02 mars 2012

Le Havre (2011) d'Aki Kaurismäki

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Aki Kaurismäki se rend dans cette bien belle ville du Havre (son port, ses rades, ses marins, Venise est enfoncée grave) et livre un joli conte qui fleure bon les bons sentiments. Comme Claude Guéant et Henri Guaino, Aki aime les petites gens et les sans papiers ; son film se fait la chronique d'un bon vieux cireur de pompe (Wilms, la voix plus blanche, tu déteins - il est Marcel, vingt ans après La Vie de Bohème) qui va venir en aide à un gamin noir qui s'est échappé d'un container. Il se fait un devoir de le prendre sous son aile et de le cacher malgré les très méchants délateurs (Jean-Pierre Léaud, ultime) et alors qu'un curieux flic (Darroussin, magnifiquement dans le ton) veille - ami ou ennemi ? Hum, hum... Dans le monde selon Kaurismaki, les petits commerçants prennent la défense de la veuve et de l'orphelin (c'est beau), les flics savent qu'on les aime pas et c'est trop dommage pasque parfois ils ont aussi un petit cœur et les bonnes actions peuvent aussi finir par payer (Si...). Cela peut paraître un peu caricatural, dit comme cela, mais la philosophie du gars Mika ne cherche pas non plus à aller ici beaucoup plus haut...

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C'est bien attendrissant tout ça tout ça, mais sinon ? Sinon, on retrouve avec bonheur quelques bonnes petites répliques d'humour à froid (Wilms, voulant se faire passer pour le frère d'un black, qui raconte qu'il est l'albinos de la famille... fatal), une mise en scène d'une immense sobriété (des cadres fixes, des personnages eux-même souvent figés, une diction quasi-rohmérienne... à tel point qu'on aurait presque l'impression d'être dans une sorte de "BD cinématographique") et des acteurs tout en "faciès" (Pour le meilleur - Darroussin, impeccable disais-je - mais aussi parfois pour le pire : certains "extra" (ce petit épicier ou certains piliers de comptoirs) - jouent aussi faux que moi du tuba). La moyenne d'âge du casting doit flirter autour des 78 ans (ah non, il y a le chtit black, cela fait baisser la moyenne, disons 76... Darroussin qui flirte avec la soixantaine fait tranquillou figure de jeune premier...) et c'est vrai qu'on sent un certain plaisir, pour ne pas dire une sorte de complaisance, chez Kaurismaki à donner à son film un petit côté terriblement vieillot et désuet (de la musique au décor). C'est certes dans les vieux pots que l'on fait les meilleurs soupes - et que l'on trouve les meilleurs sentiments ? - mais c'est aussi ce qui donne parfois à cette œuvre kaurismakienne un petit côté gnan-gnan et guimauve. Aidons-nous les uns les autres dans cette société qui a sûrement perdu le sens de ses valeurs - méchants CRS prêts à tirer sur un môme et violents flics qui cassent tout chez vous lors d'une perquisition : c'est mal (difficile de ne pas être d'accord) - et restons optimiste, même quand on survit avec les moyens du bord (Wilms qui se nourrit au quotidien d'une baguette, d'un chtit bout de fromage et de verres de vin blanc) : c'est bien mignon, mais on préfère autant quand l'Aki est un peu plus acide ou caustique sur ses frères humains...

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03 octobre 2008

La Fille aux Allumettes (Tulitikkutehtaan tyttö) (1990) d'Aki Kaurismäki

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Pratiquement muette, cette fille aux allumettes ne respire pas la joie et finit même par sentir le souffre. On est dans la grande épure kaurismäkienne avec Kati Outinen, front bas, regard têtu, déçue mais décidée, qui porte le filme sur ses épaules. Elle travaille dans une boîte d'allumettes (oui, elle était facile) ce qui permet d'ailleurs d'apprendre comment on fabrique ces tout petits bidules à grande échelle. Elle s'ennuie comme un rat mort, habite encore chez ses parents et sort le week-end en disco - enfin disons qu'elle passe la soirée plantée sur son banc, personne ne l'invitant... Un jour, son nouveau salaire en poche, elle craque pour une robe rouge en devanture d'un magasin; ses parents découvrent le pot aux roses, la traite de "salope" - le premier mot du film? -, elle se tire et ce soir là elle choppe, miracle, un gentil barbu entre deux âges... Gentil, po vraiment en fait, puisqu'il lui laisse un billet au matin... Notre Kati ne s'en formalise pas, elle attend désespérément son coup de fil toute la journée : elle pourrait patienter pendant des millénaires... Cela se corse lorsqu'elle apprend qu'elle est tombée enceinte mais la réaction de son amant puis ensuite de ses parents est plus misérable qu'un film de Lelouch. La Kati décide alors de prendre les choses en main... Les chansons souvent à mourir font part des états d'âme de notre héroïne, elle qui voudrait souvent s'envoler ailleurs, elle qui est victime des plus grandes déceptions. L'humour pince sans rire de Kaurismäki devient ici résolument grinçant et noir comme le rimmel qui coule : ces petites vies touchent tellement le fond qu'elles ne peuvent poser qu'un regard totalement abruti sur ce qui se passe dans le monde (Tiananmen, souvenez-vous, avant que Chirac ne tourne la page...) et lorsqu'il est question d'échapattoire, les issues semblent complètement bouchées. Pour un petit instant de VRAI bonheur, lorsque, devant ses allumettes, Kati repense à la soirée de la veille (un sublime sourire gratuit) que de moments de dépit. Il est normal, finalement, qu'à la fin elle s'enflamme pour finir par s'éteindre au fond du trou. Un Aki triste comme de la cendre de cigarette.

