10 décembre 2011

Une Femme coréenne (Baramnan gajok) (2003) d'Im Sang-Soo

vlcsnap-2011-12-10-22h08m31s144

Si c'est cela l'image de la famille coréenne moderne, il y a de quoi se faire du mouron : adultère à tous les étages (lui avec une femme de son âge, elle avec un gamin de 18 ans), grands-parents qui s'aiment à la folie (je déconne : pendant que lui vit ses derniers jours, elle semble avoir hâte qu'il crève pour avoir une seconde chance), gamin adopté dont la mort (affreuse) ne paraît guère toucher réellement en profondeur les parents (une ptite crise qui semble bien vite étouffer lors d'ébats sexuels avec d'autres partenaires)... bref, tout le bonheur conjugal dans une assiette... Si Im Sang-Soo filme avec soin ces scènes érotiques sans jamais flirter avec la vulgarité ou une quelconque facilité (c'est toujours ça de pris), il n'y va pas vraiment avec le dos de la cuillère au niveau des scènes macabres pour ne pas parler de celles limite gore : personnages qui vomissent du sang comme s'il s'agissait d'un mauvais repas chinois pris dans la rue (je t'avais bien dit que le boeuf n'était pas du chat mais du rat) - deux en dix minutes (l'un à la suite d'un accident, l'autre à la suite d'une maladie du foie cela fait un peu beaucoup, surtout juste avant l'heure de l'apéro) -, mort violente (pour le gamin faut quand même avoir le cœur bien accroché - le lancé de bout de chou du cinquième étage, c'est po commun non plus vous me direz...), on aurait presque le cœur au bord des lèvres comme dirait l'autre.

vlcsnap-2011-12-10-22h08m59s167

Cela dit, nuançons tout de même, malgré ces quelques éclats de violence, le ton sur l'ensemble du film est loin d'être trash ; on assiste avant tout à un couple qui se délite et qui se perd dans une sorte d'insatisfaction permanente : si notre héros n'est pas du genre ultra-expressif (un avocat qui semble avoir bien du mal à livrer ses émotions aussi bien sur le plan professionnel que personnel), l'héroïne semble, elle, pâtir d'une véritable insatisfaction sexuelle. Plus le récit avance, plus notre couple semble prendre plaisir à s'éloigner l'un de l'autre jusqu'à la délivrance finale - libérés de toutes responsabilités familiales (en particulier, suite à la mort du gamin... c'est hard quand même quand on y songe), les deux semblent, lors de la scène finale, retrouver une véritable joie de vivre en prenant acte de leur séparation définitive... Si certaines ficelles dramatiques du film sont un peu grosses (on a notre lot de tragédies en cent minutes), Im Sang-Soo brille indéniablement par sa direction d'acteurs, son sens de la mise en scène voire le brio de certains de ses cadres (les deux photogrammes ci-dessus où quatre personnages se retrouvent  dans le plan - la scène dans le lit est, qui plus est, assez tordante). Voilà, un peu mitigé au final, The President's Last Bang demeurant, jusque là, à mes yeux, la plus grande réussite de ce cinéaste qu'on prend plaisir à suivre.  

vlcsnap-2011-12-10-22h10m15s174 

Posté par Shangols à 15:52 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


03 octobre 2010

The Housemaid (Hanyo) d'Im Sang-Soo - 2010

19422312_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100416_103132Clinquante, spectaculaire, bling-bling, la mise en scène sophistiquée enterre malheureusement sous les ors de son décor la finesse du propos. Il est question ici de lutte des classes, à travers le portrait d'une jeune employée de maison qui va se trouver aux prises avec une famille infernale de grands bourgeois. Manipulation psychologique et sexuelle, luttes internes, humiliations larvées, emprise de la hiérarchie sociale, caste fermée qui devient violente dès qu'on tente de brouiller les frontières, notre pauvre Euny est mal tombée en entrant dans ce véritable palais doré. La vengeance n'en sera que plus rude.

