Les Bien-aimés (2011) de Christophe Honoré
J'ai rarement été très tendre avec le gars Honoré. J'ai peur de ne pas l'être plus. Dieu que ces cent-trente cinq minutes m'ont paru longues, espérant jusqu'au bout que le film aurait quelques petites séquences étincelantes : en vain - au contraire même, le film tombe peu à peu dans une atmosphère mortifère, comme si nos pauvres personnages étaient à l'unisson tous mal-aimés... La pimpante Ludivine Sagnier avait pourtant permis au film de partir au quart de tour ; malheureusement dès la première chanson, on prend un petit coup de massue - on est pas obligé, forcément, d'être pile-poil synchro quand on chante dans un film, mais là franchement cela tourne à la mauvaise blague - ; Paul Schneider avec son accent au couteau est terriblement difficile à comprendre, et quand par miracle une phrase finit par percer - ce terrible dialogue aves sa fille - on se met à préférer les moments où on ne pipait rien... On passe en un tour de main d'un pays l'autre, d'une époque l'autre, mais malheureusement toute cette agitation et ces changements tendent à rendre visibles toute la vacuité du scénario et le manque de profondeur des personnages. Quelques petits éclairs lors d'une intime conversation entre Deneuve et sa fille (po besoin de préciser si on est dans la réalité ou la fiction, c'est poreil) ou avec l'arrivée du toujours truculent Louis Garrel comme un poisson dans l'eau chez Honoré, mais on ne tarde point à baisser complètement les bras avec cette histoire pseudo-rocambolesque entre Chiara et un gay sérospositif qui l'aime pas vraiment - enfin si, enfin non (elle aurait jeté son dévolu sur une limande, je pense qu'elle aurait autant été déçue - ah ouais mais les gars, il est beau, 'tention...) et les arrivées conjointes dans l'histoire de Milos Forman et de Michel Delpech (je ne pensais pas un jour être content qu'il soit chanteur...) ne relèvent po le niveau. On balance un ptit clip ridicule (Honoré va finir un jour par plus bouger sa caméra que Lelouch) sur Chiara in New-York, histoire d'écouler les chansons d'un Beaupain en ptite forme) et on commence à réfléchir à ce qu'on va bien pouvoir manger ce soir... Oui, je sais, je me fais du mal parfois...
Homme au Bain de Christophe Honoré - 2010
Ca n'engage que moi mais je trouve qu'on ne parle pas assez de garçons qui s'enculent sur ce blog. Je viens donc de visionner LE film sur le sujet, puisque Homme au Bain se résume à peu près à ça. Le gars Shang dirait : "Pour une fois qu'Honoré ne regarde pas que son nombril", et c'est vrai : il regarde son anus pour le coup, en tout cas celui de son "acteur", François Sagat (qui n'est pas l'auteur de Bonjour Tristesse). Celui-ci est doté d'un corps que même Schwartzy trouverait too much ; mais c'est surtout son cul, donc, qui fait le sujet du film. Ca tombe bien, parce qu'avec toutes les autres parties de son corps, le comédien ne sait pas faire grand-chose. Il faut le voir, par exemple, tenter de danser sur une musique bien entendu fashion (on est chez Honoré, quoi merde) ou endosser quelques répliques dramatiques : il joue comme un âne, mais comme il en a aussi les attributs physiques, on s'en contente. Le sujet, donc : un couple de garçons se sépare, l'un (Sagat) est trop brutal avec l'autre dans ses rapports physiques, et puis de toute façon l'autre en question est envoyé aux States pour faire un documentaire sur une actrice (Chiara Mastroianni). On va suivre les deux vies en parallèle : notre violeur s'ennuie à Paris, encule des garçons, et se pose des questions sur sa vie grave ; son copain filme Chiara en caméra DV, regarde des garçons qui se branlent et voilà.
