependant ce personnage de médecin complètement névrosé et terrorisé : quand il cherche à assommer un maffieux en bois dur, c'est assez drôle (le gourdin se brise sur la tête du gars sans qu'il bronche, et l'autre est stupéfait).
Le scénario étant tout juste potable, on cherche à se rabattre sur la mise en scène, y cherchant des signes avant-coureurs du grand cinéaste que KK est devenu. Peine en partie perdue aussi de ce côté-là : l'essentiel du film est constitué de plans larges un peu banals, et les inserts réguliers de gros plans sur les personnages ne mettent en valeur que le peu d'inspiration dans la direction d'acteurs (cette actrice est assez pénible). On apprécie cependant le talent pour doper la profondeur de champ (cette façon unique de disposer les acteurs sur l’écran, tout dans la perspective, le dernier personnage au fond se livrant souvent à des clowneries qui désamorcent le sérieux du premier plan), ce bon sens du montage (déjà les ellipses finement pensées), et l'utilisation en porte-à-faux de la musique (affreuse, il faut bien le dire, mais utilisée de façon originale). Pour le reste, on notera la passion incessante de Kiyoshi pour les cartons en tant qu'arme de poing (on devrait écrire une thèse là-dessus, c'est dingue le nombre de gnons que les personnages se prennent avec des cartons dans l’œuvre du gars) et on appréciera la petite touche d’érotisme qui rattache encore ce film aux œuvrettes de jeunesse de l'idole. Un film gentil et agréable, mais qui ne donne pas forcément envie de se jeter sur la suite (je suis preneur, cela dit, si quelqu'un a un plan).
Cure de Kiyoshi Kurosawa - 1997
Après mon escapade récente vers les raretés du Kiyoshi, retour à ses fondamentaux, avec ce Cure désormais presque classique. A la revoyure, il est vrai que ce film est franchement remarquable. On y trouve l'essentiel du style Kurosawa, mais il mèle avec ce film-là plusieurs de ses veines, sans en sacrifier aucune, ce qui le rend particulièrement attachant : on aura donc droit, étroitement liés, à du fantastique, à de l'analyse psychologique, à du polar noir, à de la comédie, et finalement à une métaphysique hyper-vaste. C'est tout simplement au concept même de Mal que s'attaque le scénario, à travers cette intrigue qui commence comme un bon vieux polar trash : une série de meurtres rituels, sans lien entre eux visiblement, sauf que les coupables sont des gens tout à fait ordinaires, qui assassinent sans mobile, et découpent leurs victimes de la même façon. Peu à peu, on découvre que l'hypnose a à voir là-dedans, sous la forme d'un étrange personage amnésique, manipulateur et froid, qui semble mener tout ça. Le héros, flic habituel des films de Kuro (entendez déprimé et encore plus torve que les criminels), va se retrouver embringué dans un scénario qui flirte avec le surnaturel, la science, la psychanalyse... et la poésie.
On croit au départ que le vrai sujet, c'est l'histoire du Japon, ou un truc comme ça, puisque Kurosawa met son point d'honneur à filmer une société urbaine, très hiérarchisée et apprivoisée, qui se laisse subitement déborder par un trop-plein de violence frustrée. Il y a de très belles idées dans les détails, comme ce type anonyme qui murmure tout seul dans sa barbe, au pressing, des imprécations contre le monde entier, mais on a un peu peur que le film soit un peu restreint. Et puis, lentement, Kuro écarte son sujet vers quelque chose de beaucoup plus universel : l'immortalité des pulsions de violence, le Mal éternel, et l'amnésie collective des crimes humains. Dans cette confrontation, qui reste toujours crédible en tant qu'intrigue policière, entre le flic et le meurtrier, il se dégage une étrange poésie morbide, à cheval entre le rire (Kuro et le burlesque, toute une histoire) et la terreur. Dialogues épurés, situations très fortes, le style navigue ainsi dans une sorte de faux rythme qui bluffe complètement. Le scénar ne cesse de nous surprendre, chaque nouvelle séquence nous menant exactement à l'endroit qu'on n'attendait pas (l'épouse qui se pend est un grand choc aussi bien visuellement que dans le déroulé de l'histoire). Le sujet est ample, et traité comme tel par Kuro : l'imagination se met au service d'une belle symbolique (les bâtiments déserts comme prolongation du monde intérieur des personnages, la ville filmée comme un piège, le cadre même de l'écran envisagé dans toutes ses possibilités de menace...)
