Le Vandale (Come and get it) (1936) d'Howard Hawks, terminé par William Wyler
Un film en deux temps (1884 / 1907), trois mouvements (la rencontre / la vie pépère / la seconde "chance") qui bénéficie de l'indéniable abattage d'Edward Arnold : le ventripotent Barney Glascow dézingue les forêts du Wisconsin avec une telle vigueur qu'on se demande encore comment il peut rester des arbres sur Terre ; il compte sur l'exploitation du bois pour faire fortune et vu avec quelle maestria ses ouvriers dépotent (jolis jetés de troncs de la montagne au fleuve : très cinégénique à défaut d'être super ecofriendly), il semble sur le bon chemin. Pour fêter ce ratiboisement en bonne et due forme, Barney accompagné de son acolyte ultra enjoué Swan Bostrom (inénarrable Walter Brennan) invite tous les bûcherons dans un bar. Il y fera la rencontre de la vénale et gentiment vulgaire chanteuse du bouge, Lotta (Frances Farmer), et entre la brute et la belle, ce sera le méga coup de foudre. On assiste, pour sceller cette entente, à un magnifique décanillage de bar (à grands coups de plateaux utilisés comme des frisbees, notre trio s'attaque aussi bien aux serveurs qu'aux immenses miroirs et autres bouteilles) et dès le lendemain on retrouve nos deux tourtereaux roucoulant dans les bras l'un de l'autre. Seulement voilà, si Barney veut continuer sa progression sociale, il se doit d'épouser la fille du grand boss en charge de la compagnie d'exploitation... Bye bye Lotta... Qui va se marier par dépit avec le gars Swan...
Vingt-trois ans plus tard, Barney est devenu un bon gros bourgeois avec son hideuse bourgeoise et deux enfants proprets. Cela fait des plombes qu'il n'est pas allé rendre visite à son vieux pote Swan ; Lotta est morte, mais les deux ont eu une fille... Quand Barney va faire la rencontre de cette Lotta bis - qui ressemble forcément comme deux gouttes d'eau à sa mère (tu parles, c'est la même actrice, trop fastoche...) - , il va automatiquement en tomber raide dingue... Seulement eh pôpa Barney, il serait peut-être temps de passer la main... Si la première partie est relativement "spectaculaire" et rondement menée, la seconde demeure terriblement mollassonne... L'intrigue suit son cours à un pas de sénateur, le gars Barney mettant des plombes à se rendre compte que cette Lotta II a plus de chance d'être attiré par son fils que par lui ; il finira piteusement par rentrer "dans le moule" (dernier plan où les limites (triangulaires) de son champ d'action sont enfin clairement définies), vieillesse oblige... Eh ouais le temps passe, m'en parlez po mes bonnes gens. Gentillette petite leçon de morale, malheureusement un peu trop plan plan dans sa dernière et longue ligne droite...
Les Hommes préfèrent les Blondes (Gentlemen prefer Blondes) d'Howard Hawks - 1953
Hawks vient s'aventurer, pour la seule et unique fois de sa carrière, sur les chemins de la comédie musicale. S'il est convaincant dans tous les autres genres, du film de guerre au film fantastique, de la comédie au film d'aventures, il faut reconnaître qu'il est un peu en peine quand il s'agit de filmer la danse et la chanson. Curieuse option, notamment, que celle qu'il prend pour filmer ses deux actrices quand elles dansent : on voit rarement leurs jambes (qu'elles ont pourtant avenantes), et le gros plan est de rigueur, ce qui ôte tout dynamisme à ces scènes et ne fait que ressortir le peu d'expression des danseuses. Chacune des scènes musicales de Gentlemen prefer Blondes est ainsi, mal dosée, mal finie, un peu bâclée : figuration visiblement peu entraînée (les jeunes hommes qui chantent derrière Jane Russell ont bien du mal avec le play-back, certains semlent même mal connaître la chanson), solutions de facilités pour les décors (le fameux "Diamonds are the girl's best friends" sur un fond orange sans profondeur, fonctionnel), chorégraphies vite bouclées, on est très loin de la perfection de la grande école du musical, et ça handicape beaucoup le film. Curieux de voir Hawks se contenter d'aussi peu.
