16 mai 2009

Two Lovers de James Gray - 2008

two_lovers_hautTwo Lovers est bouleversant. Cette critique n'ira pas beaucoup plus loin que cette assertion définitive, tant ce chef-d'oeuvre est du genre à échapper à toute analyse. Coller des mots sur l'émotion qu'on ressent devant ça reviendrait à amoindrir le choc, et ne comptez pas sur moi. Alors oui, on peut noter la grandeur de la mise en scène de Gray, enfin libéré de ses inspirations trop collées à un genre (le film noir) : ici, c'est un émerveillement à chaque scène, cette impression que la caméra est toujours exactement à la bonne place, que la longueur des plans est toujours exactement la bonne, que le moindre travelling, le moindre zoom, est celui qu'on attendait sans le savoir. On peut noter le travail sidérant sur le son, avec ce vent omniprésent qui balaye tout, avec cette musique qui décuple l'émotion, avec cette qualité dans la voix des acteurs (très légère brisure suraigüe pour Phoenix, diction emplie de souffles subtils chez Paltrow, qui donne un dialogue au téléphone à tomber par terre, rien de plus beau depuis Carax). On Gwyneth_20Paltrow_20and_20Joaquin_20Phoenix_20in_20James_20Grays_20TWO_20LOVERS_20__20Photo_20Credit_20John_20Cliffordpeut noter le sens de l'espace, impressionnant mais toujours intime, que ce soit dans une cour d'immeuble, dans un restaurant chic, sur un toit en hiver : Gray prend toujours en compte le moindre détail du décor, en rend les lumières avec une immense sensibilité, et en même temps reste au plus près des acteurs, des souffles, des voix. On peut noter la direction d'acteurs au-delà du génie, avec cette Isabella Rosselini inoubliable (elle apparaît, boum je pleure), avec surtout ce Joachim Phoenix incroyable de profondeur, de justesse, de sensibilité. On peut noter tout ça, mais contentons-nous de nous essuyer les yeux en nous inclinant devant Gray, qui laisse tomber enfin la cérébralité froide pour cette sentimentalité ravageuse. Le plus beau mélodrame du monde. 2009 sera sentimental ou ne sera pas. Pour une critique plus fine, voyez les autres blogs. (Gols 10/01/09)


L'émotion étreint tellement dans la dernière séquence - un sombre mélange de pathétisme, de déception, d'acceptation, de fatalisme, de vie quoi - qu'il est en effet bien mal aisé de vouloir chercher à pondre quelques notes sur cette symphonie amoureuse d'un classicisme terrible dans le plus pur sens du terme. James Gray semble avoir gommé tout effet un tant soi peu facile de sa palette formelle pour nous livrer ce ballet sentimental d'une immense classe. Alors que Joachim Phoenix est littéralement au fond du trou lorsque le film s'ouvre, il lui est fait don d'une véritable peau de chagrin avec la rencontre magique de ces deux femmes venues quasiment de nulle part. Si l'une (Vinessa Shaw, brunette d'une immense douceur) incarne le long fleuve tranquille de la sagesse et de la facilité, l'autre (Gwyneth Paltrow, rarement aussi touchante) représente l'étincelle magique, la fée inaccessible. Si l'une semble conquise sans qu'il soit bien la peine d'en rajouter, l'autre est à conquérir. Joachim navigue entre ses eaux amoureuses, le drame étant que l'on soit toujours, fatalement, plus tenté par les courants tourbillonnants que par les rivières dormantes... L'ami Gols notait à juste titre la scène caraxienne au téléphone, le placement sans faille de la caméra qui nous positionne constamment dans l'intimité de ces personnages, traquant chaque regard qui dévoile leur pensée, leur monde intérieur, ou encore la tessiture de chaque voix parfaitement maîtrisée et l'on voit guère ce que l'on pourrait ajouter à ce scénario implacable aux images ouatées... De la montée en puissance des sentiments ph(o)enixiens jusqu'à "l'amertume salée" (on m'accorde ce bizarre oxymore?) du final, Gray prouve comme jamais son immense valeur dans la peinture des sentiments et ses aléas amoureux, teintés d'ironie. Bluffant de sobre virtuosité (j'invente des alliages, ça peut marcher parfois...) (Shang 16/05/09)

two_lovers_ver3_xlg 

Posté par Shangols à 14:50 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


19 octobre 2008

The Yards de James Gray - 2000

the_yards_1998_referenceJe sais pas, je dois avoir un truc avec James Gray : je trouve ça toujours très bien, mais j'ai du mal à y déceler le génie que tout le monde y met. Parce que, sincèrement, là, comme ça, entre 4 yeux, qu'est-ce qui différencie The Yards des autres films du même genre ? Je veux parler des Scorsese, Leone, Coppola ? Honnêtement pas grand-chose, le cinéma de Gray ayant même une certaine tendance à ressembler à une compil plus qu'à un renouveau.

