12 juin 2011

Printemps, été, automne, hiver... et printemps (Bom, yeoreum, gaeul, gyeoul, geurigo bom) de Kim Ki-Duk - 2003

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Ouf, Kim Ki-Duk est passé à deux doigts du film mondialiste tendance Nature & Découverte, et donc du blâme. Mais, je ne sais pas, un ton personnel, une façon de nous surprendre dans les situations, une sorte d'abstraction étrange bienvenue, et quelques pointes de modernité tout de même sauvent ce film de l'écueil. Je dirais même que, si vous allez vous coucher avant l'horrible dernier tiers (l'hiver convient moins au gars que les autres saisons), vous pouvez même passer un moment fort agréable avec cette histoire de sagesse et d'apprentissage bouddhiste. On suit l'éducation d'un bonze, depuis sa petite enfance (le printemps) jusqu'à sa vieillesse (le printemps II, le retour). C'est surtout ses rapports avec son maître qui intéressent Kim, et l'enseignement traditionnel qu'il lui fait suivre : pour le vieux bonze, on apprend grâce à ses échecs, grâce à l'empathie, et grâce à la punition, oui madame. Vous nous mettez ce gars aux manettes des collèges d'aujourd'hui, je vous promets que ça tourne mieux. Quand le gosse ricane en torturant des animaux, la punition tombe sèche : même torture, histoire de voir ce qu'ont ressenti les bêtes ; quand l'adolescent tombe amoureux, boum, séparation sèche, histoire d'apprendre que le désir de possession, c'est mal ; quand il revient adulte après avoir tué sa femme, zou, tu me copieras 100 fois des idéogrammes au couteau sur la terrasse (c'est un concept). On est en pleine zen-attitude, et on repense au Siddartha de Hesse : pour apprendre, il faut souffrir et se tromper. Bien beau discours, et qui passe dans le film non par des mots mais par une sereine contemplation du monde et des êtres.

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Il y a peu de dialogues, donc, et à la place une glorification de la nature et des rapports humains. Le décor aide bien à la chose : un temple posé en plein milieu d'un lac, hors de tout, qu'on n'atteint qu'avec une pauvre barque. Kim offre une vision panthéiste de la vie, mais n'occulte pas la souffrance et la laideur du monde : on voit des animaux souffrir, une femme sûrement défigurée se cache sous un foulard, même le sexe est relativement cru et sans poésie. Pourtant, chaque cadre est (trop) léchée, parfaitement pensé pour exprimer la grandeur de la nature. Chaque chapitre commence par une porte qui s'ouvre sur une nouvelle saison, et tout respire le calme, la quiétude, l'immanence, l'éternité. Ca rend d'autant plus troublantes les quelques apparitions du monde moderne dans cet univers hors du temps : un couple de flics un peu lourdauds qui se plaignent que leur portable ne passe pas, ou le retour de l'enfant prodigue sous la forme d'un mec d'aujourd'hui, mal rasé et grunge, tranchent avec l'ambiance générale. C'est bien vu, et ça permet à Kim d'éviter la solennité et le poncif du bouddhiste qui a atteint la sagesse gnagna.

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Pourtant, la menace est forte, et Kim tombe bien souvent dans ces travers : musique planante à base de choeurs écoeurants comme on n'ose plus en faire depuis l'invention de la flûte de Pan, filtres de couleurs utilisés à l'envi, déification du silence genre "tout le reste est faiblesse", tout ça est parfois un peu ridicule, et culmine avec quelques séquences impossibles : le maître qui s'immole par le feu (tant pis, je balance, tout le monde l'a vu, non ?), ou la séquence de bondage qu'il fait subir à son disciple, ou la grimpette dans la montagne attaché à une pierre (souvenir de La Ballade de Narayama d'Imamura, autrement plus puissant), sont des scènes affreusement signifiantes et mal fagottées. Tant pis : c'est quand même suffisamment intelligent et sincère pour remporter la mise ; on préfère le Kim Ki-Duk moins consensuel, mais ce film qui vient flirter avec la concession populiste n'en est pas moins solidement réalisé et agréable aux yeux. A partir de là...

