Cruel Gun Story (Kenju zankoku monogatari) (1964) de Takumi Furukawa
Excellent polar nippon chaud bouillant que ce film, plus noir qu'une algue de sushi, sorti encore une fois tout droit des studios de la Nikkatsu. Tout juste libéré de prison, Togawa (excellent Jo Shishido dans le genre "faut pas trop me mettre en pétard") n'a pas fait un pas qu'un ponte d'une organisation mafieuse lui propose déjà le coup du siècle : attaquer un fourgon blindé qui transporte la thune d'une course de chevaux. Togawa fait équipe avec l'un de ses potes et teste ses trois futurs partenaires; les types ont tout l'air d'être de parfaits bras-cassés mais Togawa, après leur avoir mis de grosses pignées (le bruit de ses baffes est super impressionnant mais ne laisse pas "ça" sur la face des gars - à croire que c'est un peu du cinoche quand même), décide tout de même d'en garder deux. Le plan est du gâteau et Louis de Funes, Bourvil et Fernandel, en tueurs, seraient sûrement capables de le réussir. Il y a tout de même un petit coup de mou dans leur plan que tout bon joueur d'échec sentirait grave venir - ne jamais se dire "l'adversaire devrait faire cela et alors on fera ainsi" tant qu'il a le choix : c'est la base. Furukawa nous montre d'ailleurs auparavant la façon dont le plan devrait fonctionner si tout va bien et on sent bien que le jour J, un truc va forcément clocher... Je dis rien, motus, mais c'est surtout après le coup que cela dégénère sa mère : trahison à tous les étages, doubles coups fourrées, on se demande bien qui finira bien par avoir la thune...
Furukawa, en bon élève du genre - noir c'est noir -, insuffle assez de désespoir dans son histoire (on touche littéralement le fond avec la scène dans les égoûts) et suffisamment de tragédie sur le fil pour que le film tienne gaillardement son rang. De la baston, forcément, des pétarades de flingues incontournables - ils tirent comme des billes ces figurants jap -, un héros revenu de tout et un (très) léger soupçon de personnages féminins : la soeur de Togawa qui a perdu, lors d'un accident, l'usage de ses pattes (avec cette thune elle pourrait remarcher comme Jésus sur l'eau) et une gonzesse, employée par les mafieux, pour surveiller le coup qui tombe rapidos dans les bras de notre héros; mais ce dernier est décidément ultra taciturne ("Tu me plais bien ma poule, mais là, un, j'ai po le temps et, deux, j'ai d'autres trucs de prévu dans l'avenir, au revoir") semblant, en dehors de sa soeur, ne tenir qu'à ses deux potes - celui dans le coup et l'ex-copain de sa soeur. Mais le destin est bigrement tortin, l'enfer semblant toujours laisser ses portes grandes ouvertes pour la canaille. Nerveux, efficace et noirissime, très bon polar qui repose tranquillement sur les larges épaules du Jo.