C'est bien sûr par la mise en scène, une nouvelle fois, que Kiyoshi épate le plus : ses séquences, longues, peu découpées, installent un rythme incroyablement malaisé, auquel on n'est pas habitués et qui du coup vous plonge dans une tension impalpable. Il sait parfaitement gérer la montée de la peur, en allant complètement à l'encontre de ses collègues du genre : tranquille, en plan séquence, souvent en arrière-plan, le climax de la scène (le meurtre) prend place dans un déroulé presque nonchalant, un peu comme si la caméra avait capté l'horreur par hasard : la scène magnifique du meurtre du flic, par exemple, filmée en plan très large, tranquillement, sans brutalité, comme un geste routinier ; ou la dernière séquence, extraordinaire, où on ne montre même pas le meurtre, où on ne fait que l'annoncer par l'éclair fugitif d'un couteau ou le très léger changement de démarche de la comédienne. Kuro fait surgir la peur comme si elle faisait partie intégrante du monde depuis longtemps (ces mouvements de caméra la captent au passage, banalement), et si on excepte quelques tics encore un peu trop voyants (les ambiances humides et sombres, les bruits bizarres, voilà une panoplie de film d'horreur dont Kuro a du mal encore à se débarrasser), la rigueur de la réalisation est impressionnante. Gloire à Kuro de chercher à nous faire peur par d'autres moyens, puis d'élargir le champ sémantique très restreint du genre pour parvenir à parler de choses immenses, philosphiques, avec une telle pertinence.
Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa - 2009
Rares sont les détours de Kurosawa en-dehors du genre fantastique, et c'est bien dommage : avec Tokyo Sonata, il livre un de ses plus grands films, somme de toutes ses inspirations, de tout son passé à explorer ce qui fait une atmosphère, mais aussi renouvellement de son regard. Il reste soigneusement à l'écart de ses histoires de fantômes, et pourtant réalise un de ses films les plus étranges, les plus fantomatiques, où l'atmosphère est la plus déviante.
On n'attendait pas forcément KK dans ce thème-là : la famille moderne, ce qui la soude, ce qui la détruit, ce qui en fait l'entité en même temps que la somme d'individualités difficilement liables. Le gars avait déjà exploré le couple, l'amour, la société contemporaine en tant qu'anéantisseur de sentiments ; ici, il réunit toutes ces inspirations. Sa famille est constituée de quatre membres tous aussi abandonnés les uns que les autres : le père a perdu son boulot et recherche vainement une fierté masculine détruite ; la mère est une douce femme au foyer en mal d'évènements ; l'aîné des fils rêve de quitter le petit carcan familial (et le Japon par la même occasion) pour sauver le monde ; et le plus petit est un prodige du piano brimé par les adultes. Rien que de très ordinaire, finalement. Pour filmer cette lente déréliction carverienne, Kurosawa utilise son savoir-faire incroyable pour tordre légèrement la normalité, lui donner une texture à la limite du fantastique. Infiniment, délicatement, il choisit toujours l'angle de caméra qui va occulter les motifs principaux, qui va donner un axe bizarre à ses scènes quotidiennes, qui va les plonger dans une curieuse atmosphère. C'est pas grand-chose : un peu de vent dans un rideau, une lumière artificielle qui tombe sur un visage, un escalier au premier plan qui cache les personnages, un travelling inattendu quand on attend la coupe, un cadre un peu trop large qui inscrit une action dans tout un univers... mais ce "presque rien" suffit à donner à l'univers de Tokyo Sonata une angoisse diffuse, mélange de douceur ouatée et de violence sans cri.
On ne cesse d'être bluffé par ces milliers d'idées minuscules, avec l'impression que Kuro est toujours à la bonne place pour nous induire sa vision. Difficile d'ailleurs, de mettre des mots sur cette vision. C'est la marque de Kurosawa depuis Licence to Live : ne pas expliquer, ne pas souligner, laisser faire le montage et les cadres, et laisser réfléchir le public face à ce récit plein de trous. Sûrement plus explicite pourtant que nombre de ses films (on pense souvent au brumeux Vaine Illusion), celui-ci manie encore une fois le mystère, préférant évoquer par petites touches plutôt que de montrer plein cadre, se méfiant du symbole comme de la peste. Et pourtant, jamais on ne tombe dans le concept froid : Tokyo Sonata est d'une émotion poignante. A travers cette vision glacée de la société contemporaine (qui depuis Carpenter a su aussi bien filmer les villes modernes ?), à travers ces portraits pudiques d'êtres abandonnés en son sein, à travers ces rêves brisés et ces vies gâchées, le film développe une trame infiniment subtile, triste malgré l'humour, japonissime malgré l'originalité du regard.