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08 avril 2010

The Coast Guard (Hae anseon) (2002) de Kim Ki-Duk

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Dès le prologue, où Kim Ki-Duk nous rappelle gentiment que la péninsule coréenne demeure le seul pays encore divisé, on sent venir la lourde parabole sur ce thème - la séparation, les dangers de la militarisation...: on ne se trompe guère. On suit donc les aventures du soldat Kang sur cette fameuse côte coréenne, soldat qui, avec une vingtaine d'autres, doit décimer tout espion s'approchant de cette jolie plage en été. On se dit que cela pourrait se transformer en une version coréenne du Désert des Tartares, pas vraiment, vu qu'on ne va pas tarder à avoir de l'action; des branle-manettes de civils jouent un peu avec le feu en allant dans une zone interdite, et notre soldat Kang, super au taquet, de lui foutre une rafale de mitraillettes toute fumante dans le dos : notre type est forcément a545574d5d5ca88f641561724f0ccb0f_lsurpris vu qu'il était en train de se taper sa gonzesse, mais le calvaire n'est point fini, notre civil explosant littéralement à l'impact d'une grenade judicieusement lancée par Kang - ouais le sang, Kim, ça le gène po trop, on le connaît maintenant. La pauvre gonzesse va en être toute retournée - se transformant à partir de là en nympho un peu neuneu - quant au Kang, il ne va pas tarder à péter grave un boulon. Décoré pour son acte (ben ouais, il a protégé la zone...) puis mis à pied (il devient dangereux avec un flingue quand même), notre Kang perd totalement la tête et attaque sa propre base... Après avoir assisté à l'opposition entre les civils (pas vraiment contents de la mort de leur pote) et l'armée, les militaires se mettent eux-mêmes sur la gueule : difficile, quand on voit deux Coréens se fighter ou se mettre respectivement en joue, de po y voir un petit symbole... Cette société militarisée à outrance s'autodétruit, et la dernière image, sur ce terrain de tennis-ballon séparé par un barbelé avec la carte de la Corée dessinée (subtilement...) au sol avec de petits cailloux (et les barbelés de disparaître et les joueurs d'être tout jouasses avec leur baballe - 2002, c'était en plus la Coupe du Monde, si je ne m'abuse... c'est ça), enfonce lourdement le clou : ce serait tellement mieux si les barrières dispa... ça va, on a compris... Mouais parce que pour faire passer le message, Kim ne fait pas toujours dans la dentelle et se complaît dans la mise en scène de cette violence sauvage (des militaires écervelés qui se flinguent, c'est marrant deux minutes mais bon) ou la folie douce "sensuelle" (une gonzesse écervelée qui se tape la moitié des troupes, euh, est-ce bien nécessaire...?); le cinéaste frôle même parfois l'image érotique mâle bas de gamme (allez traine-toi dans la boue soldat, plante ta tête dans le sable et remonte bien ton body...) et cet esthétisme publicitaire facile vient méchamment parasiter le discours de fond (qui demeure, déjà, bien superficiel...). Bref, si  les tenues de militaire vous troublent et que vous trouvez trop dommage que la Corée soit séparée, ce film est pour vous. Sinon vous pouvez aisément zapper ce titre dans la carrière du Kim.    

