02 avril 2012

I wish - Nos Voeux secrets (Kiseki) (2012) de Hirokazu Kore-eda

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Kore-eda is back avec ses petites tranches de vie tri-générationnelles ; il se focalise cette fois-ci sur deux gamins qui vivent dans différentes villes depuis la séparation de leur parent : Koishi, l'aîné, vit à Kagoshima avec 20024489sa mère et ses grands-parents et Ryu vit à Fukuoka [eh ouais, tout pile là où je suis allé l'an dernier... C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi, voir l'un des gamins courir autour du lac où j'allais marathonement m'entraîner, ça veut dire beaucoup - spéciale dédicace à l'ami Jean-Charles... Quoi, j'ai le droit de raconter ma vie aussi...] avec son pater guitariste un peu à la ramasse. Chacun s'est donné pour mission de jeter un œil sur son pater et sa mater pour éviter d'éventuelles liaisons (c'est beau les rêves des gamins... c'est justement l'idée du film, j'y arrive) ; si Ryu semble assez épanoui auprès de ses trois chtites camarades de classe, prenant plaisir à observer au fil des saisons son mini-jardin, Koishi n'a qu'une idée en tête, celle de vouloir ressouder la famille. Koishi a eu justement vent d'une drôle de croyance : toute personne présente au moment où les deux trains d'une toute nouvelle ligne se croiseront verra son vœu s'exaucer (une mystérieuse question d'énergie dégagée... Quand on voit ceci dit ce qui arrive à une grand-mère dans le film, on est prêt, comme les gamins, à y croire...). Après avoir quelque peu tergiversé, il va embarquer deux de ses camarades dans l'aventure et donner rendez-vous à son frère (qui va lui-même venir avec ses pineco) sur le lieu du croisement. Chaque gamin de la bande a son vœu : courir plus vite, dessiner plus facilement, devenir une actrice, ressusciter son chien (...)...

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Si l'histoire des gamins sert de fil rouge, Kore-eda prend également tout son temps pour nous présenter les différents membres de la famille et leurs petites passions / occupations : une grand-mère qui s'adonne à la danse tahitienne, un grand-père versé dans la fabrication d'un gâteau local, une mère un peu tristounette qui se change les idées au karaoke, un pater qui gratouille avec ses potes... A chaque adulte ses petits plaisirs et à chaque gamin ses désirs. A force de papillonner d'une personne à l'autre (et ce même si cela contribue à donner une vue d'ensemble sur la vie nipponne), le film perd parfois en intensité, d'autant que certaines histoires sont à peine survolées (Qui trop embrasse...). De plus, l'escapade des gamins paraît tellement peu crédible en soi qu'on regarde l'ensemble d'un œil, certes, souvent amusé mais sans trop y croire... Enfin bon, me direz-vous, l'essentiel c'est que les gamins, eux, y croient et s'accrochent chacun à ses illusions... Bref. Il est marrant de constater, juste après avoir maté le Guédiguian, que la complicité entre les gamins et leur grands-parents est souvent évidente alors que les parents (sur lesquels Kore-eda ne prend guère la peine de s'étendre) semblent, en général, un peu "dépassés"...

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Des voeux qui se réaliseront ou non, demanderont les plus curieux ? Allons, vous savez bien que l'essentiel est de s'accrocher à des rêves, surtout à une époque aussi incertaine... (le gros nuage noir de cendres volcaniques qui plane sur la ville de Kagoshima, pas besoin de vous faire un dessin pour faire des rapprochements avec les tourments récents nippons - Koishi, nouveau dans cette ville, semble d'ailleurs bien le seul à vraiment le remarquer... Life goes on...). C'est relativement trognon et charmant (les gamins sont une fois de plus chez Kore-eda parfaitement dirigés) même si, perso, je continuerai d'avoir une nette préférence pour Nobody knows et Still Walking.  

