29 mars 2012

Nevada Smith d'Henry Hathaway - 1966

nevada2Superbe narration "en ligne claire" pour ce western tardif, qui mèle habilement les motifs du genre à ceux, plus modernes, du film d'aventures, et ceux, plus sentimentaux, du mélodrame. Il y a tout ça dans Nevada Smith, du colt, de l'évasion de bagne, de la femme fatale, et on ne s'en plaindra pas : Hathaway réalise là un modèle de divertissement, glamour et violent à la fois, c'est parfait.

Max est un gosse (joué par un Steve McQueen au moins trentenaire, à vue d'oeil, et qui peine à convaincre dans la première partie du film, où il est censé avoir 15 ans) qui voit ses parents massacrés par les vilains de service (belle brochette de salauds : Landau, Kennedy et Malden, que demande le peuple). Il se met en tête, malgré son inexpérience, de les venger en descendant les coupables un à un ; objectif qui deviendra au fil du temps une obsession sans nuance, quitte à perdre en route femmes, convictions et pureté d'âme. Trame simple, donc, et racontée vraiment avec un très bon sens de l'équilibre : on ne perd jamais de vue 17_04_nevada_smithce thème principal (la vengeance), alors que le film ne cesse de nous entraîner vers d'autres pistes. Amitié avec un marchand d'armes ambulant, petit tour chez nos frères indiens, plongée en marécages de Louisiane pour une promenade au bagne, exil chez les moines, il y a de nombreuses digressions, mais qui ne mènent finalement qu'à un but : Max veut tuer. Sur plus de deux heures, jamais on ne perd de vue cet objectif, et c'est vraiment frappant de constater comment Hathaway s'essaye au maximum de simplicité au sein d'un scénario aussi varié. Il y a quelque chose d'effrayant dans cette obsession de meurtre chez notre McQueen (qui devient vraiment super quand la maturité, les épreuves et le doute viennent le marquer), et le film est souvent assez brutal : les cris de sa dernière victime, par exemple, vous restent longtemps en tête ("Finish meeeee ! You haven't got the gutts ! Finish meeeee !") ; itou pour le meuglement poussé par le gars qu'on poignarde, vraiment bestial. On assiste de même à la mort d'une des superbes femmes de l'équipe, filmée à la fois dans toute sa simplicité (la belle meurt doucement au milieu des marécages, absurdement) et dans toute sa douleur (le désarroi de McQueen en contre-plongée, sublime) : sec et sentimental tout ensemble, du bonheur.

nevada_smith_1966_10335_1629302161Tout en restant dans un certain classicisme d'ensemble (couleurs, musique, passages obligés de la trame), Hathaway ouvre donc son western vers des horizons nouveaux, et on sent déjà quelques prémisses du Peckinpah à venir là-dedans (celui de Pat Garrett & Billy the Kid). Le tout manque franchement de vraisemblance (ce bagne soit-disant sans pitié qui ressemble au parc Astérix, ce gamin niais qui apprend à tirer comme John Wayne en un week-end de formation), mais on s'en cogne complètement, puisque tout ce qu'on demande, c'est que le gars Steve finisse par descendre tout le monde, si possible dans le fun. C'est très réussi.

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28 décembre 2011

La Fureur des Hommes (From Hell to Texas) d'Henry Hathaway - 1958

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Les réalisateurs de westerns qui tentent de changer les règles du jeu du genre sont rares, et c'est pourquoi il faut apprécier From Hell to Texas, en ce que Hathaway, à cheval entre classicisme et expérimentation, propose une nouvelle forme de cow-boys, et même de nouveaux rapports de force entre les personnages. Oui, parce que son héros à lui n'est pas un John Wayne couillu et sans pitié, mais tout le contraire : nous voilà face à Tod Lohman (Don Murray, parfait), pauvre gars qui a été embringué dans une bagarre et a tué accidentellement le caïd du coin. Depuis, la famille du gusse le pourchasse pour lui faire sa fête, qu'il soit coupable ou non. La spécificité du beau personnage inventé par Hathaway, c'est qu'il est strictement non-violent : les coups de feu le font frémir, la seule idée d'abattre un homme le plonge dans des affres de culpabilité, et en guise de bagage il traîne une vieille Bible avec la photo de maman à l'intérieur. Hathaway insiste à qui mieux mieux sur la candeur du personnage, dont la hantise de la violence va de paire avec une virginité sexuelle qui confine à la peur du sexe opposé : très belles séquences où la blonde gonzesse (Diane Varsi, physique atypique) le drague à la hussarde, et où lui se recroqueville sur lui-même de timidité. Les scènes sont assez crues (la baignade nu dans le ruisseau), mais les visions édeniques de ces séquences apaisées illustrent parfaitement la naïveté candide du personnage.

