09 février 2012

Coincée (Tight Spot) (1955) de Phil Karlson

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Phil Karlson (un des meilleurs artisans de notre petite odyssée sur les films noirs) adapte une pièce de théâtre et fournit un bon vieux huis-clos de base : l'un des témoins majeurs qui devait assister au procès du ponte mafieux Constain (Lorne Green) vient d'être assassiné ; l'ultime espoir pour parvenir à extrader Constain du sol ricain réside dans le témoignage d'une femme (Ginger Rogers is Giuletta Masina, sorry Sherry Conley - grand numéro "théâtrale" pour le coup...) qui se trouve déjà en prison pour une autre affaire. Edward G. Robinson - notre pin's de bulldog préféré - décide, quarante-huit heures avant le début du procès, de l'installer dans une luxueuse chambre d'hôtel. Bien qu'elle soit loin d'être une trompe-la-mort, il pense parvenir à la convaincre de raconter une petite histoire compromettante sur Constain... Mais c'est plutôt très mal parti, la Ginger étant méfiante au possible... Robinson ne tarde point à s'effacer pour laisser notre héroïne, particulièrement forte en gueule, entre les mains de son garde du corps, Brian Keith. Ce dernier, chez lequel on devine une pointe de misogynie, en a vite soupé du petit numéro de victime que joue la Ginger ; cependant, croyez-le ou non, les deux vont finir par s'apprivoiser...

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Karlson est habile pour savoir varier constamment les angles de prise de vue, profitant pleinement du format "anamorphic widescreen" dans lequel son film est tourné - Rogers et Keith aux deux bouts de l'écran après une première petite discussion houleuse, c'est facile mais cela fait son effet. Il peut s'appuyer sur des dialogues au cordeau et sur l'interprétation d'un massif Brian Keith tout en retenu et sur celle d'une Ginger Rogers pétant le feu : elle lâche totalement les chevaux au niveau de la gouaille et même si cela est parfois un peu too much, la confrontation entre les deux individus fonctionne à plein. A force de se tourner autour et de se lancer de petites pointes - le scepticisme de Keith face au bagou et à la verve de Rogers faisant forcément des "étincelles" -, nos deux "clients" vont finir par se lasser de se renvoyer coup pour coup (surtout Keith) et baisser leur garde : une petite danse pour enterrer la hache de guerre et ce sera forcément le moment opportun pour qu'un tueur, sorti de nulle part ou, disons plutôt de la fenêtre, fasse son apparition... Karlson souffle le chaud - sentimental - puis le froid - meurtrier - et relance son intrigue : on est tout de même dans un polar, il ne s'agit pas de s'endormir... La Ginger est forcément morte de peur et semble plus décidée que jamais à ne pas mettre sa vie en jeu pour couler Constain...

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A vingt minutes de la fin, un ptit twist scénaristique survient et va tendre comme un slip en cuir mouillé l'atmosphère de l'appart. Karlson se permet malgré tout quelques "échappées" en extérieur : toute l'intro (une séquence d'ouverture très "léchée" avec l'arrivée en bateau de ce témoin tremblant puis tombant dans les escaliers sous les balles d'un sniper, une course poursuite à deux cents à l'heure pour semer un tueur, un long travelling arrière très coulé pour suivre dans les couloirs la Ginger avant qu'elle ne pénètre dans son antre...), Robinson, dans son bureau, envoyant joliment paître l'avocat de Constain, une scène en sous-sol où est révélé l'un des principaux "dessous" de l'histoire... Il tente également de détendre l'ambiance au sein même de l'appart avec un programme télé ringard (un téléthon animé par un troubadour du Mississippi...) : ce n'est pas d'un haut niveau mais cela permet, mine de rien, d'indiquer l'heure, surtout au moment crucial. Un huis-clos joliment mis en scène, un poil surjoué peut-être, mais qui parvient à tenir en haleine. Encore un joli coup de Phil.   