Quant à la fameuse rencontre Monroe-Russell, elle est là aussi assez décevante. Si la blonde Marilyn est poilante en bécasse (j'adore définitivement quand elle fait la conne, j'ai eu du mal à me remettre de son expression quand elle découvre les hublots de son bateau : "Look ! Round windowwwws !"), Russell n'est pas loin de la transparence dans son rôle de brune, comprenez de femme-fatale-garçon-manqué-futée-torride. Elle est d'une inexpression totale, visage qu'on dirait déjà botoxé (en 1953, possible, ça ?), peinant comme une damnée pour exprimer quelque chose en même temps qu'elle danse, lourdaude et sans grâce. Heureusement que les scénaristes lui attribuent de savoureuses répliques pleines de sexe, car sinon elle disparaitrait complètement derrière Marilyn, évidemment impeccable.
Une fois ces réserves émises, j'ajouterais pour être juste que Gentlemen prefer Blondes reste un plaisir parfait pour tout le reste. Dès que ça ne danse plus, Hawks retrouve la verve de ses grandes comédies : dialogues taquins (deux marins : "si une de ces deux filles tombent à l'eau, c'est moi qui vais la repêcher" / "De toute façon ces filles ne peuvent pas couler"), scénario phallocrate et féministe à la fois (le machisme intrinsèque est rompu par les personnages féminins, qui dirigent tous les hommes avec beaucoup de malice), personnages secondaires très drôles, rythme impeccable des séquences... Le côté vintage de ces films faits en studio, notamment le décor parisien que même Jeunet trouverait too much, fait son charme, et on suit ça avec un sourire béat et bon enfant, sans trop se prendre la tête sur le reste. Il suffit que Marilyn change de robe, que Marilyn essaye de s'enfiler une tiare autour du cou, que Marilyn se retrouve coincée dans un hublot, que Marilyn dragouille un vieux beau, que Marilyn sussurre "Money ?" avec son petit minois d'agneau qui vient de naître, pour satisfaire le regard et l'esprit. Il suffit que Marilyn, quoi... (on sent que je suis fan ?). Voilà, pas du tout un grand film, non, mais un film à l'ancienne qui garde beaucoup de charme.
La Chose d'un Autre Monde (The Thing from Another World) de Christian Nyby & Howard Hawks - 1951
Très joli film de propagande bien de son époque, The Thing from Another World semble planter tous les jalons du "film fantastique scientifique" qui fera les beaux jours de la SF future. Très rigoureux dans sa volonté de vraissemblance, ne rechignant jamais à fabriquer des scènes purement "pédagogiques" aux dépends du spectacle à tout prix, le film y gagne en véracité. Beaucoup de scènes nous montrent des scientifiques penchés sur leur microscope et expliquant les pourquoi et le comment de l'arrivée d'un extra-terrestre sur notre planète. Un sérieux dans le discours que Hawks oppose à la crétinerie assumée des militaires ou des journalistes : alors qu'un éminent savant explique l'intelligence des végétaux, exemples à l'appui (vous saviez que la vigne pouvait communiquer ?), le journaliste bas du front réplique : "Autrement dit, on est attaqués par une carotte géante". Les militaires ne voient qu'une chose : "The Thing" est l'ennemi, dangereux, menaçant pour l'espèce humaine ; il faut donc s'en débarasser, et même, une fois cela fait, effacer les traces. On ne sait si c'est volontaire, ou si le viril Howard Hawks se laisse emporter par son enthousiasme couillu, mais les hommes apparaissaent dans ce film comme très premier degré, ennemis du savoir et du progrès, encore définitivement enfermés dans une virilité passée (celle des westerns, des "hommes entre eux" de Ford), peu enclins à comprendre le monde et "l'autre."