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Un cow-boy qui n'a pas envie de tuer, voilà. Beau sujet pour un western, et qui donne des choses formidables (notamment le final où, pour enfin faire cesser la fatwa qui pèse sur ses épaules, Tod est contraint à un acte de bonté absolue, sauver son propre ennemi), d’autant que, malgré sa non-violence, le gars est une des meilleures gâchettes de l'ouest. Les ennemis n’arrivent pas à le coincer, tant il est bon pour les faire fuir par son talent de tireur : la séquence où il fait s'écrouler un gros rocher sur le vilain qui lui tire dessus est digne d'un bon vieux Lucky Luke. Cette non-violence imprègne tout le film, même les Indiens savent faire preuve de discernement : au sein d'une grosse poursuite, ils ne s'intéressent qu'à deux des fuyards, ceux qui leur ont fait réellement du tort, laissant les autres continuer leur route. Si même les Peaux-Rouges sont sympas, maintenant... Superbe travelling d'ailleurs, au passage, lors de cette poursuite, où la caméra d'Hathaway embrasse tout le décor et montre toutes les forces en place en un seul mouvement très coulé (pris d'une carriole ?)

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Sous un habillage relativement classique, Hathaway montre un savoir-faire technique épatant, surtout dans la construction des personnages, tous complexes et intéressants. Chacun a ses raisons d'agir comme il le fait, personne n'est bon ou méchant. La palme au jeune Dennis Hopper, en fils cadet avide de reconnaissance paternelle, qui campe un loubard des temps anciens avec une présence impressionnante (l'héritage indéniable de son partenariat avec James Dean). Son père est très bon également (R.G. Armstrong), surtout quand le scénario lui permet de montrer le côté très gentleman de sa conduite au milieu de son obsession de vengeance ; l'honneur avant tout, il est prêt à donner de l'avance à son ennemi si celui-ci a fait montre de noblesse. Bref, un western où tous les éléments du genre sont bien présents, et qui les prend tous discrètement à rebrousse-poil. Impeccable.

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08 novembre 2011

Quatorze Heures (Fourteen Hours) (1951) de Henry Hathaway

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Il s'agit bien d'une gageure que celle de tenir quatre-vingt-dix minutes avec un gars qui veut se suicider, le cameraman on l'imagine (...) en équilibre sur le rebord de la fenêtre. C'est en tout cas le pari d'Hathaway qu'il remporte haut la main ; on ne sait pas trop quels sont les problèmes du gars (Richard Basehart, ni pour ni contre), mais le fait est qu'il est à bout et qu'il se donne en spectacle à tout New York le jour de la Saint-Patrick ; les flics sont forcément sur les nerfs mais c'est pourtant bien l'un d'eux (Paul Douglas, le rôle de sauveur de sa vie), un simple type en charge de la circulation, qui va jouer les intermédiaires et les assistants psychologiques de fortune - le Richard n'a confiance qu'en Paul, a po envie de se taper des docteurs psychologisants prise de chou. Il va tout tenter pour le ramener à la raison alors que sa mère, puis son père et enfin son ex-fiancée (Barbara Bel Geddes toute pimpante) vont faire des passages éclairs à la fenêtre pour le "réconforter" - ou le speeder un peu plus... Mais c'est bien l'ami Paul qui a le plus d'emprise sur lui et qui doit tout faire pour comprendre le bonhomme et l'empêcher de faire une grosse connerie.

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La première belle idée, c'est que ce "spectacle" d'un homme au bout du rouleau va avoir une influence sur au moins deux couples de spectateurs - comme au cinoche, exactement, les projecteurs éclairant le gars, la nuit venue, renforçant, eux, l'aspect théâtral du bazar : il y a une jeune blonde (introducing Miss Grace Kelly, pour son premier long-métrage, c'est pas rien) en instance de divorce qui va être tellement émue par le désespoir de 14HOURScet être humain qu'elle va elle-même se mettre à cogiter sérieusement sur la décision qu'elle veut prendre avec son mari et puis une chtite brunette (Debra Paget, du lourd au niveau du casting féminin même si les cocottes ne font que de brèves apparitions), toute bouleversée par l'événement qui se joue quinze étages plus haut ; elle va se laisser séduire, à fleur de peau, par un gars qui, comme elle, a séché sa journée de taff pour assister "à la scène". Le deuxième aspect exploité par l'ami Hathaway par rapport à cette situation extrêmement tendue, c'est, outre les quidams de la rue concierges dans l'âme, les essaims de journalistes (tout le cirque médiatique quoi) et autres prêcheurs de pacotille que le candidat au suicide va attirer. En ajoutant les flics qui se retrouvent à chaque fenêtre de l'immeuble, notre type se retrouve cerné et observé de toute part et il y a forcément une certaine ironie dans la chose : alors que notre gars semblait, quelques secondes avant, incarner le parfait solitaire (plus de copine, un père aux abonnés absents depuis le divorce de ses parents, une mère ultra protectrice pète-couilles...), il est maintenant le centre de toutes les attentions... Sans qu'on en sache vraiment plus sur lui et, pire, sans que cela intéresse forcément les gens - les journalistes sont ainsi vite gavés quand la mère s'épanche sur sa propre vie...; le seul dans l'histoire à faire preuve d'un minimum d'humanité, c'est donc notre père tranquille, the flic of the streets of New York, un type banal quoi, mais forcément un type extraordinaire quelque part... Eh ouais, c'est ça l'Amérique putain, la part de héros que chacun possède en soi, petit...