Quant aux acteurs, ils sont parfaits, toujours à cheval entre le ridicule et la grandeur, autre marque reconnaissable entre toutes de KK. On retrouve d'ailleurs avec plaisir l'acteur fêtiche, Kôji Yakucho, toujours aussi superbe dans ce mélange de violence et de clownerie. Kurosawa place tout ce petit monde au sein du grand vide de Tokyo, et que ce soit dans les sublimes scènes d'intérieur familial ou dans les séquences non moindres d'extérieur, il sait toujours faire pénétrer l'image du cosmos dans les décors les plus banals ou les situations les plus triviales. Kuro est définitivement au sommet de son art, et a su en un seul film additionner toutes ses inspirations : étrangeté, originalité du dispositif, terreur du monde, douceur zen et humour. Le film de l'année ? (Gols 08/08/09)
Le film de l'année, dit-il pour enchaîner, eh bien c'est fort possible tant Kurosawa, avec un soin minimaliste éblouissant, semble parvenir à concentrer au sein de cette petite famille toute la misère du monde. La crise mondiale s'abat de plein fouet sur le Japon et notre pauvre père de famille d'aller de son propre chef vers la porte de sortie de son taff. Il rejoint la cohorte des exclus où désormais les gens cravatés se fondent avec le lot classique des SDF. Notre homme n'ose même plus rentrer chez lui par la porte principale comme s'il avait l'impression d'être devenu un bandit dans son propre foyer; est-ce le résultat de son aura négative ou les temps qui sont ainsi, mais il est clair que l'atmosphère générale à table est plus calme qu'une réunion de carpes. Chacun dans son coin ronge son frein comme si l'individualisme avait fini par triompher jusque dans la maisonnée : la maîtresse de maison gagnée par l'ennui passe ses journées lardée sur le canapé; le fils aîné semble vouloir tourner la page de soixante ans d'Histoire au Japon en s'engageant volontairement dans l'armée américaine, "symbole de la paix" dans le monde (blurp); quant au petit dernier il traîne sa mélancolie auprès d'une prof de piano dont la douceur va parvenir à extraire en lui la plus belle des mélodies... Heureusement, parce que chez lui, il s'en prend plein la tronche comme s'il était devenu la cible de toutes les frustrations paternelles. Les errances de ces personnages en perte de repères vont prendre une autre dimension avec l'arrivée soudaine d'une "vague" de violence : la mère est sauvagement kidnappée chez elle (alléluia, enfin un peu d'action, peut-on presque lire dans son regard...), le père après "une longue fuite en avant" est à deux doigts de se faire écrabouiller par un van et le benjamin de se retrouver dans une misérable prison pour avoir voulu se barrer dans un bus sans payer... Comme par enchantement, chacun va peu à peu reprendre le chemin de la casa comme si Kurosawa voulait conclure sur une "note" positive, comme si après ces diverses expériences extrêmes, chacun était plus à même d'accepter, d'apprécier (...?) sa petite place au foyer. Comme le soulignait l'ami Gols, c'est filmé toujours au millimètre (dans la grande tradition nippone, certes, depuis Ozu - osons la référence) et l'on sent peu à peu l'angoisse monter en chacun des personnages perdus dans ces décors urbains sans âmes où la pauvreté loqueteuse semble avoir balayé la dynamique d'antan. Un vrai petit joyau contemporain plein de rigueur et d'un humour à froid (la tronche du pater ,en général, et son attitude, en particulier, devant une cuvette de toilette dégueulasse...) faisant de Kiyoshi un des cinéastes actuels les plus passionnants. (Shang 15/09/09)
The Guard from the Underground (Jigoku no keibîn) de Kiyoshi Kurosawa - 1992
Totalement sous le charme de ce petit film d'horreur à l'ancienne : Kuro semble déjà à cette époque avoir tout compris des recettes du genre, et les applique avec passion tout en se construisant discrètement le style personnel qui éclatera quelques années plus tard. Autant son précédent Sweet Home était tout bancal, autant The Guard from the Underground est d'une très grande classe.