Le film est donc de plus en plus effrayant, non pas à cause de cette créature mugissante finalement peu présente, mais à cause de cette conviction butée des militaires et des hommes en général : il faut se débarrasser de l'autre, quitte à le faire passer pas mille tortures. Carpenter, dans son génial remake, fera de ses héros le véritable ennemi, la menace sera intérieure, enfouie dans les coeurs ; chez Hawks, le danger est clairement extérieur, mais finalement, en creux, on perçoit une sorte de face malsaine dans cette communauté d'hommes. Le décor glacé du Pôle Nord sert encore une fois magnifiquement cette atmosphère de fin d'humanité, tout semble abandonné, le monde "réel" semble loin. Hawks réussit parfaitement ces séquences simples de discussions entre les hommes, ou toute cette première partie où les gars sont à bord d'un avion, échangeant quelques vannes et quelques phrases sèches : l'atmosphère de camaraderie y est palpable. La mise en scène est plutôt sobre et discrète, mais il y a un charme certain dans ces longs plans intérieurs où les personnages se rassemblent en demi-cercle autour de la caméra, où chacun a son petit mot à dire, son petit moment de bravoure. Une seule femme là-dedans, comme souvent chez Hawks, mais aussi "virilisée" que les hommes, avec une niaque et un répondant très rigolos.
Il faut aussi certainement re-situer le film dans son époque, et voir dans ce combat des braves Ricains contre une invasion extérieure un discours sur l'invasion supposée du communisme dans ces années-là. Dans ce "virus" menaçant l'humanité entière que représente le Martien, on voit bien où les scénaristes veulent en venir ; et ça rend le final d'autant plus impressionnant : l'envahisseur est littéralement grillé sur place devant le regard jubilatoire des militaires (à l'un d'eux qui veut arrêter la torture, le capitaine dit "Attendez, il faut qu'il n'en reste rien"). Même le journaliste qui a pourtant déjà assisté à des exécutions en tombe dans les pommes. Séquence vraiment cruelle, mais dont on dirait que Hawks ne perçoit pas le degré de violence ; le film semble trouver tout naturel de faire longuement griller en plein cadre tout ce qui est extérieur à la communauté, on peut trouver plus subtil comme discours politique. En tout cas, The Thing from Another World est justement intéressant par ce côté historique, qui en fait un archétype de la production de droite de l'époque. Qu'il soit en plus joliment réalisé et gentiment effrayant n'enlève rien au charme.
Sa Majesté la Femme (Fig Leaves) (1926) de Howard Hawks
Second film du gars Howard qui n'a pas encore trouvé le tempo parfait pour la comédie... Soyons tout de même juste, nous ne sommes qu'en 1926, le type a à peine 30 ans et fait preuve malgré tout de quelques audaces : la recréation de l'Eden avec George O'Brien en Tarzan, pardon en Adam, et Olive Borden en chieuse des premiers âges, enfin plus précisément en Eve, avec, en bonus, des créatures dinosauresques (j'ai reconnu un trycéraptorbus et un diplodocon) en carton pâte poilantes et le serpent le plus ridicule de l'histoire du cinéma juste devant celui du Tombeau hindou ! C'est po rien; ce premier quart d'heure vaut le détour par son côté ultra kitschouille (le combat entre Adam et un chimpanzé de la taille de mon genou, des effets spéciaux dignes de George Lucas) et sans complexe, la cerise gaguesque sur le gâteau- les femmes qui doivent laisser les places assises aux hommes dans le trycéraptor-bus qui passe tous les matins.
Ce sera la seule chose qui malheureusement va évoluer, le flash forward nous montrant qu'entre l'Eve d'origine qui ne sait pas quelle feuille enfiler et l'Eve contemporaine "qui n'a jamais rien à se mettre", le cerveau de la femme n'a finalement que très peu évolué - c'est po moi qui le dis, c'est Howard. Le serpent de l'Eden devient au passage sa voisine de palier, la tentatrice incarnée, qui la motive, la chienne, non seulement à acheter des fringues mais qui, en plus, drague son mari - Adam est, lui, plusieurs milliers d'années plus tard, devenu plombier, ce qui est tout à l'honneur des Polonais. Eve, qu'Adam refuse de voir bosser, va se retrouver par hasard chez un modiste et devenir la muse du type, l'occase rêvée pour elle d'avoir des fringues pas chères; cela nous vaudra d'infinies défilés de mode (la mode a évolué, merci Dieu : la plupart des tenues n'iraient point de nos jours à une lampe, et seul Sheila serait capable aujourd'hui d'utiliser certaines matières pour se faire des bottes ou un soutien-gorge du futur...) avec un modiste qui en fait tellement des tonnes qu'il ferait passer Karl Lagerfeld pour un type bien. Autre petite finesse du scénar, une intrigue qui ressemble à s'y méprendre à celle du Coup du Berger de Rivette, en un peu moins élaborée. Les gags patinent quand même beaucoup et on est presque content sur la fin de retrouver deux petites minutes de paradis toujours aussi cocasses - les femmes et les vêtements, l'Enfer de l'homme, c'est ainsi... Ce n'est qu'un début pour le Howard, certes, le meilleur est à venir.