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Parce que, à bien y regarder, notre ami suicidaire n'a, lui, absolument rien de bien original (des parents divorcés, des fiançailles avortés, la vie de tout le monde quoi... au début, on se dit, c'est un film noir, nom de Dieu, le type doit posséder un secret énorme, on imagine déjà le flash-back de folie et tous les flics de New-York qui seraient à sa recherche, ben nan, que dalle ; la surprise est telle qu'on ne peut s'empêcher d'avoir un petit ricanement d'auto-moquerie...) : même s'il se retrouve le centre d'attention, tout se joue véritablement en "coulisses", hors de son champ de vision - il n'a d'ailleurs devant lui, le gars, qu'un grand vide : tout ce qui se passe à quelques centimètres de sa position, derrière la fenêtre, lui demeure invisible ; c'est bien là que réside le cœur du film, cette chambre d'hôtel où l'on invente des stratégies de folie pour sauver ce Robert Cosick (un peu sick of life, c'est évident)... On va jusqu'à étendre un filet démentiel sur le building - Spiderman est vert - pour parer à toute attente (c'est moins ridicule que la nappe de table tendue par quatre pompiers cinquante mètres sous le rebord de la fenêtre au début du film...). Bref, même dans cette ville tentaculaire qui vous broie, qui vous prend dans sa toile, il y aura toujours un ange-gardien / araignée pour venir à votre secours... Quatorze Heures est tendu de bout en bout, ce qui en fait forcément une bonne toile (et une vraie réflexion sur le "spectacle" ? Pourquoi po - il y a ceux que cela émeut et les autres, ceux qui s'agglutinent comme des mouches au moindre petit buzz, juste pour le fun...)

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03 mars 2011

La Maison de la 92e Rue (The House on 92nd Street) (1945) de Henry Hathaway

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Avec ce film, Hathaway initie ce fameux style polaro-documentaire avec la volonté de tourner, autant que faire se peut, dans les lieux où se sont déroulés les faits. Et quel fait, me direz-vous, puisqu'il est ici question de la façon dont les espions allemands, installés aux États-Unis, ont tenté de mettre la main sur la mise au point de la bombe atomique... Ils étaient d'ailleurs à deux doigts d'y parvenir mais heureusement le FBI et son armée de 15 millions d'agents (à vue de nez) veillaient. Hathaway nous décrit par le menu vlcsnap_986901tous les moyens dont dispose le FBI (le secret de la glace sans tain derrière laquelle tourne toujours une caméra, l'organisation au taquet pour identifier en deux minutes chrono une empreinte - po besoin d'ordi, ils disposent d'un personnel pléthorique réuni dans une salle immense qui ferait passer l'organisation administrative dans Brazil pour une réunion Tupperware à la bonne franquette -, des agents doubles dont la compétence, le courage et la qualification sont incommensurables...) pour déjouer cette fameuse cinquième colonne ; les espion(ne)s boches, franchement, n'ont aucune chance de passer à travers les mailles du filet : si jamais une femme a le malheur de laisser trainer un mégot de cigarette dans un cendar, on te retrouve en un tour de main (ils ont des machines grosses comme des centrales nucléaires pour identifier la moindre particule) le salon d'esthétique où tu peux trouver le rouge à lèvres... Un espion pète, ils gardent un échantillon - j'exagère à peine. A grand renfort de voix off pour nous narrer toute la complexité de cette organisation et d'images d'archives pour ajouter encore une touche de véracité, le cinéaste démontre par A+B que les espions n'ont aucune chance d'arriver à leur fin, qu'ils se le tiennent pour dit. On tremble pour eux.

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Ce système narratif ultra réaliste fera de nombreux adeptes et en cela le film de Hathaway est forcément remarquable. Reste le film en lui-même qui, à force de chercher à démonter et à montrer chaque rouage de cette enquête rondement menée, finit par sembler parfois un peu trop clinique. Les acteurs sont du coup ramenés à n'être qu'une petite pièce du puzzle, de simple faire-valoir stéréotypé (le bon américain jeune et sportif qui fait sa mission à la coule, les espions dont les sales tronches sont déjà des menaces en puissance...) et, en dehors de la grande patronne allemande de l'espionnage (Signe Hasso, froide comme le Groenland, droite comme une obélisque) qui fout franchement les boules, on a tendance à ne guère vibrer... Même si le final pétarade un peu dans tous les sens et qu'on apprécie, tout du long, l'évidente efficacité du montage (avec parfois des "images en surimpression" pour montrer l'incroyable réactivité du FBI), on peine à vraiment "rentrer" dans le film où l'on soupçonne, qui plus est, un poil (un demi ?) de discours propagandiste... Ai préféré dans l'oeuvre du Henry les Dark Corner et autre Kiss of Death largement plus "atmosphériques", ce film-ci demeurant quand même, au moins pour sa forme "originale", une bonne adresse...

