Dans la vallée d'Elah (In the Valley of Elah) (2007) de Paul Haggis
Après nous avoir bassinés pendant trente ans sur le Vietnam, les Américains se sont trouvés une autre guerre pour régler leur compte avec leur problème de conscience. Ouais notre pays marche un peu sur la tête, comme le symbolise très finement le drapeau américain mis à l'envers au début et à la fin du film. L'histoire n'est pas bien compliquée ma foi : un ancien militos (Tommy Lee Jones, le gars déjà désespéré à la naissance, parfait dans le rôle) enquête sur son fils qui a disparu quelques jours après être revenu d'Irak. Ca prend des plombes pour qu'on retrouve son corps calciné et avec la chtite Charlize Theron il va mener l'enquête. Au fil des jours ils visionnent les vidéos retrouvés sur le portable de son fils (le genre d'images super à la mode, même De Palma a sauté sur l'occase) qui ne sont pas jolies-jolies. Bon en gros si vous voulez économiser deux heures, les Américains se conduisent pas vraiment en héros en Irak, et la peur leur fait commettre des actes vraiment affreux; et pis après, forcément, quand ils rentrent chez eux, ils sont un peu tout fous-fous et font encore de grosses conneries. Il est un peu bizarre finalement d'exhumer toutes ses tares américaines sur fond de thriller policier qui va à deux à l'heure (ouais on le savait déjà que le patriotisme a ses limites - alors que la connerie, elle, en a moins). C'est pas non plus forcément désagréable de prendre son temps, ça laisse le temps de bien poser en douceur les personnages, mais c'est pas non plus captivant. Haggis signe un film certes engagé (enfin... bon, mollo quand même), à la trame simplissime comparée à celle de Crash, mais loin d'être novateur. Enfin, mon mal de tête est passé, c'est une bonne nouvelle.
Collision (Crash) de Paul Haggis - 2005
Je suis peut-être bien luné ce soir, mais voilà un film qui, contre toute attente, m'a convaincu. Je sais que ce n'est pas un grand film : il est très hollywoodien dans sa mise en scène, tire-larmes de façon un peu trop évidente (les derniers plans sont quand même un poil too much), son esthétique est lisse comme tout, et il y a des tics de petit malin qui sont très énervants. Haggis n'est pas Altman, malheureusement, et Crash souffre bien souvent de cette dépendance aux autres films américains dits "engagés".
Mais je le répète, je suis bien luné, et je m'en suis foutu. Ce
film, je l'ai trouvé très courageux, couillu pour ainsi dire : enfin un scénariste qui ose parler du racisme ordinaire par le bon biais. Renvoyant dos à dos tout le monde, racistes et non-racistes, Blancs et Noirs, bons et méchants, Haggis fait la part des choses, et livre un essai politique peut-être plus profond que sa forme passe-partout ne le laisse supposer. Ses personnages, très loin des archétypes habituels dans ce genre de film à thèse, sont beaux et profonds, y compris ceux qu'on prenait pour les plus cons au début. Afro-américains, pakistanais, WASPs, flics, truands, hommes et femmes, tous sont victimes et responsables de ce racisme quotidien, et Haggis ne charge jamais ses caractères pour gonfler son discours. Il faut dire que les acteurs sont vraiment bien, avec deux mentions : l'une à Don Cheadle, décidément grand a
cteur depuis quelques films, et qui porte un personnage très difficile ; l'autre à Matt Dillon, l'idole de mes 15 ans pour Rumble Fish, en contre-emploi (il est toujours en contre-emploi depuis 10 ans, je me rends compte), qui fait virer son flic raciste tout en douceur et en sensibilité. Côté personnages, donc, Crash est quasi-parfait, compte tenu de la complexité des caractères et du nombre des protagonistes. Le film mène son petit bonhomme de destin très habilement, et nous emmène subtilement là où n'aurait pas cru aller.
Bref, un petit film, certes, mais qui clame bien fort son intelligence politique et sa sensibilité de scénario.