Dire que c'est ridicule est en dessous de la vérité. Honoré, pour cette fois, n'a absolument rien à raconter. Pour compenser ce léger défaut, il tombe dans tous les travers du cinéma de mode du moment : crâneur, faussement provoquant, poseur comme c'est pas permis, son film est un énorme ratage de bout en bout, qui tente de cacher sa vacuité sous des scènes ni faites ni à faire qui se veulent résolument rock'n roll : on montre et on parle sexe frontalement, on utilise un acteur issu d'un cinéma bis en en faisant une icône contemporaine, on rend visuellement illisibles des scènes pour dissimuler leur manque d'intérêt (toute la partie avec Chiara, absolument creuse), on fait semblant d'avoir des choses à dire mais de les cacher parce que bon on est contemporain et génial... Bref, c'est une caricature de cinéma de mode, finalement drôle tellement il est fier de lui. On sent qu'il y avait là derrière quelques possibilités : au détour d'une scène (le beau monologue de Dennis Cooper qui renvoie ce pauvre corps à son artificialité), le temps d'un plan (Sagat qui prend des poses de body-builder ringard), on comprend qu'Honoré aurait pu faire un machin intéressant sur l'utilisation des corps, sur la tristesse de la chair, sur le sentiment de rejet, sur la fin d'une certaine pornographie des corps... Mais il passe soigneusement à côté, préférant se la pêter avec ses audaces de petit garçon qui joue avec les allumettes. Il serait temps qu'il redresse un peu la barre de son cinéma, tout comme Sagat dresse la barre tout court.
Non ma Fille, Tu n'iras pas danser de Christophe Honoré - 2009
J'ai dû passer à côté de quelque chose, mais pour ce coup-là Honoré m'a franchement désolé, ce qui fait deux fois en comptant sa pauvre mise en scène de Victor Hugo cet été. En s'exilant en Bretagne, il livre son film le plus parisianiste et ajoute de l'eau au moulin de ses détracteurs : cette fois, oui, Honoré apparaît bel et bien comme un bobo gâté qui tombe dans les pires travers du cinéma psychologisant à la mords-moi-le-noeud, chose qu'il avait su miraculeusement éviter jusqu'ici.
Le gars veut déranger, c'est sûr. C'est pourquoi il décide de jouer sur une fine ironie, une sorte de méta-langage sur le fil entre ses inspirations sentimentales habituelles et la critique d'icelles dans le même mouvement. Non ma Fille, Tu n'iras pas danser se veut donc drôle, ironique, décalé, jonglant entre vraie douleur contemporaine (être femme dans le monde actuel, et gérer son divorce, sa famille et ses enfants, la galère) et mise à distance de cette tendance. On a droit à de brusques décrochages qui se veulent en porte-à-faux vers d'autres styles, de légendes bretonnes filmées au premier
degré en dialogues too much destinés à se moquer du Cinéma Français école récente. Le résultat : un long pensum assez prétentieux, qui joue sans arrêt au petit malin sans en avoir les moyens. Car Honoré a beau tenter de nous faire croire qu'il n'est pas dupe de ce qu'il filme, son truc tombe neuf fois sur dix dans le "film concerné" le pire qui soit. Pour faire croire à une audace, il montre un couple agé qui fait l'amour (ô culot insensé !) ou plaque quelques lignes de dialogue qui assassinent la famille et les rapports entre soeurs (Desplechin devrait peut-être prendre Honoré en stage). Tout ça n'est que de la pose d'enfant timide qui voudrait jouer au grand, et on préfère mille fois quand Honoré assume son sentimentalisme (Les Chansons d'Amour) que quand il veut faire son rebelle.