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20 novembre 2011

L'inexorable Enquête (Scandal Sheet) (1952) de Phil Karlson

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Basé sur un roman de Samuel Fuller - décidément très inspiré par le milieu du journalisme puisqu'il réalisa, la même année d'ailleurs, Park Row -, ce film noir très joliment mené est une réelle réussite à mettre au crédit d'un Phil Karlson qui déçoit décidément rarement son homme. L'excellent Broderick Crawford - personnage inquiétant et ambitieux à la lourde stature - est le rédacteur en chef d'un journal pour lequel tous les moyens sont bons pour vendre de la copie ; il doit se frotter aux actionnaires du journal qui lui reprochent de faire du New York Express un torchon à scandales mais comme ces derniers ne crachent point sur les dividendes que depuis peu, chaque mois, à mesure de l'augmentation du tirage, ils touchent, ils ont une méchante tendance à laisser notre homme en place... Crawford s'appuie sur un jeune journaleux aux dents longues - John Derek, tout pimpant - prêt à tout pour faire dans le juteux - il ose notamment se faire passer pour un inspecteur de police pour avoir des infos de première main auprès des plus proches témoins de crimes crapuleux. John Derek fricote avec la chtite Donna Reed, elle-même employée au journal, qui a une conception beaucoup plus saine du métier de journaliste (bien belle idée d'ailleurs que cette association : s'il y a une évidente complicité entre les deux jeunes gens, tout semble les opposer au niveau de la déontologie ; reste à savoir lequel des deux parviendra à prendre l'ascendant sur l'autre (soit les succès de John - et la thune qui va avec - remportera le morceau, soit la Donna, avec son humanisme et sa sincérité, parviendra à rallier dans son camp son fiancé...) Le film démarre vraiment quand ce fou furieux de Broderick - au passé encore plus trouble que le héros de Mad Men - assassine son "ex"-femme. John ne tarde pas à mettre son nez dans ce crime de sordide et l'on pense que le Broderick va tout faire pour étouffer l'affaire... Penses-tu, notre ami rédacteur ne se démonte point et de jouer avec le feu en donnant un maximum d'infos sur l'affaire. Plus les tirages augmentent, plus ce diable est aux anges, encore faudrait-il la jouer super extra fine pour ne pas se faire démasquer...

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C'est assez bonnard de voir ce gros roublard de Broderick se mettre dans des situations de plus en plus périlleuses et jouer sa peau au nom de la loi du tirage... Mais sa peau est en papier journal imprimé avec de gros caractères bien gras et risquerait bien de finir par brûler... Si ce mastodonte - entre deux meurtres - reste le cul sur sa chaise dans son bureau pour mener à bien les opérations -, le chtit John, jamais à court d'idées pour faire avancer l'enquête, se démène de son côté comme un beau diable. Donna joue les anges-gardiens auprès du John mais éprouve bien du mal à calmer ses ardeurs - comme quoi les femmes, dans les films noirs, ne sont point tout le temps fatales... Mais le plus savoureux dans l'histoire, c'est peut-être que les clés du problème (les principaux témoins capables de prouver la culpabilité du rédacteur) sont aux mains de deux alcoolos - bien belle galerie d'individus, soit dit en passant, dont les poches sous les yeux sont en forme de flasques de whisky - et d'un vieillard - le juge qui a marié vingt ans plus tôt Broderick et sa femme - dont la mémoire visuelle semble terriblement flanchante... Broderick semble presque prendre un malin plaisir à les narguer - ils se retrouvent par deux fois face à eux sans que ceux-ci, apparemment, soient capables de le reconnaître (le jeu avec les ombres - la face sombre de Broderick - est proprement jouissive), tout comme, finalement, il se fout de la gueule de ses lecteurs en leur proposant des infos de merde (scandal shit, of course) qui les attirent comme des mouches (la scène dans le bar où les gens critiquent la teneur du journal alors qu'ils l'ont tous à la main...) La tension ne cesse de monter tout du long jusqu'à l'incontournable minute de vérité où l'on se demande si Broderick va finir par se jouer malignement de tous... Incontournable, pour tout assidu lecteur de Paris Match ou de Voilà (j'ai po dit Télérama, pas d'amalgame, hein, tout de même).  