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07 septembre 2011

After Life (Wandâfuru raifu) (1998) de Hirokazu Kore-Eda

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Retour de vacances pour la seconde moitié de ce blog, pour vous donner des nouvelles tant attendues du cinéma malgache - hein ? Ben non, po de nouvelles, bonnes nouvelles... Plus sérieusement, essayons de s'attaquer à cette After Life de l'ami Kore-eda dont nous (sauf erreur de ma part, ami Gols) avions aimé Nobody Knows alors qu'il me semble bien avoir été le seul à craquer sur Still Walking. Certes, le souvenir est déjà un peu nébuleux vu que j'avais visionné ce film juste avant de partir dans ma casa coupée du monde, et cela est en soi guère bon signe... Il y a pourtant au départ de très bonnes idées dans ce film de Kore-Eda : des gens venant tout juste de mourir se retrouvent dans une sorte de "purgatoire" (de la mémoire) pour dire quel fut le moment le plus heureux de leur vie, moment qu'ils voudraient conserver pour l'éternité... Ces quelques instants de bonheur suspendu, il leur est proposé de les recréer, autrement dit de les filmer en studio (voyez le lien réalité / cinéma, éternelle machine à rêves ? Pas besoin de vous faire un dessin). Idées intéressantes en soi et Kore-Eda de multiplier les entretiens avec ces vieilles personnes - pour la plupart - qui tentent de fouiller dans leur passé pour retrouver cette scène magique et précieuse de leur vie. Bon ben franchement, autant ne pas essayer de couper les cheveux en quatre, mais une fois que j'avais capté le concept, me suis ennuyé comme un rat mort (pas ceux de ma cour, en pleine bourre et bougrement bien alimentés par mes voisins pendant ces dernières semaines qui se plaisent à y jeter leurs déchets - je vous tiens au courant). C'est mignon et attendrissant tout plein, on essaie soi-même de se prendre au jeu (mes footings sans fin sur la plage déserte d'Ankimony, l'annonce du malaise de Sarkozy...), mais franchement la sauce a du mal à prendre... Pendant quatre-vingt-dix minutes, on patauge dans la semoule, suivant les préparatifs des re-créations de ces moments-là (qu'on ne verra d'ailleurs point - par pudeur ou par faute de réelle inventivité de la part de notre ami japonais, je pose la question...) entre personnes qui ont bien du mal à mettre le doigt dessus et micro-histoire d'amour qui se tisse en parallèle... Ce film post-mortem sur lequel plane une évidente tristesse, un drôle de goût de cendre, avait du potentiel mais (était-ce ma propre fatigue cinématographique ? Je ne pense même pas) a plus tendance à rester au niveau des bonnes intentions qu'à nous faire vraiment planer dans l'au-delà... Déçu, voilà tout.

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12 novembre 2010

Air Doll (Kûki ningyô) (2010) de Hirokazu Kore-Eda

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Kore-Eda a une très bonne idée de court-métrage, et a la malencontreuse idée d'en faire un très très long. Il serait forcément très facile de dire que sa poupée gonflable est gonflante mais c'est malheureusement le cas. Pourtant, au départ, dans les premières scènes, quand notre soubrette sexy "prend forme", il y a une véritable grâce et une certaine poésie qui se dégagent de ces gestes à la fois heurtés, "mal contrôlés"; seulement le constat est vite amer, notre fantasme sexuel vivant n'a évidemment pas inventé la semoule et ferait presque penser à une jeune Chantal Goya persuadée que les lapins ont véritablement exterminé tous les chasseurs. Ben oui, kuuki_img2forcément, elle a rien dans la tête, la bougresse, et ne trouve rien de mieux comme job que de passer ses journées comme... vendeuse dans un magasin de location de DVD - le coup est un peu bas quand on y songe. Si au début, on peut s'amuser de ces airs tout effarouchés chez cette fille, à l'origine, guère farouche, elle devient vite à la longue terriblement ennuyante avec ses réflexions méchamment cucul la praline... Il y a bien UNE bonne idée, celle où lorsqu'elle "crève", elle se fait regonfler (le moral) par ce petit employé tout enamouré : notre belle flotte littéralement dans l'air le temps d'une jolie séquence, mais là encore c'est un peu maigre sur deux heures. Kore-Eda parvient sûrement à traduire à la longue cet immense sentiment de solitude généralisée qui semble planer sur ce Japon "à bout de souffle" mais au-delà de ça, on peut po dire qu'il y ait grand-chose à se mettre sous la dent. La séquence où notre poupée en quête de ses origines revient dans l'atelier de confection n'apporte rien de bien transcendant à l'histoire, tout comme cette scène étrangement macabre où elle tente à son tour de "donner de l'air" à son compagnon et l'éventre de façon plutôt bêta. Le film, esthétiquement très soigné et relativement zen dans son rythme, a certes la légèreté d'une bulle d'air, le seul problème étant qu'au final il manque terriblement de consistance - ben ouais, tout le monde se ronge dans sa solitude, c'est bien triste ma bonne dame mais c'est po nouveau nouveau, dans le genre. Bref une tentative originale qui part d'un bon principe (quelques mignonnes petites trouvailles notamment (mais trop rares) comme celle de cette couture de bas d'une passante que notre poupée veut l'aider à effacer après avoir gommé ses propres "marques d'origine") mais qui traîne méchamment en longueur... Le plastique est triste.    