Une Fille dans chaque Port (A Girl in every Port) (1928) d'Howard Hawks
Pas franchement grand-chose à se mettre sous la dent dans ce film d'amitié super virile - hum, hum - entre deux marins. Heureusement, il y a une soudaine illumination en plein milieu du bazar avec l'apparition de Louise Brooks en maillot de bain très coquin (super transparent sa combi... Bon, moi je dis ça, c'est pour elle, remarquez bien). Elle joue forcément la garce mais cela amène un peu de piment dans cette oeuvre bien répétitive...
Spike, fier marin, écume les ports - Amsterdam, Rio... - avec un carnet d'adresses bien fourni; seulement pas de bol, soit la femme a déjà pondu une tripotée de bambins entre-temps, soit cette dernière porte une marque particulière (sur une bague, un porte-jarretelle...), toujours la même : il semblerait qu'un type ait précédé notre Spike partout où il va en laissant une trace indélébile... Spike ne va point tarder à rencontrer ce gars, un marin forcément, nommé Bill, et leur grand jeu va consister à se mettre sur la gueule ou sur celle des policiers du coin avant de rire aux éclats comme des pendus (On pense à OSS 117 avec Jack... hilares, les deux coings). Tous mes amis sont des ports, disait Zedrus, et il n'avait pas tort. Les deux s'entendent comme deux larrons en foire et font les 400 coups : et vas-y que je te fous un flic à l'eau, ouah trop drôle l'autre, et vas-y qu'on assomme deux policiers, ouah trop fendard... Au bout d'un moment cela n'amuse plus qu'eux. Heureusement la craquante Louise Brooks fait enfin son apparition dans le port de Marseille en tentant un plongeon de 56 mètres de haut dans une bassine grande comme la poubelle de ma salle de bain. On retient son souffle, eh oui incroyable, ca y est, c'est fait, et en plus elle ressort toute mouillée : on jubile. Elle ne tarde point à mettre le grappin sur le Spike. En fait, on apprend vite que la Louise, dans un autre port, s'est entichée du Bill, il y a des années de cela - elle a justement un tatouage avec la fameuse marque - et qu'elle prend le Spike pour une poire. L'amitié entre Spike et Bill va-t-elle survivre aux manigances perfides de Louise ? Bon, je vous réponds tout de suite "oui" - et on assiste à un final où nos deux matelots rient forcément aux éclats - ça, on a l'habitude - en se retrouvant nez à nez (limite ptit bisou), se caressent gentiment le maillot parce qu'il doit y avoir des petits plis, bien sûr, et je ne parle pas de leur fameux rituel après chaque baston : tire-moi le doigt, s'te plaît, faut remettre mon articulation en place - Freud se marre. Deux matelots super gais, clair; Louise Brooks partira, juste après, sous d'autres cieux, ceux de Pabst. Un Hawks tout de même encore bien tendre...
La Rivière rouge (Red River) (1948) de Howard Hawks
Franchement, un bon western de Hawks avec un John Wayne super furibard et un Montgomery Clift beau comme un pain d'épice, est-ce que cela se refuse ? J'ose même pas vous donner la parole parce que la réponse est non. Bon c'est vrai qu'après The Big Trail, se retaper un voyage avec 9.000 boeufs du Texas à Abilene, cela tourne un peu au vice. D'autant que la route est finalement super tranquille, les rivières sont aussi paisibles que l'Allier en morte saison (de janvier à décembre), les Comanches se font ratiboiser comme du petit bois - leur bilan : planter une flèche dans l'épaule d'une gonzesse, bah avec ça... - et l'ensemble de la route ressemblerait presque à une croisière de vacances (bon la bouffe est dégueulasse ainsi que la café mais c'est pas mieux en bateau). Cela dit, tout de même, sublime mouvement de panique ("stampede", en anglais, je progresse tous les jours, un peu comme mon chinois, aujourd'hui j'ai appris le mot "éponge", comment le replacer ?) dans le troupeau, provoqué par deux casseroles qui tombent à cause d'un gaillard qui vole du sucre - l'effet papillon - et qui entraîne toutes nos bêtes comme un seul homme à 3000 à l'heure (même dans ces conditions, un bus shanghaien lancé en face à pleine vitesse a peu de chance - c'est peut-être ça qu'il me faut pour circuler peinard en ville): cela donne un bon vieux coup de speed au film et donnerait presque de crier un yahhhhhhlodddddipppp d'extase si on avait pas peur du ridicule.