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17 octobre 2011

Les Iles de l'Enfer (Hell's island / South Sea Fury) (1955) de Phil Karlson

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Phil Karlson a beau être l'un des rois de la série B, rien ne l'empêche parfois de flirter avec la C. Emmené par ce vieux roublard de John Payne - desservi tout de même par un terrible sous pull bleu dans le final... -, Hell's Island possède son lot de cadavres (belle imagination des scénaristes : il y a le meurtre par griffe métallique réservé habituellement aux coqs de combat, le carnage sanglant par bouffage de crocodiles ou encore la mort violente par défenestration sur chaise roulante...), son bon vieux MacGuffin de base (la recherche d'un énorme rubis : tout bon fan de Tintin devine malheureusement dès le départ où l'objet tant convoité se trouve), ses scènes d'action pointues (diable je suis enfermé dans une prison, comment vais-je faire pour m'en sortir... ah ouais, je vais appeler le garde et me cacher derrière la porte en bois (!)... Nan ?... Si, et ça marche les enfants) et sa femme vénale et manipulatrice à souhait (Mary Murphy que j'ai trouvée absolument ridicule mais qui semble savoir s'y prendre pour ensorceler les hommes - qui, soit dit en passant, ne donnent pas vraiment l'impression tous autant qu'ils sont d'avoir inventé le sécateur...).

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Du potentiel donc, sur le papier, mais une histoire à laquelle on a bien du mal à accrocher... La faute à mon humble avis en grande partie à cette Mary Murphy aussi crédible en femme fatale que moi en spiderman - j'ai la phobie des toiles, voyez. Dès le départ, en plus, on lit clair dans son jeu - quand elle recroise son ex mari, ce bon hells islandJohn Payne envoyé en mission sur cette île pour mettre la main sur le joyau, elle l'ignore comme un pain au raisin rassis. Et puis v'la t'y pas que le soir même, elle le recroise et lui tombe dans les bras, le suppliant dans la foulée d'aller libérer son nouveau mari retenu prisonnier... Tu vois venir de loin l'embrouille mais nan, cet idiot de Payne fonce dans le piège... Il saura certes reprendre ses esprits par la suite et suspecter son ex d'être la dernière des bitches. Cela nous vaudra une scène finale ridiculissime avec celle-ci qui ne cesse de s'accrocher à son cou pour le séduire alors que ce dernier la balance tant et plus contre le mur... Du "je t'aime moi non plus plus" (j'assume les deux "plus") qui finit par fatiguer - et puis comment tu veux croire que tu es sexy quand tu portes un sous pull, franchement... Comme le montage est également bien souvent bancal - les faux raccords sont affreux -, on perd un peu patience en attendant la découverte du fameux rubis (mais il est là, juste dans la pièce, réfléchissez tous deux secondes...!). "L'amour des femmes est un poison qui, une fois dans tes veines, peut devenir une véritable arme" (je cite plus ou moins l'un des mâles désenchantés de l'histoire), mouais, pourquoi pas, encore faut-il être sacrément aveugle pour se laisser mordre par une telle donzelle... On a connu le Phil dix fois plus inspiré - et pis, soit en passant, le film noir en couleur, y'a pas à dire, j'ai quand même du mal...

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06 octobre 2011

The Phenix City Story (1955) de Phil Karlson

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Bienvenue à Sin City, l'enfer de l'Alabama... Sur le thème de la ville corrompue jusqu'à l'os par une poignet d'hommes qui aiment à se retrouver entre couilles dans un sauna (des pélos qui prennent plaisir à discuter dans cette ambiance surchauffée, c'est forcément des bandits, clair, quel que soit l'endroit du monde...), Phil Karlson fait doucement monter la sauce avant de nous balancer quelques monstrueux éclairs de violence. On savait que les pontes n'étaient po des tendres et qu'ils avaient quelques hommes de main bien affûtés, mais là c'est quand même la totale : gamine assassinée et jetée comme une malpropre sur une pelouse, passage à tabac ultra rugueux, viols en tout genre, meurtre maquillé en accident, coups de flingue à bout portant...

