Among the Living (1941) de Stuart Heisler
Il y a du potentiel dans ce film de Stuart Heisler : ambiance de cimetière, de maison "hantée" et de nuits orageuses, sombre secret de famille enfoui pendant des décennies soudainement révélé, jeune femme vénale prenant la tête d'une foule destructrice aussi languienne que fordienne, ténébreux docteur qui tente de la jouer fine, multiples meurtres par étranglement, oh et puis tiens, cela faisait longtemps, des jumeaux... Albert Dekker endosse les deux rôles, celui du bon frère John (le côté d'équerre donc) qui revient dans sa ville natale après 25 ans - aux côtés de la belle Frances Farmer, sa femme - pour assister aux obsèques de son père et celui du frère "caché", Paul, devenu fou après avoir été maltraité par ce même père qu'on enterre (le côté black - humour). Celui-ci, enfermé dans la maison familiale pendant toute cette période, est tout excité au moindre bruit discordant (il prenait la défense de sa mère qui criait quand son pater l'a battue) et va, dans la foulée de l'enterrement, parvenir à s'échapper - après avoir étranglé son gardien... Quand l'ambiance est à la coule, c'est un bon gars qui ne va pas tarder à sympathiser avec la charmante Susan Hayward : comme il dépense sa thune sans compter, la chtite Susan va forcément n'avoir d'yeux que pour ce bon gros nounours un peu pataud... Quand l'ambiance devient surchauffée, c'est po la même, notre gars a le sang qui bout et crack, cela manque pas, il étrangle, pendant une nuit, au bout d'une petite allée, une fifille qui l'avait un poil émoustillé... Pendant ce temps-là comme dirait l'autre, John et le docteur qui s'est occupé de Paul pendant toutes ces années, discutaillent le coup pour tenter d'éviter un éventuel scandale : le docteur, uniquement préoccupé par sa propre réputation, cherche à convaincre John d'offrir une récompense pour l'arrestation de ce tueur. Cela va provoquer une véritable chasse à l'homme dans toute la ville... Le problème, c'est qu'il ne suffit point de réussir à "identifier le tueur" : il y a en effet encore le risque de se tromper de brother ; le pauvre John en fera la triste expérience...
Heisler parvient à planter une sombre atmosphère dès le départ (le recueillement lors de l'enterrement, ce mystérieux serviteur black qui rôde dans les parages, cet étrange individu cyclothymique dans sa camisole, le faciès horrifié de ce black assassiné...) avant de bifurquer sur les histoires de coeur de ce fou en liberté. Le cinéaste dope son montage lors de cette bien belle séquence où notre ami commence à perdre les pédales dans cette boîte à l'ambiance survoltée, un ami qui va ensuite se lancer à la poursuite d'une donzelle jusqu'au bout de la nuit... et couic. Lorsque John est avec la Susan, il fait en fait beaucoup moins le malin : c'est ainsi elle qui va le pousser à se lancer dans cette terrible chasse à l'homme - c'est quand même couillon de se retrouver à se chasser soi-même... Obnubilée par la thune, cette créature démoniaque va faire beaucoup moins la maline quand son compagnon va commencer à l'étrangler. Quant à cette foule de miséreux tout excités à l'idée d'empocher 5.000 dollars, elle ne se montre guère plus éclairée et finaude que des manifestants du F.N... John finit donc par se retrouver dans une situation quelque peu embarrassante (mais nan, c'est point moi le tueur, c'est mon frère jumeau qui est mort il y a 25 ans... Ouais, c'est ça) et seul le docteur pourra le sortir de cette sale situation. Même si le scénario n'a en soi rien de vraiment formidouble (quoique), Heisler nous gratifie de quelques séquences relativement haletantes et donne à Susan Hayward l'occasion de briller dans ce rôle de jeune femme sexy et vénale jusqu'à la moelle. Satisfecit malgré l'aspect également quelque peu "délavé" de la copie.
Noir c'est noir, c'est là
La Peur au Ventre (I died a thousand times) (1955) de Stuart Heisler
Un remake un peu mou du genou de High Sierra (était-ce bien la peine... ? C'est toujours la question) avec pourtant un casting qui, sur le papier, était plus que prometteur : Jack Palance reprend le rôle de Bogart, a pour boss un certain Lon Chaney Jr et pour acolyte ce bon vieux Lee Marvin (véritable bras cassé) et se retrouve entouré, au niveau du casting féminin, par Shelley Winters et la jeune et pimpante Lori Nelson. Le petit Stuart Heisler copie le maître Walsh en reprenant même le personnage du chien (fidèle compagnon de Palance), bon vieux toutou sympathique et gentiment discipliné qui donnerait presque des allures de film Disney à ce film noir... Le comble. On essaie bien de se passionner ici ou là par quelques petites séquences où le sourire unique du Jack fait des ravages (avec la chtite Lori fixant les étoiles alors qu'il n'a d'yeux que pour elle ; face à son boss mourant dans son lit qui insiste tant et plus pour picoler, vu qu'il faut bien mourir de quelque chose - j'aime cette philosophie hédoniste tendance alcoolique (Jack est tellement grand que Heisler finit par prendre l'option "cadre décalé" pour faire rentrer les deux hommes dans le champ - euh non, plus sérieusement, le cinéaste semblerait vouloir tenter le petit effet "équilibre instable" pour ajouter un peu de tension dans la discussion mais ça tombe un peu à plat, comme plus tard - avec le même procédé - dans la salle des coffres...)). On languit en attendant le casse et ce n'est pas la pauvre petite amourette entre Jack et Lori (ah je t'adore Jack, toi qui passes outre mon pied-bot ; oh tu vas m'offrir un nouveau pied comme c'est mignon ; euh maintenant que je suis redevenu normale on se fait la bise et on reste amis, nan ?) ou cette pâlotte association entre Jack et Shelley qui nous donnent vraiment notre dose d'émotion. On a finalement plus vibré en matant le chien - qui ne regarde même pas la caméra avant d'obéir, bonne bête.
