26 mars 2011

Restrepo (2011) de Tim Hetherington & Sebastian Junger

Restrepo1Le quotidien, pendant une bonne année, d'un régiment ricain perdu au fin fond de l'Afghanistan - la fameuse "Korengal Valley" où une cinquantaine d'Américains ont perdu la vie avant que la base soit définitivement fermée en avril dernier. Au-delà de l'aspect parfois "impressionnant" de ce documentaire au coeur du combat (on entend plus d'une fois les balles siffler autour du caméraman), il y aurait presque un petit côté Désert des Tartares : entendons-nous bien, l'ennemi est bien présent mais on ne le voit jamais (sinon à travers un super télescope qui permet de savoir si un type a bien été "explosé" - viva des militaires...). D'où la peur constante qui taraude cette quinzaine d'hommes qui ont crée un avant-poste au sommet d'une colline (une base baptisée Restrepo en souvenir de l'un de leurs camarades tué), un véritable enfer où ils sont souvent pris pour cible. On sent bien que les gars cherchent à gagner la confiance des "locaux" (une bande de vieillards à barbe orange qui viennent chaque semaine discutailler avec les militaires en assemblée) en leur expliquant qu'il s'agit de dégommer les "Talibans" pour pouvoir construire une route dans la vallée et "développer l'économie" du coin ; le premier constat, c'est qu'on a un peu l'impression d'une visite d'éléphants armés jusqu'à la trompe dans l'univers des Barbapapa. Les Américains, certains de leur bon droit, tentent de convaincre nos centenaires de l'intérêt de leur mission : le problème, c'est que ces derniers ne semblent pas avoir vraiment demandé grand-chose, se contentant de relancer les Américains pour savoir pourquoi un type a été fait prisonnier ou qui va payer pour la mort d'une vache... Malgré la présence de traducteurs, on assiste à des discussions de sourds entre des types qui disent "attends, moi je t'explique, on est là pour votre bien" et des autochtones qui ne peuvent que constater qu'ils morflent autant (les enfants et les femmes tués par une bombe dans un village) que les "Talibans". Le côté véritablement malsain, c'est de constater à quel point certains militaires semblent avoir pris goût à la chose (celui tout content d'avoir enfin une grosse mitraillette entre les mains ("ma mère était une hippie et interdisait tout jouet qui ressemble à une arme à la maison"... - toujours dit que les hippies étaient dangereux, moi) qui compare la montée d'adrénaline lors d'un combat à une prise de crack...). Nos militaires se posent toujours en tant que victimes (on comprend qu'après avoir vu un de leurs camarades se faire descendre à deux pas d'eux, ils soient remontés à bloc...) sans JAMAIS tenter de remettre en cause un quelconque intérêt de leur mission (ce sont des militaires, me direz-vous, certes). N'ayant à aucun moment de contre-champs dans l'histoire, le doc nous "force" la main, d'une certaine façon, à compatir pour les malheurs de ces jeunes gars qui se battent, certes, comme de beaux diables sans jamais qu'on ait le moindre indice sur les "ennemis d'en face"... C'est là forcément toute la limite du doc si ce n'est qu'il tend à démontrer (en espérant que cela soit en partie voulu) qu'on ne sait pas vraiment contre qui cette guerre est engagée (les super méchants talibans... ah oui, bien sûr). Les Ricains sont donc repartis depuis... bilan : des morts des deux côtés, pour quelle réelle "avancée", that is the question...

Posté par Shangols à 03:53 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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