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26 février 2011

Le Carrefour de la Mort (Kiss of Death) (1947) de Henry Hathaway

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Un polar de Hathaway qui n'a pas dû déplaire en son temps au gars Melville, le cinéaste aimant à jouer aussi bien des silences que des ellipses (bon c'est vrai que d'un autre côté, filmer un type en temps réel pendant 3 ans dans une prison, cela pourrait rapidement lasser... je suis d'humeur auto-taquine). Un somptueux noir et blanc et surtout une grande performance, pour sa toute première apparition, de Richard Widmark en assassin sadique (pour prendre le soin d'attacher une handicapée - de peur qu'elle ne s'enfuit (!?) - sur son fauteuil roulant, faut déjà être un peu secoué du cerveau ; ensuite pour la balancer dans les escaliers en gardant sur la face un petit sourire à la Joker, faut être un grand grand malade). Face à lui, Victor Mature fait figure forcément de très gentil malfrat (on finit même se demander comment un type aussi paisible a pu un jour braquer une bijouterie... bon c'est vrai que d'un autre côté il ne pouvait pas bénéficier du RSA...) et forme un couple mignon tout plein avec la chtite Coleen Gray, toute jeunette (ah ouais 25 ans quand même, je lui en donnais 16 personnellement...). Un film comme on dit "qui file droit" - pas de flash-back et l'impression que le destin de Mature est déjà écrit d'avance -, le simple parcours d'un homme victime pris en flag (c'est jamais un bon plan de s'enfuir en prenant un ascenseur, une bonne leçon à retenir) qui finit par s'engager sur la voie de la rédemption. Mais il y a forcément un prix à payer...

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Mature a deux gamines, est chômeur, quoi de plus de normal que de se braquer une chtite bijouterie ? Gros problème de jugeotte, tout de même, dans la conception du plan pour s'enfuir : prendre un ascenseur, du 24ème étage, qui s'arrête forcément toutes les deux secondes, on a vu plus efficace pour disparaitre rapidos... Notre pauvre Victor se fait bêtement cueillir pratiquement à la sortie de la cabine, le bijoutier braqué ayant eu le temps, pendant cette lente et longue descente aux enfers de notre Victor (la ptite goutte du sueur qui coule...), d'activer l'alarme. On lui propose d'entrée de jeu un deal : s'il livre ses partenaires, sa peine sera forcément allégée... Autant essayer de faire parler une carpe, Victor Mature ne mange po de ce pain : plutôt crever que de faire la balance... Le temps passe et notre Victor, prisonnier modèle, d'apprendre une terrible nouvelle : sa femme s'est suicidée au gaz (bonjour la facture) après avoir apparemment fricoté avec l'un de ses anciens associés. Bon ben puisque c'est ça, se dit notre Victor, autant tout balancer... Seulement en trois ans, les conditions ont changé et le procureur de se montrer plutôt gourmand ; en plus de ses anciens compagnons d'armes, il devra faire plonger un autre homme - l'ignoble Richard. Si les flics sont assez malins pour que personne ne soupçonne qu'il a dénoncé ses partenaires, ils sont en revanche un peu con-con en le faisant témoigner lors du procès de Richard, le Richard ne se retrouvant, qui plus est, même po condamné (!)... Je vous dis même po les boules qu'il peut avoir, le Mature, il imagine déjà ses deux chtites gamines se faisant empailler...

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Un récit sec comme un coup de trique et un héros qui, avouons-le, n'est pas vraiment un déconneur né : même quand il finit par embrasser la chtite Coleen, tendre comme du bon pain, il continue de serrer les dents. Il n'est déjà pas du genre à se dérider facilement, vous pouvez imaginer sa tronche quand il apprend que le Richard et son petit air sadique sont relâchés : il reste au lit le flingue sous la main, chaque petit bruit est une menace, chaque phare de bagnole un cauchemar (terrible plan que celui sur ce couple "minuscule" qui semble perdu au fond du salon alors qu'ils sont pris dans le faisceau de lumière d'une voiture : deux pauvres petits moucherons effrayés). Bref, c'était presque plus cool en prison. Mais notre Victor garde quand même tout son sang froid et monte un plan diaboliquement dangereux pour faire tomber Widmark. On repense soudainement au titre français et on serre forcément les fesses... Richard Widmark vole un peu la vedette à Victor Mature bien qu'il n'ait qu'un second rôle ; son regard du tueur fou et ses petits rires nerveux font des ravages et on se régale réellement à chacune de ses apparitions. Le père Hathaway livre là une oeuvre solide, manichéenne à mort certes (le bon qui coopère et balance ses potes, le méchant qui opère et balance la grand-mère... dans les escaliers) superbement photographiée  (joli jeu sur le contraste notamment lors de cette séquence dans l'orphelinat avec des noirs et des blancs très tranchés : Mature a enclenché le processus de la rédemption, de l'ombre des barreaux à la promesse d'une lumineuse petite vie paisible), et d'une très belle sobriété. Un espresso bien tassé.

