Dream Home de Ho-Cheung Pang - 2010
Mon collègue avait déjà aimé Isabella du même Ho-Cheung Pang, et je confirme qu’il y a bien du talent en ce cinéaste hong-kongais. Il nous propose avec cette mouture 2010 un amusant film gore comme on n’en avait pas vu depuis longtemps, et qui flirte en plus agréablement avec les turpitudes du monde contemporain pour les transformer en motifs horrifiques. Dream Home est en effet un film d’horreur sur fond de crise mondiale : le texte qui s’inscrit d’ailleurs sur les premières images nous fait croire à un documentaire social. De nos jours, le prix de l’immobilier a flambé, tout le monde est dans la misère, et « pour survivre dans ce monde fou, il faut être encore plus fou » (de mémoire). Bien, on est d’accord. On découvre alors Cheung, jeune femme ayant entrepris de se procurer un appartement avec vue sur la mer, après avoir vu sa famille entière mourir dans la dèche et sans avoir pu atteindre ce rêve. Pour y parvenir, elle a trouvé une solution radicale (un peu la même que dans Le Couperet de Westlake) : dézinguer les bourgeois qui habitent ces appartements.
Le film alterne les scènes au présent (une seule nuit de massacre) et les flashs-back sur les différents épisodes de la vie de Cheung, pour nous montrer comment elle en est arrivée là. Autant le dire : on se fout un peu de ces retours dans le passé, d’autant qu’ils sont la plupart du temps très mièvres et sans intérêt. L’enfance du personnage, notamment, est écrite et filmée de façon affreusement kitsch. Ho-Cheung échoue vraiment à rendre compte des effets de la misère sur cette smala, et souligne lourdement ses épisodes à grands coups de dialogues simplistes. Ça devient vraiment intéressant quand l’héroïne laisse mourir son père plutôt que d’avoir à affronter ses reproches et sa présence envahissante : on sent alors monter doucement la cruauté du film, qui va exploser avec les scènes gore du présent.
Et du côté de celles-ci, on est comblé. Une fois qu’on a compris que le scénario n’irait pas beaucoup plus loi que ça, on prend un plaisir très simple à découvrir l’étendue de l’imagination de Ho-Cheung pour faire mourir ses personnages. Il y a 12 ou 13 morts là-dedans, chacune
d’elles soigneusement choisie pour surenchérir sur la précédente : ça tue avec des planches, un aspirateur, un cutter, la cuvette d’un chiotte (…), toujours avec un esprit gore très fun. Tout le plaisir du film vient de là, et c’est bien suffisant. Le réalisateur semble beaucoup s’amuser à trouver de nouvelles façons de nous déranger l’estomac, et on le suit sans problème sur cette voie. Il teinte sa montée gore d’un humour bienvenu (la bande de petits jeunes qui baisent et fument dans tous les sens, si bien qu’ils mettent un bon moment avant de constater qu’on est en train de les trucider) et souvent assez punk (le sang d’un garçon qui gicle sur le dos de la nana, et elle qui croit qu’il jouit !). Comme en plus Ho-Cheung sait très bien filmer la ville (sont-ce des maquettes, ou est-il parvenu à trouver un effet assez bon pour nous montrer un monde à la fois minuscule et étouffant ?) et le désarroi moral (les images superposées ou les décadrages sur son héroïne dans les moments critiques), on apprécie jusqu’aux moments de transition entre les meurtres, et on pardonne au film ses moments fleur bleue. Belle surprise.
Isabella (2006) de Ho-Cheung Pang
Très bonne surprise que ce petit film Hong-Kongais tourné à Macao.
Si l'esthétisme lorgne un peu trop sur Wong Kar Wei (bon cela dit on a aussi le droit d'utiliser des lumières oranges ou vertes et des filtres sans être un disciple...), ce film racontant l'histoire d'une jeune fille de 17 ans qui pense retrouver son flic de père possède un charme certain. Accompagné d'une très belle musique recompensée à Berlin d'ailleurs, on suit leurs efforts pour essayer de rétablir une relation, Yan tentant d'écarter toutes les petites copines de son père, ce dernier essayant de suivre cette grande bringue dans ses fantaisies. Macao apparaît comme j'aurais voulu qu'il m'apparaisse, plein de charme, calme, tranquille, -j'ai toujours craqué pour les murs à la peinture écaillée (même s'ils me font peut-être penser à In the Mood For Love... )- et l'errance de ses deux personnages dans de
s sites oubliés ou dans des rues somnolentes reste plaisante tout du long. Quatre ou cinq flash forward très courts parsèment le récit et s'ils déroutent, on arrive malgré tout à reconstruire le fil (j'en ai marre des effets vains...) Alors oui quelques facilités de cadre (plan en plongée du plafond, écran réduit à 50 pour cent (une partie étant complètement noire comme chez...), ralentis sur des courses) et quelques scènes légèrement bancales (pourquoi faut-il qu'on se tape toujours un scène en karaoke?) mais j'ai décidé d'être indulgent - putain ce type a un an de moins que moi, ça fait froid dans le dos...- tant sont rares ces petites perles asiatiques ces derniers mois.