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Quand le Karlson décide de lâcher les chevaux en prenant soin de soigner ses plans - terrible efficacité des gros plans, jeu sur la profondeur de champ avec notamment, au premier plan, des types qui dégoulinent d'hémoglobine (Romero devrait apprécier...) - et de distiller une musique qui fait souvent froid dans le dos - accords violoneux particulièrement stridents -, on peut dire qu'on éprouve la même nausée que ces citoyens jusque là bien passifs mais qui tendent à vouloir enfin passer à l'action... violemment [un peu comme moi hier quand j'ai retrouvé mon scooter et le voleur à deux kilomètres de chez moi, en plein Shanghai, alors que je marchais - sachant qu'il y avait une chance sur un milliard, je me demande si, depuis, je ne crois po en Dieu - je vous passe l'épisode dantesque à la police, revenons à notre film bon dieu - mais je tenais à rassurer Gols qui se faisait du mouron...]. Mais les personnages principaux qui veulent nettoyer la ville de cette gangrène savent raison garder (c'est bien les gars, pas la peine de constituer un boy's band qui ferait passer l'Inspecteur Harry et Charles Bronson au sommet de sa gloire et de ses bouses pour des enfants de chœur) et auront l'intelligence de laisser la Justice reprendre le dessus...

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Il est vrai que l'intro est un peu longuette avec ce journaliste de pacotille qui donne la parole à de véritables citoyens de la ville - un peu comme si un film pour Les dossiers de l'écran commençait avec une discussion entre les invités. Toute la première partie du film est également plutôt sage avec la présentation des forces en présence : d'un côté les tripots avec leurs chanteuses de charme, leurs machines à sous, cette clientèle composée en grande partie de militaires - il y a une base po loin - et de gros bras qui chapeautent le tout. Le gros ponte est un certain Tanner (Edward Andrews) qui ferait passer Claude Guéant pour un type de bonne foi. De l'autre côté, quelques bons vieux notables de la ville qui se comptent sur les doigts d'une main... Heureusement, le fils de l'un d'eux va apporter un peu de sang neuf à leur combat contre le crime alors que la majorité de la ville a baissé les bras depuis bien longtemps - faut dire qu'avec une armada de flics aussi crapuleux, il est dur de croire en l'état de Droit... Divers crimes dont les victimes sont ces hommes de bonne volonté restent totalement impunis - faut dire que les jurés, à chaque procès, font littéralement pipi dans leur froc, ça se lit sur leur visage (clair qu'il y a eu menaces, moi je dis) - et la seule planche de salut pour notre petit groupe d'hommes motivés consiste à rafler le poste d'Attorney general : la partie s'avère péchue surtout que même en cas de triomphe, un assassinat est toujours possible...

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Ça fleure un peu le film de droite, dit comme ça, mais faut dire que la pègre n'y va pas avec le dos de la cuiller pour marquer son territoire - le meurtre de la gamine black suivi du gamin fauché à vélo par une bagnole de gros bras lancée à pleine vitesse te refroidit ta mère... On sent venir la scène de lynchage public lorsque la foule se décide à se faire elle-même justice contre ces meurtriers de pontes et il serait presque difficile, pour une fois, de ne pas être d'accord avec ces hommes en colère [allons calmons-nous, on l'a récupéré ce putain de scooter...] Mais un black, James Edwards (The Killing), pourtant meurtri dans sa chair, saura faire garder la tête froide au héros de l'histoire (le fils de l'aspirant Attorney assassiné - une scène frankensteinienne, pour le moins...) lors d'une terrible séquence en eau trouble où notre homme, totalement désespéré et revanchard, parviendra à ne pas sombrer dans la noirceur... Karlson illustre avec un certain talent l'ambiance sordide de cette ville et les éclats de violence les plus drus et nous laisserait presque en état de choc après ces quelques séquences coup de poing. Mais je m'en remettrai rapidement, dit-il, en laissant le vent surfer sur mon crâne au volant de mon fidèle destrier...