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16 août 2009

The Birdcage Inn (Paran daemun) (1998) de Ki-Duk Kim

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Troisième - petit - film du père Kim qui fait preuve déjà d'une certaine empathie pour son personnage principal, sa très mimi héroïne Jin-a (Ji-eun Lee), qui endosse le rôle d'une prostituée. Elle semble avoir échoué au bout du monde, lorsqu'elle parvient, au début du film, sur cette petite route en bord de plage, et semble autant manquer d'air que le poisson rouge qu'elle renverse malencontreusement. Elle se dégotte une petite pension familiale où contre quelques dollars elle se vend au client de passage. Abusée par le père qui lorgne sur elle, dragouillée par le fils de la famille qui veut trouver une occasion de perdre sa virginité, la 82583013520080131234044pauvre Jin-a doit en plus subir le regard torve et les remarques acerbes de la fille de la maison - elle voit d'un sale oeil cette fille facile qui "salit" la réputation de la famille (hum), son comportement semblant surtout motivé par une bonne dose de jalousie : Jin-a fait non seulement tourner les têtes de son entourage sans rien demander à personne, mais la fille est aussi pour sa part un peu empétrée dans une relation amoureuse où elle a bien du mal à donner le change... Jin-a, totalement esseulée lorsqu'elle se perche sur la planche d'une petite construction qui se trouve au milieu de la mer (plan virevoltant qu'on retrouvera quasiment dans Time), ne se plaint pourtant point et semble attendre qu'un jour le vent tourne en sa faveur. Elle semble malheureusement s'enferrer dans un cul de sac d'autant qu'elle doit subir le retour de son ancien copain-maquereau qui lui pique toute sa thune... Heureusement, elle se fera peu à peu des alliés avec le pater qui jouera aux gros bras et finira peu à peu par gagner la confiance de la fille qui apprendra à voir en elle au delà des apparences... Le petit poisson rouge pourra à nouveau respirer... Kim Ki-duk ne juge point ses personnages, sait distiller quelques saynètes comiques (le père et le fils qui se retrouvent au même moment à l'hôpital avec la chtouille...) mais son film ne parvient guère réellement à prendre son essor : les personnages manquent terriblement d'aspérités et même si les intentions sont bonnes, la morale paraît un peu trop gentillette - on est bien loin d'un Teorema de Pasolini si on veut bien me permettre ce petit parallèle qui vient de nulle part, hum.

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10 mars 2009

Dream (Bi-Mong) (2008) de Ki-Duk Kim

bimongDepuis le sublime Locataires, on se demande quand même un peu si l'ami Kim ne s'enferre pas dans de pauvrettes histoires d'amour qui tourne un peu en rond. Il s'agit pourtant au départ d'une belle et originale idée de scénario : les rêves d'un homme deviennent réalité via le personnage d'une femme somnambule. Alors que celui-ci ne parvient point à oublier sa compagne, cette dernière tente d'échapper à son ancien compagnon. Le blème? C'est que lorsqu'il rêve à sa compagne, la femme somnambule retourne automatiquement à son amant via un transfert métaphysico-amoureux - c'est d'ailleurs super perfide quand on y songe, bref. Et à part cela, ben pas grand chose en fait. Nos deux jeunes gens prennent conscience du côté retors du bazar et tentent désespérément de ne point s'endormir en même temps pour éviter ces dérives sentimentales nocturnes. L'affaire se complique quand on se rend compte que l'ex-compagne de l'un et l'ex-compagnon de l'autre ont une liaison... Cela donne lieu à une séquence totalement surréaliste (on pense un peu au Mad Detective de Johnny To dans un autre genre) où les quatre personnes se retrouvent au milieu de nulle part échangeant à tour de rôle leur personnalité - faut le voir pour comprendre... Si l'idée est là encore assez extravagante (2 hommes, 2 femmes - 3 couples qui se déchirent en quasi-simultané), Kim Ki-Duk a un peu de mal à rebondir sur cette situation "démentielle"... Notre homme et notre somnambule finissent par se menotter pour éviter tout nouvel "amalgame" entre rêve et réalité et un lien, un peu téléphoné, finit par se créer entre ses deux êtres bouffés par leur passé et incapables de contrôler leurs songes. C'est une trame ambitieuse au départ mais au final - après un petit passage dans le gore qui n'était pas vraiment obligé (notre homme est littéralement "torturé" par ses songes mais de là à se foutre des coups de marteau sur tout le corps pour s'empêcher de dormir... mouais) - c'est un peu cucul la praline, à l'image de ce symbole papillonnesque qui finit par faire le lien entre nos deux personnages principaux... Plutôt que d'attendre impatiemment chaque nouvelle mouture du gars, je ferais peut-être mieux de revoir Locataires un de ces quatre : une oeuvre finement poétique et parsemée d'ironie (en tout cas dans mon souvenir) qui tranche avec cette "trilogie" (Temps/Souffle/Rêve) terriblement empesée.   

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06 mars 2008

Souffle (Soom) de Ki-Duk Kim - 2007

Kim Ki-Duk finit par tourner en rond, à force de vouloir absolument réaliser 2 films par an. Il serait bon qu’il se pose un peu, et qu’il tente de renouveler son style, qui a certes fait ses preuves, mais qui, répété ainsi à l’infini de films en films, finit par lasser.

