Un Amour de Jeunesse de Mia Hansen-Løve - 2011
C'est le grand retour de Gols parmi les êtres humains connectés de l'ère 2.0, loué soit le tout-puissant, ça va repartir comme en 40. Sauf que, bon, quand on tombe sur des conneries comme Un Amour de Jeunesse, on a plus tendance à vouloir tout arrêter et partir sur une île déserte. J'avais plutôt apprécié les débuts de Mia Hansen-Løve, mais ce produit formaté "jeune cinéma français tourmenté" m'est littéralement tombé des yeux. Je sais pas, pas d'humeur ce jour-là à me fader une énième variation sur le thème "'tain, l'amour c'est trop dur, t'vois, surtout quand t'es comme moi hyper-sensible et artiste" ; du coup, j'ai passé ma séance à ricaner devant les petites mines concernées de la pourtant mimi Lola Creton, qui met tous ses efforts d'élève en première année de Conservatoire de La Bourboule à nous faire croire à son tourment. Imaginez donc, la pauvrette, elle est amoureuse d'un beau garçon qui part en voyage pour plusieurs mois, c'est terrible. Claude Pinoteau en aurait fait une modeste chronique adolescente sans conséquence, et on aurait apprécié (si si) ; Hansen-Løve, elle, en fait une tragédie intense, partant du principe, pas faux je le reconnais, que les premières amours sont inoubliables et uniques, et que l'amour est douloureux. Soit. Du coup, pour bien nous imprégner de la gravité de son sujet, elle aligne sagement tous les clichés du film-français-sur-l'adolescence qui se respecte : son personnage est soulant de conformisme bobo grande école, rêvant avec sérieux devant son prof d'architecture (ah, oui, la demoiselle n'étudie pas la compta, hein, elle fait dans l'evanescence, le concept, l'espace intérieur à remodeler, voyez l'esprit ?), se heurtant à des parents qui ne la comprennent pas, se baignant dans des eaux qu'on imagine pures et salvatrices au milieu d'un monde hostile (la dernière scène est d'un simplisme effrayant). Tout est pompeux, solennel, égocentré et satisfait ; la réalisatrice ne se rend jamais compte qu'à côté du conformisme du cinéma de divertissement, il y a aussi celui du cinéma d'auteur, dont elle recopie tous les tics avec une application scolaire de bonne élève. Tout est faux là-dedans, insincère, "à la manière de", jamais nécessité par une vraie envie : le film est fade, déjà usé. Il y a plus de vérité dans la seule affiche de Tomboy que dans les deux heures de cette bluette faussement intellectuelle, qui met les tout petits plats dans les beaucoup trop grands. Crispant.
Le Père de mes Enfants (2009) de Mia Hansen-Løve
Totalement sous le charme de ce film mené tambour-battant et magnifiquement interprété. S'inspirant au départ de la mort d'Humbert Balsan (qu'elle n'a croisé qu'une dizaine de fois lorsqu'elle cherchait un producteur pour son premier film), Mia Hansen-Løve nous conte l'histoire d'un homme partagé entre sa vie professionnelle - celle d'un producteur hyperactif toujours pendu au téléphone - et sa vie privée - celle d'un mari et d'un père cherchant toujours à porter une attention authentique à sa femme et ses trois filles... entre deux coups de fil. Loin du portrait glamour du producteur hollywoodien ou du type énorme qui passe sa vie dans les cocktails (blourp!), Mia nous montre les affres quotidiennes de cet homme passionné (s'attachant plus au génie ou au talent artistique de ses auteurs qu'à leur potentiel économique) qui tente tant bien que mal de jongler avec ses dettes. La qualité principale de ce film est à trouver au nouveau du rythme, la cinéaste réussissant à monter joliment bout à bout de très courtes vignettes dont l'on perçoit à chaque fois immédiatement le sens. Loin de l'exercice de style, la caméra reste toujours à hauteur d'homme et capte au mieux les petits soucis quotidiens qui viennent tracasser cet homme d'action : jamais capable de prendre le temps pour régler les problèmes de fond - la thune -, se permettant simplement parfois de petites coupures lors de vacances familiales où, même là, il n'est jamais à l'abri d'être dérangé, notre producteur fonce tête en avant dans son existence sans jamais relever la tête pour savoir où se trouve le mur...
Bien qu'on connaisse la façon dont Humbert Balsan s'est donné la mort, lorsque cela survient dans le film, la cinéaste nous cueille complètement à froid, et on se retrouve aussi décontenancé que ses proches... Là encore la plupart des "écueils du genre" sont finement évités (on zappe la scène au cimetière, les chagrins infinis ou les éternelles louanges consensuelles après la mort,...): même si l'ambiance est forcément morose, sa femme tente tant bien que mal de continuer courageusement l'entreprise de son mari; quant aux révélations sur sa façon de travailler (les plaintes du réalisateur suédois pour lequel le producteur était pourtant prêt à tout sacrifier) ou sur sa vie privée (il a eu un enfant avec sa précédente femme sans jamais en dire à mot à ses filles), elles sont loin d'être toujours à son avantage. Mais le flux de la vie continue (jolie séquence lors de la coupure générale d'électricité où chacun suit sa petite bougie et trouve sa petite étoile) ce que la caméra de Mia capte toujours parfaitement "à la volée" : difficile d'ailleurs de ne pas penser à Olivier Assayas dans cette capacité à filmer les gens constamment en mouvement, compliment évident pour cette jeune cinéaste qui semble d'ores et déjà avoir trouvé sa voie et se trouver sur les bons rails.
Tout est Pardonné de Mia Hansen-Løve - 2007
Depuis que le grand Pialat est passé, les critiques semblent désespérément à la recherche de son successeur. Vaine volonté, à mon avis, et la pourtant talentueuse Hansen-Løve n'est toujours pas la perle rare attendue. Si Tout est Pardonné est un film tout à fait intelligent et sensible, il reste dans le domaine du "cinéma français", genre à lui tout seul. C'est plus à Sautet que l'on pense, voyez ? Un cinéma de personnages, de situations dramatiques, de pudiques regards et de sombres existences délicatement narrées.
Rien de nouveau sous le soleil, donc, même s'il faut reconnaître à la réalisatrice une belle sensibilité dans la direction d'acteurs. Ils sont tous très bons : Paul Blain, acteur au physique étrange, très touchant dans ses accès de colère et dans ses moments douloureux, et qui arrive à faire passer des scènes hyper-casse gueule (une overdose, une dispute de couple) avec énormément de doigté ; la mignonne Constance Rousseau, extraordinaire malgré
ses 11 ans et demi ou à peu près, qui sait poser ses regards comme une vieille comédienne expérimentée ; ou encore Olivia Ross, parfaite en junkie au grand coeur, type même de l'actrice française d'aujourd'hui. Hansen-Løve les filme avec amour et attention, captant la moindre inflexion de leurs visages, quitte à sacrifier un peu le montage qui du coup est assez heurté dans les nombreuses scènes de dialogues. Elle réussit même un petit miracle : 10 minutes magiques, au coeur du film, qui montrent un homme retrouver sa fille après 12 ans de séparation, et dans lesquelles le mouvement entre les personnages, leur osmose, la délicatesse cristalline avec laquelle tout ça est montré, sont parfaitement maîtrisés. Dommage que pour le reste, Tout est pardonné se contente d'être un bon film. Quand on voit cette séquence-là, on se dit que Hansen-Løve a en elle un potentiel beaucoup plus grand que ça. Bon moment, alors qu'on pouvait en espérer un immense.





