Une Aventure de Xavier Giannoli - 2004
Je sais, je cherche un peu le bâton pour me faire battre : une film avec Ludivine Sagnier et Nicolas Duvauchelle ne peut pas être un bon film, au temps pour moi. Je ne pensais tout de même pas que je tomberais aussi bas : Une Aventure est un navet navrant. Il permet toutefois d'avoir un bon aperçu de tout ce que le cinéma français peut avoir de détestable quand il fait du cinéma français. Tous les clichés sont là, depuis la jeune comédienne concernée jusqu'au scénario psychologico-profond à deux boules, depuis la musique contemporaine et urbaine jusqu'à la scène de cul vachement inspirée, depuis l'histoire d'amour passionnelle jusqu'à la scène de boîte de nuit. On ne cesse de se cogner la tête contre le coin de la tale basse devant cette succession de scènes "à faire" qui n'aboutissent qu'à un lourdissime cahier des charges chiant et ridicule.
Giannoli hurle du début jusqu'à la fin qu'il veut être un cinéaste français, comme Assayas et Ozon. Il recopie donc en tirant sa langue et sans déborder les atmosphères nocturnes et parisiennes de l'un, les tendances troubles de l'autre, sans se rendre tout à fait compte qu'il faut un minimum de sincérité pour avoir du style. On assiste donc à la passion grandissante entre Duvauchelle, aussi crédible en jeune homme sage que moi en Mohamed Ali, et Sagnier, censée jouer une somnambule suicidaire et déjantée et qui, pour ce faire, tire une tronche de 12 mètres de long (on lui a peint des cernes au marqueur). Giannoli pense trouver une moyenne entre l'inexpressivité de l'un et le jeu clownesque de l'autre ; non, il n'obtient que deux acteurs complètement à côté de la plaque, et grotesques dans tout ce qu'ils amènent de clichés à leurs personnages, qui n'en avaient pas besoin pour être caricaturaux. Cette histoire de fascination d'un jeune garçon comme il faut pour les eaux troubles de l'amûûûr interdit est une simple suite de situations convenues, déjà vues, soutenues par
des dialogues qui se veulent évocateurs quand ils ne sont que poseurs. Seule bonne idée : la passion de Duvauchelle naît d'abord et surtout à travers l'image (il travaille en vidéothèque, et tombe plus amoureux de l'image de Sagnier que d'elle véritablement). Quand Giannoli s'attarde sur ces images vidéo un peu crades, sur ces plans nocturnes pris en caméra infrarouge assez effrayants, sur ce maelström de formes, on sent qu'il touche du doigt un vrai sujet. Mais ce n'est qu'une infime partie du film, tout le reste constituant une tambouille psychologico-solennelle complètement superficielle et vaine. On rigole franchement devant les mines de Sagnier (sa première apparition, trempée sous une pluie battante, est impayable), on a sans cesse pitié pour ce pauvre Duvauchelle qu'on n'entend pas (allez, mon garçon, dis quelque chose, ou bouge au moins un sourcil), et on se retrouve consterné par ce non-film prétentieux et stéréotypé.
A l'Origine (2009) de Xavier Giannoli
Il y a quelque chose de touchant dans le film de Giannoli, dû autant à l'interprétation de Cluzet (ce type pourrait incarner Nicolas Sarkozy qu'il le rendrait sympathique) que dans ce parcours d'un escroc un poil illuminé qui oublie, en route, son projet de départ pour se laisser prendre au jeu, dépassé en quelque sorte par l'élan de solidarité dont il est... à l'origine. Lorsqu'il se rend sur ce chantier d'autoroute abandonné pour tenter de grappiller un maximum de thune, en empochant de bonnes petites commissions (ah la bonne vieille corruption à la française....), notre homme est indéniablement bienvenu chez les ch'tis. Il compte se barrer rapidement d'autant que l'espoir qu'il a rallumé, la chaîne de solidarité qu'il a mise en oeuvre, le dépassent quelque peu; mais il ne va pas tarder à prendre au sérieux ses responsabilités et va progressivement se mettre à croire à son propre délire. Il y a
forcément quelque chose de pathétique et de guère glorieux dans ce personnage un tantinet mégalo de Père Noël économique mais la dimension humaine qu'il va donner à ce projet - à l'heure où apparemment tout les responsables s'en branlent dans leur tour en verre - bouleverse quelque peu la donne : avec un minimum de bonne volonté, il va filer du taff pendant trois mois à une cinquantaine de personnes et relancer tout un projet abandonné au départ par la présence... de scarabées. Un véritable projet de dingue (la construction par une société fantôme d'un tronçon d'autoroute qui n'est point raccordé au réseau routier) dans un monde de fous. Certes, on voit venir tout le côté symbolique de la chose (revenir à un monde plus humaniste, redonner confiance aux individus pour que chacun donne le meilleur de lui-même) avec ses gros sabots d'autant que Giannoli "se basant sur une histoire vraie" n'y va pas de main morte pour "romancer" son histoire (il y aura forcément, en prime, une histoire d'amour, une relation paternaliste avec un chtit gars perdu et un réglement de compte de notre gazier avec son passé "malheureux" (Depardieu incarne "subtilement" le passé, un rôle à sa mesure... - il a peu de scènes mais semble à chaque fois sortir de trois jours de beuverie avant de se rendre sur le plateau; file un mauvais coton, Gégé). C'est sûrement un peu trop long, un peu répétitif - les multiples arnaques de Cluzet dans une France aux allures de République bananière - chargé (comme le Audiard, c'est la mode ou la norme ?) d'une musique violonneuse trois séquences sur quatre, un final grandiloquent résolument "too much" (on se croirait presque à Iwo Jima...) mais cette oeuvre française, qui ne manque point d'ambition (certes, c'est po Fitzcarraldo quand même, soyons honnête), possède des accents d'une belle sincérité : ce personnage totalement affabulateur, magnifiquement interprété par Cluzet, trouvant paradoxalement "la voie" de la vérité - celle vers un monde à visage plus humain. Et c'est plutôt louable dans l'ensemble.
