13 juin 2009

Matango de Ishirô Honda - 1963

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Il était temps de faire entrer le père de Godzilla dans ce blog, dirais-je. Mais sans conviction. Depuis le fameux monstre verdâtre en carton, Honda semble s'être spécialisé dans les "répercussions de la bombe atomique sur la faune locale", un peu comme un fond de commerce qui, à la longue, peut sentir quelque peu le réchauffé. Il repique au truc une nouvelle fois avec ce Matango d'honnête facture, mais qui ne dit rien de plus que Godzilla : le nucléaire, ça crée des mutants pas sympas, bon. La partie fantastique de ce film n'est franchement pas la plus probante : on y voit des hommes-champignons, par ailleurs parfaitement impayables (on dirait les trucages de San Ku-Kai) harceler en maugréant un groupe d'humains terrorisés, ça reste relativement peu intéressant. La mutation génétique vire sous l'écriture kitsch de Honda au burlesque pur, notamment dans le dernier quart-d'heure où le dernier survivant passe de mousse compensée en monstre en carton avec une abnégation et une absence d'amour propre qui forcent le respect.

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Ce qui est un peu plus intrigant, c'est l'aspect psychologique de la chose. Il semblerait que ces fameux essais nucléaires foireux n'aient pas seulement transformé physiquement les hommes, mais les aient également modifiés mentalement, jusqu'à influencer les générations suivantes dans leurs rapports sociaux. En gros, on suit la descente aux enfers d'un groupe de riches fils à papa partis en croisière. Un naufrage les pousse sur une île envahie par des champignons douteux. Affamés, ils n'ont d'autres choix que de manger les champignons, ce qui les transforme en brutes épaisses. Ce qu'on voit au final, c'est que chacun devient un loup pour son voisin, envoyant paître les valeurs de solidarité ou d'entr'aide qui soudaient leur groupe. Egoïsme, frustration sexuelle, lutte des classes, nihilisme : la micro-société décrite dans ce his-clos est bien amère, et on sent que Honda élargit un peu sa thématique nucléaire habituelle : la société est odieuse (c'est la dernière réplique bluffante du film), et l'amour est devenu chose impossible. Ca ne va certes pas bien loin, mais Matango est d'un joli pessimisme noir, que Honda arrive à doper par une esthétique de mise en scène assez inspirée.

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Car techniquement, le film est vraiment réussi. Belle maîtrise des rythmes, qui fait qu'on a d'abord l'impression d'assister à une romance sucrée, puis à un film d'aventures, puis à un film d'horreur ; photo aux couleurs vintage vraiment belle, notamment dans les formidables séquences où le groupe découvre un navire abandonné (l'envahissement de chaque pièce par des sortes de moisissures colorées est impeccable et oppressant) ; personnages attachants ; musique très moderne qui souligne joliment les effets spectaculaires. Il y a en plus un ancrage dans les années 60 plutôt rigolo, le film pouvant être lu comme une apologie (ou une critique, selon son caractère) des drogues hallucinogènes en vogue à l'époque. Dommage que le tout manque d'ambition, et que Honda ait choisi au final de rester du côté du divertissemnt là où il aurait pu réaliser un vrai film politique et punk. Ca reste une série Z, certes friquée et intelligemment détournée, mais qui a pris un sacré coup de vieux. Honda a indéniablement un regard, une belle façon de planter des atmosphères, et une vision de la société intrigante ; mais il reste un artisan légèrement ringard esthétiquement.

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Posté par Shangols à 10:56 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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