25 mars 2010

The Limits of Control (2009) de Jim Jarmusch

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Film ultra contemplatif (Christopher Doyle à l'image, c'est jamais désagréable) et conceptuel (genre "film d'action sans action", comme dirait le père Jarmusch, où les dialogues sont réduits à peau de chagrin : moins il se passe de trucs, moins on en dit, plus faut imaginer... mouais) qui peut plonger dans un curieux état de zen (impeccable pour toute personne qui ne peut se passer de la téloche en faisant du yoga ou du tai-chi) ou limits_of_control_ver3_xlgtout simplement dans la somnolence... The Limits of Control, c'est un peu Dead Man (un film de chevet) tendance eastern (ah l'Espagne, le pays du Flamenco et des oranges... il y a cela, en effet) - en couleur et en plus artificiel (un film de lit...). Le problème c'est qu'à trop faire dans "l'Idée" et la métaphore, on finit souvent par livrer un film totalement désincarné, à l'image du héros interprété par Isaach de Bankole, magnifique bois d'ébène plein de charisme qui manque curieusement d'humanité... et de sève. L'histoire, comme ça, c'est po vraiment compliqué en apparence : Isaac est un agent qui va rencontrer plein de gens du monde entier (un casting à l'ère de la globalisation : du franchouillard, Stévenin, du Ricain, Hurt ou Murray, du Mexicanos, Bernal, de l'English, Swinton, de la nippone, Kudoh, de la Palestinienne,  Abbass, de l'Ibère, Jaenada... un défilé world movie fashion) qui vont lui donner... une boîte d'allumettes, eh ouais, avec un message dedans qui va lui permettre d'accomplir sa prochaine mission (qui consiste généralement à poireauter en terrase ou à regarder un paysage fort joli en buvant deux expresso et en attendant la prochaine guest star, cool). Dialogues ultra minimalistes donc, voire sibyllins, les personnages pouvant personnifier dans le désordre la musique, la science (de la récup...), l'érotisme, la poésie, le cinoche (Swinton, elle, elle file des diamants parce que le cinéma c'est quand même plein de petits bijoux, yes) (...) et j'en passe - non j'ai pas dormi -, comme si on devait (ap)prendre un peu de chacun, un peu de chaque art... Jarmush fait au passage de petits clins d'oeil cinématographiques plus ou mointhe_limits_of_control08s pour habitués (Tarkovski, Kaurismaki, Hitchcocki - il aime particulièrement les cinéastes avec des "k", on peut remarquer) et nous livre une morale - roh ben, je peux bien essayer de la résumer, c'est po dévoiler un secret d'Etat ni une formule magique - comme quoi la vie de Bohème et d'artistes, c'est cool, à mort le capitalisme et les types en cravate qui veulent tout contrôler : l'imagination sera toujours plus forte, na. Je simplifie peut-être, mais faut dire que Jarmush se la pète un peu, et oublie au passage d'insuffler un poil d'humour ou d'émotion pour nous rendre son film vraiment attachant. Pas d'action, on a compris, mais quand même : c'est bien joli, un tableau légèrement animé de deux heures (ça repose l'esprit, parfaitement), mais on finit tout doucement par glisser (dans le sommeil) devant cette oeuvre bien théorique... Bankole refuse la violence et les téléphones portables (je suis d'accord, on est poreils), finit par muer une fois sa mission accomplie, mais le spectateur (que je suis) reste tout pantois dans son fauteuil en ayant moins vibré qu'une corde de guitare... Du cinéma abstrait post-moderne...!? Pourquoi pas, mais je préfère, pour ma part, tant qu'à faire, d'autres types de toiles.   (Shang - 16/11/09)


Mon compère va croire que je ne l'aime plus (ce qui n'est pas le cas, mon gars je t'épouse quand tu veux), mais nous serons à nouveau en désaccord sur ce film, qui me semble bien être le meilleur Jarmusch depuis Dead Man. J'ai certes un goût de plus en plus prononcé pour l'abstraction, ce qui justifie ma fascination pour cet objet conceptuel assez limite. Mais il me semble que toutes les réserves émises par le Shang sont en fait des qualités.

