07 mars 2010

Three Times (Zui hao de shi guang) de Hou Hsiao-Hsien - 2004

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Je ne suis pas forcément un adepte de la forme pour la forme au cinéma, mais franchement quand on tombe sur un film d'une telle beauté, on ne peut que s'incliner et se laisser aller au simple émerveillement. Connaissant très mal HHH, j'en avais l'a-priori d'un cinéaste talentueux mais un peu chiant ; je vous autorise donc à me claquer. Je ressors de Three Times absolument chaviré, de cette même émotion que j'ai pu ressentir aux premiers Wong Kar-Wai (avec lequel il partage une sorte de poésie urbaine lente, ainsi qu'une utilisation de la musique très personnelle).

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Le film est donc d'abord une splendeur visuelle. Découpé en trois films, en quelque sorte (1966, 1911 et 2005), il est pourtant étonnament homogène dans son aspect : la mise en scène est d'une ébouriffante beauté, prolongeant par la caméra chaque mouvement amorcé par les acteurs, dans un ballet soyeux, virtuose à mort sans se la ramener. Le jeu de billard de la première époque est l'occasion de travellings et de panoramiques infiniment sensuels qui passent de la queue de billard aux boules, pour continuer le mouvement jusqu'à ces visages qui se guettent, se regardent, s'admirent ; c'est toute une lente chorégraphie autour des rapports amoureux qu'induisent ces mouvements, avec une grande délicatesse. Avec très peu de mots, mais dans une forme qui les compense sans problème, Hou Hsiao-Hsien montre simplement un couple en train de se découvrir, par le jeu, par la joie d'être ensemble. La deuxième époque va encore plus loin, puisque HHH tente le film muet (avec intertitres de rigueur, mais en couleurs et presque en "bruits" également), la finesse des comportements se jouant uniquement sur la façon de les filmer ; grande élégance du découpage, de la construction de ce récit épuré, où chaque couleur de décor, chaque costume, chaque déplacement de caméra, semble induire de nouvelles façons de se regarder et de s'aimer. La troisième période, enfin, est un condensé d'intimité, pas plus bavarde que les deux autres mais qui reste comme un moment violent, haletant, très tendu ; HHH y rend palpable la force des sentiments, par cette somme de gros plans montés serrés.

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La musique ajoute beaucoup aussi à cette grande beauté, dopant les scènes, les prolongeant doucement (l'utilisation des romances de 1966, qui reviennent en boucle, ou les très longues plages de piano "keithjarettiennes" dans la partie muette sont des tueries), mettant en regard deux séquences déconnectées. C'est dans la première partie que ce jeu de correspondances fonctione le mieux, les chansons servant de thèmes aux personnages mais aussi à des sentiments précis ("Rain and Tears" = retrouvailles). HHH, enfin, déniche les deux acteurs les plus beaux du monde, d'une aura semblable à Maggie Cheung/Tony Leung chez WKW. Leur jeu est d'une géniale subtilité, qu'ils doivent jouer la timidité des premières amours, les sentiments bridés ou la perte des repères amoureux.

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Dans un tel écrin, c'est vrai que le fond du film perd de son importance. Three Times ne raconte rien d'autre que l'amour, sous trois de ses formes, tendant même au final à en pointer les limites. Le monde des sentiments évolue au fil des années : depuis les sentiments monnayés de 1911 jusqu'à l'échec de la communication des années 2000, le film semble bien amer sur les différentes façons d'aimer. Seule la période visiblement bénie des années 60 montre la douceur bienveillante de HHH, qui fait de cette partie (habilement placée au début du film) la plus nostalgique mais aussi la plus lumineuse. L'importance de l'écrit (les lettres du 1, les intertitres du 2, les SMS rageurs du 3) pointe également la faillite des relations entre sexes : on dit peu, on s'écrit beaucoup, mais la valeur des mots se perd en cours de route. Amer mais en même temps d'une incroyable douceur, nostalgique mais en même temps joyeux, triste à mort mais en même temps lumineux, Three Times est un bonheur.