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27 septembre 2008

Ariel (1988) d'Aki Kaurismäki

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Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, Ariel est un film noir, très noir. On se demanderait presque pourquoi les Finlandais ne sont pas tous des bandits (ou des alcooliques, ça peut aider aussi) vu la tristesse de l'état des lieux. Le point de départ est kaurismäkien au possible : une mine qui ferme, un ancien ouvrier qui se tire une balle et notre héros qui "hérite" de sa décapotable. Il part cheveux aux vents - à -20 c'est rude, sans capote - avec 8.000 proutouies en poche et se fait assommer à la première pause hamburger. Retour à la case départ, sur les docks... Va falloir trimer, et faut déjà s'estimer content de trouver un taff. C'est un peu à l'image des fondus au noir qui parsèment le film, ça respire pas forcément l'espoir... quoique, quoique... Notre homme connaît une véritable chute en enfer (vengeance, prison... et j'en passe - il y a de l'action, promis) mais trouve toujours dans son périple une femme ou un acolyte de tôle (Matti Pellonpää, le type qui me fait fondre à chacune de ses apparitions... sans rien faire) pour lui faire confiance et le soutenir. L'humour à froid - forcément - n'est jamais tout à fait absent non plus (Taisto, notre héros, étendu de tout son long, les jambes de son jean trempant au bord du lac (le rivage, l'éternel instant de grâce chez Kaurismäki - comme Kitano finalement, sûrement une lubie des cinéastes en K.), une vitrine fracassée tout en finesse avec un panneau (et son pied) de sens interdit, Matti Pellonpää qui s'empare d'un maillet gros trois fois comme lui pour couper court à une discussion (...) ou encore cette agence d'ANPE finlandaise où les annonces désertent les immenses panneaux noirs (enfin j'espère que c'est de l'humour... hum); Kaurismäki nous gratifie aussi en passant d'un superbe plan, sur une usine, véritablement eisensteinien, le seul petit problème étant peut-être que personne n'est en grêve... - juste après d'ailleurs Taisto s'amuse avec un petit piano mécanique de poche qui entonne l'Internationale (que j'ai chanté à tue-tête l'autre soir avec un chauffeur de taxi chinois... La musique, ça rapproche). Il faut faire preuve d'une certaine adversité pour voir le bout du tunnel, mais Taisto n'est point homme à se formaliser pour parvenir à ses fins. Quelques chansonnettes, plus tristes qu'un vol de mouettes mal réveillées, parviennent à franchir la grille de ces transistors qui datent de Mathusalem et donnent le ton de ce second volet de la trilogie ouvrière (ou prolétarienne, c'est selon): po mal de détresse mais toujours une petite lumière qui scintille, là-bas au loin, cachée tout au fond dans la nuit.

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22 septembre 2008

Ombres au Paradis (Varjoja paratiisissa) (1986) d'Aki Kaurismäki

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Après Le Traité du Désespoir, un bon petit Kaurismäki - sachant que je suis en train de lire Virgin Suicides, on vous prie de croire qu'on a la patate sur ce blog!... Ombres au Paradis est donc le premier tome de la "trilogie du prolétariat" de l'ami Aki. On fait la connaissance des fidèles Matti Pellonpää, la moustache toujours un peu de travers, et Kati Outinen dont la candeur des tâches de rousseur se retrouve jusque dans ses immenses yeux bleus. Il ramasse les poubelles, elle est caissière et Kaurismäki nous narre par petites touches toutes les petites difficultés qui font barrage à leur amour. C'est pas forcément une bonne idée, faut dire, le soir du premier rendez-vous, d'emmener une jeune fille dans une salle de Bingo glauquissime. Matti, dès le départ, ne marque pas des points, et il va falloir qu'il trime pour gagner le coeur silencieux de la Kati. Il lui sauve la mise une première fois en rendant la caisse qu'elle a chourrée en quittant le supermarché - geste de rage après son énième licenciement abusif - mais il a du mal à faire le poids devant le jeune patron du magasin qui a, dans la foulée, employé Kati. Mais quand le Matti monte sur ses grands chevaux, le regard aussi stoïque que la moustache, il sait qu'il peut finir par obtenir son "dû" - d'autant que la chtite Kati s'ennuie désespérément face à ce jeune beau sans relief. Quelques éclats rock'n'roll apportent constamment de la pêche aux couleurs verdâtres, bleuâtres ou jaunâtres du film, et si le ton n'est jamais dans le délire pur et dur - hiératique, le Finlandais, et peu démonstratif -, entre cuites et silences de la mort, le regard d'Aki enveloppe toujours ses personnages principaux d'une immense tendresse et d'un soupçon d'ironie. Un petit moment suspendu, lorsqu'au milieu du film nos deux héros se retrouvent sur la plage en écoutant un morceau emballant sur un transistor, une petite plage de bonheur dans ce monde bien terne. Le film n'a pas encore le fini des grandes oeuvres kaurismäkiennes mais impose déjà cet univers fragile et tendre malgré des conditions sociales très limites. Une ptite bulle d'espoir dans un monde teinté de désillusions. 

