16 septembre 2009

Les Onze Guerriers du Devoir (Ju-ichinin no samurai) (1966) de Eiichi Kudo

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Une éternelle histoire de vengeance (ni 7 ni 47 mais 11 gaziers motivés, rien à avoir avec l'Equipe de France de foot pourtant...) réalisée une nouvelle fois avec une parfaite maîtrise par Eiichi Kudo. On démarre au quart de tour avec un petit chef de clan, Nariatsu (mais comme c'est l'un des fils du Shogun, il se la pète grave) qui n'hésite pas à traverser la frontière de son territoire pour chasser le cerf. Il rate l'animal mais pas le serf (sous vos applaudissements) qui s'est mis au travers de sa route (le vieil homme bondissait moins, c'était plus facile...) Pas de bol, le seigneur du territoire d'Oshi passe juste à ce moment-là et fait gentiment la morale à ce couillon de Nariatsu : on ne tire pas des flèches, comme cela, même contre un paysan... Nariatsu, vexé, lui envoie une flèche en plein dans l'oeil! Les hommes du seigneur d'Oshi sont verts, demandent justice auprès des autorités qui... couvrent totalement le fils du Shogun... Damn it. Le chambellan d'Oshi décide de monter une opération secrète, avec à sa tête un certain Hayato, pour trucider ce petit con de Lord.

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En dix minutes, les bases du récit sont posées, l'équipe vengeresse est pratiquement constituée et on se dit que comme il reste plus d'une heure de film, ils vont sûrement pas y arriver du premier coup. Et c'est clair, les bougres jouent de malchance, leur plan préparé aux petits oignons est toujours annulé à la dernière seconde et on ronge, comme eux, un peu notre frein : les gars s'apprêtent à chaque fois à mourir et on leur accorde même pas le droit de faire une petite tentative... On regrette de ne pas profiter de ces occasions toujours avortées pour rentrer un peu plus dans l'intimité de tous les personnages : on arrive facilement à identifier un genre de sabreur fou qui veut à tout prix se faire un seigneur car "ils sont tous pourris" (un communiste de toute évidence, faut po croire que Kudo ignore l'actualité...) mais on se focalise généralement sur Hayato. Cela nous donne d'ailleurs plusieurs séquences magnifiques entre lui et sa douce filmée à deux millimètres - magnifique gros plan sur le visage, le sourire, les mains... du Godard presque... - et une scène déchirante, la chtite se faisant hara-kiri pour que son homme puisse se dévouer corps et âme à sa mission - le sens du sacrifice et le jap, imbattable...

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On patiente donc jusqu'à l'attaque finale et faut reconnaître que le dernier quart d'heure est un régal : au niveau de l'action (11 contre 50, au moins 324 morts, c'est surprenant au niveau de l'arithmétique certes mais diablement impressionnant) mais aussi visuellement; ce n'est plus de la pluie qui tombe, ni des cordes mais de véritables sabres : le terrain déjà marécageux devient tout boueux et ce combat à la vie à la mort prend des allures infernales. En plus, au bout d'un moment, Kudo fait péter le brouillard et on rentre dans une sorte de quatrième dimension du pugilat. Même si on ne sait plus toujours qui est qui - heureusement les ennemis n'ont pas des shorts de couleur différente mais des chapeaux ronds facilement identifiables -, on se doute que le Lord va bien finir à un moment ou un autre par mordre la poussière. Les onze guerriers se doivent de finir leur devoir, ils ne rentreront pas de toute façon ensuite à la maison (aime beaucoup, au passage, ceux qui prennent sur eux des boules de poudre et rament comme des malades pour atteindre le brasier et se faire exploser - dommages collatéraux assurés). Kudo fait décidément du très beau boulot, dommage que cette maestria finale et ce petit grain de folie ne courent pas tout du long de cette oeuvre splendide mais parfois un peu sage - mais c'est vraiment pour faire la fine bouche. 

