22 janvier 2008

La Montagne sacrée (The Holy Mountain) (1973) d'Alejandro Jodorowsky

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Je crois qu'au Panthéon des cinéastes les plus allumés, Jodorowsky tient dignement son rang. Univers déjanté, provocation religieuse en tout genre, sexe à tous les étages, casting et décors qui feraient passer un Fellini  pour une boîte de Playmobil, on comprend que l'Alejandro provoqua à son époque quelques remous. Plus abouti que ses précédents films, on se retrouve dans un univers avec 23 trouvailles à la minute et un imaginaire surréaliste et psychédélique qui oscille entre la création pure (chaque univers des habitants des planètes du système solaire est un monde à lui tout seul) et le pire du mauvais goût (pas très fan des cadavres de chiens crucifiés, ou du vieux qui enlève son œil de verre pour le donner à une petite fille au milieu de prostituées, glurp).

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Il s'agit de bout en bout d'un coup de pied dans la fourmilière cinématographique, qu'inaugure une magnifique prise de Mexico par des crapauds déguisés en prêtres espagnols attaquant des caméléons magnifiquement vêtus d'habits incas - cela s'achève sous des litres de sang. On suit ensuite une sorte de Jésus Christ des temps modernes qui choisit son élue parmi des prostiputes qui sortent d'une église, et qui se bat parmi des monceaux de Christs en plâtres. Lors d'une séquence d'une beauté transcendantale (sortons les grands mots), il escalade un immense bâtiment rouge et parvient chez un mystérieux alchimiste qui transforme sa merde, en la faisant bouillir, en or -qui a bizarrement la forme d'une huître (bon là je résume, j'omets volontairement 3000 détails); l'alchimiste n'est autre que l'Alejandro himself qui lui présente ses sept futurs compagnons d'arme. On a alors droit à un défilé fantasmagorique de personnages plus hallucinés et hallucinants les uns que les autres : usine où l'on fabrique des faux-culs, chef de la police qui collectionne les paires de couilles (bon et mauvais goût, j'avais prévenu), enfants dressés pour se battre contre les indigènes péruviens... Le mercantilisme de notre bien belle société de consommation en prend pour son grade, tout cela respirant le délire le plus burlesque et les orgies bon enfant... Bref, sous la direction du fameux alchimiste, nos hommes partent à la conquête de la montagne sacrée pour trouver l'immortalité; notre Jésus-Christ, pardon Le Voleur, y trouvera l'amour alors que le reste se retrouvera assemblé autour d'une table : dans un grand éclat de rire, Alejandro demande qu'on élargisse le champ pour nous montrer que cela, ben ouais, c'est que des images, du cinoche quoi, et qu'il va falloir quitter la comédie pour retourner à la réalité...

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Il y a certes quelques longueurs, un ésotérisme année 70 un peu gonflant, mais l'ensemble demeure relativement bluffant; on se demande qui a pu avoir l'audace de produire un tel délire visuel, certaines séquences de foule dépassant l'entendement - tous les décors sont chiadés, sans parler des costumes et des milliers d'accessoires créés pour le film -, mérite dix fois l'Oscar l'accessoiriste. Ça sent souvent le pétage de plombs à grande échelle effectué sous drogue douce et c'est rafraîchissant comme tout. Jodorowsky, à 80 printemps, annonce un film pour 2009, avec Nick Nolte et Marylin Manson, ce sera une occasion de voir s'il n'a point perdu sa verve.

Posté par Shangols à 12:36 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


12 janvier 2008

Fando et Lis (Fando y Lis) (1968) d'Alejandro Jodorowosky

Inspiré d'une pièce de Fernando Arrabal, ce premier long métrage du chilien Jodorowsky provoqua une émeute à sa sortie... Faut dire qu'en terme de vision surréaliste, l'Alejandro lâche les chevaux, les chiens et même les moutons, et qu'en terme de provocation (on a vu pire depuis, certes, ma bonne dame) il a pas dû amuser tout le monde...