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16 février 2007

Au Loin s'en vont les Nuages (Kauas Pilvet Karkaavat) d'Aki Kaurismäki - 1996

J'ai un peu le même souci avec Kaurismäki qu'avec Almodovar : je trouve leurs films vraiment bien, je n'ai rien du tout à leur reprocher, je reconnaîs sans problème leur talent, mais ça ne me touche pas. Ceci dit, entre les deux, je chosis Kaurismäki, surtout après la vision de ce joli Au Loin s'en vont les Nuages.

kauas_pilvet_karkaavatComme toujours, le gars Aki ne raconte pas grand-chose, en l'occurence : la vie. Vaste sujet que le réalisateur envisage sous son aspect le plus minuscule, dans son quotidien le plus étriqué. On assiste à la lente déchéance d'un couple moyen (classe moyenne, caractère moyen, physique moyen, âge moyen) qui se retrouve aux prises avec le chômage. Après être passés par les entubes inhérentes à la recherche d'un emploi, et par l'alcoolisme, les deux tourtereaux finiront par relever la tête. Kaurismäki trouve l'exact milieu entre le mélodrame le plus "sirkien" (on a franchement mal pour eux dans certains passages) et la comédie. Ses plans, fixes, froids, terriblement objectifs, sont sur le fil entre l'horreur et le comique. Le film659410_property_imageData est parsemé de minuscules gags absurdes et très bien rythmés qui, malgré la noirceur de la situation, amènent une respiration, une façon polie d'envisager le désespoir. Presque timidement, Kaurismäki nous emmène dans son monde léger et grave en même temps, entre Kafka et Tati, avec une habileté discrète, et un ton absolument personnel. Le goût du gars pour la couleur et pour l'architecture urbaine (tout en lignes droites), son sens de la dérision, sa méticulosité quand il s'agit de donner un sens à chaque objet qui rentre dans le cadre, font de ce film un petit moment, certes sans conséquence, mais intelligent et original.

Pas très touché, donc, encore une fois, mais au moins intrigué, ce qui n'est déjà pas si mal.

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27 novembre 2006

Les Lumières du Faubourg (Laitakaupungin valot) (2006) d'Aki Kaurismäki

Criticcinelumierefaubourgim1_1_Noir c'est noir... Dans sa trilogie de la tristesse et du chômage, on peut dire que celui-ci est assez gratiné.

On retrouve un pauv'responsable de la sécurité à la dérive dont ses collègues se foutent de la gueule, mal vu dans les cafés branchés, et qui entretient une relation très tristounette avec la vendeuse de saucisses. Parle po, fume beaucoup, il erre en rêvant de monter sa propre société, ce qui provoque d'autres rebuffades à la banque (on le fait sortir par la porte de service) et lorsqu'il veut prendre la défense d'un chien attaché au même endroit depuis une semaine, il se fait massacrer la tête. Gentil quoi, mais po très malin pour autant, car lorsqu'une blonde nacrée fonce vers lui pour faire sa connaissance, il ne soupçonne aucun traquenard. Celle-ci lui soutirera le code du magasin de bijouterie, ses clés, avant de cacher chez lui une partie des bijoux volés. Bonne poire, il ne dit mot, et se prend 2 ans, putain, 2 ans de prison. Là il continue à ne pas se révolter, n'ose même plus répondre aux lettres de la vendeuse de saucisses, et à sa sortie de prison commence un travail de plongeur. Seulement pas de bol, décidément, le type qui a organisé le vol de la bijouterie le voit et le dénonce comme voleur auprès de la patronne qui le vire. On se dit, nom de dieu, trop c'est trop, c'est encore plus déprimant qu'un vélo sans roue. Il prend tout de même le taureau par les cornes et dans un geste de collumieres_petite_1_ère décide de planter le type avec un couteau - il se fait éjecter manu militari par l'un des gardes du corps avant d'échouer dans une carrière. La vendeuse de saucisses arrive, non dit-il, je ne vais pas mourir ici, gros plans sur leurs mains qui se nouent, la seconde d'espoir du film, et hop, générique.

Kaurismäki semble ne pas avoir dessoulé de la misère économique finlandaise. Dommage que l'humour se fasse de plus en plus rare à mesure que le côté sombre de la force gagne du terrain. Il va finir par se noyer dans son verre et le spectateur avec.

Posté par Shangols à 06:27 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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