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20 février 2011

Appelez Nord 777 (Call Northside 777) de Henry Hathaway - 1948

vlcsnap_2011_02_20_18h33m22s219Un film noir rigoureux, qui ne se démarque peut-être pas énormément de ses collègues du genre, mais doté d'une forme solide et d'acteurs impeccables. James Stewart joue avec énormément de subtilité un journaliste placé sur une affaire de meurtre de flic ayant eu lieu 11 ans plus tôt ; un p'tit jeune, à l'époque, avait été identifié par un témoin, affaire classée, le gars ronge son frein en prison ; mais Stewart est peu à peu convaincu de l'innocence du gars, et va tout faire pour la prouver et déclencher une nouvelle audience. Le plus beau dans le personnage de Stewart, c'est cette morgue très antipathique qu'il déploie au début : la condescendance dont il fait preuve face aux miséreux impliqués dans l'affaire, son assurance et ses crâneries le rendent négatif, et Stewart semble s'amuser beaucoup à se faire détester, adoptant une diction très lente, des mouvements à l'économie pour mieux déveloper dans le calme cet aspect précieux et nouveau de son jeu. Dommage que, dans la première moitié en tout cas, Hathaway lui donne peu d'occasion de développer ça, multipliant les scènes dialoguées un peu laborieuse et plates, Stewart de dos en amorce, et son interlocuteur en face le regardant. Amusant d'ailleurs de voir que Stewart se rebelle à 3 ou 4 reprises contre cette mise en scène platounette qui l'efface, en se tournant sans raison vers la caméra comme pour qu'on puisse voir son bon profil, histoire d'exister un peu dans ces scènes. Complicité avec le public ou excès de coquetterie ? Sûrement un peu des deux.

vlcsnap_2011_02_20_18h25m47s31Le parcours du personnage, de la morgue à l'émoton, de la conviction de la cupabilité de l'accusé jusqu'à celle de son innocence, épouse joliment les ambiances du film, qui sont comme inversées par rapport à lui. La première partie se déroule dans la blancheur hygiénique de la prison, dans la clarté du jour et l'énergie de la rédaction ; la seconde s'enfonce dans les bas-fonds de la ville, découpe des ombres tranchées et inquiétantes sur le grand corps de Stewart, et devient presque angoissante dans ses brusques éclairages qui trouent les ténèbres et la misère. Deuxième moitié plus réussie aussi au niveau de la trame, qui prend enfin de l'ampleur alors que la première mettait du temps à aborder les choses. Ceci dit, la beauté du film ne réside pas vraiment dans sa trame, mais plutôt dans l'aspect quasi-documentaire qu'il prend parfois : Hathaway met beaucoup de soin à nous décrire le fonctionnement de la justice, par exemple, dans une séquence très précise sur l'utilisation du détecteur de mensonge (sa description prend plus de temps que son utilisation elle-même, et la caméra semble fascinée par ces aiguilles et ce protocole d'interrogatoire qui y sont attachés) ; ou pour montrer une prison dans toutes ses dimensions, avec ce décor presque futuriste de prison en rond, cellules s'enchaînant à l'infini ; ou encore pour nous montrer comment travaillent les journaux, avec ces cadres sur des presses qui tournent ou des photos qu'on agrandit, et ces enquêtes minutieuses et compliquées. Le film y gagne en véracité et en crédibilité. Très bon moment, oui.

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30 janvier 2011

Niagara (1953) de Henry Hathaway

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La bombe Marilyn Monroe rayonne et explose dans ce Niagara qui malgré quelques passages mollassons et une interprétation, au niveau des seconds rôles, pas toujours wonderful, demeure de bonne tenue. Le film s'ouvre avec un arc-en-ciel et semble annoncer la couleur non seulement des diverses tenues de Marilyn (en blanc - on lui donnerait le bon Dieu sans confession quand elle apparaît, la première fois, hors du bungalow pour demander aux nouveaux arrivants de garder la chambre un jour de plus - puis en vert, rose, rouge, jaune et enfin, évidemment, en noir...) mais, tout autant, de ses états d'âme : tour à tour diablement sensuelle (l'indécence de ce corps écartant quasiment les jambes sous les draps... osé, olé !), charmeuse et presque romantique en écoutant cette chanson sucrée (Kiss), machiavélique quand il s'agit de mettre au point un plan pour se débarrasser de son mari, affolée puis paniquée quand tout semble soudainement partir en quenouille.

