06 mai 2007

Samouraï (vol. 3) : La Voie de la Lumière (Miyamoto Musashi kanketsuhen: kettô Ganryûjima) (1956) d'Hiroshi Inagaki

SAM10

Sûrement le volet le plus réussi de cette trilogie qui offre à Mifune un rôle digne de sa stature. Le combat final entre Musashi et Kojiro Sasaki est un véritable morceau de bravoure qui achève parfaitement la série. Entre-temps, Musashi qui a décidé de repousser la confrontation avec son ennemi juré un an après leur  rencontre (cette errance qui est pour lui comme une souffrance est un mal nécessaire pour "polir son art"), sera revenu à la terre ("Cultivez votre jardin" disait l'autre), aura socialisé avec une bande de fermier dans un petit village attaqué par des brigands (ça rappelle une histoire...) et sera enfin parvenu à s'expliquer auprès d'Otsu, sa promise, et Akemi, celle qui se tapera toute la traversée du Japon à pied pour finalement se voir repoussée (dur!).

SAM11

Kojiro, qui finalement ne combat pas pour les beaux yeux d'Akemi, mais uniquement pour la gloire ("Si je gagne, je serais plus riche, si je perds ben je meurs" (Si la première partie de la phrase est tout sarkoziste, la seconde  s'appliquerait plus à un sans-papier en cas de victoire d'icelui)) sera véritablement aveuglé (au propre comme au figuré): lors du combat final, Musashi joue avec le lever du soleil (ce dernier en phase avec la Nature contrôle les éléments) et l'aveuglement de Kojiro symbolise parfaitement sa poursuite d'un triomphe vain. Ce combat est remarquablement filmé, avec ces longs travellings sur la plage et ces deux combattants émérites qui se déplacent comme des crabes. Une joute finale qui verra la victoire de la sagesse sur la vanité.

sam9

Otsu et Akemi, toutes deux prêtes à suivre Musashi jusqu'au bout de la terre nippone, se livrent un combat à la hache - belle empoignade - mais Akemi finira par entendre raison et n'hésitera pas, après avoir trahi Musashi, à se sacrifier pour sauver Otsu - belle perdante, elle sait que sans cet amour sa vie n'est pas digne d'être vécue. Belle répartie également d'Otsu juste avant que Musashi parte pour l'ultime combat où elle regrette que celui-ci ne soit pas qu'"un simple homme ordinaire" (ah les femmes) mais un samouraï qui se doit d'aller jusqu'au bout de son art, et du code de l'honneur. En ce qui concerne la recherche de la victoire et de la reconnaissance Musashi a bien compris à quel point la vie d'un samouraï ne tenait pas à grand-chose: il y a cette très jolie séquence où il enterre quatre samouraïs "inconnus"; ces derniers ayant trouvé la mort face à Kojiro, l'école dont ils sont issus refuse d'admettre qu'ils sont d'anciens étudiants: Musashi est proprement dégoutté par cette lacheté et prend conscience du même coup qu'un samouraï n'est qu'un pion qu'on oublie facilement dans la défaite.

sam8

Une trilogie donc d'une qualité certaine, très homogène dans son déroulement, avec un final époustouflant et des acteurs et des actrices qui sont la fine fleur de la TOHO. Esthétiquement très soigné, notamment dans tous les fonds de ciel, musicalement très emporté et chorégraphiquement impressionnant, le mythe du samouraï, personnage solitaire, toujours en quête de savoir ou de gloire, hésitant constamment entre son art guerrier et les bras protecteurs d'une femme est parfaitement mis en scène. Hiroshi, aligato gozaïmass.

Posté par Shangols à 09:43 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


05 mai 2007

Samouraï (vol. 2) : Duel au Temple Ichijôji (Zoku Miyamoto Musashi: Ichijôji no kettô) (1955) d'Hiroshi Inagaki

Takezo se retrouve le moins qu'on puisse dire entouré par les femmes dans cet épisode où il passe la plupart du temps à régler ses comptes avec de multiples adversaires. Toujours un côté très sombre de la force -avec ces combats à la nuit tombée ou au petit matin - et un apprentissage sentimental qui suit son chemin.

