12 avril 2007

Poison d'Avril de William Karel - 2006

Ben oui, on est à une semaine du premier tour ici, et il serait peut-être temps que je sorte du rang des indécis. Poison d'Avril est l'idéal pour ça. Karel y revient sur les élections présidentielles de 2002, qui avait vu le gros borgne révisionniste arriver au second tour face au client d'hôtel à 23000 euros la nuit, bruit et odeur en sus. A travers le portrait au quotidien d'un staff d'une chaîne de télé, il pointe les raisons de cette catastrophe, avec un culot réjouissant.

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Certes, le film est tracé parfois à gros traits, notamment dans les dialogues et les personnages secondaires :Capt_Image le journaliste à la solde de l'audimat qui va narguer des cailleras pour les faire sortir de leurs gonds en direct, ou qui remonte des témoignages pour leur faire dire ce qu'il veut ; la nympho qui a couché avec tout le monde et qui est engagée par Claude Chirac ; la présentatrice de JT manipulable à souhait... Tous ces personnages, même s'ils sont très certainement inspirés de la triste réalité, sont trop gros pour servir vraiment le propos. Mais après tout, la force de ce Poison d'Avril, c'est l'attaque frontale, et on lui pardonne ces coups de stabilo un peu maladroits.

1428506_property_imageDataD'autant que pour tout le reste, Karel est génial. Montage d'archives effarantes, rappel de quelques faits qu'on avait trop rapidement oubliés, et qui, mis en regard les uns par rapport aux autres, éclairent des zones d'ombre sidérantes, mis au jour de quelques dossiers brûlants (la manipulation "papy Voise", et surtout l'affaire "Il faut sauver le soldat Le Pen", qui prouve ni plus ni moins que Chirac avait organisé la victoire de Le Pen), implication morale des médias dans le résultat final... Tout y passe, à coups de bélier, et souvent sans forcer le trait. Un simple plan sur Bilalian, une phrase échappée à Sarko, une émotion qui se peint sur le visage d'un spectateur, et c'est un éventail d'implications politiques qui se déploie. En plus, Karel mène en parallèle quelques mini-trames très subtiles : le combat entre un journaliste plein de moralité (Gourmet, comme toujours superbe) et un arriviste aux dents longues et à1428504_property_imageData l'éthique inversement proportionnelle (Todeschini, moins bien), l'agonie du père de Gourmet, prof de philo ancienne école, qui meurt le jour des résultats, comme un témoin de l'ancien temps qui s'éteint, ou l'entre-deux d'Anne Brochet (parfaite) prise entre ces deux époques. Ajoutons que le gars sait s'y prendre avec une caméra, attentive et bien rythmée, et que la photo de son film, sombre, crépusculaire, trop "confortable", est très réussie.

Bref, c'est révoltant, coup de poing et salutaire, courageux et engagé, ça appelle un chat par son nom, et c'est un film formidable. Ca y est, mon choix est fait.

Posté par Shangols à 16:12 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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