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C'est un festival Monroe, qu'elle se permette de rouler des fesses comme une dingue (son 96-61-96 fait merveille dans ses tailleurs ou ses robes moulés sur elle), qu'elle fasse péter son sourire ultra-bright de femme "fatale" (pour rendre son mari jaloux ou lorsqu'elle écoute ce fameux air joué aux cloches censé lui apporter une bonne nouvelle) ou encore, tout gentille, qu'elle joue à la bonne copine reconnaissante (avec le petit couple de vacanciers en lune-de-miel). Comme écho à l'arc-en-ciel initial, son tube de rouge à lèvres multicolore vient clore sa dernière apparition : son mari (belle partition de Joseph Cotten - passant de l'accès de violence à l'hébétude en un quart de seconde) tripote ce petit bidule entre les doigts (difficile de ne point voir un lien avec son évidente impuissance, même si sa façon de s'extasier, en ouverture, sur les chutes du Niagara semblait déjà avoir tout dit sur sa condition...) et finira par faire une magnifique déclaration d'amour à sa belle... Un poil à contretemps, je vous l'accorde.

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Hathaway profite au maximum des différents lieux et autres particularités touristiques du site, de la présence de ce clocher capable de jouer de multiples airs à la demande (Marilyn sur un petit nuage orgasmique la première fois qu'elle l'entend... la seconde fois, l'air aura la capacité de la sortir du coma - c'est pas rien - et notre Rose éclose en sursaut de vouloir prendre ses jambes à son cou) à ces endroits prêts des chutes oû le moindre faux pas peut être fatal (cela rajoute forcément une petite dose de suspense d'autant que le bruit des chutes est capable de couvrir tout cri...), sans même parler du final relativement haletant (la chute, c'est ça...). Jean Peters, dans le rôle de "la jeune femme en lune de miel", est également remarquable non seulement par sa beauté (clair) que par les nuances qu'elle apporte à son personnage : tiraillée entre la volonté de rester tranquillou auprès de son mari et son inquiétude par rapport aux relations qu'entretiennent Marilyn et Cotten, elle ne peut s'empêcher de laiser "une ombre" planer constamment sur son visage (au sens figuré et même au sens propre, la silhouette de Marilyn venant soudainement s'interposer alors que le mari de Jean s'apprêtait à faire une photo-souvenir de sa douce).

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Ceci dit, on comprend qu'elle se fasse du souci, non seulement pour les tensions dans le couple Monroe/Cotten mais aussi par rapport à son couillon de mari : non seulement il joue comme un pied mais en plus sa petite façon d'être constamment gai comme un pinson finirait par porter sur les nerfs de n'importe qui... Quand le boss de son mari, accompagné de sa femme, les Kettering, surviennent (genre les vieux qui ont toujours la pêche), la lune-de-miel tourne au cauchemar pour la pauvre Jean : et vas-y que je te met de grandes tapes dans le dos, et vas-y que je te donne des ordres pour que tout soit organisé à la perfection... Pour un peu, elle serait presque soulagée de retomber, par hasard, sur Cotten (enfin un peu de noirceur et de tourment, ça change des Bisounours) qui tente, lui, le tout pour le tout... Un "film noir" particulièrement coloré et tourné dans un décor grandiose (ça nous change des quartiers urbains pourraves) qui vaut le détour pour le trio à l'affiche et par le soin apporté, notamment, à l'usage des couleurs et du son. On se laisse encore et toujours gentiment porter par le courant...   

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28 janvier 2011

100 Dollars pour un Shérif (True Grit) (1969) de Henry Hathaway

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Le film des Coen et celui d'Hathaway, basé sur le roman de Charles Portis, gardent dans les grandes lignes la même trame ; au petit jeu des variations, on pourrait tout de même noter que la version de 69 prend la peine de nous présenter le meurtre initial du pater - le film des Coen préférant se focaliser d'entrée de jeu sur l'héroïne - et relever que le final diffère également quelque peu (les Coen nous gratifiant entre autres d'un épilogue vingt-cinq ans plus tard). On pourrait encore faire le mariole en notant que le bandeau du Marshal n'est pas sur le même oeil (ouais, c'est anecdotique mais bon...) mais surtout relever que le film d'Hathaway est dans son ensemble beaucoup plus lumineux : les vastes décors traversés par notre trio sont technicolorisés par le printemps quand l'oeuvre des Coen se nourrit de séquences hivernales et crépusculaires. La grosse déception, dès le départ, se situe sans doute au niveau de l'interprétation : si John Wayne, ben c'est John Wayne, un type né cow-boy (fait peut-être un poil le barbot dans les toutes premières scènes en forçant un peu le trait du type désinvolte - cela ne lui empêchera point d'avoir le seul Oscar de sa carrière, honneur on ne peut plus mérité), c'est surtout la jeune donzelle (Kim Darby) qui tape un peu sur les nerfs dans son interprétation un peu poussive de parfaite tête-à-claque. Difficile de ne pas faire la grimace dans sa façon de surjouer la plupart des scènes (elle les a pas volées, ses fessées...). Mais bon le gars John Wayne, et de solides seconds rôles (l'excellent Robert Duval dans le rôle de l'infâme Ned Pepper, Denis Hopper, en Moon, qui morfle sa mère...) tiennent la baraque et ce petit bémol est finalement vite pardonné.