The Yards est une histoire de trahisons, de petits traffics et de corruptions dans le milieu des transports ferroviaires. Tous les personnages y sont, le parrain, les hommes de main, l'épouse forte, les politiques verreux, le jeunot qui veut entrer dans le système ; toutes les situations y sont, difficultés de couples, trahisons entre amis, frères poussés à the_yards_1998_rse dénoncer, menaces et coups de force ; toute l'esthétique y est, clairs-obscurs crépusculaires, musique ample, reconstitution super pro, costumes au taquet... Bref, c'est de la très belle ouvrage académique, mais je le répète, je ne vois pas en quoi c'est différent du Parrain ou des Affranchis. Bon, c'est vrai, le talent de Gray, c'est les acteurs, qui sont absolument immenses, surtout James Caan, petit trafiquant de la vieille école complètement dépassé par la jeune génération, qui montre ses faiblesses avec une très touchante vérité. Wahlberg aussi, tout en silence et en physique figé, dont le visage fermé épouse parfaitement les ombres qui bouffent tout l'écran ; et puis Phoenix, un peu plus attendu en beau garçon inquiétant et brisé, mais toujours aussi élégant. Gray dirige tout ce petit monde dans le murmure, dans l'effacement, et c'est vrai qu'une des qualités de The Yards est de ne pas jouer sur la surenchère, sur des scènes-climax qui viennent relancer l'action : il est d'un trait, assez lent, très silencieux, très calme, et ménage peu de réels évènements.

20080520LoversTout est réussi là-dedans, de la musique de Shore (qui cite presque textuellement Arvo Pärt sur la fin, avec ces ding-ding de cloches prophétiques absolument sublimes) à la photo très classe, du scénario aux seconds rôles... mais tout était autant réussi dans les autres films de cette veine-là. Gray est un bon faiseur, élégant et raffiné, mais je ne vois pas ce qu'il est d'autre. Quelqu'un m'explique ?

Posté par Shangols à 21:32 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
10 mars 2008

Little Odessa de James Gray - 1994

odessaA priori, un bon vieux film classique que ce Little Odessa de bonne facture : références respectables, de Mean Street aux films de Ford, acteurs tout en jeu rentré (Tim Roth qui garde une seule expression du début à la fin), intrigue linéaire, simple et élégante, photo magnifiquement travaillée dans les clairs-obscurs à la Rembrandt... Tout est réuni pour livrer un polar d'une belle noirceur, sur fond de conflits familiaux, d'héritages de fratries, et de désespoir sec. Et c'est vrai que le film se regarde avec émerveillement, impressionnés qu'on est par l'application "vieille école" de la mise en scène, d'une élégance discrète, d'une ampleur sans esbrouffe. Cette histoire de tueur professionnel qui revient dans son quartier et retrouve ses parents, sa copine, et surtout son jeune frère admiratif (Furlong, très bon) est certes peu novatrice, mais tellement bien assumée par Gray, qui s'en sert pour livrer toute une réflexion sur les liens familiaux et le destin, qu'on ne peut qu'adhérer.

3D'autant que l'a-priori premier (le classicisme) est vite réfuté par une thématique cachée dans le film, une sorte de deuxième lecture, qui fait passer Little Odessa dans une catégorie beaucoup plus intéressante : Gray veut peut-être bien parler, finalement, de la destruction d'une entité familiale, en l'occurence une famille d'immigrés russes juifs, et donc de la Shoah. Roth joue une sorte d'ange de l'enfer, malhuereux mais radical, qui va venir "nettoyer" sa famille sans vraiment le vouloir. Depuis cette réplique étonnante qu'il prononce avant de butter un de ses compatriotes ("Tu crois en Dieu ?... il a dix secondes pour te sauver") jusqu'à la magnifique scène où il est à deux doigts de tuer son père, c'est toute une thématique mystique et historique que le personnage endosse : la communauté est dynamitée par le seul "pêcheur" de la bande (même si les autres ne sont pas tout à fait innocents), déployant une réflexion assez profonde sur la responsabilitlittleodessaé collective (grand thème biblique) et la conscience morale. Le monde de Roth va s'effondrer devant ses yeux, lentement, l'enfonçant doucement dans des ténèbres que soulignent bien la lumière et la musique du film. Little Odessa en sort gonflé, et malgré quelques lourdeurs d'écriture, apparaît comme beaucoup plus ample que prévu. Au sein de cet univers rongé de l'intérieur, le cinéma devient le seul refuge du jeune Furlong (belles références fordiennes), mais lui aussi déjà impuissant (la pellicule crâme sur la fin d'un western). Belle profondeur au final, alliée à une classe indéniable dans la mise en scène. Convaincu, donc. 

Posté par Shangols à 21:31 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
28 février 2008

La Nuit nous appartient (We own the Night) (2007) de James Gray

nuit_nous_appartient_2On est tellement saturés de polars qui s'inspirent du cinéma asiatique et qui font dans la surenchère d'action, que quand un truc comme We own the Night nous arrive dessus, on est tout étonné de découvrir que le classicisme peut encore fonctionner. Gray se la joue à l'ancienne, dans un filmage sobre, un scénario calibré, des acteurs au taquet. ll y a tellement eu déjà de couches et de surcouches sur le genre policier au ciné que son style dépouillé, à la papa, apparaît comme très moderne. En tout cas, le film est très class, qui refuse de se la jouer, qui choisit toujours l'option la plus aride et la plus simple quand il s'agit de savoir où placer sa caméra et comment raconter unlarge_ownnighte scène.