Son film est sec et frileux, et il ne parvient presque jamais à le faire décoller de ce concept fumeux, à toucher à un quelconque sentiment ou à dresser un état des lieux de la famille un tant soit peu crédible. A la place de ça, on a droit au sempiternel portrait de la femme hystérique d'aujourd'hui, campé ici, après Romy Schneider, Dominique Blanc et autres Emmanuelle Béart, par Chiara Mastroianni. Pas si mal d'ailleurs, mais devant porter un personnage si caricatural, si détestable, si inintéressant, qu'elle en devient crispante. Le reste de la distribution est d'ailleurs dans le même mouvement, à commencer par Julien Honoré, en qui son frère voudrait bien voir un nouveau Louis Garrel, dans ce travail sur le décalage et le "jouer-faux", mais qui n'est qu'extérieur au film. Seule Marina Foïs s'en tire bien, naturelle au milieu de cette sophistication artificielle. Pourtant, on sent bien qu'Honoré voudrait faire un film de personnages, d'acteurs : quand on n'a rien à raconter, on se rabat sur le portrait intérieur vachement profond ; quand on n'y arrive pas non plus, on fait semblant d'en rire. C'est lâche et petit. En un mot : ce film est pète-couilles. (Gols 11/10/09)
Vu que j'ai déjà du mal quand l'ami Gols aime Honoré, le pire était forcément à craindre quand il n'aime point. Résultat : grosse catastrophe; je ne sais point si Honoré se veut particulièrement ironique tant son film tombe dans un pathos à se flinguer. Je n'ai jamais vu de film dramatique bangladeshi, mais m'est avis que les personnages ne doivent pas autant se plaindre ou se sentir plus malheureux que dans cette oeuvre - alors que ces derniers auraient sûrement un peu plus de raisons... Si Honoré devrait faire des stages de scénario chez Desplechin, il devrait aussi en profiter pour prendre des cours, au niveau formel, chez Assayas : une image aussi terne que celle d'un téléfilm de FR3 (...), un montage souvent à la truelle - je ne veux pas m'étendre sur la question mais j'ai bien souvent grincé des dents comme un âne - et une direction d'acteurs à plusieurs vitesses - Julien Honoré et Louis Garrel faisant leur petit numéro uniquement pour eux-mêmes. Je ne parle même pas de certains personnages qui évoluent de façon totalement incohérente - les parents amoureux fous qui soudain, d'une séquence l'autre, se regardent en chiens de faïence - ou de ceux qu'on laisse volontairement tomber en route comme si on avait pas eu le temps d'écrire leur rôle plus en profondeur - Barr, Butaud, Garrel... Une seule bonne réplique à sauver - "personne n'aime les endives braisées dans la vraie vie", là je m'incline - pour tenter de finir gentiment sur une note positive. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant ennuyé devant un film français, franchement. Non, mon fils, tu n'aimeras pas Honoré, va bien falloir que je me fasse définitivement une raison et que j'arrête les frais. Même po envie de mettre une photo pour la peine. (Shang 17/04/10)
La belle Personne de Christophe Honoré - 2008
Ca devient une habitude : le premier tiers de tous les films de Christophe Honoré est naze, je ne sais pas pourquoi, trop de difficultés à installer ses ambiances, ou tendance génante à toujours situer ses histoires dans le monde intello-lisse des grands quartiers parisiens. En tout cas, La belle Personne ne faillit pas à la règle : dans les premières bobines, on est choqué par ces personnages clicheteux de jeunes gens bien élevés et propres sur eux, dont les seuls soucis sont d'ordre sentimental, d'autant que le travail sur le son est affreux, faisant perdre une bonne moitié des dialogues (curieuse aussi, cette propension à faire passer tous les bruits extérieurs au premier plan, et d'assourdir le son des voix, Honoré n'est pas le seul à pratiquer ce "genre", c'est presque une marque de fabrique du cinéma français). C'est une valse sentimentale entre élèves d'un lycée BCBG, qui sort avec qui, qui convoite qui : ouais mais l'aut' elle a dit que Clément il aimait Junie, mais en fait il a dit ça pour pas que Marie elle sache qu'il veut sortir avec Machin. Bon. On a connu plus palpitant, ou en tout cas mieux senti, chez Pialat, chez Sciamma, chez Téchiné.