Quand j'étais Chanteur (2006) de Xavier Giannoli
Certains films tiennent entièrement sur les épaules de leur seul interprète, et quand ceux-ci ont celles-là aussi larges que Depardieu, on ne peut que s'incliner et savourer. Quand j'étais Chanteur est très loin du grand film, mais on s'y installe confortablement, en y admirant le métier d'acteur, tout simplement. Parce que le grand Gérard y est extraordinaire. Dans le rôle délicat d'un chanteur de bastringue, il montre une facette qu'on avait peu vue depuis Le Garçu et Les Temps qui changent : celle d'un comédien infiniment émouvant, subtil, sobre, qui sait parfois changer les ficelles en un artisanat touchant et sensible. C'est lui qui fait le film. Le reste est peanuts : le scénario tient sur un timbre-poste ; la mise en scène est entièrement à son service, invisible et quelconque ; ses partenaires ne sont pas à la hauteur (Amalric veut être trouble, mais n'est que fade ; Cécile de France est oubliable)... Le montage est plutôt pas mal, certes, ainsi que ce respect total et jamais moqueur pour son sujet, mais là n'est pas ce qui rend le film attachant. Giannoli, c'est vrai, évite habilement tous les écueils de son thème : le chanteur de Clermont-Ferrand mis en scène n'est jamais pris à distance, avec une ironie que n'importe qui d'autre aurait utilisée. Il fait son métier,
point, en étant lucide, conscient de sa présence incongrue dans un monde qui n'est plus à sa mesure (belle scène où un chanteur remplaçant entonne "Cendrillon" de Téléphone avec une choriste amère et ambitieuse), mais heureux de vivre. Aucun des pièges tendu au cinéaste n'est efficace : son chanteur n'est pas alcoolo (le film doit être sponsorisé par Perrier), pas dépressif, pas minable. Les séquences où Depardieu chante sont très belles de simplicité, d'admiration assumée pour la romance et le sentimentalisme, et on se surprend même à écouter avec émotion les vieux morceaux de Dalida, de Christophe, de Gainsbourg. La lente histoire d'amour qui naît entre ces deux personnages pudique
s est parfaitement racontée, tout en nuances, un peu à la papa certes, mais mignonne et bien écrite. Et puis, qu'est-ce que vous voulez, il y a Depardieu, et on a beau dire, malgré toutes ses erreurs, malgré les 11000 navets dans lesquels il s'est commis, il reste le plus grand acteur français, c'est tout. Le voir ainsi confronté à un personnage hors du temps, le voir se heurter à un monde qui ne lui appartient plus vraiment, permet de confimer ce qu'on sentait poindre dans ce joli film : il sait se regarder lui-même, et faire le constat de sa carrière. Rien que pour ça, Giannoli a su toucher juste. Tous ensemble : "Je t'aime et je crains / De m'égarer..." (Gols - 20/03/07)
Une petite bouffée de nostalgie pour notre ex-Clermontois perdu dans l'Empire du Milieu qui retrouve quelques endroits familier au détour d'un plan. Ah oui le film sinon. Ben le pépère Gérard apporte en effet toute sa prestance au rôle qu'il sait toujours rendre touchant en ponctuant ses dialogues d'un petit sourire en coin. Il a du métier le Gégé et quand certains en auraient rajouté des tonnes en se prenant au sérieux et en tirant la gueule de bout en bout, il parvient à tirer ce rôle vers toujours un peu plus de candeur et d'ironie - il joue au ringard, pour mieux savourer les moments où il est juste un bon vieux terrien, point dupe de la voie qu'il s'est tracée. Il y a ce regard extraordinaire, complètement perdu et parfaitement incarné (un must) dans la séquence (un soupçon ralentie) où il est sur scène, juste après avoir fait l'amour à son ex-femme: il pense à la chtite Marion (Cécile de France, bon honnête moi je dis) et se retrouve comme un gamin (il est amoureux, eh oui) tout en ayant pleinement conscience d'avoir de la bouteille; il continue néanmoins à donner le change, même si intérieurement il morfle grave. Malgré une fin ultra tristounette pour nos deux tourteraux, le petit coup de générique sur la chanson-titre redonne un chtit coup de baume au coeur jamais totalement absent au cours du film. C'est pas un chef-d'oeuvre, juste un bon ptit film sans prétention. Comme Alain Moreau, en chanteur. (Shang - 02/04/07)