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10 février 2011

L'Affaire de la 99ème Rue (99 River Street) (1953) de Phil Karlson

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Voilà un polar relativement nerveux signé de l'excellent Phil Karlson. On est dans le vrai noir de chez noir avec ce récit de nuit qui met en scène notre pauvre gars John Payne : embringué bien malgré lui dans une histoire de meurtre, il va tenter de parvenir au bout du tunnel "à la force du poignet"... S'il se fait méchamment trahir par sa femme (la blonde et torride Peggie Castle), il va heureusement pouvoir compter, lors de son périple nocturne, sur la très "joueuse" Evelyn Keyes (qui se donne à fond dans son pull chaussette). Deux présences féminines plutôt bienvenues dans ce monde de brutes : Karlson n'y va pas en effet avec des pincettes pour filmer la violence  ; il est clair qu'au niveau des baffes et des coups de poings, ça tombe dru, mais à ce petit jeu là notre ami John Payne, ancien boxeur, se révèle un bon client. 

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Pas facile d'être passé à deux doigts de la consécration en boxe et de se retrouver, après une sacrée blessure, simple chauffeur de taxi - roh, c'est un métier tout à fait honorable aux yeux de John Payne, mais pour sa blonde, c'est franchement pitoyable... Cette dernière n'attend d'ailleurs apparemment plus grand chose de son mari et fricote en loucedé avec un petit malfrat (Brad Dexter, l'homme aux yeux de velours) - elle te l'embrasse à pleine bouche et te lui fait des mamours que c'en est franchement shocking. Leur projet est simple : vendre les diamants qu'ils ont volés et se faire la malle. Seulement ben, tout ne va pas po vraiment se passer comme prévu, en particulier pour notre amie Peggie - c'est le moins qu'on puisse dire : problème number one, notre John la surprend en train de bécoter son amant (pas discrets, faut dire, dans le magasin de fleurs) - il est furax et part en trombe dans son taxi (j'aurais fait pareil si j'avais un taxi et le permis); problème number two, le receleur de diamants ne veut plus faire la transaction - d'abord, il est misogyne comme pas deux (les femmes en prennent pour leur grade dans ce film, faut reconnaître) et en plus un type a été tué lors du vol - ouais, franchement plus très chaud ; problème number three : Brad, super embêté, décide de tuer Peggie qui lui porte po chance et s'en débarrasse dans le taxi de son mari ; franchement pas sympa... surtout pour John : bon, que sa femme soit morte, on a pas vraiment l'impression que cela le chagrine plus que ça  (a voulu faire la maline, ben voilà ce qui t'arrive, eh ouais); le gros problème, c'est surtout que la police risque de lui tomber dessus et de l'accuser... Pas d'autre choix que de coincer Rawlins avant que celui-ci disparaisse - John avait de toute façon envie de se défouler, l'occasion fera le larron... 

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Si le combat de boxe en ouverture du film n'est pas vraiment un must dans le genre (c'est un peu brouillon tout ça, madame), Karlson se montrera beaucoup plus efficace par la suite. Pour preuve cette séquence, au début du film, assez hallucinante avec une Evelyne horrifiée filmée frontalement : je ne livrerai point le petit "twist" du bazar mais la séquence est diablement maline ; non seulement parce qu'elle nous prend joliment de court mais surtout parce qu'on se retrouve dans la même position que le héros (on s'identifie du même coup automatiquement à lui et on comprend aisément dans quelle mesure il peut être vénère : marre d'être berné)... Allez John, on est de tout coeur avec toi, montre-leur qu'à défaut de pouvoir le faire sur le ring, tu peux prendre ta revanche dans la vie... Premier round... Les coups pleuvent (la Peggie se mange au passage de sacrées baffes, les confrontations entre John et cet enfoiré de Jack Lambert (la gueule de l'emploi, rien à dire), un homme de main du receleur, ou entre John et Brad charclent grave); il ne fait aucun doute que pour survivre dans cette bonne ville de New-York, il faut savoir se battre... John peut compter sur la solidarité entre chauffeurs de taxi (oui, oui (...)) et sur l'aide de cette sacrée Evelyn, plus intrépide et maline qu'elle n'y paraît au premier abord (joli numéro de charme auprès du gars Brad (le coup de la cigarette, fumant et sexy en diable !), un type que les femmes "énervent" facilement (aime à se faire titiller mais faut pas non plus trop l'emmerder longtemps...)). John se défend comme il peut avec ses petits poings et tente de prouver malgré les multiples trahisons qu'il a subies au début du film, qu'il n'est pas encore complètement K.O... Belle petite leçon de pugnacité. Une valeur sûre décidément, que ce Karlson, dans le genre, la preuve en est encore faite avec cette série B assez corsée.