vlcsnap_2010_03_25_19h29m25s209Le film part de deux postulats bêtes et méchants : 1/ le monde est subjectif, surtout quand comme Jarmusch on le regarde en artiste ; 2/ le monde n'a pas de sens. A partir de cette métaphysique plus audacieuse qu'il n'y paraît, Jarmusch invente un univers étrange, rendu d'autant plus absurde qu'il place au sein du non-sens du monde le personnage le plus carré de la terre : un tueur à gage, avec ce que ça comporte de logique, de précision, de mépris pour l'aléatoire. Le plaisir du film vient de ce hiatus : d'un côté, un homme chargé d'une mission toute en rigueur, de l'autre le monde crypté qui l'entoure. L'existence, pour Jarmusch, se résume à un écheveau de codes incompréhensibles, de rituels sybillins, de gestes précis rendus ineptes par leur absence de sens. Derrière Isaac de Bankolé, le décor tend à une abstraction totale, l'univers étant avant tout fait, dans l'imaginaire jarmuschien, de références artistiques, subjectives, indicibles parce que personnelles. Les personnages-relais sensés éclairer le tueur sur sa mission sont en fait des archétypes artistiques, chacun dans son domaine, tout chargés de strates de références bien trop marquées pour être compréhensibles : cinéma, hallucinations, peinture, musique, science, chaque nouvel arrivant est en charge d'opacifier encore plus le mental du héros alors qu'ils sont envoyés pour l'éclairer sur sa mission. Il en ressort un humour très étrange, froid comme la glace, allangui, comme a su toujours l'utiliser Jarmusch pour le meilleur (Dead Man, donc) comme pour le pire (Broken Flowers, la limite de son cinéma).

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Les cadres sublimes, le découpage virtuose (la scène où Bankolé est emmené en voiture dans l'Espagne profonde aux côtés de Abass est vraiment un cas d'école pour n'importe quel étudiant de cinéma), la photo lisse et glacée de Doyle, tout est là pour "napper" le film, le plonger dans une imagerie urbaine contemporaine et froide. Pourtant, le film reste au plus près de l'émotion. Le personnage, prolongement jusqu'au-boutiste de Delon dans Le Samouraï, comprend le monde, sait en décrypter les codes, trouve des correspondances entre les évènements de sa vie (ces phrases qui se répètent de personnage en personnage), notamment grâce à l'art, qu'il contemple comme des confirmations de son existence (grand moment final où Bankolé, face à une toile blanche, sent que sa "mue" est arrivée) ; c'est que le film clame haut et fort son indépendance de regard : le monde est compréhensible, mais pluriel, chacun le regardant avec son regard à lui. C'est peut-être un peu schématique, je le reconnais, d'opposer cette poésie abstraite à la multinationale pleine d'écrans dirigée par Bill Murray ; c'est d'ailleurs dommage que Jarmusch "résolve" sa trame, qu'il tienne absolument à lui donner une fin, l'errance du héros étant bien plus belle que son explication. Mais pour ce petit manque de courage final, on a droit à deux heures passionnantes de beckettisme et d'absurde, d'une audace et d'une rigueur folles, à une sorte de profession de foi artistique impressionnante de précision. Un méta-film qui use jusqu'à la corde les règles du jeu du film de genre, du regard et de la filmographie même de son réalisateur, en traitant les motifs cinématographiques comme autant d'indices métaphysiques... Jarmusch redevient grand.   (Gols - 25/03/10)

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12 octobre 2008

Mystery Train de Jim Jarmusch - 1989

18830761_w434_h_q80C'est très bien, Jim Jarmusch, mais il faut bien se rendre à l'évidence : ça vieillit assez mal. Si ses très grands films résistent bien (Dead Man, Ghost Dog, Down by law), les petites récréations accusent franchement le poids des ans. C'est le cas avec ce Mystery Train, très sympathique mais qui apparaît aujourd'hui comme un film de mode, un témoin d'une époque révolue.