Complètement sous influence de Tobe Hooper, dont il recopie presque textuellement des séquences entières de Massacre à la Tronçonneuse, Kurosawa invente un personnage opaque, mutique, qui massacre tout le monde sans réelle motivation. Tout comme Leatherface, il tue presque professionnellement, sans affect, mais avec la même brutalité que son modèle américain. C'est la sécheresse
des scènes de meurtres qui bluffe d'abord : le tueur démembre tranquillement ses victimes, en quelques gestes précis, sans expression sur le visage. Si Kuro s'attarde moins sur le gore que Hooper, il joue parfaitement de l'horreur de ces scènes par une précision parfaite des cadres, et par une utilisation des sons impeccable : après de longues plages de silence où il semble qu'il ait effacé les bruitages, il monte subitement un seul son très fort (le bruit des pas de l'héroïne qui s'enfuit, ou, plus impressionnant, le claquement sourd d'une barre de fer qui brise une tête). Très efficace, cet effet, qui n'a pas besoin de s'adjoindre des flots de sang pour rester en tête.
Kurosawa joue également avec une grande force sur la puissance de ses cadres, utilisant son décor dans toutes ses possibilités : lignes de fuite des couloirs (on ne sait jamais d'où le danger va surgir), utilisation des plans totalement vides pour faire monter la tension, très belle utilisation des arrière-plans, et montage impeccable de tous ces cadres sophistiqués. Le film est rythmé au millimètre, da
ns toutes les scènes de suspense en tout cas : les effets restent classiques (qui est derrière la porte ?), la mise en scène reste dans la veine du genre (ces cadres sur des portes, cette alternance entre les gros plans sur l'héroïne qui regarde l'horreur et ceux sur l'horreur elle-même) ; mais l'immobilité de la caméra, la longueur des plans et la rigueur du dispositif amène un côté implacable aux aventures de cette jeune femme : il y a, comme chez Carpenter, une sorte d'inéluctabilité de la mort, qui est induite par la simple lenteur des actes du tueur et par la simplicité frontale des plans. Dommage que Kurosawa ait encore un peu de mal dans la maniement de la musique : elle est très bien, mais il la balance souvent un peu trop tôt sur les scènes de violence, et désamorce quelques effets. Dommage aussi que les acteurs ne soient pas à la hauteur de cette grande mise en scène : dans les moments calmes, on s'ennuie un peu, d'autant que Kuro a toujours une tendance très japonisante à la déviance des personnages pour meubler son scénar (le patron de l'entreprise légèrement obsédé sexuel), ce qui ne rajoute rien à l'histoire.
Et puis il y a déjà ces accès de personnalité qui feront la marque de ses grands films de genre : une fascination pour les recoins, pour les murs nus, d'où semblent s'extraire les personnages, fantômatiques et immobiles ; la volonté d'échapper au regard direct du spectateur, avec l'utilisation de bâches transparentes ou de cloisons qui cachent le détail principal ; ces longs plans fixes sur des visages fermés ; ces héros sans gloire, presque antipathiques alors que les tueurs sont chargés d'une sensibilité presque romantique (ici, un homme pieds et poings liés à son rôle de destructeur, presque malgré lui). Tout Kuro est déjà dans The Guard from the Underground, le grand styliste et l'inventeur d'histoire : ce film n'a pas à rougir, dans ses scènes de genre en tout cas, face à Kairo.
Eyes of the Spider (Kumo no hitomi) de Kiyoshi Kurosawa - 1998
Eyes of the Spider commence là où Serpent's Path s'était arrêté : on retrouve notre vengeur sans pitié à la recherche des tueurs de sa petite fille, et pendant un quart-d'heure on croit même à un remake pur et dur : même garage glauque, même torture psychologique, mêmes grands coups de boîtes en carton dans la face (les boîtes en carton semblent être une sorte d'exutoire dans l'oeuvre de Kurosawa, y a sûrement un truc à creuser là-dedans). Mais très vite, le film prend un autre virage. Après l'exécution sommaire du responsable, Nijima n'est plus le même : il va se trouver enrôlé dans une bande de yakuzas modernes, sur les conseils d'un de ses potes de fac, et va faire de l'assassinat son job quotidien. Le sentiment irrépréssible de vengeance va se trouver canalisé, ou décuplé, par ces meurtres froids qu'il va multiplier.
