22 octobre 2011

Le quattro volte (2010) de Michelangelo Frammartino

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Je me suis dit tiens, ça fait longtemps que j'ai pas mâté un film chiant sur des chèvres, pourquoi pas me laisser aller à la tentation pour commencer, tranquillement, ce samedi aprème. Alors attention, même si en effet il y a un sacré nombre de plans avec des chèvres - on est pas floué de ce côté-là -, ce métrage que le gars Frammartino a mis cinq ans à faire est non seulement tout sauf ennuyant mais en plus est diablement réalisé. Plein d'éléments énigmatiques auxquels on pourrait faire à peine attention (comment des escargots enfermés dans une casserole en fonte avec, qui plus est, par dessus une grosse pierre ont pu sortir ?... On pourrait accuser une chèvre, vu qu'il y en a quand même beaucoup mais cela est beaucoup plus finaud... ultra finaud) prennent sens par la suite. Le type un peu passif qui regarderait cela d'un oeil semi-ouvert sans faire gaffe aux moindres détails pourrait passer complètement à côté : Frammartino construit un film comme une véritable toile d'araignée où chaque élément est relié ensemble. Du berger à la chèvre, de la chèvre à l'arbre, de l'arbre au charbon, puis du charbon à la cheminée des baraques de ce village, tout est subtilement enchaîné et convoque (au fil des quatre saisons ce me semble - un cycle quoi) une foule d'"éléments" qui reviennent comme des leitmotiv et qui finissent toujours par avoir une véritable signification, par prendre place dans le fil du récit (la pierre, la poudre de l'église - le médicament du vieux - enveloppé dans un magazine, les fourmis, le chien, les croix, le camion qui transporte le charbon...).

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Ingéniosité indubitable du scénario, beauté indiscutable de ces plans sur la nature ou sur le village mais également, attention, accrochez votre ceinture, the cerise on the gateau, un plan-séquence de folaille qui va faire date en cette décennie voire en ce siècle (je pèse mes mots, les enfants). La caméra est plantée sur un toit et offre, à sa droite, une vue sur la maison du vieux berger et sur son enclos de chèvre (un plan que l'on a déjà vu auparavant) et, à sa gauche (après un petit pannotement à 180 degrés), une vue sur une pauvre route avec au fond une colline où se trouve deux croix - sûrement difficiles à voir si vous mâtez le film sur un i-pod mais qu'est ce que vous voulez que je vous dise... Personnage principal : un chien (de loin le meilleur acteur du film, le film aurait été à Venise, il remportait le prix d'interprétation sans discussion possible) ; événement central : une procession qui transporte la croix du Christ ; éléments collatéraux : un camion, une pierre et toujours ces connasses de chèvres : on se demande au départ ce qui se trame vraiment, simplement halluciné par ce plan qui dure des plombes, ce chien qui fait chier son monde, et cette caméra qui pannote apparemment pour le fun... Et puis plusieurs événements provoqués pas le chien ont lieu et au delà du brio absolu de la mise en scène, on commence par se creuser la tête sur le sens du bazar... Tout s'éclaire comme par enchantement par la suite et on se dit que le gars Frammartino vient de frapper un grand grand coup. Pour preuve, c'est la première fois que je vois un type "mourir en direct" et que je me demande si c'est vraiment du cinoche (ah ouais, c'est pour ça que le tournage a duré cinq ans, fallait attendre qu'il meurt... mais nan bêta...).

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Si ce nouveau Michelangelo du cinéma italien nous cueille avec ce plan séquence absolument admirable (faut le voir pour le croire, j'en dis pas plus - et là encore tout prend une résonnance particulière : qui dit "croix" sur ma droite dit "----" sur ma gauche... Faut le voir j'ai dit), le reste du film est tout autant passionnant ; ce petit village dans lequel, a priori, il ne se passe rien a encore quelques sursauts d'activité (la fête du village - simplette -, le découpage de l'arbre, la fabrication du charbon...)... Même si le dernier - et quatrième - fondu sur ce village, juste avant le générique de fin, n'est guère rassurant - à chaque fondu, jusque-là, une mort (ou quasiment avec le chevreau...) -, on se dit que la caméra de Frammartino est, elle, parvenue à capter tout le côté absolument passionnant - et pas forcément spectaculaire, bien au contraire, c'est là aussi tout l'intérêt - de cette petit vie de village. Encore faut-il être suffisamment attentif pour la décrypter et la comprendre... On ferait bien, pour la peine, en étant chafouin, un petit parallèle sur le cinéma et les attentes des "spectateurs"... (oui bon ça va, je sais que cela fait des années qu'on dit que le cinéma "d'art et essai" est mort ou pousse son dernier râle et finalement que nenni... Ouais mais attendez, vous rirez moins un jour...). Mais basta. Frammartino, quoiqu'il en soit, porte haut le flambeau d'un cinéma intelligent et flamboyant et il faudrait être bête (ou chèvre) pour s'en priver.

Posté par Shangols à 12:20 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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