Comme à son habitude, Jarmusch sert un film "cool", pratiquant un humour pince-sans-rire assez indéfinissable, fait de choses anodines et allanguies. Aucun gag là-dedans, aucune vraie réplique fulgurante, pas même de situation vraiment comique, et pourtant on se marre bien, sûrement à cause du vide de chaque chose. A l'image de ce garçon japonais qui ne rigole jamais, Jarmusch affiche un air de croque-mort pour nous présenter ses personnages un brin décalés, et c'est ça qui fait rMystery_Train_Luisa_und_der_Kingire. Un couple de Japonais fan de blues qui débarque à Memphis, une jeune veuve italienne de passage dans la ville, un trio de loosers avinés, le tout sur fond de musique d'Elvis et surveillé par un duo de gérants d'hôtel amorphe, et le tour est joué : trois petites historiettes sans véritable sens, qui n'ont en commun que de se situer durant la même nuit et dans la même ville.La mise en scène est habile : le style bluesy du Jim fonctionne sur ces petites choses sans importance qui font une vie, déployant une mélancolie dépressive qui fait rire sans qu'on sache pourquoi, un peu comme Droopy et sa gueule d'enterrement (You know what ? I'm happy).

Il y a quelque chose "d'hyper-tendance" dans cette mise en scène, et c'est bien là sa limite. Jarmusch semble manquer un peu de sincérité, et met son point d'honneur 18830776_w434_h_q80à vider tout cela de la moindre signification. Mystery Train est creux, une pure forme, certes agréable, mais aussi trop polissée pour être vraiment intrigante. Comme si Jarmusch reconnaissait que tout avait été dit au cinéma, et qu'il ne lui restait qu'une poignée de personnages et une ou deux situations à montrer, ou un peu comme un Beckett qui renoncerait à l'intelligence. Mais c'est aussi finalement un cinéma assez roublard, qui se contente d'aligner quelques mythes (Joe Strummer ou Tom Waits) pour faire semblant d'être à la pointe de la contemporanéité. Malgré l'immense savoir-faire technique (les fameux travellings longuissimes et répétitifs, cette façon inédite de prolonger une scène jusqu'à l'épure totale), on reste avec l'impression d'avoir contemplé la surface d'un étang, alors qu'il doit se passer des tas de choses en profondeur. Un film de mode, quoi.

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03 novembre 2007

Down by Law de Jim Jarmusch - 1986

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C'est toujours un grand plaisir de se retaper ce film, un de ceux qui marquât définitivement mon entrée en cinéphagie en cette glorieuse et richissime année 1986. Jarmusch y installe définitivement son style entre poésie anglaise et blues new-orleans, entre contemporaneité totale (le travail sur le vide) et hommages aux aînés (Robby Muller est autant là pour ses références wendersiennes que pour sa sublime photo). Difficile pourtant, malgré les références, de situer Down by Law dans l'histoire du cinéma, tant l'originalité du ton et la travail de scénario sont uniques. Le film est d'ailleurs autant musical que visuel, non seulement grâce à la présence de Lurie et Waits, mais aussi grâce à ces nombreuses utilisations des voix, des sons, des litanies ("I scream, you scream, we all scream for ice-cream"), écrits comme des partitions. Toute la scène centrale force le respect de ce côté-là : on ne quitte presque jamais la cellule où sont enfermés les trois gaillards, le monde extérieur n'existant qu'au travers des sons et des échos que ceux-ci renvoient.

