Caos Calmo (2008) de Luigi Antonio Grimaldi
Aucun doute que certains films bénéficient - ou pâtissent - de l'humeur du moment et j'ai franchement pris hier soir un extrême plaisir à ce petit film qui n'a pourtant absolument rien d'extraordinaire. La raison sûrement à la présence de Nanni Moretti - à la fois acteur et scénariste - qui me fout toujours la patate. C'est un peu, Nanni, comme un ancien pote de classe sauf que là je suis non seulement toujours content de le revoir mais, en plus, je suis sûr de passer une bonne soirée (je suis caustique parfois). Un scénario qui tient pourtant à un fil : un homme décide, suite à la mort accidentelle de sa femme, de passer dorénavant sa vie dans le square qui jouxte l'école de sa petite fille comme pour veiller sur elle. Il devient non seulement rapidement familier avec les gens du coin mais, en plus, toutes ses relations - amicales, familiales, professionnelles - ne tardent pas à lui rendre de petites visites; un peu comme si en se mettant, d'une certaine façon, "en dehors du monde", il occupait une position de "sage". Si Nanni ne vient point à toi, tu viendras à Nanni.
C'est donc un ballet incessant de personnes anonymes qu'il croise quotidiennement : une mère avec son enfant trisomique avec lequel le Nanni joue un petit jeu, une sublime jeune femme blonde (Kasia Smutniak, si tu passes par Shanghai, t'hésites pas à passer un coup de fil) avec son gros chien, voire un veuf qui l'invite à bouffer la pasta chez lui. S'ajoutent à ces rencontres de hasard, les allers et venues de son frère (Alessandro Gassman, à la coule), de sa belle-soeur (Valeria Golino, femme excentrique toujours sur la brèche), de ses collègues de travail (Hippo toujours aussi excellent, Berling qui, lui, au contraire, rate complètement sa seule véritable scène - ça peut arriver...), d'une femme qu'il a sauvée de la noyade (Isabella Ferrari qui batifolera avec le Nanni - une scène très hot qui jure un peu avec le ton du film mais qui se laisse regarder d'un oeil concupiscent...) voire de son Big Boss, incarné par un quasi-mutique Roman Polanski assez impressionnant. Notre Nanni a du mal à vraiment extérioriser sa douleur suite à cet accident tragique, et cette période de transition va lui permettre de se reconstruire pierre par pierre au contact de ses relations, qui passent, elles, le plus clair de leur temps à se débattre avec leur propre angoisse. La bande son est sympa comme tout (un ptit Radiohead qui passe très bien, notamment), les acteurs sont au taquet et cela suffit le plus souvent pour fermer les yeux sur une mise en scène d'une platitude terrible. Une petite tranche de vie pleine d'humanité grâce à un Nanni absolument parfait et dont chaque réplique a le don de m'arracher un petit sourire, me demandez même pas pourquoi. Typiquement le film difficile à défendre réellement sur le fond - et même dans une certaine mesure sur la forme - mais pour ma part un immense petit plaisir qui tombait pile poil lors d'un petit coup de grisou. Certains films servent aussi à ça, comme s'ils attendaient leur heure pour s'adapter à votre état d'âme. C'est po si courant.