18766140_w434_h_q80D’abord ses personnages. Comme d’habitude, ceux de Souffle sont opaques, avares de parole, suivant des motivations mystérieuses. Mais à force de mutisme et d’opacité, l’héroïne du film (ainsi que son comparse condamné à mort) finit par paraître simplette, et du coup peu attachante. Le syndrome New World, si vous voulez : comme devant Pocahontas dans le film de Malick, on finit par être agacé par cette femme-enfant fleur bleue et innocente. Voilà qui gâche l’essentiel du programme de Kim Ki-Duk : il voulait raconter l’histoire d’une femme trahie qui s’éprend par pitié d’un prisonnier, et on se retrouve devant une mignonnette romance kitsch aux personnages légèrement débiles. On ne peut pas retrouver la magie de Locataires à chaque fois, ici le silence et le manque d’explications nuisent au film.

18766139_w434_h_q80La pente est dès lors savonneuse, et on plonge vite dans l’ennui devant ces mises en scène organisées par la jeune femme pour soulager son prisonnier. Elle décide de faire défiler les quatre saisons dans le parloir de la prison, devant le garçon fasciné, et met en place toute une scénographie faite de posters floraux, de chansons de variété et de ch’tites fleurs des champs. Ca fonctionne bien la première fois, au printemps donc, mais la répétition à l’envi de cette idée lasse totalement : on a compris le truc, et le rythme est saccagé par ces effets attendus qui font long feu. Et les monologues qui suivent ces démonstrations de sensiblerie sont infâmement symboliques, absolument pas captivants et mal écrits. Il en va de même pour toutes les scènes à l’intérieur de la cellule, répétitives, simplistes et trop ostensiblement stylisées pour être touchantes. Est-ce parce que Kim Ki-Duk refuse l’émotion, ou parce qu’il cherche à l’exprimer par d’autres moyens (le kitsch, la suggestion, la couleur) ? Son film en est en tout cas privé, et c’est franchement ballot. Ses rares tentatives ne sont que bêtement moralistes (une femme aux prises avec un bijou appartenant à la maîtresse de son mari ; trois bonshommes de neige pour représenter une famille désunie…)

18766138_w434_h_q80Quelques bonnes idées cependant, à commencer par ce directeur de prison qui suit toutes ces scènes à travers l’œil de sa caméra de surveillance. En véritable démiurge, en organisateur du regard, en décideur des rythmes, des plans, des émotions de l’enregistrement, il opère comme un remontage en direct du film lui-même, sorte de double du cinéaste qui aurait le pouvoir de vie et de mort sur les personnages. Très belle idée, et savamment mise en scène, Souffle finissant par prendre l’aspect d’une vraie symphonie du regard (voir aussi à ce sujet la formidable séquence de la première visite à la prison, pendant que la femme attend l’autorisation à l’extérieur du bâtiment : les points de vue se multiplient, les façons de regarder sont très complexes, vachement bien). Et puis, parmi les jolies choses, une fin qui laisse enfin sortir l’émotion : un couple perdu qui chante « Tombe la Neige » (comme dans le livre de Murakami, Le Passage de la Nuit, Adamo est-il à la mode en Asie ?) dans une voiture, suivi d’un plan très original sur quatre prisonniers enlacés sur le sol de leur cellule : deux d’entre eux sortent ostensiblement du cadre en roulant sur eux-mêmes comme des gosses, laissant le couple d’amants seul devant la caméra. Voilà du style, les amis, et en voilà du nouveau au milieu de ce cahier des charges sagement rempli par un cinéaste un peu à bout de souffle, justement.   (Gols - 25/11/07)


