Green Zone (2010) de Paul Greengrass
Y'avait po d'armes de destruction massive en Irak ? Alors ça, on nous aurait tous menti ? Paul Greengrass tient le scoop de l'année et livre une enquête ultra-fouillée - qui tiendrait sur un demi post-it - pour nous démonter tous les rouages de cet incroyable abus... Matt Damon is le soldat Miller, et il en a ras la casquette de visiter des sites censés être bourrés de produits chimiques et où il n'y a généralement pas une trace d'activité depuis dix ans. Commence à se demander, ce soldat qui pense, si on ne chercherait pas à se foutre un peu de sa gueule. Heureusement, lors d'une mission, il va croiser un civil irakien (pasque ces gens-là ne sont pas tous mauvais, c'est clair... Une grosse majorité peut-être, c'est vrai : ceux qui font des bombes dans leurs toilettes, notamment, sont pas cool) qui va le mettre sur une super piste : le général de l'ancienne armée irakienne organise à deux pâtés de maison un meeting, et ce type-là, franchement, il doit trop en cacher des infos. Matt Damon fait péter le regard sourcilleux à la Domenech, intervient comme un sauvage à la fin de cette réunion, et tombe sur un ptit journal avec plein de codes qui ne sera pas forcément utile mais qui fait bien sentir que tout ça c'est louche. Si Matt Damon trouve un sérieux appui en se confiant à un gars de la CIA qui n'est pas tombé de la dernière pluie, il doit se méfier comme de la rage des fonctionnaires ricains qui coordonnent les opérations... Bon, je vous la fais courte parce que même un épisode de 24 a - souvent - plus d'intérêt (et Dieu sait que Greengrass s'en inspire jusqu'au "Damn it" lancé par le gars de la CIA quand tout part en quéquette) : on assistera au final à une chasse à l'homme qui dure des plombes - j'ai dû fermer les yeux pendant quinze bonnes minutes, je n'ai apparemment rien raté -, Matt Damon, mettant sa vie vachement en danger, fera péter le scandale du siècle en écrivant un article sur cette supercherie - les bidules massivement destructeurs - inventée par les siens (trop magouilleurs, les Américains) et puis faudra s'en contenter, Greengrass laissant toutes les autres questions en suspend (t'as fait du bon boulot, déjà, Paulo, en nous filant ce scoop après tout le monde : beau et gros travail d'investigation). Green Zone est donc un film totalement inutile avec son lot de mouvements de caméra totalement hystériques et de grosses explosions dans la nuit : on n'en attendait, cela dit, pas plus de Greengrass, qui prouve une fois de plus que l'herbe cinématographique est plus verte ailleurs.
La Vengeance dans la Peau (The Bourne Ultimatum) (2007) de Paul Greengrass
Il y a plus de plans dans les trois premières minutes de ce Bourne que dans toute la carrière d'Alain Cavalier. Il y a plus de kilomètres parcourus dans les 10 premières minutes (Moscou, Italie, Paris, Londres, Maroc...) que de millimètres dans l'intégrale de Bela Tarr. On disait que 24 heures chrono avait boosté les thrillers, là franchement, à peine eu le temps d'enlever mes chaussettes et de caresser le Proutouie sur l'épaule gauche et le chat sur le genou droit. Ca dépote sa mère, un peu comme un condensé d'une saison du Jack en 1h30 - course sur les toits marocains, multiples crashages de caisses, panique dans les gares, combat dans les 3 mètres carré d'une salle bain qui déchire sa race... - sans parler des petites astuces du Jason qui en bon gars de 2007 se méfie plus des téléphones portables que de la peste, qui dans une ère du "tout surveillé" sait on ne peut mieux jouer avec le ballet des caméras qui quadrillent la ville.
Du punch, du brut de décoffrage mais également une pitite auto-critique du système américain, nos amis les arbitres du monde. Si dans le film de Joe Dante, c'étaient les morts en Irak qui se révoltaient contre leur cher président, là ce sont les agents secrets qui en ont ras la casquette de torturer, de flinguer à tout vent sans savoir pourquoi... Là où le petit père Ludlum est malin c'est que plutôt que d'accuser avant tout une manipulation du gouvernement, il pointe du doigt également le Jason qui a choisit bien volontiers de se mettre au service de la CIA. En cela l'affiche du film ci-contre est une petite merveille car si la tête du Jason cache l'endroit où était le World Trade Center, elle indique également que chacun doit faire face à ses r
esponsabilités - autant lui d'ailleurs que le gouvernement qui ne doit se "voiler la face" . Ca va pas non plus remettre en cause l'histoire de l'humanité, ni donner un cheveu blanc à ce grand couillon de Bush, mais bon c'est au moins un petit pas dans la bonne direction.
David Webb -son nom d'origine- s'est pris les pieds dans la toile gouvernementale en devenant Jason "Bourne to kill" - mais désormais son amnésie est de l'histoire ancienne: si jamais il croise par hasard Jack Bauer, soit ils font une partie de poker de folaille, soit va falloir filer doux dans les couloirs de la Maison Blanche - bon moi je vais me coucher, il m'a tué ce Jason.
