24 septembre 2008

Mister Lonely (2007) d'Harmony Korine

18787987_w434_h_q80Nouvel ovni d'Harmony Korine qui orchestre la rencontre entre Marylin Monroe et Michael Jackson. Après quelques envolées et une pincée d'humour, le film retombe tout de même bien à plat - l'histoire parallèle, mettant en scène des soeurs, étant une sorte de parabole/mise en abîme? On peut presque se le demander... Michael, enfin son sosie, danse super bien comme le vrai mais connaît méchamment la loooooose à Paris. Il imite MJ aussi bien qu'Alain Chabat Spiderman, et, à défaut de savoir chanter, il se trémousse de manière vraiment fendarde à deux pas de la place de la Concorde. Son agent, Renard, ne lui trouve que des piges dans les maisons de retraite - faut dire que le Renard est incarné par Leos Carax himself, et Carax et le business ça fait deux. Bref, il fait la rencontre de Marylin qui habite dans les Highlands et qui l'invite chez elle dans ce pseudo-paradis des sosies : il la suit et fait la connaissance d'une bande de bras cassé du meilleur cru, jugez du peu : Charlie Chaplin (Denis Lavant qui peut se faire du mauvais sang sur sa carrière), James Dean, le Pape, Madonna, la Reine Mère, Lincoln, jurant comme un charretier, et même Les Stooges aussi peu drôles que les vrais... Suite à une maladie contractée par les moutons, le Pape est dans tous ses états et on devient de plus en plus perplexe devant les scènes qui s'enchaînent... Que nos gars soient en mal de reconnaissance et se donnent en spectacle de façon résolument pathétique tout en l'assumant, c'est une chose, mais le spectateur, lui, s'ennuie ferme devant le Lavant qui, comme le vrai dragouille, à droite à gauche (de Marylin à Madonna, la chute...) ou le Pape - moins comme le vrai - qui couche avec la Reine Mère. Ca tourne à vide, un peu comme la vie de ces pauvres sosies vous me direz, mais la démonstration est bien fastidieuse... Heureusement, pour rester sur une note positive, Werner Herzog (le vrai cette fois-ci...), qui joue un Père catho, m'a fait tordre de rire; certes je suis fan du gus, mais ces airs sérieux et ses sermons m'ont achevé; cette historiette en filigrane donne également lieu à des scènes vraiment magiques tournées dans les airs (je ne pensais point qu'un largage de nonnes puisse être aussi féerique). Pour le reste, l'Harmonie semble ailleurs...

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15 avril 2008

Julien Donkey-Boy de Harmony Korine - 1999

049510_ph2_w434_h_q80Julien Donkey-Boy pourrait être le fils déviant de Lars Von Trier et de Jonathan Caouette. Du premier, il a l'espèce de "rire de l'idiot", humour à froid et hyper-particulier qui permet de sourire aux horreurs de ce monde ; du second, il a la radicalité formelle, une mise en scène dans l'urgence, un aspect écorché vif qui se retrouve dans ce filmage désordonné et volontairement embrouillé. Mais il est aussi de la même famille que Cassavetes (décryptage d'une famille barrée), que Browning (amour pour les freaks) ou que les Dardenne (rester au plus près des acteurs pour capter "le moment où ça se passe"). Il a également fréquenté certainement les galeries d'art contemporain et passé des heures à zapper sur une télé mal réglée.

julienbremmerRésumons : Julien Donkey-Boy est un OVNI franc, bidule improbable qui allie une forme à la limite de la folie et une trame fascinée par la douleur. Korine se met en tête de filmer une famille vue par l'aïné de ses enfants, un schyzophrène de la plus belle eau, qui se met en boucle à la moindre occasion, pratique un catholicisme fervent et adule sa soeur. Il y a un père inquiétant et dingue (Herzog, magistral), une soeur enceinte jusqu'aux dents (Sevigny, décidément abonnée aux bidules hors-normes), un frère obnubilé par le sport et la gagne. Et puis il y a Julien, gentil candide perdu dans cet univers qu'il préfère interpréter plutôt que comprendre. Korine le suit au plus près, non seulement physiquement mais "intérieurement". Pendant 1h40, le monde qui nous est donné à voir est trituré, massacré, ralenti puis accéléré, pris dans une vitesse qui rend tout motif illisible. Certaines scènes visiblement importantes sont hâchées par un montage épileptique qui ne laisse place qu'à la flanjdbsupputation, d'autres qui semblent anodines sont captées dans la longueur. Il y a des plans qui reviennent sans cesse, comme cette image d'une patineuse ou ce père qui revêt un masque à gaz (?). Il y a également des séquences purement fantasmatiques (Julien téléphonant à sa mère, morte depuis longtemps, et jouée par Sevigny censée être sa soeur), des plans de rue qui ressemblent à des caméras-cachées, ou des moments presque réalistes qui rappellent les brutalités de Festen ou des Idiots (le film est d'ailleurs placé sous le signe du dogme, alors qu'il en transgresse toutes les règles).

On est perdus, certes, mai049510_ph1_w434_h_q80s aussi curieusement entraînés dans ce déchaînement visuel et sonore, comme pris dans ce subconscient étrange fait de flux d'images et de mots, de musique et de lumière. Quand Julien lutte contre son frère, on tombe avec lui ; quand il regarde une enfant, on la regarde avec lui. C'est la grande qualité de ce film que de ne pas rester un pur concept contemporain à ranger dans une galerie branchée. C'est un vrai moment d'émotion qui, malgré quelques coquetteries de malin, reste en tête sans qu'on l'ait vu venir. On dirait que Korine essaye plein de choses sans les expérimenter à l'avance (la caméra placée dans un lustre, par exemple) ; donc, forcément, tout ne marche pas. Mais on assiste à un exemple de cinéma en liberté, strictement en-dehors de tout chemin, totalement désintéressé par le commerce, uniquement guidé par sa volonté et sa personnalité. Que demander de plus ? Un grand moment barré. J'aime.   

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