souffle_breathJe trouve mon co-blogueur sévère, mais finalement assez juste : il est clair qu'au sein même du film le père Kim reprend ce qui fait mouche une première fois (petite scène privée de karaoke en cellule sur fond de décor printanier complètement suréaliste) et le fait de le décliner sur quatre saisons a, qui plus est, un petit air de déjà vu dans la filmographie du Coréen. Belle idée pourtant que celui du vase communiquant, le choix de cette femme de transmettre son innocence à ce détenu condamné à mort comme le semble son amour trompé, un transfert qu'elle mène jusqu'au dégoût pour mieux retrouver son mari revenu dans les rails. Que les personnages soient quasi muets, notamment sur la fin du film, on commence à en avoir l'habitude, seulement Ki-Duk ne retrouve que rarement, en effet, la grâce de la mise en scène de Locataires, son film le plus abouti à ce jour. Je ne reviens point sur ce jeu sur le regard - le responsable de la prison est joué d'ailleurs apparemment par Kim Ki-Duk lui-même - qui prend toute sa saveur et son sens lorsqu'il coupe la caméra  qui filme la femme faisant l'amour au prisonnier et décide de regarder le mari et l'enfant en train de jouer dehors avec la neige; il semblerait presque que Kim Ki-Duk fasse le deuil d'un certain voyeurisme, certaines scènes de ces précédents films n'étant point avares de séquences relativement osées voire carrément gore. Il est bizarre que depuis Locataires, il semble s'intéresser à une veine beaucoup plus légère, même si L'arc, Time et Souffle manquent définitivement de fond. Dommage parce qu'il demeure toujours ici ou là des idées franchement rigolottes et totalement décalées (le solo de danse de la petite fille dans sa salle à manger brusquement interrompu par sa mère, le massage des pieds entre compagnons de cellules, le verre qui vole dans la tronche du mari abasourdi (ouais un peu violent mais ça me fait marrer moi)...) qui sont engloutis par des personnages certes "charmants" mais qui manquent définitivement de profondeur et de chair, sur la longueur. Mais je reste fan du type, soyons sport.   (Shang - 06/03/08)

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23 février 2008

Crocodile (Ag-o) de Ki-Duk Kim - 1996

crocodile_0Dès son premier film, le père KKD pondait déjà un OVNI ardu et sans concession. Crocodile est très loin des grandes oeuvres du gars (mais finalement, je me demande si je n'aime pas que Locataires, les autres m'ayant pour l'instant déçu), mais parvient à intriguer souvent, à choquer parfois, à forcer le respect de temps en temps.

C'est le portrait d'un SDF qui, dégoûté du monde qui l'entoure, décide de trouver sa voie dans la violence, l'abandon de tout repère moral. Il viole comme on respire, dépouille les cadavres, met des mandales à tout le monde (et ça va loin dans le choix des victimes innocentes : un pépé affectueux, un petit garçon mignon, une femme déprimée), hurle sa rage, et traite tout le monde de salope ou de connard. "Comment la société peut-elle laisser exister un monstre tel que mcrocodile_3oi ?", vagit-il en donnant de vigoureux coups de reins entre les jambes des jeunes femmes. Dans ces moments de pur désespoir (concentrés dans la première moitié du film), Crocodile est touchant, malaisé mais souvent poignant, d'autant que l'acteur, Jo Jae-Hyeon, donne une très belle épaisseur à ce personnage de Caligula moderne. Le pire est qu'on rit souvent des excès du "Crocodile", Kim parvenant à toucher parfois à une certaine absurdité clownesque, ou à un humour de répétition du meilleur effet : on sait que le môme, quoi qu'il fasse, va se prendre une baffe, et ça finit affreusement par être drôle.

Malheureusement, plutôt que de se contenter de ce portrait en noir, Kim se croit par la suite obligé de nous servir une intrigue, ce en quoi il a bien tort. L'arrivée de tueurs sans scrupules dans cet univers presque fantastique à force d'être décalé, n'apporte rien. Au contraire, elle fait tomber le film dans la banalité, alors qu'on aurait aimé que le sillon "trash" soit plus creusé, aille plus loin. crocodile_01D'accord, il y a de l'idée dans certaines scènes (l'imagination des tueurs est illimitée dans l'amoralité), mais on finit par se désintéresser des personnages, si bien plantés dans un premier temps. Du coup, on remarque tous les déauts du film : une mise en scène très hésitante, maladroite dans son montage ; une image cradouille ; et surtout un goût pour le symbolisme à deux balles (le grand défaut de Kim) qui fatigue. Le personnage ne trouve refuge que dans le fond d'un fleuve, d'où il aperçoit ses contemporains déformés, seul endroit où il se permette de sourire ; belle idée, mais qui, à l'écran, donne de lourds plans chargés de symboles. Le final du film (un homme et une femme installés sur un canapé par 10 mètres de fond), par exemple, bien que beau visuellement, est trop souligné, trop signifiant, trop "bavard" pour toucher vraiment. Si on ajoute une musique assez infâme, et un côté "bons sentiments" qui n'a rien à faire ici, on ressort mitigé de la vision de ce film pourtant étonnant.