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Fando et Lis - paraplégique mâtinée de Giulietta Masina - partent à la recherche de la ville paradisiaque de Tar (c'est où? euh là, en haut, à gauche). Dès les premières scènes, on a droit à un piano en flammes, et on se dit qu'une girafe et d'une ça coûte plus cher, et qu'en plus au Mexique c'est pas monnaie courante. Des bourgeois en costard se font une petite partie dans des ruines et notre pauvre Fando joue à colin-maillard : alors qu'il palpe le bien joli corps d'une femme, un homme lui roule un patin: 1- le Fando, en enlevant son bandeau, est vert; 2- on comprend bien que tout n'est qu'illusion et qu'il va mieux falloir se laisser porter par l'atmosphère du truc que de tenter une analyse terre-à-terre (en plus je viens de paumer mon dico des symboles, pas de bol les gars). Bref, nos deux amoureux (soit Fando porte Lis sur son dos, soit il l'emmène sur un curieux char) s'en vont donc en quête de la cité magique de Tar dans un décor ultra désertique où il fait bon s'imaginer des fleurs (dixit Fando) mais pas des arbres (dixit le même). Ils vont croiser leur lot de personnages -comment dire?- euh, originaux...: des vieilles femmes qui jouent aux cartes en se servant comme jetons de fruits au sirop (blurp), une ribambelle de travestis qui les travestissent, une black dompteuse avec des joueuses de bowling qui dégomment notre pauvre Fando - mention spéciale pour la séquence de jeter de boules du haut de la montagne -, une estropiée à roulette et un aveugle, un preneur-goûteur de sang, sans parler des passages oniriques avec une mère excentrique sur un lit d'hôpital qui bourre notre Fando avec des trucs à la farine pas vraiment appétissants, et un père amené à un peloton d'exécution (du taff, et du lourd, pour notre ami Freud). Il est également question d'amour et de mort - Fando et Lis se mettant en scène sur des tombes-, d'orgie dans la boue et de bagarres à grands coups de seaux de peinture noire dans la tronche et de scènes assez violentes, Fando finissant par rouer de coups son amour - à mort. Bon Tar, c'est un peu comme Godot, on en verra jamais la couleur.  Alors oui, c'est de l'avant-garde vintage fin des années 60, et on regarde souvent cela d'un œil goguenard en se disant que l'Alejandro il a dû fumer un bon paquet de cigarettes au cactus. Définitivement pointu, à chacun de se laisser porter par cette œuvre du septième thé-art total. Ah non, moi je suis lâche, je ne juge point. On savait déconner grave quand même à l'époque...

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Posté par Shangols à 16:28 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
12 juin 2007

El Topo (1970) d'Alejandro Jodorowsky

Le grand problème avec les années 70, c'est qu'esthétiquement et "spirituellement" beaucoup de films morflent méchamment avec l'âge. Ce western sauvage déjanté qui bénéficia à l'époque du soutien et de la pub de John Lennon frôle souvent le n'importe quoi -surtout la fin- et fonctionne avec des ficelles grosses comme Carlos.

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Un barbu gainé de cuir avec son gamin à poil règle son compte à un général qui a décimé un village (4 tonnes de sauce tomate, au moins) - il lui coupe le zigouigoui et l'autre de se suicider dans la foulée; ensuite il lâche ElTopole gamin et part avec une franciscaine pour descendre les quatres "gachettes" du désert: un brahmane que les balles transpercent, un artiste du cuivre (?!), un éleveur de lapin et un vieil ermite spécialisé dans la chasse au papillon (je sais pas trop ce qu'il fumait à l'époque, si c'╬tait bon ou non, mais il est clair qu'il ne savait jamais comment s'arrêter...); comme il est rusé comme un renard du désert, il les flingue à tour de rôle mais là po de bol sa gonzesse s'avère lesbienne et se barre avec une autre (cela avait l'air encore plus compliqué, dans les années 70, les relations sexuelles...). Il se fait bouddha, se marie avec une naine (ah oui quand même) et décide de sauver tous les handicapés qui sont coincés dans une grotte (Freaks en couleur et en nase, avec tout de même une mention spéciale pour le manchot qui porte sur son dos un unijambiste - les deux font la paire, si je peux me permettre). Dans la ville la plus proche, entre les rombières sado-maso, les bacchanales partouzardes et les vieux travelos, on s'ennuie pas une minute. Seulement quand ces "monstres" issus de l"imagination génétique" (dixit le Jodo) arrivent finalement en ville, ils se font tous flinguer et notre héros de les venger lors d'une tuerie sans nom....

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Si certaines scènes sont visuellement d'un surréalisme sauvage (l'arrivée dans le village génocidé, le cimetière de lapins (!), ces mares d'eau rouges, ces vieilles grosses sorties d'un film de Waters, ce baiser lesbien lynchien...), une bonne partie du film se barre grave en quéquette et on se dit que le Jodo ne reculait devant rien, sans avoir jamais peur du ridicule (les scènes clownesques à la fin sont du niveau 2 mois et demi d'âge...). Un OVNI cinématographique certes, mais soyez sans regret s'il ne croise jamais votre route.

Posté par Shangols à 10:39 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]


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