24 mai 2011

Je suis un No Man's Land de Thierry Jousse - 2011

je_suis_un_no_man_s_land_26_01_2011_3_gUne jolie idée gâchée par de grosses maladresses techniques, voilà la sensation en sortant de Je suis un No Man's Land. Ces maladresses, si on est bien luné, peuvent rendre le film attachant, certes ; mais le fait demeure que les bonnes intentions et la précieuse sensibilité du cinéaste ne parviennent pas à passer la rampe, et qu'on passe son temps à deviner le projet plus qu'à le voir réalisé. L'idée du scénario est pourtant ingénieuse, empruntée à Groundhog Day de Ramis : Philippe, chanteur à succès, est enfermé dans son village natal ; une malédiction l'empêche d'en franchir la limite tant qu'il n'a pas "résolu" quelque chose... Quoi ? à lui de le deviner : il peut s'agir de régler quelques comptes avec le passé (entre un ancien copain qu'on a laissé tomber et des parents qu'on a négligés), d'enfin baiser la camarade de lycée, de rencontrer l'amour, ou de tout bonnement faire le deuil de son enfance, en acceptant la mort des proches, les regrets et les actes manqués. Faire de ce matériau très sensible la trame d'un film aux frontières du fantastique est une riche idée, et qui donne de savoureuses choses. Les ambiances imposées par Jousse, qu'elles soient sonores (riche travail sur les sons, la musique, et la "torsion" des bruits naturels) ou visuelles (belle photo dans les scènes nocturnes, décors soigneusement choisis pour leurs ouvertures et leurs mystères), touchent juste : on a la sensation d'un monde totalement fermé (physiquement et symboliquement, donc), bloqué sur une époque (les 70's sont gentiment reconstituées). Pour tout spectateur ayant passé son enfance dans un village, c'est une re-plongée, douce mais surtout amère : le monde de l'enfance, pour Jousse, semble être un mélange de nostalgie et de terreur, à la fois refuge et prison. Les atmosphères sont très bien rendues (cette cloche d'église, ce bistrot minable), presque naturalistes, mais on sent derrière la tranquillité rurale une angoisse latente : on ne peut pas s'évader de ce monde-là. Une sorte de Twillight Zone filmée par un adepte de Pialat, voyez ?

je_suis_un_no_man_s_land_aurore_clement_jackie_berroyerCôté sentimental, le film est plutôt réussi. Dans toute sa partie concernant les rapports avec les parents, Jousse montre une vraie sensibilité d'écriture, même si certains détails sont un peu trop ostentatoires (le couple parfait des parents, qui se frottent l'un à l'autre en lisant un bouquin, c'est un poil too much). C'est que Jackie Berroyer et Aurore Clément sont particulièrement justes, un duo d'une saine évidence, qui donne au film ses plus belles scènes. J'avoue avoir été happé dans ce non-dialogue entre le père et le fils, qui ne savent, devant le désastre de leurs relations, que fumer une clope en silence sans trouver quoi que ce soit à se dire ; ou dans ce simple travail de cadre que constitue la scène où Aurore Clément coupe les cheveux de Philippe Katerine et lui avoue sa maladie, bel exemple de pudeur. Le film aurait peut-être dû rester dans ce mystère-là, dans ce "frôlement", disons, qui est très juste.

Mais Jousse veut mélanger les genres, être à la fois dans la tradition du film à la français et dans celle de la comédie américaine. Et là, c'est moins convaincant. Les scènes de comédie sont appuyées, pas très drôles, et surtout pas assez dirigées : les acteurs ne sont pas à la hauteur, à commencer par Philippe Katerine lui-même, pas du tout l'homme de la situation. Mal tenu, il est souvent très faux, que ce soit aussi bien dans je_suis_un_no_man_s_land_de_thierry_jousse_10358502zdombles scènes où il est censé être drôle que dans les autres. Les plans s’attardent pourtant sur lui, de trop nombreuses fois, et son manque de présence, le flou de son jeu, éclatent encore plus. D'autant que Jousse manie une valse hésitation par rapport à son personnage : il est le Katerine qu'on connaît, avec son bagage de fantaisie et de folie douce (quelques chansons, bien barrées, sont présentes dans le film) ; et en même temps on voudrait nous faire oublier cette fantaisie, en faire un vrai personnage de composition. Mais jamais l'un n'efface l'autre, et on ne sait pas trop quelle posture adopter face à cette présence-là. Les autres acteurs (à l'exception de Julie Depardieu, sympathique) sont dans cette non-direction-là, en plein flou artistique. Ce qui fait que nombre de scènes intéressantes sont gâchées : un profond conflit d'amitié et de trahison réglé au baby-foot (ça aurait pu être une grande idée) finit en combat de coqs surjoué ; la rencontre avec l'ancienne du lycée nymphomane vire à la lourde farce... Jousse ne dirige pas ses acteurs, et surligne pas mal de ses situations, amenant le film vers des voies qu'il sait pourtant parfois éviter : celles du grotesque, qui gâchent la vraie personnalité secrète de ce film. Les idées de mise en scène n'étant elles non plus pas toujours fines (les clips à la Katerine insérés dans l'histoire, la pénible panoplie onirique à base de percherons et de film monté à l'envers), on reste un peu dubitatif... (Gols - 18/03/11)


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Après un départ un poil catastrophique qui part franchement en live (c'est le cas de le dire), j'avoue avoir craint le pire. Mais dès lors que ce retour (forcé) au pays natal, à la maison familiale s'opère, Jousse parvient à nous cueillir là où on ne l'attendait pas forcément. Je ne suis pour ma part guère un grand fan du Katerine chanteur mais le type parvient, à mes yeux, à trouver une certaine justesse, une vraie fragilité, qu'il joue à l'enfant devant son bol de café sous les yeux de sa môman ou qu'il exprime par un regard une sorte de nostalgie noyée de tristesse quand l'émouvante Aurore Clément lui conte ce qu'est devenu sa vie ("Ça n'a pas toujours été vrai, mais je n'ai pas besoin de toi mon petit Philippe" - terrible et magnifique sentence dans ce qui constitue sûrement la plus belle séquence du film). L'immense Jackie Berroyer (toujours parfait avec son jeu empreint de modestie) est d'ailleurs au diapason au niveau de la justesse et de l'émotion, qu'il promène sa carcasse défaite sous la pluie - lorsqu'il apprend la maladie qui touche sa femme - ou qu'il soit victime d'un léger vertige après la mort de cette dernière. C'est dans ces moments-là que le film semble en effet le plus réussi. C'est vrai que les passages "de romance" paraissent en comparaison beaucoup plus ternes et convenus avec ce pauvre Katerine subissant les attaques fougueuses d'une vamp brune ou les doux baisers d'une blonde des bois... Deux personnages féminins qui manquent terriblement de relief. Les petits retours à la "taverne du coin avec les gens du cru" sont également un peu décevants, n'ayant point la même légèreté, la même finesse que, disons, celle que l'on peut trouver, pour citer un cinéaste contemporain, chez Guiraudie (dans Le Roi de l'évasion par exemple), la partie de baby-foot avec ces deux anciens potes qui tentent de régler pathétiquement leurs comptes restant tout de même un grand moment ; malheureusement, comme le soulignait Gols, elle se termine de façon peu inspirée. Un ton résolument à part dont peut se féliciter Jousse, un tantinet gâté par d'évidentes facilités - sans qu'il me soit utile de reprendre (il est tard, hum - oh putain, je viens d'avoir 39 ans d'ailleurs) les éléments cités plus haut par mon éminent collègue. (Shang - 24/05/11)

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Posté par Shangols à 17:55 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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