Et puis, comme d'hab, le film finit par imposer sa drôle d'atmosphère, petit à petit. Il a fallu du temps, mais tranquillement, la beauté finit par arriver. D'abord parce que l'adaptation de La Princesse de Clèves est plutôt intelligente : on est entre les grands sentiments précieux du XVIIème et les dialogues d'aujourd'hui, Honoré mettant son point d'honneur à montrer que rien n'a changé dans le petit coeur des adolescents. Il y a quelques apparitions très jolies de phrases directement tirées du livre, et qui passent comme une lettre à la poste dans le décor urbain mis en place. Les éléments de ce type de romans sont bien présents, l'amour mélé à la mort, la cruauté et la manipulation amoureuses, jusque dans les motifs très classiques de la lettre d'amour, du duel, ou du long monologue intérieur. Beaux dialogues donc, et portés (c'est l'autre très grande qualité du film) par des acteurs excellents et excellemment dirigés : la petite bande recrutée par Honoré est très homogène, chacun ayant son mot à dire quand il s'agit de dessiner la "carte du tendre" du XXIème siècle : le cousin homo, l'amoureuse refoulée, la femme à la double vie (magnifique cameo de Clotilde Hesme), l'adolescente fatale malgré elle, le jeune adulte cherchant une autre jeunesse... En tête, Louis Garrel, définitivement un des plus grands acteurs français depuis que Jean-Pierre Léaud a cessé de pleurer Truffaut : toujours étonnant, il déploie un jeu d'une originalité confondante, dont on sent bien qu'il n'est pas dû entièrement à la direction d'Honoré, et il finit par être LA Jeune Icône Romantique d'aujourd'hui tout en usant d'une délicieuse ironie par rapport à son image. Les scènes où il est confronté aux difficultés amoureuses de ses élèves sont proprement géniales, une distance mélée à une implication totale qui explosent à l'écran.
Cela dit, c'est vrai que La belle Personne ne décolle jamais vraiment, n'atteint que rarement à la poésie immédiate et sophistiquée de Dans Paris ou des Chansons d'amour. C'est pas faute d'essayer pourtant, Honoré nous refaisant le coup de la chanson entonnée en live par les personnages, et multipliant les moments suspendus uniquement dédiés à l'émotion. Mais ces scènes sont devenues des clichés, non seulement dans son cinéma à lui, mais dans le cinéma français en général : une vieille chanson des années 60 sur un visage rêveur de jeune fille, une tenancière de café qui danse sur son passé perdu, un air d'opéra entendu dans sa longueur, des dialogues au coin d'une porte, tout a déjà été vu ailleurs, et l'émotion a du mal à pointer. Mais ça et là, il y a quand même de très belles choses, un montage curieusement rythmé (beaucoup de silences en fin ou en début de scènes, comme si on coupait légèrement trop tard ou trop tôt), un romantisme sourd qui convient bien à la noirceur de l'histoire, quelques digressions hors du temps (l'histoire de Clotilde Hesme, un dialogue entre deux copains à une table de bistrot, une apparition fantômatique de Chiara Mastroianni (je rassure mon collègue, elle n'apparaît que 5 secondes))... C'est joli, même si ça reste dans les moins bons Honoré. (Gols 13/09/08)
Je crois décidément que j'ai beaucoup de mal avec les films d'Honoré. Qu'il serve des films parigo-parisiens avec des personnages qui sortent, physiquement, d'une pub pour Calvin Klein mal éclairée, c'est son droit. Mais que ces jeunes gens (les élèves comme les profs qui ont de toute façon deux ans d'écart) passent leur temps à faire des têtes de déterrés comme à Moscou dans les années 40 parce que Léa est sortie avec Tom qui a roulé une pelle à Myrtille qui a séché le cours d'Italien parce que le prof lui fait des yeux doux tout en prenant soin de lourder avant la prof de français et Mirabelle... Mon Dieu, mais que chacun s'achète un miroir et pleure en contemplant son reflet transparent, et qu'on en parle plus... On pense à des Doillon ou des Rivette d'il y a vingt ans sans la même fantaisie ou la même légèreté. Je ne dis point que Garrel, Seydoux ou Leprince-Ringuet ne tirent point leur épingle du jeu, seulement que ce cinéma qui se donne des grands airs de modernité (les jeunes d'aujourd'hui à Paris qui est le centre du monde) est terriblement poussif et daté. J'arrête là parce que les mots vont dépasser ma pensée. Il serait peut-être temps d'annoncer à Honoré que la Terre tourne en dehors de ces murs poussiéreux de lycées BCBG parisiens. (Shang 03/05/09)
Les Chansons d'Amour de Christophe Honoré - 2007
Voilà le genre de film qui doit révulser le brillant auteur de Mémoires d'un Apathique, puisque il fait
indéniablement partie du genre CFI (Cinéma français Intimiste), avec tout ce que ça comporte d'acteurs qui font la gueule, de dialogues à rallonge dans les cuisines, et de marivaudage tortueux. Et c'est vrai que je peux parfaitement comprendre que Les Chansons d'Amour énerve : il est l'archétype du film bobo, intellectuel et raffiné, cultivé et parisien. Et encore une fois, après Dans Paris, Honoré ne sait pas démarrer son film, le faisant plonger dans la première partie dans tous les pièges du genre. La faute entre autres à Ludivine Sagnier, énervante, mal distribuée, et dotée d'un personnage fatigant (la fameuse femme-enfant, berk) qui change d'humeur comme de petit ami.