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29 janvier 2011

Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential) (1952) de Phil Karlson

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Bien mené, ce petit polar signé Phil Karlson qui repose sur quelques bons vieux principes de base : un braquage réglé à la seconde par un cerveau à qui on la fait po, trois hommes, masqués durant le hold-up, qui ne peuvent se reconnaître les uns les autres (trois bonnes vieilles tronches de malfrats : Jack Elam avec son regard de caméléon astigmate, Lee Van Cleef et sa ptite face de rat en dragueur rital, Neville Brand et sa grosse tête de monstre dans laquelle les neurones doivent rarement se croiser), un parfait faux-coupable (John Payne en pauvre fleuriste sur lequel s'abat la police, la bande ayant utilisé une voiture étant la copie conforme de sa bagnole de travail) bien décidé à prendre sa revanche, deux seconds rôles féminins qui envoient grave (celle qui a du plomb dans la tête et qui vibre pour notre héros (charmante Coleen Gray) vs la sensuelle, racée et délicieusement séduisante petite serveuse locale, prête à te raconter n'importe quoi même que t'es beau mon fils si tu lui files onze dollars (merveilleuse Dona Drake)), et un petit twist final qui s'amuse gentiment avec la morale... Karlson nous amène de... Kansas City au Mexique, dans une petite station balnéaire où doit avoir lieu le partage des gains. John Payne, qui a bénéficié d'un bon tuyau, a rapidement mis le grappin sur Jack Elam pour lui usurper son identité. Il peut facilement duper les deux autres types du braquage qui n'ont jamais vu sa face, ce sera en revanche plus coton de berner le grand cerveau du coup, qui connaît parfaitement l'identité et le visage de chacun... Mais John Payne, qui était à deux doigts de morfler pour un hold-up qu'il n'a jamais commis, est prêt à jouer jusqu'au bout à ce petit jeu dangereux pour voir ce qu'il peut y gagner...

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Phil Karlson possède des gueules dans sa distribution et ne se gène point pour nous asséner un maximum de gros plans. Lorsque le ponte de l'histoire se décide de recruter, pour effectuer son plan fumeux, les trois petits malfrats se retrouvent l'un après l'autre sur le canapé du boss avec leur tronche foireuse : il a sur chacun des infos qui lui permettent de les tenir par les roubignolles, et si jamais le gars ose encore se rebeller, il se prend un gros pain dans la tête qui finit généralement par le calmer. Le film est d'ailleurs relativement brutal dans l'ensemble : l'ironie de l'histoire étant sûrement que les trois petites teignes passent le film à jouer les gros bras (notamment auprès de Payne) mais finissent toujours par se faire étaler... Ont des tronches à prendre des coups de toute façon, ça ne s'invente point. Faut dire que Payne est remonté comme une pendule après avoir subi non seulement un interrogatoire musclé par la police (il a eu, qui plus est, la malchance par le passé de faire un petit tour par la case prison) mais aussi après avoir, au passage, perdu son taff (présumé coupable, ça existait po encore, sa tête ayant fait la une des journaux): certes, les trois marlous dont il doit retrouver la trace ne sont pas des plus finauds ni des plus discrets, mais faut toujours se méfier des abrutis surtout quand il y a de la thune en jeu. Le plus futé est forcément le cerveau de l'histoire que les 3 hommes ( -1) + 1 ne peuvent identifier ; il prépare dans son petit coin une entourloupe qui vient de loin, l'ayant joué particulièrement fine tout du long... Mais le fleuriste a du nez... Une intrigue joliment ficelée, un casting trié sur le volet, des petites montées sanguines qui donnent du nerf à l'affaire, Kansas City Confidential, sans être un véritable chef-d'oeuvre du genre, tient tranquillement son rang en tête du peloton.          