Bon, mais le vrai intérêt du film est ailleurs, dans la confrontation entre un vieux de la vieille têtu comme une mule - le John -, prêt à tout pour aller jusqu'au bout de ce qu'il a décidé au départ, même quand il sait pertinemment qu'il risque de faire fausse route, et un Montgomery, que le John a recueilli tout chtit, qui fut à bonne école, mais qui veut prouver qu'il a aussi autant de plomb dans sa cervelle que dans son colt. L'un veut mener le troupeau dans le Missouri, l'autre à Abylene, on a beau ne pas savoir vraiment où cela se trouve sur une carte, on comprend bien que le clash est inévitable. D'autant que les soucis rendent le John de plus en plus nerveux (des centaines de miles et pas une station Shell), prêt à descendre le moindre pingouin qui ose lui désobéir ou lui tenir tête. Et ça, le chtit Clift, un moment, il en a soupé. Au petit jeu de celui qui a la plus longue (tirade, on s'entend), on pense que rien ne pourra blouser un vieux brisquard... Et ben peut-être qu'on se trompe... Il faut attendre le tout dernier quart pour revoir enfin (après la scène d'ouverture que le John aurait dû garder en tête pour savoir qu'il n'a po toujours fait les bons choix), un personnage féminin, la fantastique Joanne Dru (également dans She wore a yellow Ribbon) qui va apporter un peu de charme, oui certes, mais surtout beaucoup de bon sens à ces deux petits cowboys qui se la pètent quand même pas mal - moi aussi je peux marcher en écartant les jambes, pas dur. La séquence finale, tendue comme une corne de bison, est franchement époustouflante et m'a presque mis la larme à l'oeil d'émotion soudaine - je contrôle plus mes émotions dernièrement, seulement quand je joue au tarot. Du coup on en ressort avec un vrai ouah de plaisir alors que bon, l'histoire demeure relativement paisible quand on y réfléchit. Deux bons points pour des seconds couteaux, Walter Brennan - 232 films et 3 oscars à son actif tout de même - en vieux lascar gouailleur, et pour John Ireland, le Cherry Valance, qui parvient à se faire une petite place entre les deux stars. Bien content moi.
Chérie je me sens rajeunir (Monkey business) (1952) d'Howard Hawks
C'est marrant comme la formule secrète de la screwball comédie fonctionne parfois plus ou moins bien. Fan devant l'éternel de Cary Grant et de Hawks, je ne me suis que peu esclaffé devant les pantalonnades délirantes de Grant associé à Ginger Rogers. Je conçois qu'on soit dans l'outrance totale mais cela finit par tomber un peu à plat - à moins aussi que ma copie chinoise, vraiment cracra, ne rende pas vraiment justice au noir et blanc d'origine, j'avais presque l'impression d'être devant la première télé de mes grands-parents.
Grant fait des expériences dans son labo pour trouver la formule secrète du rajeunissement. Ca foire jusqu'à ce qu'un singe, livré à lui-même dans le labo (belle direction d'animale, faut reconnaître), trouve la formule magique qu'il jette dans le réservoir d'eau. Grant puis sa femme vont tour à tour retomber en enfance, puis le couple ensemble. Il est marrant de voir que les hommes ne pensent alors qu'à faire du sport (du patin à glace et des plongeons) ou à flirter avec la secrétaire (Marylin Monroe en pauvre sotte uniquement bonne à montrer ses gambettes et rouler son derrière, si c'est pas gâché quand même) alors que les femmes, elles, veulent danser avant de se mettre à chougner (si c'est du bourbonnais, je m'en excuse)... Cette cure de rajeunissement provoque scènes de ménage sur scènes de ménage, comme quoi la maturité conjugale apporte le calme -ou alors même plus la force de se disputer... Cary Grant est complètement lâché dans la nature, balance de jolis vannes à sa belle-mère et part complètement en bande, déguisé en indien avec les gosses du quartier - on peut pas dire qu'il n'aille pas jusqu'au bout pour casser son image, renvoyant presque un Jim Carrey à ses études. En dehors de ces quelques pétages de plombs, le film tourne quand même un peu en rond, et on s'ennuie un poil devant ces gags juvéniles. Peut-être pas d'humeur, ou alors plaçant la barre trop haut par rapport à Hawks, j'ai eu beaucoup de mal à vraiment marcher. Un peu plus de Marylin et un peu moins de Ginger je n'aurais pas été contre non plus, sauf votre respect.
