La Fille de Monaco d'Anne Fontaine - 2008
Mouaif... Je veux pas jouer les Shang, mais je me demande si la seule qualité de La Fille de Monaco n'est pas la plastique tout à fait avenante de Louise Bourgoin. Non, parce que pour tout le reste, on est quand même dans le minimum syndical. Fontaine se la joue Chabrol à mort, dans un scénar qui rappelle l'horrible La Fille coupée en deux : un vieux beau cultivé et raffiné tombe sous l'emprise d'une bimbo légère et sans scrupule (ici aussi présentatrice de météo, à croire que c'est l'archétype de la fille conne), jusqu'à l'obsession. Elle rajoute un personnage un peu plus intéressant, un mutique garde du corps à la machoire serrée, et le tour est joué : on a une comédie de moeurs sociale légèrement acerbe, sur fond de conflit de générations, de déracinement, de folie érotique, de duels d'acteurs et de dialogues croustillants.
Sauf que si Fontaine a les qualités d'un Chabrol (quelques inspirations hitchcockiennes, une critique ironique des rapports sociaux), elle en a surtout tous les défauts : les personnages sont sans arrêt too much,
chacun de leurs sentiments étant soulignés avec application par la réalisatrice. Ca va, on n'est pas forcément tous des crétins, et on peut aussi lire le sous-texte, on peut aussi accepter la subtilité ; mais non, Fontaine est persuadée qu'il faut tout nous expliquer à grand renfort de jeu outré et de scènes redondantes, des fois qu'on comprendrait pas la profondeur du scénario. A ce petit jeu, Luchini excelle bien sûr, singe savant qui reproduit à l'infini ses mimiques éternelles (l'ahuri, le petit malin, le joyeux, etc.) Heureusement que Roschdy Zem est là, qui joue presque contre le film en le chargeant d'une élégance et d'une classe qui manquent complètement à la mise en scène. Quant à Bourgoin, dont les qualités esthétiques ont déjà été citées plus haut, elle est assez étrange : on ne sait pas trop si elle joue avec distance (avec cynisme, pourrait-on dire), ou si elle est juste mauvaise dès qu'il s'agit de sortir une ligne de dialogue. Il faut dire qu'être distribuée en simple potiche sans aucun enjeu à défendre ne doit pas l'aider à travailler un quelconque personnage. Quant à la réalisation, c'est un mot qui semble absent du cahier des charges de Fontaine : le film est terne, bling-bling dans ses décors, ennuyeux la plupart du temps.
Si vous êtes en forme, vous appelerez ça "une bulle de champagne rafraîchissante" ; si vous ne l'êtes pas, vous appelerez ça "une petite daube innocente". Du Chabrol, je vous dis. (Gols 11/09/08)
Indigent, indigeste, indigne - je me contente moi aussi du minimum syndical, tant le film m'a tout bonnement consterné. Pauvre Roschdy Zem qui mérite définitivement mieux... (Shang 05/04/09)
Augustin de Anne Fontaine - 1995
Parfois, trop de modestie peut nuire, et c'est le cas avec ce premier film de Anne Fontaine, qui n'est quand même pas grand-chose. Augustin est une sorte de Pee-Wee français, petit employé de bureau bègue et timide, mais convaincu de son talent et qui se rêve acteur de cinéma. Fontaine le suit dans ses castings, ses préparations de rôle, ses rapports avec les autres, et dresse un mignon portrait d'un être inadapté et impossible. C'est gentil comme tout, ça mange peu de pain, c'est plutôt agréable, mais ça reste vraiment dans le domaine de la minuscule chose oubliable. Quelques bonnes idées cependant : les acteurs improvisent visiblement, et comme Jean-Chrétien Sibertin-
Blanc, qui joue Augustin, est plutôt bon là-dedans, les autres comédiens semblent véritablement gênés par ce personnage décalé. La scène d'audition avec Thierry Lhermitte marque vraiment des points : celui-ci est embarrassé dans son jeu, poussé dans ses retranchements, au final assez mauvais mais plein de vérité. En opposant ce savoir-faire professionnel à l'amateurisme explosif d'Augustin, Fontaine filme de belles scènes d'embarras. L'employée d'hôtel chinoise, le client anglais, la collègue de bureau, tous seront déclarés perdants face à l'originalité d'Augustin. Les scènes vont jusqu'au bout, laissant l'acteur devenir vraiment dérangeant, voire dangereux.
Fontaine tente aussi souvent de se débarrasser des pures séquences de situations dialoguées pour inscrire son personnage dans l'espace de la ville, mais pour le coup elle échoue à transformer le décalage verbal d'Augustin en termes physiques. Sibertin-Blanc n'est pas Tati, et malgré ses efforts évidents, son corps est un peu inexistant (ratage total de la scène finale où on le voit courir après des lapins dans un champ. Augustin n'est finalement qu'un petit essai rigolo, mais léger comme une bulle de savon, et qui ne restera pas dans les annales.
Entre ses mains (2005) d'Anne Fontaine
Très beau duo d'acteurs, Isabelle Carré, comme toujours parfaite - fragile, volontaire et... amoureuse - et le gars Poelvoorde aussi à l'aise en Claude François, en coureur cycliste ou en vétérinaire (et serial Killer?...). Une première heure très agréable pendant laquelle Anne Fontain
e parvient à installer peu à peu l'alchimie entre ses deux personnages, essayant de jouer sur l'ambiguïté du personnage de Poelvoorde et du même coup dans celle de leur relation... Et pis patatra, on tombe dans Basic Instinct 3 quand le ressort de l'histoire se casse en même temps que l'intérêt du spectateur... Vraiment dommage car les premières scènes filmées au plus près des acteurs pouvaient laisser entrevoir beaucoup mieux.
