25 décembre 2008

My Magic d'Eric Khoo - 2008

18936595Be With me était un "Khoo de maître", selon mon camarade ; My Magic en est un dans l'eau. Et dans l'eau des larmes, puisqu'on a droit ici à un mélodrame franchement sirupeux, à base des ingrédients incontournables : petit n'enfant aux grands yeux, méchants grimaçants et héros à la beauté intérieure. Le personnage principal est un alcoolo obèse affublé d'un fils qu'il ne comprend pas, voilà pour la partie "enfance brisée" ; il va tenter de relancer sa carrière de fakir pour pouvoir payer l'école de son fils, voilà pour la partie "sacrifice paternel" ; mais il se heurte à la brutalité du monde moderne, partie adversités et noirceur humaine ; mais retrouve la fierté dans le regard du bambin, partie violons.

18996141_w434_h_q80C'est vrai que Khoo décrit un univers qu'on a peu l'habitude de voir au cinéma, et qu'il le fait avec une frontalité assez troublante dans un film pour enfants : les numéros de magie du héros sont visiblement réalisés sans trucages, en gros plans, et on le voit ainsi se percer la langue avec un clou, se rouler sur des tessons de bouteille ou manger une ampoule dans la durée. Ca donne à ces séquences un aspect gentiment vénéneux qui fait son effet, tout comme cette longue séquence spectaculaire de torture. Le magicien va pratiquement jusqu'au bout de sa résistance physique, et le film plonge assez subtilement dans le glauque, sans qu'on y prenne vraiment garde. Le fait d'avoir utilisé un vrai fakir pour interpréter le rôle donne à l'ensemble un aspect documentaire finalement effrayant, accentué par une image assez cradouille, qui n'essaye pas (dans la partie "dure" en tout cas) de nous éblouir.

18996143_w434_h_q80Mais malgré ce louable effort formel, Khoo n'arrive pas à éviter un côté Cinema Paradiso très soûlant. Les rapports entre l'enfant et son père, la découverte fascinée par le premier des qualités morales du second, le flash-back minable de la fin, la façon dont Khoo tient à instiller du merveilleux dans son histoire, tout cela est convenu et très niais. On soupire d'ennui devant ces gros plans sur les grands yeux écarquillés du bambin et devant cette histoire qui nous entraîne au bout du bout du mièvre et du mélodrame crétin. Plutôt que d'explorer la voie de la laideur et de l'inconfort qu'il semblait avoir mis en place, Khoo perd courage et nous sert un énième film de Noël joliet et frileux. Le sang est effacé par la jolie musique, et toute l'audace du sujet perdue dans les convenances du sentimentalisme. Au final, c'est creux et très attendu.

Posté par Shangols à 10:43 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


24 avril 2007

Be with me (2005) d'Eric Khoo

poster_1_Trois histoires de solitudes (heureusement très peu entremêlées ce qui nous évite le film chorus un peu lourd dernièrement) dans un film pratiquement muet tout en petites touches subtiles: un vieil homme qui continue de voir en fantômes sa femme décédée et qui reprend goût à la vie au contact d'une fabuleuse aveugle sourde (po aidée, clair) qui s'est toujours accrochée à la vie, une jeune fille qui tombe amoureuse d'une autre rencontrée sur internet qui a tôt fait de la délaisser pour vivre d'autres aventures, et un gros pépère qui fabule sur une créature de rêve. Le projet de Khoo est particulièrement ambitieux de par cette volonté d'en dire un miminum et il parvient à le transformer en plaçant toujours sa caméra au bon endroit mais aussi grâce à un montage très dynamique où l'on sent que tout a été dûment pensé à l'avance.

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Khoo parvient de façon magistrale à faire plonger le spectateur de son univers sans jamais céder à une quelconque facilité, en faisant simplement confiance à une grande originalité narrative qui n'est pas sans évoquer certains tours de force de Tsai-Ming-Liang; cela nous donne une série de séquences, qui, par leur intimité et leur justesse, marque peu à peu l'esprit du spectateur attentif à ces flashs de vie humaine: sans faire une liste exhaustive on est touchés par ces petits moments glanés d'un début de rencontre amoureuse entre les deux jeunes filles, par le désespoir de ce gros lourd au grand coeur qui passe des plombes à écrire sa déclaration d'amour sur un papier à lettre qui ressemble au papier-peint de ma grand-mère, par ces mots qui s'inscrivent en bas de l'écran et qui retranscrivent les pensées de l'aveugle, par ces multiples plans de préparations culinaires du vieil homme qui retrouve, ce faisant, goût à la vie en tentant d'oublier le passé, par tous ces petits mots sur ordinateur, téléphone portable,  qui transitent d'une personne à l'autre et qui sont souvent criants d'une véritable difficulté à communiquer, par ce jusqu'au boutisme de chacun des personnages qui ne peuvent trouver leur place qu'en ayant un compagnon. Ce "be with me" est souvent un appel au secours qui a parfois du mal à se concrétiser, une foi dans laquelle certains des personnages perdront des plumes.


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Allez, on peut oser ? Un Khoo de maître - ça c'est fait. 

Posté par Shangols à 18:30 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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