La Captive aux Yeux clairs (The Big Sky) d'Howard Hawks - 1952
Truffaut disait que la particularité de Jules et Jim tenait dans le fait que généralement lorsqu'une femme tombait amoureuse de deux hommes, l'un était toujours dans le camp des méchants et l'autre dans celui des gentils. Il avait dû oublier ce film de Hawks où une femme se dresse sur le chemin de deux hommes qui s'apprécient à leur juste valeur, l'un étant peut-être plus expérimenté (Kirk Douglas) mais les deux faisant preuve de la même honnêteté, bravoure, responsabilité et tutti quanti.
Bien qu'il s'agisse d'un grand film d'aventures -la remontée en bateau du Missouri, on se croirait parfois dans un roman de Harrison ou de James Welch- avec de nombreux dialogues savoureux en frança
is soit dit en passant - Hawks parvient parfaitement à nous faire toucher du doigt l'amitié entre les deux hommes et la séduction progressive de la captive. Plantureuse et magnifique Elizabeth Threatt dont il s'agira du seul rôle au cinéma. On est presque parfois plus du côté de l'univers de Casablanca que dans celui d'un western de Ford. C'est ce qui fait toute la force de Hawks de parvenir à nous faire suivre d'aussi près la destinée de ses multiples personnages tout en nous proposant un voyage au long cours. Quelques magnifiques scènes telles que la saoulerie dans le bar ("I love drinking whisky alone, but I must remember to go home"), les corps à corps entre l'indienne et Dewey Martin (un tantinet trop gominé et brushé, il devait avoir les maquilleurs de Lost), les scènes de franche camaraderie autour d'un bon feu, ouais mon gars ou encore celles plus vivantes que jamais du bateau qui essaie de remonter le courant tel un saumon.
Hawks en quelques phrases d'un dialogue limpide exprime toute la "maladie" de ces hommes blancs qui ne pensent qu'à "saisir" tout ce qu'ils peuvent, quitte à le détruire. Magnifique fin allant dans ce sens lorsque Dewey Martin décide d'abandonner l'indienne après avoir couché avec elle (Douglas est vert) mais qui finalement prend son courage à deux mains et revient sur ses pas: Homme blanc pas toujours bon mais faut pas désespérer! Homme blanc bon fond mais s'en sert po toujours. (Shang - 18/07/06)
Oui, on est dans le solide film d'aventures impeccable des années 50, mené tranquillement et professionnellement par un Hawks en grande forme. Acteurs glamour comme c'est pas permis (pour ma part, je trouve cette petite Indienne, Elizabeth Threatt, un poil gourdasse), gros paquets d'aventures (ça va d'un bateau qui s'enlise dans les branches à une attaque de Crows, en passant par un complot mené par des Blancs vénaux), musique romanesque qui donne envie de grimper sur un cheval, camaraderie à base de pintes de whisky et de dialogues au coin du feu... C'est du savoir-faire à l'ancienne, très beau, souvent drôle (la scène où on coupe un doigt à ce pauvre Kirk Douglas complètement bourré est franchement rigolote), et qui sait donner à tous les personnages sa dose d'humanité bienveillante - y compris aux Indiens, ce qui n'est pas dommage : ma préférence va à Poor Devil, un Black Feet errant et un peu simplet, qui parsème le film de son rire niais mais s'avère être un implacable chasseur.