Non que le film manque d'originalité ; mais c'est une originalité qui vient de la réinvention du genre plus que de l'invention d'une nouvelle forme. Bien sûr, c'est à Melville qu'on pense en premier, dans cette description quotidienne de la vie des flics moyens (décors très réalistes, et belle approche des relations entre truands et policiers), et aussi dans l'hyper-réalisme des scènes d'action : il y en a trois en gros ; l'une montre une fusillade presque illisible tant le héros est dépassé par l'évènement, et est un très bel essai autour de la subjectivité du point de vue ; la deuxième est la plus belle, une course-poursuite sous la pluie, où les coups de feu claquent sec et droit, une exécution sans pathos, sans suspense ; la dernière, moins belle, est une traque dans uownnight7n champ de blé, où encore une fois tout est vu presque de loin, mathématiquement. A chaque fois, Joaquin Phoenix est débordé, et l'action lui arrive dessus sans qu'il ne la comprenne, brutalement et sèchement. On est loin de John Woo : pas d'esbroufe, pas de spectacle. Le simple enregistrement d'évènements incontrôlables.

Bon, ce qui est moins bien, c'est le scénario, attendu dans sa plus grande partie, puis franchement too much quand Gray essaye de sortir des schémas pré-établis. Tout semble tracé à l'avance, sans que cela donne une quelconque dimension tragique à l'ensemble. Cette histoire de fraternité douloureuse, de recherche de l'admiration paternelle et de morale vacillante est sur-écrite et peu intéressante. Côté acteurs, si Phoenix et Duvall sont vraiment bien, on regrette la pâleur de Wahlberg et surtout le manque d'expression bottoxé de la 12nigh600piètre Eva Mendes, qui ferait mieux dans une pub pour Chanel que dans un film policier. Elle a un côté potiche absolument insupportable. Mais tout ça mène quand même à quelques bribes de trame intéressantes, comme cette subtile inversion entre "bons" et "méchants", notamment dans les scènes du début : on y voit le "voyou" Phoenix aux prises avec un gang de policiers propres sur eux qui sont bien plus effrayants que les bandits eux-mêmes. Cette impression sera confirmée par la suite, le personnage du fils maudit prenant une dimension sacrificielle que n'aurait pas reniée Ferrara.

Scénario balisé, mais mise en scène d'une grande élégance, donc, si on oublie quelques tentatives peu payantes (la caméra à l'épaule, c'est pas son truc, à Gray). Un film sec et froid, avec des petits bouts de destinée fatale dedans, parfait.   (Gols - 04/01/08)


PosterWeOwnTheNightUSOn a tout de même affaire à de l'excellent polar, d'un grand classicisme et je suis peut-être un poil plus emballé que mon collègue. Joaquin Phoenix est une fois de plus excellentissime, portant une grande partie du film sur les épaules : imaginez, le type à tout (attendez, je nuance...) : de la réussite en veux-tu en voilà, une copine vulgaire à souhait (ouais c'est juste pour chambrer Gols), de la coke jusqu'aux narines, une famille qu'il s'est réinventée, bref, il nage dans l'extase. Juste un léger problème, il est po du bon côté. La réussite de James Gray est de nous le montrer nager dans le bonheur dans un premier temps et d'affadir à l'extrême, sous des lumières blafardes, la soi-disant consécration de son frère dans la police sous l'égide de son pater. Franchement, à première vue, on se dit qu'il a sûrement choisi la bonne option vu les tronches que tirent les gens lors de cette réunion de flics un poil pathétiques et aussi guindés qu'un costar de Sarko.

nuit_nous_appartient_6

Gray va simplement retourner peu à peu la situation comme un gant et offrir un come-back dans le droit chemin du Joaquin, réalisant que la poudre dans le nez est aussi synonyme de poudre aux yeux. C'est certes un peu convenu ; ce final où il fait littéralement mettre un genou à terre aux méchants avant d'écouter la bonne parole de ses pairs flicards se devine même d'assez loin, mais entre-temps Gray nous offre une mécanique infernale d'une grande maîtrise. La musique variétoche du début laisse place à un son de cloche assourdissant semblant sonner la dernière heure, les bright lights de la boîte de nuit partent en fumée dans le champs de blé lorsque l'histoire parvient à son dénouement, le visage hilare et vainqueur du Joaquin de la première scène est devenu lui totalement fermé. Gols évoquait les trois scènes d'actions incontournables du genre (fusillade, poursuite en caisses, traque)  et elles possèdent en effet toutes une intensité qui cloue le spectateur dans son fauteuil. On pourrait définitivement lui laisser une chtite place dans le top ten 2007. Gray est définitivement brillant.   (Shang - 28/02/08)

18766001_w434_h_q80

Posté par Shangols à 17:20 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1