downbylawLe travail des acteurs est remarquable de décalage. Les dialogues de Jarmusch sont déjà bien barrés, travaillant une matière totalement quotidienne pour trouver une "musique des mots simples" (le carnet de Benigni où il note des expressions anglaises, les jingles du DJ Tom Waits, la récitation sans affect du mac John Lurie devant la petite prostituée qu'il veut engager, les déclarations d'innocence énoncées sans émotion, etc.) ; mais le fait de les avoir mis dans la bouche de ces acteurs-là ajoute au décalage poétique vis-à-vis de la réalité. Waits est comme d'habitude à la limite du borborygme, très drôle quand il sort un peu de ses gonds, ou quand il se gonfle d'importance face à ses partenaires ; John Lurie, un peu moins bon dans la première partie, devient une petite chose sensible au fur et à mesure du film, puis un être purement "littéraire" lors des scènes dans le bayou ; Benigni, dont il faut bien reconnaître qu'il fait 90% de la drôlerie du film, est plus hystBayouéro et naïf que jamais, et est absolument sidérant dans ses rythmes, ses improvisations. Il est le clown par excellence, tout le monde l'a dit, et son personnage "tintinesque" est un chef-d'oeuvre d'interprétation. Côté scénario, Jarmusch ne se foule pas, mais c'est curieusement aussi ce qui fait l'étrangeté du film : en racontant une simple tranche de vie, presque sans aventures, de trois déclassés, sans pics d'action, il met le focus sur les instants de latence et de "rien" plus que sur une vraie histoire, et ça fonctionne très bien. Les arrestations des uns et des autres se font dans le calme, on ne voit rien des scènes attendues (le crime de Benigni, l'évasion de la prison, les fameux alligators de 4 mètres évoqués sans arrêt) et les seuls évènements se cantonnent à une pauvre barque qui coule ou une bagarre à deux balles. Il y a quelque chose d'un African Queen sans aventures là-dedans, et la fin, habilement coupée en pleine pérégrination, vient confirmer ce dédain de untitledl'action qui fait mouche.

Il faut reconnaître aussi que du coup, Jarmusch dans Down by Law (comme dans ses autres films ?) apparaît un peu creux, privé de fond. C'est sûrement la limite de ce réalisateur, brillant formellement, mais qui échoue aussi souvent à trouver un réel propos. Ne parvenant pas toujors à éviter un aspect arty un peu énervant, il livre un film hyper-agréable, plein de fantaisie et d'humour, à la poésie étrange et simple, mais aussi un film qui s'oublie un peu par manque de profondeur. Tant pis, on passe un moment délicieux, et c'est ce qu'on lui demandait.

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01 avril 2007

Night on Earth de Jim Jarmusch - 1991

a_Night_on_Earth_RomMes impressions d'il y a 15 ans viennent de m'être confirmées ce soir : Night on Earth est sympathique, charmant, souvent très drôle, mais totalement démuni de fond, et tout de même franchement inégal.

Jarmusch nous propose un petit tour du monde en 5 étapes (Los Angeles, New-York, Paris, Rome et Helsinki) et une nuit, à travers 5 sketches se déroulant tous dans un taxi. Si la légendaire légèreté du gars fait merveille chez certains acteurs (avec une préférence très nette pour Giancarlo Esposito, drôlissime, craquant et complètement dans le rythme; mais Benigni est très bien, et Pelonpää aussi), d'autres ne comprennent visiblement rien au style du film, etdp2fc4204 tentent de mettre de la profondeur là où il n'y a qu'un pur amusement formel (Gena Rowlands, Beatrice Dalle ou Isaac de Bankolé). Il faut dire qu'on a quand même un peu de mal à deviner ce que Jarmusch a bien pû avoir envie de raconter, tant son film part dans tous les sens au niveau des histoires, passant de la fable "morale" (un black qui rencontre une aveugle, deux exclus blablabla) à une pure comédie (un curé qui meurt devant les confessions sexuello-transgressives de son chauffeur), d'une historiette toute de douceur (la rencontre d'un gars des cités et d'un clown praguois) à une quasi tragédie (le récit enneigé d'un homme qui perd sa fille), en passant par une passable comédie de moeurs (une chauffeuse de taxi qui refuse de devenir une star). On a Night_on_Earth_Helmutquelques pistes quand on se rend compte de la façon dont Jarmusch utilise les clichés de chaque ville (son Paris laisse rêveur, d'ailleurs) : peut-être que Night on Earth est une tentative de filmer "à la manière de", en référence à l'histoire du cinéma de chaque pays.

Si on oublie le fond (qui est quand même oublié par le cinéaste lui-même), le film est plutôt agréable dans sa forme, même si la (splendide) musique de Tom Waits est parfois étrangement employée. Dans son petit espace clos de voiture, Jarmusch parvient à renouveler ses plans, et les occurences du monde extérieur constituent un réseau bien mené pour nous rendre crédibles ses univers. Parfaitement monté, dynamique et assez beau dans sa photo, ce film reste un petit moment charmant et oubliable.