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John Wayne se taille la part du lion dans ce film où Hathaway filme magnifiquement les grands espaces : qu'il se laisse aller à la confession en racontant sa vie à la chtite (joli moment émotion), qu'il soit totalement avachi sur son cheval, attaqué par l'alcool, avant de se retrouver piteusement le cul par terre et de décider d'établir, juste au point de chute, le campement pour le soir (grand moment comique), ou qu'il décide, la rage au coeur, de s'attaquer en solo à un quatuor de bandits, jonglant avec les flingues (pur moment héroïque dans un décor filmé du haut d'une colline sublimement mise en valeur), le John joue avec art sur les registres. Difficile de ne pas s'attacher à ce Marshal Rooster Cogburn qui, malgré ses petits écarts par le passé (Ok, il m'est arrivé de piquer de la thune, mais c'était point pour le plaisir de voler, juste pour avoir des fonds et ouvrir un restaurant...) demeure jusqu'au bout un partenaire de confiance. Il se fait un devoir, pour une poignée de dollars, d'exaucer les voeux de la chtite plus pour le principe que pour la gloire et sort forcément grandi de l'aventure. La vraie bonne nouvelle de ces deux versions cinématographiques de True Grit, c'est que l'une a gardé au fil des ans tout son éclat, et que l'autre, celle des Coen, dans un style plus sombre mais tout autant maîtrisé, fera date dans l'histoire du genre. Western is not dead...

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17 janvier 2011

Impasse tragique (The Dark Corner) (1946) de Henry Hathaway

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Solide polar signé Hathaway qui repose à la fois sur une intrigue joliment huilée (un faux coupable malicieusement manipulé) et un excellent casting : le détective incontournable du genre (Mark Stevens, manque peut-être un poil de charisme mais son personnage se révèle à l'usage moins tendre et plus malin qu'il en a l'air), sa blonde secrétaire forcément dévouée voire plus si affinités (Lucie Ball qui ne cesse de nous énerver (mouais...) en parlant constamment de ses bas nylon), un directeur de galerie d'Art (excellent Clifton Webb au jeu très british et distinguished) marié à une adorable brune de trente ans - au moins - sa cadette (Cathy Downs très classe dans son allure, plus décevante quand elle se met à parler...), un gros bras qui joue au détective (impeccable William Bendix, antipathique dès le premier plan) ou encore un séducteur de base (Kurt Kreuger) qui se croit plus futé qu'il ne devrait peut-être se permettre... Sans avoir besoin de jouer dans la surenchère au niveau de l'action (deux-trois petites bastons pour la forme, une mini poursuite de bagnoles dans les rues de New-York), le cinéaste parvient à nous accrocher jusqu'au bout, le faux-coupable se retrouvant mouillé dans une histoire de meurtre jusqu'à l'os. Même si un ou deux indices sont un peu tirés par les cheveux (retrouver une veste blanche tachée à l'encre dans une laverie new-yorkaise... et puis aussi une aiguille dans 28 meules de foin, nan ?), la trame générale demeure suffisamment malicieuse et vicieuse pour qu'on ferme les yeux sur les petites ficelles.

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Mark Stevens a déjà écopé par le passé de deux ans de prison pour avoir provoqué un accident (diablement mis en scène par son ancien associé (Tony Jardine - Kreuger) qui lui devait la thune), causant la mort d'un homme. Lorsqu'il coince un type qui le suit partout depuis deux jours et qu'il apprend que celui-ci bosse pour un certain Tony Jardine, son sang ne fait qu'un tour... Stevens a quitté San Francisco pour New-York pour laisser son passé loin derrière lui (même si les flics l'ont toujours à l'oeil) et l'autre, plutôt que de cultiver dorénavant son propre jardin, vient à nouveau lui chercher des noises ! Il est po méchant le Stevens, mais faudrait pas non plus que l'autre vienne trop le titiller pour qu'il prenne sa revanche... A moins que cela ne soit pas si simple... Il est beaucoup question de relations (plus ou moins) sentimentales dans ce bon petit polar : l'amourette complice entre Stevens et Ball (qui s'avère une fidèle partenaire... et puis elle a des jambes faut dire...), les entourloupes de maître-chanteur du vénal Tony Jardine, l'étrange relation conjugale entre la "Bête" (friquée) (Webb emploie lui-même l'expression) et la Belle (Downs) qui derrière les apparences n'a po l'air d'être d'une énorme sincérité...

