23 mars 2008

Atanarjuat, La Légende de l'homme rapide (Atanarjuat, the fast runner) de Zacharias Kunuk - 2001

atan_runVoilà bien le plus grand film inuit de tous les temps. D'accord, c'est le seul jamais réalisé, mais quand même, c'est mignon comme tout. C'est-à-dire que c'est d'abord un grand moment de dépaysement, aussi bien au niveau des décors que de la trame, de la musique que des personnages. Le seul souci, c'est que c'est encore un de ces fameux "films du monde" oecuméniques et lisses, destinés à être distribués dans le monde entier, et de ce fait ressemblant plus à une étagère de Pier Import qu'à un moment de cinéma. Mais malgré ça, le film réserve d'assez bons instants, de rigolade surtout, mais aussi de bels et bons sentiments.

C'est l'histoire en gros d'une communauté qui se divise sous l'influence du Mal dans toute sa splendeur : viols, meurtres, jalousies, mensonges, massacres de phoque et rots sonores deviennent le lot de cette atuat2petite équipe blottie sous son igloo (pas manchots niveau constructions, les Inuits). Mais Atanarjuat, homme au grand coeur et au pied agile, va agir et régler cette affaire en 2h47 de taff pas aisé. L'Inuit est un bosseur, ça saute aux yeux : ça part à la chasse par -76°, ça passe sont temps à couper des peaux, à cuire des oeufs, à construire des abris. On suit avec plaisir le quotidien de cette communauté, en bénissant le ciel d'être né où il fallait. Je sais pas si j'aurais supporté longtemps ces paysages de glace ou de vague touffes d'herbes hiératiques, où le moindre pas vous enfonce dans la neige jusqu'aux genoux. Mais les personnages en ont fait leur lot quotidien, et la première qualité de Atanarjuat est de nous faire sentir la difficulté de cette vie sauvage. Au milieu de cette vie de folie, les hommes et les femmes rigolent, baisent et chantent avec une joie communicative, et Kunuk regarde tout ça avec tendresse, dans la durée (c'est un poil long, oui).

oki_murder oki_snaps

Mais on est encore plus captivé par les moments de tension, qui valent leur pesant de gigot de morse. Kunuk sait à merveille trouver des biais visuels très forts pour raconter son histoire : une bagarre très réglée, où chaque protagoniste assène des baffes énormissimes à tour de rôle à son adversaire ; une tuerie frontale où les lances passent à travers la toile d'une tente et ressortent gorgées de sang ; et surtout une course-poursuite dans la neige : Atanarjuat est poursuivi par des tueurs, et il court sur la glace pendant des plombes... à poil. Je pense que l'acteur est mort, depuis. Ce genre de scènes, malgré elle peut-être, brothersdéclenche la rigolade, et du coup le film est beaucoup plus léger qu'il voudrait l'être. Kunuk vise le mélodrame et sert un mignon portrait d'un groupe qui survit sur la glace, allant jusqu'au bout de leurs efforts. On a à peine essuyé ses larmes qu'on nous balance une séance de chamanisme hilarante avec un type qui sefout des dents de morse dans la bouche pour conjurer le mauvais sort, et on termine la séance avec la banane. Le but recherché était autre, visiblement, mais finalement Atanarjuat est une bonne comédie qui, en plus, vous dispense d'acheter le dernier Géo.

Posté par Shangols à 23:32 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1