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06 mars 2007

Ghost Dog de Jim Jarmusch - 1999

ghost_dog_the_way_of_the_samurai_ver2Grand plaisir de revoir ce film-hommage du grand Jim qui, même s'il a déjà un peu vieilli, garde tout son humour et toute sa noblesse. Si on exclut le jeu très flou de Bankolé, qui prouve qu'a priori Jarmusch ne connaît rien à la langue française et a eu beaucoup de mal à diriger cet acteur, Ghost Dog touche au très grand art. Derrière le regard limite ovin de Forest Whitaker, qui est parfait dans son mutisme et son non-jeu (tout un univers passe dans ses yeux pendant le meurtre éhonté de tous ses pigeons), derrière ces pitreries zen ostensiblement solennelles, se cache un film étrangement mélancolique, accusant doucement la fin d'une époque (celle des gangsters class et des samouraïs tout en noblesse d'âme). Jarmusch arrive à convaincre totalement dans cette veine-là, grâce à ses rythmes allanguis, grâce à la jolie musique trip-hop enfumée de RZA, grâce à cette philosophie d'un autre âge qui s'incruste dans l'écran, grâce à cette mise en scène tout en rondeurs qui tempère même les pics de violence, grâce à cet humour nonchalant (dont le gars a fait sa marque de fabrique), et même jusque dans les costumes des "vilains", impeccables de ringardise.

Ghost Dog obéit à des tempos très originaux, et le scénario, simplissime, est1 en total accord avec cette simplicité de trait. Le héros suit sa voie, en ligne droite, simplement, et les nombreux gros plans sur ses gestes super-pros (voler une caisse, démonter un flingue, préparer un piège) sont quasi-bressoniens dans leur filmage (voilà une phrase très class) : Jarmusch semble presque s'absenter dans ces moments-là, alors qu'il n'oublie jamais d'imprimer sa marque pince-sans-rire dans chaque trait de personnage. Les clins d'oeil à Kurosawa (Rashomon, Yojimbo) et à Scorsese (Taxi Driver surtout, lors de la tuerie pour le coup "sans violence" dans la villa des gangsters) sont parfaitement amenés, et ghost4donnent au film ce cachet désuet qui fait tout son talent. La tristesse pointe alors son nez : tristesse d'avoir perdu une certaine forme de cinéma, très repérable, et qui est comme estompée, pastellisée par Jarmusch ; tristesse de la solitude du héros ; tristesse de constater la misère du monde ; et surtout tristesse de la perte de valeurs nobles qui causeront la perte du personnage. Drôle et émouvant, Ghost Dog est très touchant.

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04 janvier 2007

Permanent Vacation (1980) de Jim Jarmusch

Permanent_Vacation_TanzCe premier film de Jim Jarmusch nous propose une errance dans des ruines newyorkaises, avec une bande son assez lourdingue et quasi omniprésente d’avions, de bombes qui tombent et de cloches… Ben le gars du titre il est en vacances permanentes et à tout prendre on croit comprendre qu’il se fait un peu chier : il danse sur deux-trois notes de jazz avant de s’écrouler, lit à sa copine Maldoror de Lautréamont mais bon il en a fait le tour, décide d’aller prendre l’air et croise un jeune gars dans un décor détruit qui se croit au Vietnam et se jette de partout, une fille hystérique aussi sur des escaliers, se tâte pour savoir s’il va rentrer dans une salle de ciné pour voir The Savage Innocent mais comme l’ouvreuse lui fait un résumé à deux balles, il ressort, croise un joueur de sax qui lui joue quelques notes et au petit matin décide de s’embarquer pour Paris même s’il se fait pas trop d’illusion sur ce qu’il va y trouver ; il repense à la lettre qu’il a écrite à sa copine en se disant que bon il y a po grand-chose à expliquer de toutes façons. Que l’image soit cradasse, passe encore, mais enfin ça donne po forcément envie de passer ses vacances avec Jarmusch. Un coup d’essai, on va dire, qui n’a rien de cultissime…

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