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22 février 2010

Still walking (Aruitemo aruitemo) (2008) de Hirokazu Kore-Eda

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Voilà un film qui tenterait de prouver que Naruse et Ozu ne sont pas sans héritier - toute proportion gardée - dans le Japon d'aujourd'hui. Kore-Eda nous livre un film sur la famille qu'il dépeint par petites touches mais avec toujours énormément de justesse. Si son film est éminemment japonais dans la retenue, les références, les "traditions" (du re-mariage (vu d'un sale oeil) en passant à la visite au cimetière (le fait d'arroser la pierre tombale) en passant par la gastronomie...), il dépasse aisément ce cadre local tant il est aisé de pouvoir reconnaître dans chacun des personnages, leur caractère, leur attitude, des choses finalement très personnelles. Ce n'est peut-être pas aussi osé et azimuté que Tokyo Sonata de Kyoshi Kurosawa (bizarre que les deux gamins, dans les deux films, fantasment sur leur prof de piano...  A chaque génération de trouver sa propre petite musique?...) mais le film, d'une remarquable tenue d'ensemble, est ponctué ici et là de petites réflexions acerbes qui déclenchent toujours un petit rictus (pam, dans les dents et mine de rien...) et sonnent terriblement authentiques.

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On avance au départ un peu en terrain inconnu lors de cette réunion familiale. Au détour d'une petite phrase, on comprend rapidement le (parfois lourd) passé de cette famille, et cela nous permet de faire petit à petit mieux connaissance avec chacune des individualités rassemblées : un père, ancien docteur, ultra bougon qui semble ne jamais s'être remis de la mort de son fils aîné, le cadet en faisant toujours un peu les frais; un cadet, justement, récemment marié avec une femme divorcée qui a déjà eu un gamin et peine à se sentir pleinement acceptée; la mère, bienveillante en apparence, qui sait balancer à la bonne occase la phrase qui fait mouche; une soeur, enfin, avec son mari po farouche et leurs deux gamins. Cela fait donc maintenant une quinzaine d'années que le fils aîné est décédé, à la suite du sauvetage en mer d'un gamin. Gamin qui sera justement invité à l'occasion, ce qui nous vaudra une scène oscillant constamment entre le ridicule et la politesse de bon aloi : chacun semble vouloir sauvegarder les apparences derrière un masque de circonstance; la cruauté des mots du père puis les réflexions de la mère à l'encontre de ce gros patapouf sauvé des eaux, atteignent, par la suite, un degré de cruauté finalement assez terrible. L'être et le paraître... Kore-Eda instaure subtilement ce climat qui mélange à la perfection les sourires d'apparat et les turpides réflexions ou les petits gestes qui frappent terriblement la susceptibilité de chacun. Sur le coup, on ne prête pas toujours attention aux petits mots ou aux comportements qui blessent; c'est lorsqu'un des convives y revient par la suite qu'on comprend le choc qu'il a subi dans son for intérieur sur le coup (le père qui reproche à sa fille de parler de la "maison de grand-mère" et pas de la sienne, le cadet qui n'admet point qu'on attribue à son frère certains de ses anciennes paroles, la femme du cadet qui reproche à sa belle-mère de ne pas avoir d'attention envers son propre fils (...)). Petit à petit, les frustrations de chacun apparaissent, les petites rancunes, les aigreurs seulement, à l'inverse de chez un Desplechin, tout se fait doucement, calmement... Et la vie continue.

