11 avril 2011

A single Man (2010) de Tom Ford

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Comment s'étonner d'assister à un film aussi stylisé quand le réalisateur est lui même styliste ? De la tache d'encre, laissée à la commissure des lèvres par un stylo qui fuit, aux mini péristyles se trouvant dans la cage d'un scorpion répondant au doux nom de Ben-Hur, on sent bien à quel point Ford tend à vouloir maîtriser chaque plan, chaque détail, chaque accessoire. Le soin extrême apporté aux lumières, au couleurs qui s'estompent ou se "réchauffent" soudainement, la maniaquerie du personnage principal - le soin avec lequel il laisse en ordre ses affaires en prévision de sa mort -, la beauté insolente de chacun des protagonistes qui semblent s'être échappés d'une pub pour les besoins du film, la façon dont tout semble prévu au millimètre - tu claques des doigts, le feu s'allume dans la cheminée -, (...) tout cela pourrait finir par donner un côté à la fois factice et un poil énervant dans ce petit monde, à ce point ordonné, qu'il en devient anxiogène... Et pourtant, et pourtant, dans cet univers où l'émotion semble presque être bannie - mais rien de bien surprenant quand le personnage semble justement avoir fait le deuil de ses affects -, le film finit par nous cueillir "à froid" ou, plutôt, alors qu'on était "tiède" : le jeu de Colin Firth est pour beaucoup dans cette intensité qui parvient malgré tout à se dégager du film, et puis il y a surtout ce final qui constitue un parfait point d'orgue au film : tout était jusque-là méchamment prévisible, comme écrit avec de bien jolis caractères à l'avance, quand... Chouette fin, rien à dire, qui boucle magnifiquement la boucle de cette journée particulière.

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Colin Firth a perdu goût à la vie depuis la mort de son compagnon qui a partagé sa vie pendant 16 ans. Ce jour-là, il se lève, comme d'habitude, mais décide de changer de braquet : il s'est persuadé que c'est une bonne journée pour mourir et va programmer dans les moindres détails sa disparition. Forcément, il y aura des rencontres, certaines prévues (avec son éternelle "bonne amie", Julianne Moore), d'autres de hasard (un jeune playboy espagnol, un chien de la même race que les deux qui sont morts dans l'accident de son compagnon - séquence d'une troublante tendresse canine... -, la petite fille lewiscarrollienne de sa voisine ou encore un étudiant têtu - ange-gardien ou ange de la mort ?), tout un monde de tentations (pas pu m'empêcher en passant de penser à la première partie de Eyes Wide Shut) pour le délivrer de son mal de vivre... Malheureusement  les flash-backs sur son bonheur passé et perdu viennent constamment lui rappeler que l'essentiel a disparu et que sa vie est dorénavant bien vaine... Mais il y a toujours une petite note d'esp... Mais ne dévoilons rien de cette partition où chaque mesure est soigneusement calibrée. Esthétiquement, le film de Ford tourne parfois un peu à la démonstration, tant les images sont par trop léchées - son univers très feutré (on est au début des années 60) n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui d'un Mad Men en dix fois plus maniéré - mais il est indéniable que cette petite mécanique - même si, en admirateur de la Nouvelle Vague, j'ai l'impression de me tirer une balle dans le pied - réussit sur le fil à séduire par son jusqu'au boutisme, cette absence totale de relâchement dans la mise en scène. C'est un objet un peu trop poli, certes, mais les premiers pas de Ford sur le podium du septième art demeurent un joli coup d'essai. A single trip.   (Shang - 29/06/10)

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Complètement d'accord avec mon camarade : on pourrait s'attendre à un film trop beau pour être honnête (et je ne savais pas que Beineix avait eu des descendants) ; or tout est juste et touchant dans ce portrait d'homme seul, et l'esthétique sur-sophistiquée sert d'ailleurs magnifiquement le sujet. On pourrait croire que Wong Kar-Wai n'est pas mort, tant la stylisation se met au service du sujet, tan chaque plan, aussi clinquant soit-il, semble pesé justement pour développer l'émotion. WKW est omniprésent, de fait : musique violoneuse bouleversante et lancinante, plans complexes qui forment des inserts au sein des scènes (beaucoup aimé, notamment, ces nombreux changements de cadres incessants qui viennent redéfinir un espace en quelques secondes, le prolonger ou le resserrer, tout en restant dans le "déroulé" de la scène... mmmm, difficile à expliquer, mais regardez simplement la première scène, cet accident de voiture pris sous une dizaine d'angles différents : ils donnent une rythmique très étrange à la séquence), et cette façon de tout miser sur l'émotion pure en se servant des seuls outils esthétiques pour la développer. Contrairement à tous les petits élèves de Wong, Ford se montre à la hauteur : son film n'a pas à rougir face à la mélancolie ravageuse de son maître.

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Il y a là-dedans une foule de moments de grâce, dus, comme le remarquait Shang, à la justesse de Colin Firth, mais aussi à une finesse d'écriture remarquable. Franchement, Ford n'est pas si loin d'un Raymond Carver quand il décrit la relation de tendresse entre le héros et sa vieille amie-amante (Julianne Moore, qui assume son âge avec simplicité), ou quand il montre le quotidien de ce petit prof légèrement raté, que ses élèves n'écoutent plus, que les garçons ne regardent plus et qui perd la seule personne qui l'aimait. Une douce description des petits riens qui font qu'on a envie de quitter la vie, sans drame : la scène du chien, relevée par mon camarade, est un exemple d'écriture à l'américaine, une anecdote faussement banale qui dit énormément de choses en quelques gestes et quelques mots. Le film est d'une grande pudeur sous ses aspects dorés , et sait raconter la dépression sans aucune démonstration. Je ne vois personnellement aucune réserve à apporter là-dedans, y compris dans la stylisation : quand elle est utile, comme c'est le cas ici, elle ne fait que donner un plaisir supplémentaire aux mirettes, et dope la grande sensibilité de ce film impeccable. Touché, oui.  (Gols - 11/04/11)

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Posté par Shangols à 22:53 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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