Seulement, face à elle, il y a Louis Garrel. Et là, c'est du très
très grand. On avait déjà le pressentiment que cet acteur n'était pas comme les autres. Là, il est plus que génial, électron libre, laissant éclater une fantaisie et un décalage qui emportent sans problème le morceau. La référence semble bien être Léaud, et il est souvent franchement à la hauteur, brisant dans la légèreté les obligations de son personnage, démentant sans cesse les lourdeurs de ses dialogues, toujours à contre-pied de ce qu'on attend. Grâce à lui, et aussi à la fantaisie de Clotilde Hesme et à celle de Brigitte Roüan, le film décolle miraculeusement au deuxième tiers, et dès lors ne nous lâche plus. Honoré prouve une nouvelle fois la beauté de son regard quand il s'agit de regarder la ville, les garçons, les filles,
l'amour. La photo du film, surprenante, et la malice de sa mise en scène, faisant entrer dans le cadre des centaines de clins d'oeil, de références bon enfant, de taquineries littéraires ou cinéphiles, font de Les Chansons d'Amour un petit trésor de sensibilité, entre mélancolie et bonheur d'aimer. La caméra est comme prise dans un flux d'énergie, et l'amour évident du cinéaste par rapport à ses décors, aux gens, aux bruits et aux lumières de sa ville, fait plaisir à voir.
Les chansons d'Alex Beaupain, peut-être un poil nombreuses, sont parfaites elles aussi, textes très joliment rythmés,
musique kitchounette mais ravageuse, et très bien chantées par ailleurs. Elles amènent au film cette tristesse poignante qui le sort du simple exercice cérébral, et apportent (en même temps que les larmes aux yeux, je suis un grand sensible) les références nécessaires à Demy (déjà soulignées par la présence de Chiara Mastroianni, qui en profite pour citer aussi La Dolce Vita). Peu importe le sujet, à la rigueur, peu importe ce marivaudage agrémenté d'une histoire de deuil ; le scénario n'a que peu d'importance face à la maîtrise d'Honoré, et à sa sensibilité d'écorché vif. Un écorché vif qui se mouche dans des mouchoirs de soie, certes, mais qui pourrait lui reprocher d'être un garçon issu du riche Occident ? Essai transformé, puisque c'est la mode, après le beau Dans Paris. (Gols 09/09/07)
Pas vraiment surpris de voir à quel point l'ami Gols a la main lourde avec le film de Lioret (les ficelles ont la taille de poteaux de rugby, faut bien l'avouer), mais presque un peu déçu qu'il ne l'ait pas plus avec le film d'Honoré, plus tendance certes (c'est pour être dur...) mais d'un parisiano-parisien, sentimentalo-sérieux qu'on croyait enterré -déjà à l'époque des années 80 voire 90- depuis longtemps. Ces mini drames d'adulescents nombrilistes qui marchent super bien, la tête haute, dans les rues de Paris, franchement, on se demande parfois si le cinéma français ne s'arrête pas au périph. Heureusement, oui, il y a Garrel qui pompe Léaud (c'est mieux comme référence dans le genre que Jean Carmet) et Clotilde Hesme, qui font preuve de beaucoup de naturel et de constantes petites trouvailles dans leur jeu, les chansons qui sont joliment troussées... mais franchement je ne vois pas bien en quoi il y a un quelconque renouveau dans le genre. Je suis abattu encore et toujours de voir Chiara Mastroianni jouer le même personnage depuis 30 films, d'assister à une intro où on filme des clodos dormant sur le trottoir pour faire genre "réalisme social" quand le film se débat avec des égo incapables de voir plus loin que le bout de leur nez, d'évoquer des "histoires d'amour" quand celles-ci demeurent