05 février 2010

The Box de Richard Kelly - 2009

The_Box_Richard_Kelly_560x330_BOX_DAY29_03426Bon, ok, d'accord, d'accord, j'arrête de me faire du mal et de regarder les films de Richard Kelly. Je pensais que, fort de la réussite de Donnie Darko, on pouvait lui pardonner le minable Southland Tales. Mais, non, je viens de le vérifier : Richard Kelly est mauvais. Son nouvel opus, The Box, est pratiquement aussi prétentieux, pompeux et nul que Southland Tales, ce qui relève d'une belle constance. Ca commence comme un épisode de Twillight Zone : un couple reçoit chez lui une boîte avec un poussoir ; le dilemme : s'ils poussent le bouton, quelqu'un mourra, mais ils recevront un million de dollars. Ca semble torturer leur conscience, et déjà on ne comprend pas bien : n'importe qui aurait appuyé 239 fois sur le bouton en rigolant, mais Cameron Diaz, non, elle est humaine et a lu Sartre (cachet philosophique du film), et elle hésite.

the_box_richard_kelly_cameron_diaz_james_marsden_41La suite est un interminable nanar ésotérique, qui mèle une scientologie puérile et des concepts de science-fiction ringards. Entre intervention divine, vagabondages dans l'au-delà et essai philosophique niveau 6ème pro, Kelly est très fier de la profondeur de son film. mais celui-ci ne rime à rien : laid, con et imbu de lui-même, il ne fait qu'aligner des scènes inutiles et sérieuses comme tout en lieu et place du gros gag qu'il aurait dû être. On finit par rigoler franchement de ces sentences sépulcrales assénées par des ombres de personnages, en s'affligeant quand même de constater combien Kelly voudrait être Lynch : il s'évertue à brouiller les pistes, à tenter de nous surprendre avec des décrochages d'atmosphères ou des séquences montées dans un ordre aléatoire, conavincu que la complexité remplace le manque d'idées, misant tout sur un certain snobisme ambiant qui tend à dire que "moins c'est clair, meilleur c'est". Cette sophistication ne cache jamais le vide complet du propos, et on baille d'ennui devant ces 110 minutes inutiles et pompières. Twillight Zone, Richard, ça durait 25 minutes, et c'était fun et modeste.

Posté par Shangols à 23:19 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


01 décembre 2009

Southland Tales (2006) de Richard Kelly

18844649_w434_h_q80Southland Tales n’est pas loin de ce que j’ai vu de pire ces derniers temps. Il a fallu un an à Richard Kelly pour remonter son film et l’amputer de 17 minutes, mais franchement, à part en tourner un autre, je vois pas bien ce qu’il y avait à sauver. On pense partir sur un film de science-fiction avec cette attaque atomique en terre américaine, puis sur un thriller politique avec des élections décisives en Californie...cela bifurque ensuite vers le loufoque via des dialogues complètement absurdes avant qu’on fasse un tour vers le film d’action, ah pis tiens un clip...finalement on se rend compte qu’en fait c’est tout simplement du pur foutage de gueule. Après le troublant Donny Darko, Kelly a de gros moyens mais il fait littéralement n’importe quoi. J’aurais dû zapper au bout du vingt minutes si ma conscience professionnelle n’avait point fait des siennes... La trame s'achève péniblement avec une histoire dans une quatrième dimension spatio-temporelle, responsable du dédoublement de deux personnes et on a même droit en prime au héros christique capable de sauver le monde... on reste ébahi devant une telle connerie prétentieuse. Le péché mignon du film reste quand même la distribution, chaque acteur étant totalement en roue libre. La palme pour The Rock qui joue comme un cochon (on dirait moi au billard lundi, ou plus généralement, moi au billard) et avec, en bonus, dans ce casting hétéroclite, CHRISTOPHE LAMBERT, en vendeur d’armes – c’est peut-être le seul dont on puisse dire que c’est son meilleur film depuis 20 ans… en tout cas pas le pire… Exactement à l’image des donzelles : clinquant mais creux. Point étonnant que le film tarde à sortir en France tant il devrait se faire démolir. A éviter ou alors vraiment si vous avez fumé toutes vos réserves juste avant.   (Shang - 12/03/08)