Jack devient de plus en plus nerveux avant de passer enfin à l'action et on est franchement de tout cœur avec lui vu qu'on commence, de notre côté, à s'endormir... Mouais, un casse pas vraiment trépidant (qui peut franchement avoir peur d'un bon vieux gardien qui survient dans le feu de l'action mais qui dégaine aussi vite qu'un eunuque ?) et on se dit que la poursuite finale devrait quand même nous en mettre plein les yeux... Ah les paysages sont jolis c'est vrai, mais ces deux motos et ces trois voitures de police qui roulent pourtant à fond nous tireraient presque un bâillement ; on assiste bien à deux belles chutes de motards, le seul problème, c'est que, après chaque moule, sur le plan suivant, ils sont toujours deux... étrange... Jack se terre dans les montagnes mais, sans vraiment qu'on puisse se l'expliquer, on vibre dix fois moins pour lui que pour un Bogart retranché - oui, bon, et puis il a pas de quoi faire le malin, il est comme tout le monde, il va mourir qu'une fois, c'est quoi ce titre mensonger. Po même le temps de verser une petite larme pour le chien qui se retrouve une nouvelle fois sans maître - je m'endurcis putain - et de regretter de ne pas s'être replongé dans l'original walshien...
Noir c'est noir, c'est là
La Clé de Verre (The Glass Key) (1942) de Stuart Heisler
Cette adaptation de Dashiell Hammet tient son rang en tant que film noir, avec son lot de bastons, d'érotisme distillé, d'action, de corruption et d'intrigue un poil alambiquée. Si Alan Ladd n'est pas Bogart, il apporte une certaine froideur, aussi bien dans ses amitiés que dans ses amours, qui en fait un personnage assez intéressant dans le genre, pas si facile que cela à cerner. La blonde et évanescente Veronika Lake est également suffisamment troublante pour donner du piment à quelques séquences.
Difficile de résumer l'histoire en deux trois lignes: un certain Madvig, homme public et forcément corrompu, décide de s'allier soudainement au parti de Henry pour gagner le coeur de sa fille, Janet (Lake). Tournant le
dos à Nick Varna, qui contrôle la pègre, il s'expose à quelques représailles. Cela se corse, d'autant que le fils de Henry, Taylor, un joueur invétéré, flirte avec la soeur de Madvig, ce qui a le don de peser sur les nerfs de se dernier. Lorsque Taylor est retrouvé mort, le nez dans le caniveau, tout accuse Madvig. Heureusement son fidèle homme de main, Ed Beaumont (Ladd), veille sur la réputation de son boss et fourre sa truffe un peu partout pour démêler l'écheveau. Bon pas de panique, c'est tout de même au niveau du scénario relativement facile à comprendre, la caméra suivant surtout à la trace le charmant Ed. Sa première rencontre avec Janet est tendue comme un mini slip en cuir au soleil, celle-ci ne cessant de lui faire des oeillades du diable. On est presque obligé de se repasser la scène pour comprendre la discussion qui a eu lieu pendant ce temps (mais finalement on s'accroche encore à ces regards d'ensorceleuse et on laisse le fil se dérouler pour ne pas y passer la nuit). Elle pense bien se le mettre dans la poche mais l'autre la remballe comme un colis DHL. Il tombera par la suite son quota de petites pépées - une infirmière, classique, la femme d'un éditeur, trop facile - tout en prenant pas mal de coups dans la tronche; son point faible étant la baston, lorsqu'il tombe entre les mains des hommes de Varna, il se prend véritablement la branlée de sa vie (le gros dur sadique qui lui tombe dessus n'y va point de main morte, madonna !); il parvient à s'échapper en passant à travers une verrière avant de se splatcher correctement sur une véranda, achevant sa chute au beau milieu d'une table - la maîtresse de maison est sciée; filmée en plongée la séquence est joliment ourlée. On a droit également à quelques rebondissements dans les derniers cent mètres du meilleur effet, la carapace du Ladd finissant sur la ligne par craquer.
Cela n'a peut-être pas la rigueur ni la prestance du Faucon Maltais, mais on prend plaisir au petit charme un tantinet venimeux et ondoyant de la Lake et à ce personnage joué par Ladd confiant en action mais dérouillant sa mère. Il ne se démonte cependant jamais, bien que cassé en mille morceaux, finissant presque par charmer la grosse brute (qui le serre d'un peu près...) à qui il finira par faire cracher le morceau. Loyal et dévoué, il y trouvera même son compte en se noyant dans le regard de la Lake - sûrement déjà fait 32 fois, mais j'ai po mieux sous la main. Je ne garde point en tête le roman de Hammet, sur 1h20 Heisler a dû tout de même pas mal élaguer, mais signe un film efficace et totalement dans la veine du genre. Bizarre que ce Heisler n'ait pas vraiment laissé sa marque sur les années 40 et 50, se cantonnant ensuite à des séries télé.