uniquement superficielles et se résument à des coucheries (Garrel, bis repetita, après Dans Paris - l'escalade, dirait mon collègue pour faire un clin d'oeil avec humour). Je ne dis point qu'il n'y ait ici ou là deux trois petites répliques sympathiques, presque drôles, mais l'ensemble reste plombé par des personnages qui se prennent finalement tellement au sérieux sous leurs grands airs qu'ils en deviennent stéréotypiques de cette France monolithique. Ca se regarde, mouais (pas bon tout de même quand je commence à jouer avec mon chat lors de la dernière demi-heure) et ça s'oublie aussi vite qu'une chanson d'amour qui passe à la radio. Pas vraiment enthousiasmé ni ému... (Shang 29/04/08)
Ma Mère de Christophe Honoré - 2004
Ah, c'est sûr : Ma Mère ne fait rien pour se faire aimer, on ne peut pas dire qu'il fasse dans le racolage ou dans le gentillet. Heurté, maladroit, cradouille, il ferait même un peu tout pour énerver que ça m'étonnerait pas. Adapté d'un roman de Georges Bataille, vénéneux et obscur, il tient à merveille son rôle de transgresseur, et Honoré se tire de cet exercice de casse-binette avec un brio remarquable. C'est certainement son meilleur film à ce jour.
D'abord grâce justement à cet aspect impur qui manque tellement au cinéma : que ce soit au niveau de son scénario (l'apprentissage de la perversion pour un jeune homme, par l'intermédiaire de sa mère) que de son filmage, le film est sale, malaisé, malpoli. Zooms vertigineux, maladresse volontaire des acteurs, étrange travail sur un son saturé en même temps que très doux : la mise en scène d'Honoré est certes toujours aussi fashion, mais ici totalement justifiée par le sujet, et d'une homogénéité qui fait souvent défaut à ses films. Le regard est happé par ce processus complexe et libre, on suit les expériences de Garrel avec un oeil aussi horrifié que voyeur ; bien
joué : c'est bien là la puissance de l'écriture de Bataille, et le fondement même de la perversité telle qu'elle se concevait depuis Sade jusqu'à lui : un mélange de douleur et de joie, une folle expérience de la limite, une fascination riante pour l'interdit. Huppert endosse le rôle de la "salope" avec une intelligence d'interprétation franchement bluffante : elle arrive à être triste et gaie dans le même plan, elle mélange l'érotisme et l'intellectuel en maîtresse, et montre définitivement qui est la patronne quand il s'agit de jeter du trouble dans une simple inflexion de voix ou un simple sourire.
C'est vrai que les autres acteurs ne sont pas tous nickel, à commencer par Garrel, un poil absent et comme terrorisé. Il faut dire qu'il n'a que des scènes casse-gueule. Mais à part cette réserve, Ma Mère affirme avec force ses options esthétiques, sans jamais tomber dans le film de "fils à papa qui se prend pour un punk". Le choix des musiques, par exemple, ou les plans furtifs sur une jeunesse solaire et libérée rappellent bien le Honoré romantico-dandy qu'on connaît. Vraiment courageux, malaisé, difficile, râpeux et gênant, ce film est beau dans ses affirmations, et franchement, qui peut dire la même chose dans le cinéma français actuel ?
Dans Paris (2006) de Christophe Honoré
C'est franchement au poteau que Dans Paris convainc réellement. C'est un film-concept qui, comme tous les films-concepts, est parfois gavant, énervant, et qui ne remporte l'adhésion que pris dans sa globalité. Il faut donc attendre la fin de l'heure 40 pour se rendre compte réellement du projet d'Honoré, ce qui n'est pas plus mal : ça s'appelle l'homogénéité.
