Blanche-Neige et les Sept Nains (Snow White and the Seven Dwarfs) de David Hand - 1937
Décidément Shangols fait feu de tout bois, et c'est non sans fierté que je viens de me retaper ce classique que je n'avais pas vu depuis 1973 environ. D'autant que le ciné-club du bled à côté le passait en v.o. (une erreur, très drôle), ce qui justifie l'aspect pointu de ce blog.
D'abord rendons à Cesar : Snow White and the Seven Dwarfs est un film de David Hand, et non du père Walt qui en a pourtant tiré toute la gloire. Ceci posé, qu'est-ce qui reste de nos émerveillements enfantins aujourd'hui que le poids des ans bla bla ? Eh ben pas grand-chose : une énorme meringue colorée dont ne voudrait pas aujourd'hui le plus quiche des bambins. Autres temps, autres moeurs : Blanche-Neige est aujourd'hui l'archétype d'un certain échec de l'émancipation des femmes. Reste que le film est justement assez intéressant pour ça, par ce qu'il montre des idées de
l'époque. C'est un film pour enfants, il se doit donc d'être édifiant ; or, tout y passe : religion, domination masculine, ridiculisation des minorités, anthropomorphisme soulant de la gente animale, déification d'une façon de vivre bourgeoise et hétéro-normée. Je sais, c'est l'époque, et on ne pouvait pas demander à Disney de nous faire un film de laboratoire proto-punk en 1937. N'empêche, ce film est honteusement de droite, voire d'extrême-droite.
Que dire sinon de ces scènes écoeurantes ? : Blanche-Neige, pour se faire accepter par les nains, ne trouve rien de mieux à faire que le ménage, seule tâche dont elle se sente capable ; les nains, pendant ce temps, bossent à la mine, parce que c'est l'homme qui doit ramener l'argent ; la femme, dès qu'elle voit son prince (seul mâle sexué de l'histoire, les nains étant réduits à leur aspect cartoonesque déréalisé,
normal c'est des nains), se cache pudiquement derrière les rideaux ; le chasseur sensé tuer Blanche-Neige est curieusement basané ; celle-ci fait sagement sa prière chaque soir... J'en passe et des plus réacs. Ca en dit quand même long sur le message qu'on voulait faire passer aux gosses à l'époque, ça a dû nous faire des générations de femmes asservies et d'hommes fiers de leur bite et de leur couteau. A mon avis, on ne mesurera jamais assez le retard que Disney a fait prendre à la société. Ce temps semble passé, et c'est tant mieux. En passant, on peut aussi lui faire endosser des années de nuisance sonore : les chansons du film sont littéralement inécoutables, du Mireille Mathieu en plus aigu.
Ceci dit, oui, trois fois oui, mes respects serviles devant la technique impeccable de ce dessin animé. C'est bluffant de réalisme, d'autant qu'on voit bien que c'est fait
avec des crayons de couleurs, patiemment, amoureusement. Les mouvements de la vieille sorcière, notamment, sont très réalistes, et témoignent d'une très belle observation de la part des dessinateurs. L'univers qu'ils parviennent à dresser autour des personnages est incroyable de précision : chaque brin d'herbe bouge différemment des autres, chaque goutte d'eau est vraie. Ce souci maladif du détail se retrouve dans les petits gags amenés par les nains ou par les animaux : bon, c'est pas non plus à se rouler par terre, mais l'humour est mignon, les créateurs s'amusant à remplir chaque petit personnage d'une foule de caractéristiques rigolotes (la tortue toujours à la bourre, Simplet vraiment con comme un balai, le petit zoziau qui chante faux, et surtout Grincheux, seul caractère un peu intéressant et un peu déviant dans cette avalanche de sucre). On s'incline devant le labeur incroyable qui suinte de tout ça, ça a pas dû être de la tarte, chapeau les gars. Je vais peut-être pas non plus démarrer une odyssée Disney, vous voilà prévenus.