sam5


Takezo commence par défier le maître Baiken avant de se retrouver opposé à toute une école dont il finira par décimer un à un chacun des représentants. Cela nous donne des combats bleutés sur un pont ou dans une rizière où généralement après une jolie phase d'observation, les adversaires tombent comme des mouches sous le sabre effilé de Takezo, appelé désormais Musashi; des combats qui mettent l'accent sur la chorégraphie plutôt que sur les jets d'hémoglobine, l'art du combat primant sur sa finalité. Takemi, Otsu et une jeune geisha Yoshino continuent leur ballet de séduction autour de Musashi. Mais comme ce dernier finit par l'avouer à Otsu - qu'il croise par hasard sur un pont, après avoir longuement hésité entre elle et son sabre, il préfère ce dernier (comme Johnny avec sa guitare si on veut tenter un parallèle). L'homme éternellement partagé entre sa passion et son besoin de gloriole et une vie paisible auprès de sa douce... Variation sur le même thème quelles ques soient les cultures... La pauvre Otsu sera prête à rentrer au temple mais au dernier moment reviendra vers sa moitié. Takemi, quant à elle croise sur son chemin un redoutable jeune samouraï, Kojiro Sasaki, qui comprend qu'il ne pourra véritablement la conquérir qu'en défiant Musashi (ça devrait se faire dans la troisième partie, m'est avis).


sam6


Musashi, épuisé par son ultime combat à la fin de cet opus, tente donc de recoller les morceaux avec Otsu - ils semblent même couler des jours paisibles au bord d'une rivière - et se jette sur elle pour lui montrer son attachement... Celle-là reste quelque peu hagarde devant cette fougue et Musashi, ébranlé, décide de reprendre la route en abandonnant à jamais ses liaisons féminines; sa brutalité est d'ailleurs ce qui lui est reproché lors de ses combats, tout en force, mais rarement dans l'esprit chevalier des samouraïs. Il semblerait qu'il lui reste à franchir une ultime étape avant de pouvoir prétendre au véritable repos du guerrier.  Rendez-vous est donc pris pour une dernière étape.


sam_7

Posté par Shangols à 07:36 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
04 mai 2007

Samouraï (vol. 1) : La Légende de Musashi (Miyamoto Musashi) (1954) d'Hiroshi Inagaki

sam1


Toshiro Mifune n'a pas perdu de temps en 1954 puisqu'après les Sept Samouraïs, il enchaînait avec cette première partie de la trilogie. Mifunesque, il l'est puisqu'il passe ici des années fougueuses de la jeunesse (et moult cris rauques) à la maîtrise de soi. Bien que le transfert couleur en collection Criterion soit le must, beaucoup de scènes de nuit restent tout de même relativement sombres, mais plusieurs séquences valent leur pesant de sushi.


sam2


Takezo (le Toshiro) convainc Matahashi de se joindre à lui pour s'engager dans la guerre qui fait rage en ce début de XVIIème siècle. Matahashi, pour ce faire, quitte sa mère et sa fiancée, la charmante Otsu (Kaoru Yachigusa, nippone jusqu'au bout du nez) pour accompagner son pote. Première bataille et première déroute, Takezo sauvant son ami blessé sur le champs de bataille. Il trouve refuge chez Takemi et sa mère, veuve, Oko: celles-ci vivent de la culture de leur champs et de vols sur des cadavres de samouraïs. Bien que Takemi -et sa mère - en pincent pour Takezo, ce dernier foutant une raclée aux bandits qui les attaquent, Takezo décide de repartir dans son village où rapidement il sème la pagaille. Matahashi reste avec Oko qui deviendra sa femme alors que Takezo va peu à peu fondre pour Otsu. Grâce à l'amour de celle-ci et grâce à un moine qui pour le calmer l'attachera plusieurs jours à un arbre puis l'enfermera plusieurs années dans un grenier pour qu'il étudie, Takezo trouve une certaine sérénité: il décide tout de même d'abandonner Otsu pour tâter de la route.


samourai


En dehors de ces amours croisées et contrariées - Matahashi continue de penser à Otsu, Takemi à Takezo -, il s'agit surtout d'une quête de soi-même qui donne lieu à quelques très jolies scènes (les rêves de jeunes où perché dans un arbre Takezo voit passer sur la route les guerriers, les temps de la rebellion et de la fougue où Takezo se bat comme un sauvage contre la terre entière et emmène dans une course de folie Oko sur son cheval, les temps de l'apprentissage où Takezo pendu à son arbre affronte la nuit, la pluie et subit la morale du moine... - toujours entre ciel et terre, cet esprit passionné a du mal à rejoindre la terre ferme). Une quête d'identité donc avec en filigrane, les codes de l'honneur et de la trahison, la recherche constante de l'amour, et des bastons où Takezo, porté par une musique très lyrique, ravage tout sur son passage, se donnant corps et âme. Changeant de nom à la fin de cet épisode où il est finalement reconnu par le Seigneur du château pour ses contributions, s'appelant désormais Miyamoto Musashi, Takezo semble prêt pour de nouvelles aventures qui lui donneront cette fois-ci véritablement la gloire; cette solide première partie pose les fondations et donne envie de se jeter rapidement dans la suite - promis, je reviendrai!


sam3

Posté par Shangols à 07:25 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1