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Noir c'est noir, c'est

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09 août 2010

Les Frères Rico (The Brothers Rico) (1957) de Phil Karlson

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Bruno Cremer est mort et on aurait pu se taper un Maigret. On ne va pas non plus s'emballer. Pour rester tout de même dans le ton, voilà une petite adaptation d'un roman de Simenon par Phil Karlson dont les deux films vus précédemment ne m'avaient pas particulièrement emballé. The Brothers Rico me laissera malheureusement tout autant sur ma faim. Il y a pourtant quelques bonnes idées dans l'histoire de ces trois frères liés à la mafia, une mafia dont il semble bien difficile de s'extraire. Le frère aîné, Eddie Rico (Richard Conte, de faux airs de Cassavetes mais qui peine terriblement à émouvoir quand il le faut...), est rangé des voitures et a ouvert une blanchisserie - symbole, ouais. Il cherche, avec sa femme, à adopter un gosse, comme s'il cherchait quelque part à ne pas lui transmettre le virus qui a failli le perdre dans le passé. Seulement pas de bol, ses deux frères, eux, n'ont pas coupé les tentacules, pardon les liens avec la pieuvre et sont mouillés jusqu'au cou dans un meurtre. Ils sont en fuite et les pontes ont peur qu'ils fassent de grosses bêtises - genre aller à police, dénoncer leur chef et tout le tralala. Rico est contacté par le Big Boss pour qu'il remette sur le droit chemin le cadet, Gino, (en le renvoyant au bercail des mafieux) et, surtout, retrouve la trace du benjamin, Johnny : ce dernier s'est marié avec une jeune donzelle dont il est follement amoureux, et le frère de cette dernière a été récemment aperçu dans les bureaux de la police - c'est suspect, forcément... Bien qu'Eddie sache pertinemment que ses deux frères ne sont point des mouchards, il se fait un devoir de remettre la main sur les deux frérots pour éviter tout malentendu, ayant pleine confiance dans la mansuétude du Big Boss - un vieil ami de la famille.

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Eddie a tôt fait de remettre la main sur le cadet (qui se jette illico dans les bras de la Mafia) et part en chasse du jeunot. Un jeu de piste qui le mène de New-York à la Californie : de multiples rencontres pour remonter jusqu'à la cache du petiot, bon c'est pas qu'on s'ennuie mais on s'attendait à un peu plus d'action... Quand Eddie croise - enfin ! - le petit jeune, ce dernier annonce derechef à son big brother qu'il a salement été manipulé : Eddie a joué les chiens de chasse pour les mafieux et Johnny ne se fait po d'illusion sur le sort qu'il les attend, lui et son frère Gino ; sa jeune femme étant enceinte, Johnny pensait disparaître pour que son fils ne soit pas touché à son tour par les ventouses de la pieuvre et son frère a tout fait foirer. Eddie demeure sceptique, grave grave erreur... Karlson tente de filmer tout cela de façon plutôt sèche et froide, c'est bien tenté mais on a un peu de mal à trouver à l'ensemble une véritable patte. Les acteurs - notamment toute la famiglia Rico - sont méchamment ternes et on prie pour que le Eddie finisse par s'énerver après avoir été aussi impuissant et couillon - un peu comme une serviette de bain qui a abusé de l'adoucisseur. Comme il reste à peine dix minutes, c'est clair qu'on trépigne sa mère... La conclusion nous prouvera qu'on peut "laver son linge sale" en famille (les Rico, la Mafia) et qu'il est toujours possible pour les rejetons (le fils de Johnny, l'enfant adopté par Eddie) d'espérer une vie où ils seront blancs comme neige. Bah c'est moral, gentiment mené mais pas vraiment ultra trépidant... On regrette tout de même point de ne pas s'être fait un Maigret sauce Cremer - n'exagérons rien, certes.         

