16 septembre 2007

Le Hasard (Przypadek) de Krzysztof Kieslowski - 1981

Capt_filmIl y a deux périodes dans la carrière de Kieslowski : celle des premiers films à trois kopecks, et celle des "grands chefs-d'oeuvre" (dixit Télérama) aux scénarios amples et à l'esthétique raffinée. Le Hasard appartient à la deuxième période, est peut-être même le film-charnière de l'oeuvre du gars... et je préfère définitivement la première période...

Non qu'il soit dénué d'intérêt : apparemment sincère, effectivement très ambitieux et vaste, sans aucun doute très réfléchi et maîtrisé dans son scénario autant que dans son esthétique, il peut sans rougir être présenté dans les ciné-clubs désireux de faire un cycle "cinéma et engagement". Le seul souci est qu'il est déraisonnablement chiant dans son côté "citoyen concerné" et dans sa volonté de faire du Grand Cinéma d'Auteur. Si Kieslowski n'était pas Kieslowski, c'est-à-dire un auteur intelligent et cultivé, on aurait frôlé le Lelouch. C'est en effet lui aussi sur le destin qu'il a choisi de plancher : un jeune homme veut prendre un train pour Varsovie ; selon qu'il le prenne, qu'il le râte ou qu'il fonce dans le chef de gare, sa vie va prendre des chemins contraires : engagement politique, implication dans la foi catholique, ou neutralité morale, c'est tout un cycle de bouleversements que Kieslowski fait tenir dans un fait tout bête. LeCapt_son malheur est que son scénario ne raconte pas grand-chose de plus que ça : notre destin tient à des détails. C'est un peu court.

Alors pour montrer que sa trame est profonde, le gars délaye et tente de parler de moralité, d'engagement, de conscience. Mais il le fait avec une telle épaisseur de traits, en utilisant une telle lourdeur dans les symboles, que son film passe complètement à côté de son message. On reste accroché à ces maladresses d'écriture, en oubliant tout le reste. C'est bien là l'auteur des patisseries au beurre de la trilogie Bleu-Blanc-Rouge future : à vouloir tout mettre dans le non-dit et la subtile symbolique, on finit par beugler plus fort que les autres. Le Hasard est indigeste et soporifique comme un film de Kieslowski.

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10 janvier 2007

L'Amateur (Camera Buff Amator) de Krzysztof Kieslowski - 1979

Avant de réaliser des clips dans les années 90 (Bleu-Blanc-Rouge), Kieslowski fut un cinéaste, il est toujoursamateur_1 bon de le rappeler. L'Amateur date de cette période, période où les filtres colorés vachement trop class n'étaient pas encore arrivés en Pologne, et où le gars, devant se dépatouiller avec les difficultés d'être un cinéaste de l'Europe de l'Est, arrivait à créer dans l'urgence de bien belles choses.

Ce n'est pourtant pas une totale réussite. Le film sent franchement beaucoup le film à thèse, il y a des relents de Dossiers de l'Ecran qui ont tendance à effacer la beauté simple de la mise en scène. L'Amateur raconte, en gros, l'histoire d'un petit mec qui découvre le plaisir du cinéma quand il s'achète une petite caméra. Bientôt, cette passion va devenir de plus en plus envahissante, d'autant que le gars se pique de faire dans le film engagé. Il va découvrir alors les dangers d'être un artiste, et les dangers de montrer... Très beau sujet. Mais Kieslowski n'arrive pas toujours à se dépatouiller de ce discours, et les discours politiques sont souvent lourdement amenés. Heureusement, il sauve sa thèse en retournant complètement son scénario, dans les dernières minutes. La censure est une horreur, bien sûr, mais elle a peut-être parfois raison de vouloir nous fermer la gueule, les dommages collatéraux des discours artistiques étant souvent catastrophiques.

Là où le film est vraiment joli, c'est dans les idées toutes simples de mise en scène, et dans le dessin du personnage principal. Petit à petamateur_2it, Filip voit le monde comme une chose à cadrer, comme un plan de cinéma potentiel. Du coup, il se met à organiser son univers (faire s'envoler un oiseau, faire pleurer sa fille) et à découvrir les potentiels de la mise en scène (beau mouvement de travelling arrière "à la polonaise", c'est-à-dire caméra à l'épaule et guidé par un accolyte qui court comme un fou derrière lui). Quand sa femme le quitte, il va même jusqu'à imaginer ce que ça pourrait donner à l'écran. Kieslowski accompagne cette découverte de la beauté et des ambiguités du cinéma avec beaucoup d'attention, et montre simplement un cinéaste débutant au travail, qui s'extasie sur un zoom ou sur un cadre élégant. Malgré le peu de moyens évident, le film est plutôt beau (si on aime l'esthétique de ces années-là (cf les premiers Forman ou les premiers Polanski)), courageux et intelligent. Il y a notamment, insérée dans le récit, une interview de Zanussi qui rappelle qu'à une époque, Kieslowski réfléchissait avant de faire des films. A voir, nécessairement.

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