Nói albínói de Dagur Kári - 2003
Il se dégage de ce Nói albínói un charme indéniable, charme étrange qu'on a du mal à cerner exactement, mais qui fonctionne. Comme tout bon Finlandais qui se respecte, Kári use et parfois abuse de ce style hyper-froid qui colle bien avec les paysages immaculés de son pays natal ; on a parfois l'impression d'un bon vieux Kaurismäki, mais sans la profondeur absurde de ce dernier, sans que le style parvienne vraiment à exprimer quelque chose. Pourtant, au finish, le film imprime une émotion évidente, due peut-être à ce rythme hyper-lent, à cette façon exigente et fine de travailler sur le vide, sur le rien.
Noi est un garçon qui s'ennuie dans son petit village perdu dans les glaces : il dégomme des stalactites au fusil, s'endort en cours, drague vaguement la fille de la station essence, braque une banque pour passer le temps, erre dans les rues, sans but, sans véritable
émotion. Kári enregistre à merveille ces temps de latence alanguie, quitte parfois à plonger son film dans le morne. Rien ne vient réveiller le récit, si récit il y a, rien ne ressort, si ce n'est quelques pointes d'humour glacial (la grand-mère à moitié starbée, le père alcoolo, un pasteur taquin) et quelques micro-évènements qui relancent parfois la machine. Le réalisateur prend tout son temps, faisant pleinement confiance à son tempo hiératique et à son personnage attachant justement par le vide fantômatique qu'il véhicule. Seule la séquence finale donnera un sens à cette errance froide comme un Magritte sous tranxène, éclairant soudainement le film alors qu'on ne l'attendait plus : Nói albínói est un film sur la mort, sur l'absence, sur le vide d'une vie, sur l'étouffement (représenté par la neige qui encombre le premier plan et résoudra l'intrigue). Alors qu'on pensait voir un énième film du monde un peu soporifique, Dagur Kári nous sert au final un essai courageux sur une sorte de métaphysique
du paysage (je me comprend), prenant le risque de perdre son public Téléramaesque pour mieux exprimer son désespoir et son amertume.
Les comédiens sont absolument excellents, la musique bluesy marque des points, et la mise en scène, sobre et épurée, fonctionne très bien. On ressort de ce truc intrigué, bien conscient qu'on est touché, mais sans trop savoir à quel endroit, ni à quel moment le film nous a happé. Une sorte d'expérience en apesanteur, un moment original et intrigant.