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Kore-Eda se focalise surtout sur le cadet, personnage qui se sent d'entrée de jeu mal aimé, mais qui ne fait pas non plus grand-chose pour s'ouvrir complètement aux autres - plus attentif à son téléphone portable qu'aux individus alentours. Si Hiroshi Abe semble avoir exactement la tête de l'emploi, il faut d'ailleurs saluer au passage l'ensemble du casting absolument parfait, du grand-père grinçant au petit "prince" tout triste en passant par la soeur à la voix éraillée. Chaque scène est d'un naturel confondant (invisible mise en scène de Kore-Eda comme dans l'inoubliable Nobody knows : la marque du talent); deux séquences, au moins, sont également assez magiques, celle où les trois gamins tentent de se saisir, sur un ciel d'une blancheur éclatante, de cette fleur rose en hauteur (comme le symbole des pures aspirations que l'on peut avoir à cet âge) et celle où la mère poursuit "pathétiquement" le petit papillon jaune dans son living-room en pensant qu'il s'agit de "l'esprit" réincarné de son fils aîné. Chacun tente de se raccrocher à ce qu'il a sous la main comme pour continuer d'y croire... Si, à la fin de la visite, une fois chacun reparti de son côté, les parents comme les enfants font montre de petites phrases caustiques (genre : bon, ça c'est fait pour un an, ouffff!), ce n'est pas pour autant que cette "indifférence affichée" soit en accord avec la réalité... D'ailleurs, ce n'est pas innocent si le cadet, à la toute fin du film, raconte à ses propres enfants l'histoire du papillon jaune que lui avait contée sa mère : si chacun se défend d'hériter quoi que ce soit de ses parents, il n'en demeure pas moins que l'influence est beaucoup plus profonde qu'on veut soi-même le reconnaître. Still walking n'est peut-être pas une oeuvre révolutionnaire mais on marche à fond dedans, de bout en bout avec un immense plaisir - le film nippon a décidément la cote ces derniers temps.   (Shang - 08/10/09)    

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Oui, un film juste et charmant sur la famille, qui est effectivement dans la droite ligne d'un Ozu, une légère cruauté en plus. On suit avec plaisir les minuscules faits et gestes de cette smala ordinaire, en reconnaissant la part d'universalité que Kore-Eda sait toucher dans ces personnages très crédibles : un simple plan sur une brosse à dents ou sur un bouquet de fleurs dans un cimetière suffit à signifier des années de frustration ou de jalousie, et le cinéaste est effectivement bien subtil, la plupart du temps, pour raconter cette douloureuse histoire de clan. C'est délicat et doux-amer comme il faut... autant dire que ce n'est pas tout à fait mon genre. Manque franchement là-dedans un brin de mise en scène, les idées de Kore-Eda étant parfois trop lourdement symboliques pour emporter l'adhésion : toute la fin, avec ce motif de la transmission qui se fait de génération en génération, est soulignée à mort, trop signifiante, trop explicite. Comme l'ensemble du film, d'ailleurs, qui ne cesse de jongler entre une jolie subtilité et des scènes à gros sabots qui en rompent l'équilibre : pas de mystère, pas de trouble là-dedans ; on nous explique clairement tout ce qu'il y a à comprendre, et on regarde ça un peu paresseusement, en regrettant que Kore-Eda n'ait pas su s'enfoncer plus profondément dans un portrait de la famille contemporaine plus sulfureux. Mon camarade citait Desplechin et Kurosawa : on en est malheureusement très loin, Still Walking s'avérant d'une innocence absolument sans conséquence là où on aurait aimé un peu de malaise. Shang aimant beaucoup ce film, je m'arrêterai là. Pas pour moi, voilà.   (Gols - 22/02/10)

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