Vol 93 (United 93) (2006) de Paul Greengrass
Tout d'abord, je voudrais pousser un coup de gueule qui, j'en suis sûr, aura des retombées révolutionnaires sur l'industrie du cinéma. J'ai vu United 93 en VF, j'ai eu tort me direz-vous, mais je suis en Lozère aussi, mettez-vous à ma place (et donnez-moi la vôtre). Bon. Bien sûr, le doublage est catastrophique, comme toujours, de ce côté-là rien à dire. Ce qui m'a foutu en rogne, c'est que seuls les américains sont doublés ; les arabes, eux, sont sous-titrés, voire non-traduits. C'est moi qui fais du mauvais esprit, ou c'est grave ? Les responsables du film pensent réellement qu'il y a deux camps distincts : les gentils (américains, européens, bref, blancs) qui parlent tous une langue compréhensible, et les méchants (arabes, bref pas blancs-blancs) qu'on ne comprend pas. Si vous faites du doublage, doublez tout le monde, toutes les langues ! Si le cinéma de gauche devient aussi raciste et manichéen, alors je dis merde. mais je le dis fort. Ce truc m'a gâché le film.
Bon, la colère passée, je dois dire que le film est très fort. Sous influence définitive de 24 (qui, finalement, a peut-être inventé une nouvelle forme de récit), Greengrass filme minute par minute les évènements du 11 septembre à travers 3 lieux : un QG militaire, la tour de contrôle, et le fameux avion qui s'est crashé dans la campagne suite à une insurrection de ses passagers contre les terroristes. La réalisation, musclée, tendue, nerveuse, ne nous épargne rien des détails (souvent ravageurs) de la journée, des dialogues, des évènements ou non-évènements qui ont fait le drame. Beaucoup des personnages (ceux au sol, il n'y a pas eu de survivants) sont joués par les vrais protagonistes de l'époque. C'est absolument glaçant, d'autant qu'on connaît l'issue de
l'histoire. Il y a alors un poids insupportable qui vous tombe sur les épaules, le destin tout simplement. Sans aucun jugement, presque sans aucun jeu, Greengrass filme au plus près, ne chargeant aucun des personnages d'une biographie à la con (on est loin de Lost) : ce sont des anonymes qui vont mourir, c'est tout. La fin du film laisse franchement pétrifié. On apprend peu de choses finalement, à un ou deux détails près; mais ce filmage pudique et documentaire de l'intérieur d'une tragédie est parfaitement réussi, au niveau de l'émotion autant que de la réflexion. Comme les gars de l'époque, on se sent dépassé par l'évènement, et vraiment impliqué dans l'action. Une expérience éprouvante donc.
Même si Greengrass s'efface devant le poids de son sujet, il y a quelques idées de montage très réussies,
comme ces plans où l'on voit en parallèle les passagers réciter un Notre Père pour être sauvés et les terroristes dans le cockpit réciter une prière musulmane pour accomplir leur mission. C'est simple et fort, et subversif juste ce qu'il faut.
Alors on peut reprocher à Greengrass une mise en scène qu'il veut trop muscler, avec une caméra tremblante y compris dans les moments "creux" : même un dialogue dans la tour de contrôle devient décadré, épileptique, tremblé. Certains zooms ou travellings sont trop ostensiblement travaillés, dans le but de donner l'impression d'être pris sur le vif, comme si le cameraman démarrait sa caméra trop tôt. Mais le fait est que c'est efficace à mort. Ce film est de toute façon presque incriticable vu le poids de son sujet. On en ressort sonné. (Gols - 29/08/06)
Je dois avouer que je ne suis pas autant emballé que mon comparse; je m'étais déjà fait par erreur (maudite jaquette chinoise, mais bon cela permet de comparer...) Flight 93, le téléfilm de la Fox sur le même sujet et si Greengrass a soin, lui, de nous épargner des images de l'écrasement de l'avion, du trou qu'il fait, il y a dans ce projet qui se veut et qui à l'air d'être un compte rendu honnête des faits (il nous fait grâce également des réactions des familles des passagers au sol) une "exploitation du spectaculaire" (achetez-lui un pied de caméra par pitié) qui n'apporte finalement rien de nouveau... On voit bien les moments de stupéfactions dans la tour de contrôle - visages coits bouches bées, les instants de panique dans les différents QG grâce à une caméra virevoltante et l'inefficacité de l'armée (Jack Bauer, il t'aurait crevé les pneus des quatre avions avant le décollage, cela aurait vite vu...) et alors??? Je condamne tout autant ma curiosité malsaine, remarquez-le bien, et regrette d'autant d'avoir voulu voir ce film - bon, il y a sûrement des leçons à prendre au niveau du montage mais sinon... (Shang - 12/09/06)