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Marrant, d'ailleurs, ce passage avec Webb montrant un ancien tableau dont le sujet ressemble comme deux gouttes d'eau à sa douce (il est ainsi tombé amoureux de la femme du tableau avant de croiser sa douce) qui fait automatiquement penser à Laura, oeuvre dans laquelle on retrouve justement notre gars Webb... On pourrait également noter au passage la façon dont Hathaway joue sur les apparences trompeuses - on navigue dans un monde très lisse et soigné, à l'image des nombreuses scènes dans la galerie d'Art  -, les "séducteurs" et "polis" Kreuger (qui reçoit justement des oeuvres d'Art en "récompense" de ses infâmes chantages) et Webb dissimulant eux-mêmes derrière leurs belles manières des instincts et des sentiments beaucoup plus sombres. Hathaway nous concocte d'ailleurs au passage quelques jolis jeux de miroir  (Stevens et Ball unis dans le taff et en dehors ; Webb et Downs jouant lors d'une soirée carte sur table - à quitte ou double, serait-on presque tenté de dire...) qui enrichissent singulièrement dans la forme ce polar au scénar bien ficelé. On sait que la tragédie est au bout de l'impasse, reste à savoir ceux qui finiront par morfler à ce petit jeu du plus malin... Du bon travail d'artisan dans le "genre". 

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11 mai 2010

Peter Ibbetson (1935) de Henry Hathaway

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Voilà une histoire d'amour fou qui semble avoir charmé les surréalistes à l'époque, et on ne peut pas leur donner tort. Un récit somme toute classique et attendu dans sa progression (deux enfants séparés qui vont se retrouver, incidemment, beaucoup plus tard et retomber dans les bras l'un de l'autre malgré des contraintes difficilement contournables : parce que c'était lui, parce que c'était elle), mais qui dans sa dernière partie joue à fond la carte de la passion : à défaut de pouvoir se vivre dans la réalité, celle-ci se perpétuera dans le rêve... Gary Cooper, en gentleman anglais à la fine moustache, et la diaphane Ann Harding interprètent avec beaucoup de tendresse le rôle de ces amants de "l'impossible", Henry Hathaway n'y allant pas de main morte pour multiplier les symboles visuels : une bonne douzaine de séquences avec la présence de grilles dans le décor, véritable leitmotiv de cette histoire; si ces dernières finissent toujours par s'ouvrir pour permettre les retrouvailles, réelles ou imaginaires, de ces deux personnages, elles viennent aussi illustrer à la perfection le fait que ces deux individus sont restés totalement prisonniers de leur souvenir de jeunesse. Une magnifique thématique qui n'aurait point déplu au gars Nabokov.

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Une première partie située en riche banlieue parisienne mettant en scène nos deux bambins anglais et durant laquelle Hathaway parvient à éviter toutes gnangnanteries. Les deux gamins, impeccablement dirigés, ne cessent de se tirer la bourre et de se disputer à propos de pauvres planches en bois, mais sans jamais finalement parvenir à se passer l'un de l'autre. Hathaway rend ces scènes terriblement vivantes grâce à de jolis mouvements de caméra très fluides - longs travelling latéraux, légers travellings avant ou arrière... - et on est dès le départ sous le charme de cette amitié éternelle qui se trame. Forcément, arrive le moment dramatique de la séparation suite à la mort de la mère du bambin, mais on se dit que ces deux-là seront forcés de se recroiser. On retrouve des années plus tard, à Londres, notre gars Gary en architecte (sa passion d'enfance pour les constructions ne s'étant point étiolée) qui vit une petite vie des plus paisibles : s'il se consacre sérieusement à son taff, toute passion semble avoir déserté cet homme qui, contrairement à ses collègues, n'éprouve aucun plaisir à aller se détruire dans un bar en soirée. Son patron, aveugle, tente de lui ouvrir les yeux et de le remotiver en lui proposant de faire un petit break à Paris. Notre Gary y croisera la mimi Ida Lupino avec laquelle il va revenir sur les lieux de son enfance. Ne pouvant partager avec elle les souvenirs de son passé, il s'en revient à Londres, guère plus excité. Son boss l'envoie alors réaliser un projet en province : il s'agit de rénover les écuries (pas de mauvais jeu de mot, on est dans la poésie les enfants) d'une certaine Duchesse of Towers; dès leur première rencontre (derrière des grilles, comme à l'époque où ils étaient voisins) ils s'accrochent, forcément, puis se réconcilient, forcément, et on sent, de loin, le coup venir... Seulement le Duc n'est pas du genre à être dupe...

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On assistera à une suite d'événements dramatiques, mais pour deux amants rien n'est impossible... La dernière partie a tout du conte de fée ultra romanesque et romantique à souhait, mais là encore Hathaway cherche toujours à soigner ses lumières et ses effets (ces grilles de cachot que l'on peut traverser, si l'esprit le veut) pour tenter de ne pas flirter avec la niaiserie : même lorsqu'on retrouve ces amants gambadant joyeusement en rêve dans la campagne (l'image d'Epinal frissonne), la menace planant sur leur passion exacerbée n'est jamais loin (on a droit à un éboulement de terrain dantesque). Tout est question de foi au-delà de ce qui est imaginable, et à ce petit jeu là, Hathaway parvient parfaitement à illustrer son propos, navigant constamment entre la noirceur de la réalité et la lumière de leur songe. Une bien belle histoire d'amour fusionnelle magnifiquement mise en images. Du grand Hathaway, tout à fait. 

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Posté par Shangols à 08:59 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


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