27 janvier 2011

La Route parallèle (Die Parallelstraße) de Ferdinand Khittl - 1962

4F056356A0F746D1A270D0E053A97DFE_f019479_pic_03

Le film avait visiblement fait du bruit à l'époque quand il fut diffusé au feu festival de cinéma expérimental de Knokke-le-Zoute (ah ?). On peut comprendre, en effet, vue l'opacité des intentions de cette oeuvre intrigante : sous des apparences de film scientifique, presque de film d'entreprise, on assiste à un cauchemar étrange qui doit autant à la morbidité climatisée d'un Kafka qu'au surréalisme d'un Breton. Cinq hommes sont désignés pour regarder des documents destinés à lever l'énigme d'un homme disparu ; s'ils ne parviennent pas à ce but au bout de trois nuits, ils seront exécutés et remplacés par cinq autres. En fait de pièces à conviction, on regarde des bouts de films en couleur et en 16mm, documentaires sans repère accompagnés de commentaires poétiques et abscons. Quand on revient sur la salle de réunion, c'est pour entendre un délire d'interprétations qui se mordent la queue de la part de nos cinq jurés. Tout ça se déroule sous l'oeil aiguisé d'un arbitre, qui invente les règles les plus idiotes pour mieux brouiller les pistes (genre : vous n'avez le droit de changer la disposition de vos chaises que trois fois). On n'a ni le début du film, qui commence au bout de la troisième nuit, ni la fin, qui laisse la "trame" en suspend : on ne saura pas ce que deviennent ces hommes, pas plus qu'on ne saura qui est ce disparu, le rapport entre tous ces films, et le but véritable de cette session de jury...

0A809DBBD8AA428D8D13F020958A9331_f019479_pic_01

On le voit, on a déjà fait plus transparent dans la narration. Die Parallelstraße travaille sur la confusion, sur le hiatus, sur l'association d'idées, beaucoup plus que sur cette pseudo-histoire légèrement science-fictionnelle et métaphysique. Ca fonctionne souvent très bien, notament grâce à un humour à froid qui marque des points : les tentatives de dissection des extraits par les 5 jurés valent leur pesant de non-sens, et le sérieux avec lequel elles sont ennoncées suffit à montrer toute la vanité de l'entreprise. Ces passages en couleurs, à la fois légèrement kitsch (un côté Connaissances du Monde) et parfois très beaux, cultivent eux aussi une étrangeté intéressante, du fait de leur absence de repères, mais aussi à quelques idées formelles ingénieuses : on voit par exemple le travail d'un abattoir filmé à l'envers, comme si on était dans une fabrique de resurrection plus que de mise à mort. Les parties consacrées au jury frappent par la froideur du dispositif : noir et blanc contrasté, plongées à angle droit sur les tables, jeux d'ombres inquiétants, beau travail sur les voix. Khittl installe le non-sens le plus pur dans un dispositif hyper-rigoureux, ce qui augmente encore l'absurdité de la chose.

Sans_titre

Après, il est vrai qu'on reste un peu froid devant cet objet lisse et purement conceptuel. Khittl se laisse peut-être trop enfermer dans son dispositif, ne parvenant pas à faire réellemet décoller la chose : ce que vous avez vu dans les 5 premières minutes n'évoluera pas dans les 80 restantes, et on reste dans cet aller-retour qui finit par être binaire entre images documentaires et fiction glacée. On ne s'ennuie pas, non, les parties en couleurs suffisant à maintenir l'attention ; mais on ne ressent rien non plus, placé face à une surface trop sophistiquée pour être plus qu'une surface. On constate l'intelligence de la chose, mais l'émotion reste en arrière. Reste un film impossible à rattacher à quoi que ce soit d'autre, original et bizarre, intéressant et assez drôle.

Posté par Shangols à 13:46 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1