Le plus beau est cette envie évidente de Hawks de tirer son film vers le pur documentaire : le carton du début annonce qu'il s'agit de retracer le périple des pionniers américains, qui ont remonté le cours du Missouri pour explorer la "splendide Amérique", et c'est exact que The Big Sky se laisse souvent aller à la simple contemplation énamourée d'un pays, d'un ciel, d'un panorama. Au milieu de ces vastes décors, Hawks filme souvent de simples scènes d'hommes au travail : comment hâler un bateau, comment négocier une peau, comment dansait-on en 1815, comment catapulter un chevreuil (oui)... Je n'irai pas jusqu'à comparer ça à Païsa de Rosselini, mais il y a là-dedans quelque chose de la noblesse du travail, de la simplicité des gestes ; un portrait "d'hommes entre eux", courageux mais modestes, fraternels et solidaires. Les aventures sont d'ailleurs la plupart du temps vite réglées pour laisser toute leur place à ces moments d'observation simple. Un film à 2000% américain, mais pour cette fois dans le bon sens du terme. (Gols - 02/03/08)
Seuls les Anges ont des Ailes (Only Angels Have Wings) (1939) d'Howard Hawks
Ce film est bien étrange dans la carrière de Cary Grant : il y interprète un anti-héros complet, qui plus est affublé d'un costume impossible (chemise blanche ou blouson trop étroit, chapeau de cow-boy déformé par la pluie, cigarette au coin extrême des lèvres, dégaine avachie), et qui reste assez antipathique pendant 115 minutes. Le talent du film est bien sûr de renverser totalement la vision qu'on a du personnage dans la 116ème minute.
Grant dirige donc d'une main de fer une petite entreprise de location d'avions, qui sont en fait des coucous déglingués qui tiennent à la colle. Ayant essuyé les revers d'un amour foireux
avec Rita Hayworth (la belle ne comprenait pas son goût du risque, la pauvrette), il a décidé de tanner son vieux cuir et d'être un insensible fataliste. Quand ses collègues se crashent en avions, il finit leur steack ; quand une donzelle revient se frotter à lui, il oublie son prénom ; quand la blonde et craquante Jean Arthur s'éprend de lui, il lui paye son billet de bateau pour rentrer chez elle. Bref, c'est un dur, et c'est à 10000 lieues de ce qu'on voit de Cary d'habitude : pas de trace ici d'élégance naturelle, peu d'indices de son talent comique. Mais une fois encore, il est magistral, émouvant à mort, et héroïque comme pas deux. La scène où il effectue quelques loopings dans un avion rafistolé au scotch est géniale, son avion pique du nez mais
lui n'a pas un rictus, même quand le pare-brise lui arrive dans la gueule. De même lors de la séquence où il perd son meilleur pote, où il est flegmatique et opaque, alors qu'on sent cette petite fêlure qui va le faire craquer. Seul le plan où on le voit pleurer est limite : Grant n'est pas fait pour les larmes, même si les maquilleurs n'y sont pas allé de main morte avec le collyre.
Appuyé par ce personnage magnifique, Only Angels Have Wings n'a plus grand-chose à faire pour être un film parfait, d'autant que Hawks y montre encore une fois son talent pour planter une ambiance nickel : ici, ce sont des bistrots d'Amérique du Sud pleins de fumées et de danses, ce sont des cockpits pris dans le brouillard et les vautours, ce sont des
pistes de décollage lavées par la pluie... La photo très belle, et les détails de décors et d'atmosphère sont très réussis, tout est crédible, palpitant, typique. Les personnages secondaires sont eux aussi très fouillés, du faux lâche qui cherche à se racheter une réputation en prenant tous les risques au vieux briscard de l'aviation à moitié aveugle, du médecin qui récite Shakespeare pour prouver sa dignité à la jeune première doutant de ses amours (Rita Hayworth). Les dialogues sont au petit poil, et Jean Arthur en comprend toutes les nuances, toute l'ironie, tous les degrés avec une intelligence qui l'honore. Son personnage à elle est vraiment beau lui aussi, une fille pleine de vie, balancée dans un monde viril et inconscient, et qui tente de s'adapter avec humour et abnégation. Les maquettes d'avion sont craquantes, en plus, toujours adoré ces trucages des années 30.