Disons, pour simplifier, que c'est un film français, dans le sens générique du terme. On y croise tous les styles du cinéma français, du film psychologique à la comédie burlesque, de la fantaisie sentimentale à la comédie musicale, et tout ça balaye un nombre étonnant de références précieuses. Les 20 premières minutes font croire au désastre : on y voit ce qui fait le pire aspect du cinéma de papa. Dialogues à la con autour d'un couple qui se sépare, déstructuration de petit malin au niveau montage,
postures inspirées mais ridicules des acteurs (cette comédienne, Joana Preiss, est une catastrophe), apostrophe au public, c'est un catalogue de ce que faisaient les cinéastes locaux dans les années 90, une horreur. On commence à regretter ses 7 euros, et on attend les premières scènes de Guy Marchand en priant le Seigneur.
Ensuite, Honoré quitte la campagne et retourne donc à Paris pour raconter la dépression de Duris suite à cette rupture. Et là, subitement, le film s'éclaire et devient cohérent. Grâce à la fantaisie impeccable de Louis Garrel (le sosie de Jean-Pierre Léaud) et au naturel hallucinant de Guy Marchand, mais surtout grâce à la cinéphilie "bienveillante" du cinéaste, le film glisse vers un hommage touchant au cinéma, en tentant le pari de mêler allègrement les genres. On a droit par exemple à un copié-collé parfait d'une scène de Truffaut (Domicile Conjugal ?) qui inclut les postures de
Doisnel ; à une scène de retrouvailles au téléphone, chantée délicatement par un couple perdu ; à une ballade effrénée et mignonne comme tout dans un Paris romantique et amoureux ; à une scène magnifiquement dialoguée de Marie-France Pisier (tiens, tiens...) ; au pétage de plombs d'un Duris intérieur et parfait de tempo ; tout ça ramassé en un seul film. Et ça tient du miracle, mais ça fonctionne. Certains tics restent agaçants (ces putains de mises au point brusques entre arrière-plan et avant-plan, ces scènes qui n'osent pas aller au bout de leur concept (le pourtant beau plan de Duris qui réécoute la Kim Wilde de son enfance), ces décadrages qui n'amènent rien...), mais l'ensemble, fragile, instable, toujours sur le fil, va son petit bout de chemin avec beaucoup d'assurance. Il y a là-dedans quelque chose d'innocent et de très maîtrisé en même temps. Le style Honoré, au bout de trois films, est définitivement planté. Et je crois que j'aime bien. (Gols - 23/01/07)
Au diapason de mon camarade de jeu: les vingts premières minutes sont une véritable mascarade, on frôle la cata -bribes de dispute de couple, dialogues niveau 5ème, montage énervé énervant... - et je me disais encore une fois que ce film que j'attendais de voir depuis 8 mois allait me désespérer au-delà de toute attente; et en effet peu à peu, on redresse la barre, même si les acteurs (bon j'ai pas de sympathie particulière pour Louis Garrel, j'avoue - ce serait bien qu'il prenne par exemple des cours de diction car ses dialogues sont inexploitables en cours de FLE, eheh...) en font parfois des caisses pour avoir l'air super-naturel; Duris en grande partie sauve les meubles grâce à des scènes très casse-gueule qu'il joue sur le fil: son délire sur Cambodia de Kim Wilde (qu'Honoré en effet coupe avant la fin, comme s'il avait peur d'avoir eu une trop bonne idée), le magnifique dialogue chanté au téléphone (ce qui laisse espérer le mieux pour Les Chansons d'Amour... que je verrai dans en un an, mouinnnn) ou son monologue sur la tristesse à la fin filmé en gros plan. Mais bon, il y a tout de même des poses tout au long du film un peu énervantes, un côté jeune parisien à la cool qui peut fatiguer ou agacer... Enfin, un film où on lit Franny et Zooey et où on cite Brautigan aura toujours ma sympathie. Mais j'attends encore véritablement Honoré au tournant. (Shang - 15/06/07)