Dans sa première demi-heure, The Housemaid est superbe. Im sait parfaitement doser l'amiguité de chacun de ses personnages. On ne sait pas d'où va venir le danger, mais on sent qu'il rôde. Il charge chaque être d'une dose d'opacité qui enferme son film dans une sorte de thriller sans suspense, où tout est possible : l'héroïne elle-même, jeune fille trop joyeuse et trop insouciante pour être tout à fait claire, porte son poids de trouble, tout comme la fillette dont elle a la charge, enfant sage et opaque parfaitement dessiné. La famille bourgeoise, dans son ensemble, semble constituer une menace sourde, alors que tout est luxe, calme et volupté. Politesse exquise et raffinement supérieur, on pourrait se croire au paradis, mais on sent bien que le revers de la médaille ne tardera pas à apparaître. Malgré des cadres déjà trop savants (Im abuse pas mal des contre-plongées et des plongées, et n'y va pas avec le dos de la cuillère côté décors), on apprécie cet écheveau qui se met en place. Le film démarre d'ailleurs sur une impressionnante scène de suicide qui dit déjà tout19479795_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100720_123553 le propos du film : une jeune fille pauvre meurt, on s'émeut trente secondes, puis on retorune à ses activités. Bref, dans son premier tiers, le film est brillamment construit, troublant, et donne même droit à un ou deux plans quasi-géniaux (ce mec qui se fait sucer par son employée et gonfle ses biceps comme le winner qu'il est, glaçant).

Ensuite, patatras, le tout s'effondre en une seule scène. On quitte quelques minutes la maison pour présenter un nouveau personnage, une belle-mère de conte de fées, bien entendu salope comme pas possible, et qui va gâcher entièrement ce qui suit. Car, sur son modèle, Im Sang-Soo abandonne dès lors toute subtilité, et se livre à un simple jeu de massacre sur-explicatif qui n'est pas sans rappeler La Cérémonie de Chabrol (paix à son âme) dans sa frontalité. Le souci, c'est que l'excès convenait autrement mieux au père Claude. Ici, on tombe très vite dans la caricature psychologique, où tout nous est bien expliqué des tenants et des aboutissants de l'intrigue bien avant les personnages. D'un bloc, la famille bourgeoise, que Im voudrait bien faire ressembler aux Atrides, n'est jamais crédible, trop poussée dans les gros traits schématiques pour être ne serait-ce qu'effrayante. La démesure est de mise, on abandonne toute ambiguité dans les personnages (il y a les bons et les méchants, mis à part 19479793_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100720_123552à la rigueur une vieille gouvernante hitchcockienne mal interprétée par une comédienne clownesque (sa scène de soûlerie est une horreur)) pour jouer à l'anarchiste facile. Même la mise en scène devient agaçante par sa façon de tout nous expliquer, par ces regards insistants de personnages à personnages, par ces cadres très sophistiqués et beaucoup trop lisibles, par ce manque de mystère qui équivaut à un manque de confiance envers le spectateur. On repense à la scène de l'empoisonnement de Notorious, et on soupire devant celle de The Housemaid, qui ne laisse aucune place à l'imagination, qui ferme le récit par son souci de tout nous montrer. Très en avance sur l'héroïne, on se contente donc d'assister à sa chute, mollement, en relevant la somme de faux raccords et d'erreurs de montage qui jonchent le film. Et on s'ennuie. On préfère quand Sang-Soo se pique moins de politique et assassine des présidents (The President's Last bang, superbe). (Gols 19/09/10)