Posté par Shangols à 19:05 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


20 août 2008

Le Voyage du Ballon rouge (2007) de Hou Hsiao-Hsien

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Le cinéma de Hou Hsiao-Hsien n'est pas du cinéma. Ou il est l'essence du cinéma. Et vu cette intro, je regrette déjà les 38 litres de bière d'hier soir. Hou Hsiao-Hsien ne cherche en rien à faire un remake du film de Lamorisse qu'il a découvert en préparant le film - Simon, l'enfant du film, est d'ailleurs beaucoup plus passionné par sa Playstation que par ce ballon qui vient fréquemment taper à sa fenêtre; en reprenant le motif du ballon rouge, il s'agit uniquement pour HHH -à l'occasion de ce film réalisé pour le 20ème anniversaire du Musée d'Orsay- de faire une sorte de lien entre passé et présent, le cinéaste taïwanais n'étant jamais intéressé que par le Temps qui est passé, qui passe, qui passera - trois fois... Du musée d'Orsay, comme il le dit dans l'interview ultra mal montée des bonus, il n'a finalement gardé que l'immense pendule de cette ancienne gare... et Le ballon ou coin de parc avec enfant jouant au ballon, le tableau de Félix Valloton : on retrouve certes le même objet (ah ouais d'accord!) mais surtout cette notion que l'enfant et les deux adultes en arrière plan semblent dans deux mondes différents, tout en faisant partie de cette même image très "à plat"; les personnages de Hou Hsiao-Hsien font partie du même monde, sont filmés dans le même plan-séquence, tout en semblant évoluer dans différentes sphères : l'ultra-speed Juliette Binoche (sûrement l'un de ses meilleurs rôles à ce jour, franchement), le tranquillou Simon et la zen Song cohabitent tout en ayant leur propre rythme; la seule chose qu'ils semblent véritablement partager, c'est l'absence de leur "monde passé" : le gamin joue au flipper ou se rend au parc, en souvenir des ballades avec son père; Juliette Binoche s'occupe de marionnettes en souvenir de son grand-père et souffre constamment de l'éloignement de sa fille et de son ex-mari qui l'ont "abandonnée"; quant à Song, loin de son monde d'origine, elle traverse ce monde parisien "en aveugle" à l'affût du moindre petit signe familier.

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Si l'intrigue peut sembler parfois un peu lâche (lâche, lâche!), c'est parce que l'ami HHH laisse respirer profondément chacun de ses plans, donnant vie à des personnages qui ne sont point des marionnettes : Juliette Binoche, on l'a dit, est aussi à l'aise qu'un poisson dans l'H2H, endossant à merveille le rôle de cette femme toujours pressée : une fuite en avant, comme pour stigmatiser tous les pans de son passé qui lui échappent. Cette "ballade parisienne" demeure avant tout un voyage en HouHsiaoHsienie qui use jusqu'à la trame et s'amuse sur tous les "plans" de la notion du temps qui passe... Horloge, Dieu sinistre... 

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Posté par Shangols à 05:58 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
23 avril 2008

Café Lumière (Kôhî jikô) (2003) de Hsiao-Hsien Hou

Voilà un film d'une grand zénitude qui convient parfaitement un lendemain de gueule de bois (franchement, Damien on a déconné sur les bières, hier); tant que je suis dans les messages personnels merci en passant à Cléa, ma chtite étudiante, qui m'a déniché quelque part sur internet (trop fort ces Chinois, me rallument ma ptite flamme, moi) ce petit bijou ciselé que je cherchais depuis longtemps.

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On pourrait résumer l'intrigue en une ligne: Yôko revient de Taiwan et apprend à ses parents qu'elle est enceinte. Bon voilà, ça c'est fait. Filmé en hommage à Ozu (le centenaire de sa naissance), Hou soigne 18398299_w434_h_q80comme d'habitude avec une parfaite intensité lumineuse ses cadres, son montage étant aussi souple et gracieux que les films du maître; quelques panoramiques, aucun travelling, la caméra reste le plus souvent fixe avec les fameux plans (quasi-) tatami dans l'appartement de Yôko. Les discussions avec ses parents se résument au minimum, sa belle-mère (sa vraie mère, il en sera question plus tard, j'en dis po plus) s'avisant à peine de faire des commentaires lorsqu'elle apprend que Yôko est enceinte, son père restant, lui, totalement muet (ah si vers la fin, il lui file une patate pendant le déjeuner et commente son geste, ouais c'est tout, faut pas vous attendre à des tirades de 3 pages avec Hou). Cette annonce remue à peine la surface d'un verre d'eau, fait apparaître peut-être juste un rictus d'inquiétude dans l'oeil de sa belle-mère, voilà pour le drame (c'est calme comme un cerisier au petit matin, pas un son plus haut que l'autre du début à la fin, ne réveillant pas même ma femme qui dormait sur le canapé (elle dormait DEJA avant le film, ne soyez pas caustique, je vous vois d'ici)). Yôko part sur les traces d'un compositeur taiwanais, son ami Hajime (pas son petit copain, qui, lui, est aussi taiwanais, et que Yôko ne souhaite point épouser, à peine même revoir...) traque lui le son des trains. C'est minimaliste comme tout, genre petite plume de colombe au soleil levant, et l'on découvre peu à peu, au gré d'une magnifique scène d'orage, le sens du rêve de Yôko (dont elle parle au début du film) ou encore, plus comique et de façon inattendue, celui des multiples références aux parapluies.

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Yôko et Hajime semblent être nostalgiques d'un temps révolu où ils étaient couvés, protégés par leur mère, mais assument également pleinement leur besoin d'indépendance et de liberté. Leurs chemins ne cessent de se croiser, notamment sur les rails (sublimes plans au niveau du timing (il est chef de gare Hou, po possible autrement) lorsque les deux trains de Yôko et Hajime se croisent et se frôlent) et on se dit qu'ils risquent bien de finir sur le même (rail, vous me suivez ou vous dormez ?). Que dire de plus sinon qu'il faut se laisser totalement bercer par le charme de cette jolie petite chronique nippone filmée avec un très très grand art du cadre. Si vous êtes fan de Stallone, remettez gentiment le Dvd à sa place sur son rayon. 

Posté par Shangols à 09:42 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


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