Plus lisible que la plupart des grands films abstraits du Kiyoshi, ce film est assurément un des sommets de son art : direct et implacable, burlesque et effrayant, froid comme la mort, il déroule son scénario avec un sens parfait, quoiqu'original et assez barré, de la construction. Comme à son habitude, Kuro multiplie les ellipses, préférant filmer les hors-champs plutôt que le spectacle, l'attente plutôt que l'accomplissement. Les rythmes sont parfaits, mettant en avant le sang-froid de ce personnage pris dans une spirale de violence qui ne le gène pas plus que ça. Eyes of the Spider interroge sans prise de tête ce qui fait qu'un homme bascule dans le meurtre, mais le fait presque nonchalament, sans vraie question. Nijima est un tueur, après avoir été un vague secrétaire qui colle des tampons dans des cases, et puis c'est tout. Pas de grand discours moral : ici, un homme ordinaire devient un exécuteur sans pitié, puis redevient un homme ordinaire, et les fantômes de la culpabilité (il en faut dans tout bon Kurosawa) s'avèrent n'être que de simples poteaux recouverts d'un drap.
C'est cette froideur et cette absence de questionnements qui convainquent complètement. Kuro marche presque sur les traces de Kitano dans cette façon directe de filmer les meurtres, et aussi dans cet humour très froid qui arrive dans les moments les plus violents. Dans les scènes d'exécution, un flingue s'enraye, ou un randonneur fait irruption, ou on n'est plus vraiment sûrs de l'identité de la victime ; on joue au fressbee alors que des contrats se discutent ; pour arriver à parler avec le big boss, il faut d'abord faire une partie de loup ridicule. Même en poursuivant son exploration de la mise en scène, qui s'affine dans la façon de montrer ces lieux vides et ces angles étranges, Kuro s'amuse, et la farce tranche très agréablement avec la radicalité formelle. On a l'impression d'un film très sérieux qui ne se prend pas au sérieux. Pourtant, la mise en scène est impeccable, mélange de plans "plats" qui montrent simplement un homme devant une fenêtre ou en train de manger, et
de plans larges très beaux sur la nature, qui prennent le temps de regarder des situations absurdes et en profitent pour admirer le paysage. C'est certes mystérieux, on en voudrait à Kuro de ne pas l'être, mais c'est aussi, de façon inattendue, très lumineux et drôle. Une grande réussite qui annonce les chefs-d'oeuvre futurs, aussi bien les films d'épouvante (le fantôme, presque aussi effrayant que celui de Séance) que les décrochages barrés (Doppelgänger).
Vaine Illusion (Ôinaru gen'ei) de Kiyoshi Kurosawa - 1999
Ah je suis un peu embêté, pour tout dire : je n'ai rien compris à Vaine Illusion. Non pas que, d'ordinaire, ce soit un frein à mon intérêt, mais là, même thématiquement, même formellement, je n'ai pas réussi à joindre entre elles ces scènes mystérieuses et abstraites. Disons, pour cacher notre embarras, que ce film est une "rêverie", terme bien commode. Kurosawa semble vouloir dresser un état des lieux de la jeunesse japonaise, génération X qui arriverait en parallèle avec celle de Douglas Coupland, et tout aussi exsangue et indifférente.
Deux personnages principaux : elle, jeune fille opaque travaillant à la Poste, croise de curieux fantômes dans les sous-sols, se jette du haut des immeubles et erre
sans but dans les rues de Tokyo ; lui, musicien à ses heures creuses, braqueur le reste du temps, joue au ballon et mange des hamburgers. Les deux s'aiment, enfin je crois, sauf que le jeune homme a une curieuse tendance à devenir transparent. C'est même la plus belle image du film : un plan fixe où le gars, posté devant une fenêtre, se fond petit à petit au décor avant de réapparaître une minute plus tard. Les lieux filmés par Kuro sont toujours aussi glauques et sans beauté (sous-sols, pauvres jardins publics, banlieues urbaines grisâtres) et il les regarde sans passion, à froid, avec un sens du cadre impeccable et un goût solidement vissé pour le plan fixe à rallonge. Vaine Illusion est totalement "dé-réalisé", privé volontairement de toute émotion, sûrement pour
enfoncer le clou de cette vision de la vie morbide et triste. La métaphysique s'invite sans esbroufe sous la forme d'un cadavre flottant sur une mer grise ou d'une jeune femme mystérieuse tentant d'entraîner les autres dans son monde. On note l'effort, mais on a quand même l'impression d'un puzzle auquel il manque des pièces, et on reste en-dehors de cet essai glacial (que d'aucuns considèrent comme le chef-d'oeuvre de Kuro, allez comprendre). Il se peut aussi que je sois passé à côté de la chose. Les explications seront les bienvenues en commentaire...

