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Je ne me souvenais pas que mon camarade avait déjà critiqué ce film, ça m'apprendra à ne pas lire Shangols. Malgré son texte virulent, je le trouve encore au-dessous de la vérité : Southland Tales est l'archétype du ratage complet. Sans doute parce qu'on lui a trop dit que Donnie Darko était génial, Kelly se croit devenu THE réalisateur contemporain ultime, et livre un objet boursouflé, mégalo, prétentieux et crâneur comme c'est pas possible. Même l'amateur de science-fiction prophétique (dont je ne suis décidément pas) ne pourra que ricaner devant ces sentences bibliques insérées dans une trame de collégien, devant ces tentatives conceptuelles et pop qui ne servent qu'à masquer le vide du discours, devant le sérieux papal de l'ensemble qu'on essaye de nous faire passer pour une farce. Kelly confond tout, la politique et la Bible, la SF et la guerre en Irak, le terrorisme et l'activisme féministe. D'une inculture crasse, d'une bêtise qui confine à la débilité, son film accumule les clichés, tout en désactivant son idiotie sous des airs de rigolade huitième degré. Ce n'est jamais surprenant, juste un grand n'importe quoi qui traite son spectateur de haut, un cinéma enfermé dans sa tour d'ivoire et qui joue à être maudit faute de mieux. Ca et là apparaissent encore quelques bribes de mise en scène (c'est par exemple assez bien monté, assez bien cadré), mais tellement noyées sous la fatuité du propos qu'on finit par s'en foutre. On dirait Austin Power dans Matrix, ou Jean-Claude Van Damme dans le Da Vinci Code, au mieux. Au bout des 2h20 (...), on se demande si Kelly n'a pas voulu tout simplement se saborder lui-même, genre complexe du bon cinéaste qui atteint trop vite la gloire. Sinon, vraiment, je ne vois pas le pourquoi d'un tel navet, qui pense visiblement que Lynch n'est pas allé assez loin. On ne peut que souhaiter que les producteurs mettent un bon coup de pied au cul à Kelly pour s'être pris pour un génie, le fassent retourner à sa table de travail et arrêter de regarder ses chevilles gonfler. Ca semble chose faite, puisque Southland Tales n'a presque pas été distribué, et que Kelly semble être revenu à plus de modestie avec The Box.   (Gols - 01/12/09)

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07 juin 2007

Donnie Darko de Richard Kelly - 2002

darko_w434_h578_q80Bon, on va peut-être me traiter de fou, mais j'ai beaucoup aimé Donnie Darko. Sous des dehors de teenage movie à pop-corns, ce film très intrigant arrive mystérieusement à vous happer dans son univers, un univers de rêverie, où les effets spéciaux, très simples, sont magnifiquement utilisés pour mettre à jour la personnalité et la psychologie d'un ado.

Beaucoup de choses échappent dans cet objet hybride, et c'est tant mieux. Kelly préfère les ambiances à la logique, et choisit de nous entraîner dans l'inconscient de son personnage (et d'une certaine Amérique, on n'est pas dupe), à la manière d'un Cronenberg, par exemple, pas moins. Le scénario, même brumeux, laisse toute sa place à ces purs moments hors du temps et de la réalité, où Donnie projette ses fantasmes et ses pulsions adolescentes sur l'extérieur. Ca peut être un lapin morbide (Lewis Carroll est décidément un bon scénariste, voir Inland Empire de Lynch), ou une spirale liquide qui sort de la poitrine des gens qui l'entourent. Donnie se laisse doucement emporter par ces visions, jusqu'au crime. Tout ça étant appuyé par une métaphysique assez profonde (que veut Dieu ? peut-on embrasser le temps dans son essence ?). Les questionnements refoulés, les désirs irrépréssibles et les douleurs adolescentes sont bien là, et on applaudit à deux mains de constater qu'ENFIN un réalisateur a compris ce qui se passe dans la tête des enfants américains (et autres, d'ailleurs)

Sur ce sujet on ne peut plus mélancolique, Kelly bâtit une mise en scène remarquable, utilisant les effetsdarko3_w434_h289_q80 (ralentis, accélérés, champs/contre-champs entre réalité et fantasme) toujours avec parcimonie et à bon escient. La musique est à tomber, et les choix de mettre de "l'opéra" sur les scènes les plus tendues fonctionne très bien. Le film s'arrête à de nombreuses reprises, pour laisser la place à d'autres temps (une danseuse obèse, un ciel nuageux...), et tout devient comme suspendu, hors du monde. Le film finit par rester durablement en tête, plus par ses rythmes syncopés et sa variété de tons que par sa trame. On passe sans transition de la comédie au thriller, du fantastique à la bluette romantique. Chapeau bas : arriver à creuser un sillon aussi personnel dans un genre si balisé (la comédie adolescente) relève de l'exploit.

Posté par Shangols à 21:35 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]


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