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16 novembre 2006

Time (Shi gan) (2006) de Ki-Duk Kim

timetoedeblog2mu_1_Petite avant-première (il faudra attendre janvier 2007 en France) du dernier film de Kim Ki-Duk. Si l'on ne retrouve jamais la magie de Locataires, il y a tout de même un fond de réflexion wongkarwaien qui vaut le détour, la mise en scène dans l'ensemble étant tout de même légèrement décevante.

Pourquoi en amour se lasse-t-on si rapidement des corps (c'est lui qui le dit, attention...) alors qu'une fois que cet amour est perdu, l'on demeure obstiné par l'être aimé? Sûrement une question de temps... (de la routine quotidienne à la nostalgie - ah ben ouais d'où le titre). Il s'agit bel et bien d'un cercle vicieux que la construction du film illustre parfaitement. Une femme va jusqu'à changer de visage pour reconquérir l'être aimé, celui-là se trouvant dans une situation cornélienne entre l'attraction de ce corps et la trahison de son passé. On se croirait parfois un peu dans Nip/Tuck, vu la place que prend la chirurgie esthétique dans le film, Kim Ki-Duk jouant un peu à l'infinie de la variation du changement d'enveloppe physique (posant le douloureux problème de ce qu'on aime vraiment chez utime5toedeblogvc1_1_n individu...). Il finit parfois par perdre un peu le spectateur qui s'attend à de multiples retournements de situation - "Bon la gonzesse, c'est qui, elle ou une autre?????". Si certains passages sont à la hauteur de son esthétique poétique - cette magnifique sculpture en bord de mer, lieu symbolique de toutes les rencontres -, les multiples discussions au café et les crises de jalousie à répétition finissent un peu par lasser: ses personnages s'agitent un peu dans tous les sens sans jamais vraiment évoquer le fond du problème (que recherchent-ils vraiment dans leur relation?), comme si Kim Ki-Duk avait décidé de botter en touche.

Du coup, si l'idée de départ était séduisante, on finit avec un film qui a du mal à vraiment décoller voire devient un peu laborieux - à trop vouloir coller au quotidien de ses personnages (attente, coucherie, jalousie, désespoir) l'impression de déjà vu n'est jamais loin (au sein même du film et dans d'autres...). Dommage car on risque encore de lui reprocher de tourner plus vite que son ombre -et autour du pot - au lieu de s'impliquer corps et âme dans un projet.

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28 février 2006

L'Arc (Hwal) (2005) de Ki-Duk Kim

                                         Alors que le sublibow_1_me Locataires qui frôlait la perfection fonctionnait sur presque rien pourquoi dans l'Arc presque rien ne fonctionne? L'histoire de ce vieil homme sur son bateau qui veut épouser  la jeune fille qu'il a repêché (rires) le jour de ses 17 ans tourne à vide. C'est super drôle de voir qu'il chasse les divers prétendants de la fille à coup de flèches (c'est ce qu'on appelle dans le cinéma moderne un anti-éros) (re-rires) mais le film semble avoir été piqué par un chickungunya: les plans s'enchaînent de plus en plus mal et ohwal_1_n tombe peu à peu dans une  léthargie profonde... Alors oui, l'actrice est très cinégénique, elle est très jolies avec ses rubans de toutes les couleurs quand elle fait de la balançoire (on savait depuis Chunhyang de Im Kwon Taek que le Coréen aime filmer la jeune fille sur balançoire)... Mais voilà... Kim Ki-duk semble s'être pris au propre piège de sa prétendue poésie quasi-muette un peu comme le vieil homme qui, à la fin, tente de se pendre avec le noeud coulant attaché à son propre bateau. C'est bien gentil de vouloir faire 2 films par an mais parfois faut savoir laisser un peu de mou. (je reste quand même un grand fan du Kim cela dit)

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