Le Bon, la Brute et le Cinglé (Joheunnom nabbeunnom isanghannom) de Kim Jee-Woon - 2008
Pas de risque de se fouler un neurone avec ce film d'action imparable, mais il existe un danger de se démonter la machoire. Le Bon, la Brute et le Cinglé est un énorme plaisir de pur divertissement, qui renoue avec brio avec ce bon vieux western-spaghetti tout en développant une esthétique très personnelle. On avait oublié le plaisir de ces films purement spectaculaire des années 70, et Kim Jee-Woon vient nous rappeler toute la magie simple du cinéma quand il est seulement consacré à vous faire passer un excellent samedi soir.
Le film est donc à cheval sur le remake respectueux du Leone, avec certaines scènes qui sont reproduites presque à l'identique, et une vision contemporaine de la chose. Depuis la sortie du film italien, les mangas sont passés
par là, la parodie aussi, les kung-fu-movies ont raflé la mise, et Kim réussit un parfait mélange de tout ça. Très spectaculaire, son western fait la part belle à d'énormes morceaux de bravoure, le cinéaste n'étant vraiment pas chien quand il s'agit de semer de l'action dans la trame. Si on a bien tous les éléments (un trésor enfoui, des cow-boys sans foi ni loi, une attaque de train, des chevaux qui chutent et des yaaargh sonores), les motifs du cinéma asiatique ajoutent une touche absolument craquante à l'ensemble : lors d'une bataille échevelée au sein d'un marché, le héros se balance de cordes en cordes en défiant la pesanteur ; les coups de poing ressemblent plus à des doubles kick-balayette à la Bruce Lee qu'aux bonnes vieilles mandales eastwoodiennes ; et le jeu hystérique des acteurs renvoient la folie de Eli Wallach dans les cordes.
Kim s'amuse comme un fou avec les codes du genre, et sert des scènes de bagarre absolument éblouissantes : très rapidement montés la plupart du temps, les plans courts alternent avec des travellings
ahurissants qui suivent les personnages dans toutes leurs actions. On est éblouis par la virtuosité de ces séquences, qui font de la surenchère spectaculaire un passage obligé, et qui utilisent la bonne vieille méthode de l'effet spécial fait à la main pour épater. De la cascade, pure et simple : si on devine parfois les cables qui projettent les méchants en arrière, on ne peut que s'ébaubir devant la difficulté technique de ces scènes, pleines de fracas et de mouvements, et d'une imagination débordante. La plus longue et plus belle séquence est une course absolment démente à travers le désert, où un personnage est poursuivi par trois ou quatre armées qui se tirent les unes sur les autres et gesticulent dans tous les sens : ça charcle de partout, ça tombe, ça fait gicler des hectolitres de sang, et pourtant c'est toujours d'une clarté cristalline dans l'espace et dans la place de chaque personnage. Kim n'oublie jamais de regarder un paysage, même au cours d'une de ces scènes énormes, ou d'épaissir un caractère, ou d'inventer un nouveau danger.
La trame, simple et solide comme un Leone (une carte du trésor, trois cow-boys qui la veulent) ajoute à la pureté de ce film. En plus doté d'un humour impeccable, de personnages secondaires poilants, et porté par des acteurs très drôles (la palme au "cinglé", très subtil, très profond malgré ses grimaces), Le Bon, la Brute et le Cinglé déclenche des petits sauts de plaisir incontrôlés. Le duel final, pour le coup très proche du film de Leone, tire pourtant vers une abstraction à la Peckinpah (ralentis, esthétisation extrême des corps et du sang). On en ressort exsangue et ravi. (Gols 27/12/08)
J'avoue que je pencherais plus du côté de Dider Da (commentaire ci-dessous) que de celui de l'ami Gols. C'est du bon gros fun de base sur un s
cénario qui me ferait plus penser, pour ma part, à une oeuvre de Lu Besoong (je coréanise) qu'à du Leone. Le bon a en effet des dents blanches dignes d'un top-model vénezuelien, le méchant parvient à copier avec une certaine perversité la démarche de Florent Pagny au quotidien, quant au cinglé, il faut reconnaître tout de même son poids en cacahuètes avec une course en zig-zag digne de Pierre Richard et un morceau de bravoure en scaphandre qui fait couler des larmes. Les scènes d'action sont certes au départ impressionnantes mais la baston dans le marché des voleurs et la course dans le désert finissent par tourner un peu en rond (grosse promo sur les pétards) à tel point qu'on soupçonne tous les types morts de se relever et de se lancer à nouveau dans la bataille dès qu'ils sont hors-champ. A force de chercher la surenchère, on en finit souvent par oublier la mise de départ... C'est du film d'action fusion entre western, mad max, gros mix asiatique et images de synthèse et si parfois ça décoiffe, ça finit aussi un peu par barber (je l'ai vu aussi un dimanche soir, pas de doute que cela doit également jouer, à la réflexion). Même le duel final qui copie son Leone est un peu bâclé, ces gros plans sur les regards montés à la mitraillette ne permettant point, véritablement, d'installer une tension. Sympa mais à petite dose - et à voir plutôt le samedi soir, donc. (Shang 23/03/09)
A Bittersweet Life (Dal kom han in-saeng) de Kim Jee-Woon - 2006
Les esthètes purs doivent adorer ce film, qui est effectivement joli au niveau visuel. Mais pour moi qui cherchais peut-être autre chose ce soir, A Bittersweet Life est un peu con-con. Pourtant, Kim fait tout pour nous prouver que son minuscule sujet est plein de grandeur et de solennité. Mais du point de vue de la trame, le film est quand même très mince : un jeune garde du corps, homme de main à ses heures, est trahi par son camp suite à sa bête attirance pour la jeune fiancée du patron, et, après s'être fait salement torturer, va assouvir sa vengeance sur icelui. Ca fighte sa mère, ça fait gicler les figurants à travers les vitrines, ça se prend des balles en pleine tête, c'est bien spectaculaire... mais c'est franchement creux et vain, d'autant qu'on a pigé à la troisième minute quel va être le déroulement du scénario.
Bon, tant pis, oublions le scénario et voyons un peu ce qu'il y a d'autre à se mettre sous la dent. Eh ben pas
grand-chose, justement, le film se contentant souvent de citer sa cinéphilie compulsive plutôt que d'essayer de trouver sa voie propre. Dans un joyeux méli-mélo, on trouve donc le Delon du Samouraï, dans le jeu feutré de l'acteur principal ; le Tarantino de Kill Bill dans l'obsession du même ; le Pacino de Scarface dans le gunfight final (le héros est proprement invincible) ; le Im Sang-Soo de The President's Last bang dans le choix des décors sulfurisés des hôtels de luxe ; et même quelques pointes de western dans les duels tout en noblesse (y compris dans les buissons poussés par le vent qui traversent l'écran)... Tout ça se regarde agréablement, d'autant que l'acteur est tout à fait compétent dans le non-jeu melvillien, d'autant que Kim sait relancer le spectacle par des choix pleins d'esbrouffe (un meurtre sur une piste de patinoire, mais où va le monde ?). Mais c'est aussi assez passable quand le gars se pique de parler d'amour (piste qu'il abandonne heureusement bien vite) ou se complaît dans des pics de violence douteux. Le même film que d'habitude, qui tient en éveil en fin d'après-midi. Cahier des charges rempli, au suivant.