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22 juin 2010

Dark Alibi (1946) de Phil Karlson

DarkAlibiSidney Toler est Charlie Chan, le célèbre inspecteur chinois qui parle avec formules ancestrales et résout énigmes avec flair de cheval. Je m'attendais à une petite série B, on tire quand même plus vers la série C. Je ne suis peut-être pas tombé sur le chef-d'oeuvre de la série (qui compte tout de même quarante-quatre oeuvres, Gosh!) mais j'avoue que le seul gros avantage du truc, c'est de faire tout juste une heure. On assiste donc à une sombre histoire d'empreintes falsifiées - tu mets les empreintes d'Anelka sur le couteau qui a trucidé Raymond dans les vestiaires, et t'es sûr que l'enquête sera vite emballée - qui va mener notre ami Charlie Chan dans une prison et dans une pension. A chaque fois qu'on croise un type, on sent qu'il est coupable et on est jamais loin de se tromper. Charlie, c'est le citron du groupe, pardon, ça prête à confusion,  le cerveau - soyons politiquement correct, on va encore se faire taper sur les doigts -, ses deux sbires - son fils et son chauffeur black trouillard - étant plutôt là pour amuser la galerie : ainsi les discussions sans queue ni tête entre le black et son frère où aucun des deux ne termine jamais une phrase mais où chacun sait de quoi l'autre parle ; c'est amusant une fois, un peu lourdingue la troisième. C'est pas vraiment des imbroglios à la Agatha Christie - une finesse et hop c'est emballé - ni d'une rigueur absolue dans les déductions ("- Et lui aussi il est coupable parce que... parce que je le sens bien - Oh mon Dieu comment a-t-il pu me démasquer ! - pauvre clown...) mais pour peu qu'on soit pas vraiment exigeant, cela peut faire timidement sourire. Bref, à peine un film apéro avant d'attaquer une vraie olive, oups décidément, une vraie série noire.

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17 novembre 2009

On ne joue pas avec le Crime (5 against the House) (1955) de Phil Karlson

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Un petit polar qui commence de façon assez molle (quatre jeunes étudiants en virée à Reno : le dragueur mal dégrossi - Michel Fields jeune -, le beau gosse, le comique épais comme un gardon, et pis celui qu'on oublie) entre répliques à deux balles et vannes d'usage. Heureusement, de retour au "College", les quatre assistent à un petit spectacle : et Kim Novak, la copine du beau gosse, d'apparaître et de chanter de sa voix suave et rauque inimitable. The bomb. Notre beau gosse l'embrasse à pleine bouche et on donnerait bien la moitié de sa main pour être à sa place. Bien, la pression monte. Dans la foulée, on apprend que le beau gosse et Michel Fields reviennent de Corée, et ce dernier de péter un câble grave lors d'un accrochage avec le nouveau petit ami de son ex : le type devient fou - eh ouais avant le Vietnam, il y avait déjà le vétéran starbé de Corée - et on pense même que Michel aurait tué le type sans l'intervention de son pote, le beau gosse. Un poil d'érotisme, un soupçon de violence, le polar noir commence à prendre forme... Malheureusement la suite n'a vraiment rien d'extraordinaire : nos gars s'emmerdent un peu (à part le beau gosse, forcément, qui projette de se marier avec Kim, on bouffe son coussin) et décident comme ça, juste pour le fun, de dérober de la thune au casino le mieux protégé de Reno - après le coup, ils veulent d'ailleurs rendre l'argent, petits joueurs. C'est le plan le plus foireux que j'ai jamais vu, mais le vrai problème viendra de Michel Fields qui repètera un plomb : bien décidé, lui, à garder la thune, il braquera sa petite bande de potes qui tente de le calmer et de le dissuader de faire une grosse boulette... C'est un peu poussif et le final (film noir : fin noir, se dit-on...) ressemble plus à un café au lait avec trois sucres qu'à un véritable expresso bien serré. Kim Novak et son visage angélique (je n'ose parler du reste) nous tiennent en haleine mais c'est bien la seule vraie satisfaction de cette toute petite oeuvre.    

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