Bref, c'est Hollywood avec un H immense. Only Angels Have Wings nous fait passer par toutes les émotions du monde. (Gols - 10/04/07)
Disons-le en écho avec mon co-blogueur, Only Angels have Wings est un vrai chef-d'oeuvre (on n'est pas si loin de Casablanca, soyons fou), que porte entièrement sur ses épaules un Cary Grant au sommet de son art, dans ce personnage de vieux loup solitaire dirigiste. Hawks tient en haleine pendant deux heures avec pour seule toile de fond les allées et venues de caractères de "seconde zone" dans un petit aérodrome paumé en Amérique du Sud. Même si les scènes aériennes sont particulièrement bien filmées - même quand il s'agit de maquettes tenues avec un fil, je ferme les yeux avec plaisir - l'essentiel de l'action repose sur les relations au sol. Et en effet tout y passe au niveau des émotions: amitiés et amour qui ne veulent pas dire leur nom, personnages blessés qui trouvent un second souffle, façade d'apparat et extrême pudeur, le film est un vrai bonheur qui ensoleille ce lundi matin d'une tristesse et d'une froideur qui conduiraient un condor au suicide. Il faut souligner (j'en remets une couche) le jeu exquis de Jean Arthur, pleine de vivacité et de pugnacité, les apparitions magique de Rita Hayworth, à se damner, même quand elle a picolé (une classe, une façon de "se mouvoir " - elle ne marche pas, elle glisse...) mais aussi en passant cet acteur qui vient du muet, Richard Barthelmess, au passé extrêmement lourd à gérer, et qui sans dire un mot (ou deux) a une présence incroyable, fait passer toute la dureté et la capacité à encaisser de son personnage. Cela donnerait presque envie de s'enquiller l'intégrale des films de Hawks et de Cary Grant, là comme ça, en quelques jours. Howard, tu as des ailes de metteur en scène. So long! (Shang - 14/01/08)
Terre des Pharaons (Land of the Pharaohs) (1955) d'Howard Hawks
Enorme reconstitution pharaonique, plus de figurants que dans la rue commerciale de Shanghai un samedi aprèm (ouais, vous imaginez po) et le premier défilé du pharaon Khufu de retour de guerre ferait presque penser au carnaval de Rio s'il y avait des gonzesses - et la samba, certes. On se dit "aïe", encore un film qui va nous embourber dans le sable du désert, même si les décors qui sont signés Trauner, notre maître à tous, sont réellement somptueux - les toiles peintes de la pyramide sont plus vraies que nature. Et puis après 20 minutes d'esbroufe, on se rend compte que peut-être tout l'intérêt du film se jouera dans les secrets d'alcôves et on se met à y croire. Faulkner fait quand même partie des scénaristes et un peu de noirceur, dans les individus, dans les rapports, dans les ambitions serait la moindre des choses.
Notre ami Khufu veut donc construire une pyramide inviolable et pour cela il fait appel à un architecte qu'il a fait prisonnier. L'autre lui montre un système de la mort et une fois le deal passé (échange de plan contre libération de peuple), on se tape à nouveau 50.000 figurants qui s'apprêtent à monter sous nos yeux la pyramide. Sympa, mais comme je suis même pas foutu de construire une cabane de jardin, la tension baisse forcément. Et pis arrive Joan Collins, la vieille de Dynasty, qui envoyait quand même du lourd à 22 ans. Elle est machiavélique la bougresse, et ne se contente pas longtemps d'être la seconde épouse ou de voir de loin les richesses de la salle du trésor. Elle va tout faire pour éliminer la pharaonne en titre (bien joué le coup du serpent) puis le pharaon himself (coup fourré pour Khufu - c'est moi qui faisais les titres pour San Antonio): elle met en place une jalousie entre deux hommes et ça marche toujours. Seulement le second du pharaon, Hamar - pas de lien avec Bruno Carette à ma connaissance - lui réserve un chien de sa chienne et la fin dans la pyramide est sordide (il me semble bien d'ailleurs, avec le coup du serpent, que j'avais déjà dû voir ce film quand j'étais tout ptit). Etre pris à son propre piège ça s'appelle et ce pessimisme final donne vraiment la teinte, une touche, au film: plus noire qu'ensoleillée. Il est finalement presque dommage que le film oscille entre la reconstitution historique et ces machinations de chambre, il aurait peut-être gagné à trancher dès le début - le rythme du coup n'est pas toujours au rendez-vous... Reste néanmoins, sans vouloir faire la fine bouche de part et d'autre, la somptuosité des décors de Trauner, imbattable.





