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09 août 2009

Les treize Tueurs (Jûsan-nin no shikaku) (1963) de Eiichi Kudo

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Toujours bon de partir à la découverte d'un nouvel auteur japonais d'autant que, dès les premières images, on est cueilli par le magnifique noir et blanc, le superbe jeu sur les lumières et le soin extrême que l'ami Kudo apporte à ses cadres : un hara kiri devant la porte du palais d'un seigneur provincial présenté avec une sobriété impeccable, des discussions qui s'enchaînent comme une trainée de poudre au sein des plus hautes instances du gouvernement et chez le seigneur, filmées encore un fois avec le même soin qu'un chtit bout de saumon placé sur son mini mur de riz. On s'installe dans son fauteuil, on répond à trois quatre coups de fil sans rechigner et on attend impatiemment que l'histoire de vengeance démarre.

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Malgré la multiplication des personnages, on comprend très vite l'enjeu principal du bazar : le type s'est suicidé pour lancer un S.O.S auprès du Shôgun vis-à-vis de l'impitoyable seigneur provincial qu'il sert (le Shôgun c'est un Sarko jap en plus patient) mais comme ce seigneur est précisément le frère du Shôgun, personne ne pipe vraiment mot. Le ministre de la Justice veut, malgré tout, po passer pour un teppanyaki dans l'histoire et décide d'engager un tueur pour que ce seigneur arrête de semer la terreur partout où il va - on assiste d'ailleurs à un flash back où il viole une gonzesse tout juste mariée et on se rend bien compte que ce seigneur abuse grave. Je ne vous apprendrai rien en disant que notre tueur engagera douze comparses, le titre est là pour ça. Première petite déception par rapport, forcément, aux Sept Samouraïs du père Kuro, c'est qu'on a pas vraiment le temps de s'attacher au caractère et à la spécificité de chacun; le mieux servi est encore le neveu du boss, qui, samouraï à la coule, est entretenu par une geisha (pick me, pick me!) et passe sa vie à jouer de cette guitare nippone guère électrique pour passer le temps - quand ce n'est pas la guerre, le samouraï s'emmerde grave. Son oncle lui donnera une leçon à la fois de guitare, en jouant du truc comme Jimmy Hendrix sous acide, mais aussi une leçon de vie en lui faisant comprendre le sens de l'honneur et de la mort quand on travail au SAMOU. Les autres types sont un peu faits d'un bloc, l'un résumant parfaitement leur état d'esprit général avant cette mission suicide en annonçant que "Mourir, c'est agir" - ça vous calme ça, non?

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Une première embuscade est tentée sur le seigneur mais comme on est même po encore au milieu du film, nos gars ne passent point à l'action. Il faudra véritablement attendre la dernière demi-heure pour que nos types retranchés dans un village fassent parler leurs lames. Entre temps, c'est toujours formellement sans faille, mais faut reconnaître qu'on avance pas beaucoup sur la psychologie des personnages : on nous enfonce l'idée du sens de l'honneur avec la même vigueur qu'un sabre défoncerait un melon, mais sinon les personnages ne prennent que peu de profondeur; deux petits personnages féminins font une apparition fugace mais là encore juste pour qu'il y ait un minimum de femmes sur le tournage. Arrive donc enfin la mise sur la gueule finale avec quelques vrais moments de bravoure - même si, même si, j'insiste, rien de totalement bouleversifiant; on accule notre seigneur et ses 53 hommes de main entre des barricades dressées en ville (bon, c'est un peu comme dans Lost, quand 10 hommes meurent on en découvre soudainement 12 autres cachés derrière un pilier...): jetée de tronc d'arbres aussi lourds que trois lits d'Ikea sur la tronche des méchants, brouhaha général à grand coup de "ya-ya-ya" (tout le monde étant pourtant, bizarrement, déjà descendu de cheval) avant de pourfendre l'adversaire (les hommes du seigneur tombent comme des mouches, seul son fidèle lieutenant est capable d'exploser certains des douze tueurs (ah merde celui avec la moustache, c'était lequel déjà ? Prrrrttt!)) ou encore, filmée en caméra portée qui fonce au coeur de l'action, bien belle séquence pleine d'énergie avec des grains de sable lancés vicieusement dans les yeux d'adversaires hagards. C'est forcément un peu plus nerveux que l'ensemble, les combats finaux font preuve d'une belle sobriété dans la violence, mais bah, je suis ptêtre po encore complètement dedans, Kudo me laisse tout de même un peu sur ma faim. J'espère un peu plus de virtuosité et surtout plus de mise en valeur des personnages dans les deux autres opus que j'ai sous la main. Le bougre en a sous la pédale, je suis confiant. Allez, sévère mais po injuste...            

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