the_housemaidJe passe du Chili à la Corée du Sud mais le thème reste le même : bonne à tout faire, avec ses petites joies instantanées - celles de faire partie d'une "merveilleuse famille d'adoption" - et surtout ses énormes désillusions - une servante parfaitement adoptée, tu parles, surtout exploitée. C'est vrai qu'au départ la chtite Eun-Yi se glisse dans ces vêtements taillés sur mesure avec une certaine facilité et ne tarde point à tomber sous le charme de cette famille de "rêve" qui se vautre dans un confort matériel proprement hallucinant (leur petit dèj est ce que je mange en un mois, leur cheminée fait passer mon barbecue pour un briquet, leur piano a queue a plus de place que mon harmonica pour s'épanouir - pouh là là, je suis po jaloux, ça va... La cheminée déchire quand même); famille de "rêve" (tout est dans les guillemets) où chacun (la mère, le père et la chtite fille) semble si parfaitement éduqué et aimable qu'ils en seraient presque chiants. Tout glisse dans ce monde glacé de magazine où ce trio est aux petits soins... surtout pour lui-même. La mère, enceinte de jumeaux, fait méthodiquement sa gym, le père s'enivre, au matin, de ses propres notes de piano et, le soir, de son verre de vin rouge ; quant à la gamine, à  six-sept ans (à vue de nez) elle semble tellement mature qu'elle en paraitrait déjà 30. Chacun vaque à ses occupations et les rapports entre eux n'en semblent que plus... déshumanisés - faut bien un grain de sel, nom de Dieu. La vieille gouvernante et la jeune Eun-Yi orchestrent la mise en scène de ce ménage si lisse et policé qu'il doit bien cacher derrière cette bien jolie façade un soupçon de perversité... Le mari va fauter, la femme vengeresse, sous l'emprise de sa calculatrice de mère, va se déchainer, notre bonne, par trop naïve, va forcément morfler. C'est vrai que lorsque ce virage s'amorce, on perd progressivement en mystère - les personnages sont finalement terriblement monolithiques - et Im Sang-Soo peine à vraiment nous surprendre : sa mise en scène continue de se faire, insidieusement, ultra léchée (on voit bien que "les forces du pouvoir", cette famille richissime, sont inarrêtables) et son final grand-guignolesque et cauchemardesque tombe malheureusement un peu à plat. C'est dommage en effet de ne pas avoir su insuffler un peu plus d'ambiguïtés dans ces personnages-marionnettes, tant l'on était prêt à se laisser happer par ce récit aux petites mélodies trop classieuses pour être honnêtes. Un bien bel objet qui manque finalement d'aspérités. (Shang 03/10/10)   

the_housemvaid

Posté par Shangols à 08:15 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
13 avril 2007

The President's Last Bang (Geuddae geusaramdeul) de Im sang-Soo - 2005

18449160Dans ce film hallucinant, Im sang-Soo réussit le pari insensé de parler de politique avec un ton jamais vu. The President's Last Bang raconte la dernière soirée d'un président-dictateur sud-coréen, assassiné en 1979 par le chef de la CIA. Ce sont paraît-il des faits réels, je veux bien le croire, je ne suis pas très au point niveau histoire de la Corée.

Ce qui bluffe dans ce petit bijou, c'est l'esprit même du film : Im Sang-Soo ose tout, et brasse dans un même élan la grande Histoire (les réunions de crise du staff politique) et les toutes petites choses de rien du tout, quitte à verser dans le trivial (le meurtrier est constipé). A ma connaissance, seul le grand Kitano sait manier la plus grande rigueur et le sens du ridicule avec autant de maestria. Ici, on est autant happé par le suspense proche du polar noir (musique melvillienne, sens du tempo) que renversé par l'humour dérisoire (impossible de trouver des munitions dans le QG de l'Armée, ni des talkies-walkies qui fonctionnent à plus de trois mètres, et personne ne reconnaît le Général des Armées). Les18425949 personnages parfaitement dessinés, dans leurs toutes petites caractéristiques autant que dans leur démence, complètent un tableau politique et social délicieusement acerbe et tonique. Chaque scène apporte son lot de surprise, tenue par un sens impeccable de la situation.

Et puis niveau mise en scène, on est dans le grand de chez grand. En plans larges (une voiture seule sur une immense avenue déserte) ou en plans serrés (toutes les scènes de la tuerie), le gars casse la baraque par son originalité constante. La caméra est systématiquement là où on ne l'attend pas, et pourtant elle est à sa juste place. Il ne faut certainement pas croire par là que ce film est fait d'esbroufe facile : Im Sang-Soo est 18425953loin d'être un petit malin, on sent chez lui une réflexion formelle de grand niveau. Les quelques travellings ahurissants qui jalonnent le film (le premier sur des chambres d'interrogatoire, un autre sur les différentes pièces du QG de la CIA, qui passe du salon du Président aux cuisines, un autre sur un des tueurs qui erre de pièce en pièce au milieu des cadavres et des flaques de sang) finissent de convaincre qu'on a affaire à un immense cinéaste, qui ne se contente pas pour une fois d'être un génie formel, mais qui se sert de ses visions pour développer son scénario. Tarantino arrivera peut-être un jour à ça quand il abordera de vrais sujets, et on mesure à l'aune de ce film toute la faillite du récent Bobby. Osons le mot : tout est réussi dans The President's Last Bang.

Posté par Shangols à 23:45 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1