11 février 2012

Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes (The Girl with the Dragon Tattoo) (2012) de David Fincher

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Bien, j'ai vu le dernier Fincher. L'histoire d'un gars journaliste (Daniel Craig, très bien en "anti-James Bond" : le type est plutôt du genre à cogiter et quand il y a de l'action, il est plus du genre à morfler sa mère qu'à donner les coups) qui perd un procès contre un type à la tête d'une grande entreprise (défaite morale et financière) et qui va être engagé par un vieux monsieur pour tenter de résoudre d'anciennes histoires de famille (une jeune fille du clan a étrangement disparu, il y a une quarantaine d'années). Bon, le générique, comme me l'avait promis l'ami B*****n, est toujours aussi léché, mais une fois cette petite gâterie passée, il faut bien reconnaître que pendant la bonne première moitié du film, on ne voit absolument point où Fincher veut en venir... Craig enquête, super, rencontre les membres de la famille, et ? Je me suis levé, j'ai pris une tablette de chocolat pour m'attaquer à la seconde partie. Cela s'éclaircit un tantinet puisqu'il est question d'un tueur en série qui semble passablement influencé par la Bible : on est bien en territoire fincherien avec cette mystérieuse énigme à résoudre, hum, hum (cela n'est pas forcément plus passionnant en soi, mais on sait au moins ce qu'on cherche) ; mais la chose, sûrement, qui donne un peu plus d'intérêt à la chose, c'est l'alliance entre Craig et cette bizarroïde investigatrice (Rooney Mara, plus piercée qu'un type en pleine séance d'acupuncture) : deux générations, deux styles, deux façons de travailler (tu prêtes ton ordi à Rooney, elle peut te dire la première fois que tu t'es rongé les ongles : une bête de l'informatique, je te dis po) mais, attention, ils vont quand même baiser ensemble - ce qui n'était pas gagné d'avance, reconnaissons-le. Parce qu'un truc de vachement fort se passe entre eux, l'art du boulot bien fait ou quelque chose comme ça. On se réjouit franchement de cette union un peu contre-nature et on se dit que ce curieux attelage va bien finir par résoudre l'énigme - on sait qu'on est chez Fincher et qu'il faudra peut-être se taper en route deux trois scènes de torture pour la bonne bouche (il donne en tout cas envie de s'initier au golf) mais on tient le bon bout. Comme il reste encore une bonne vingtaine de minutes de film et qu'on a plus de chocolat, on se demande ce qu'il va nous servir une fois que tout est plié : ah, va pour le ptit twist final dont on aurait très bien pu se passer. Chacun reprend sa route et sa guitare mais l'union entre Dany et Rony pouvait-elle survivre à l'enquête ? (ce n'est pas non plus une question cruciale). Du Fincher quoi, avec du sexe, des tatouages, de la violence trash et une atmosphère planante où le doute règne... (Attention super méga spoiler : "je sentais bien que les types nazi, dans l'histoire, étaient du côté des méchants - aaaah shut up ! - sorry"). Bon, je vais pas non plus me forcer à être fan, nan, hein, voilà... 

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06 décembre 2010

The Social Network de David Fincher - 2010

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On a essayé de nous faire croire qu'Howard Hawks était mort ; il en reste pourtant de bien beaux morceaux dans ce superbe film de Fincher, qui décidément est devenu bien intéressant depuis quelques temps. Prenant comme base un prétexte (dresser soi-disant l'histoire de l'invention de Facebook), il réalise une fresque très ambitieuse assez proche d'une tragédie grecque, dans un écrin classique hyper-class : amitiés, trahisons, ascension, soif de pouvoir, déchirement de l'enfance... tous les ingrédients sont là pour donner un solide objet, et effectivement on l'obtient.

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Hawks, oui, dans cette description d'un groupe soudé par l'amitié qui va exploser sous les coups de sonde du pouvoir ; mais aussi Welles, puisqu'on pense souvent à Citizen Kane dans ce portrait du personnage principal. Comme Kane, Mark Zukerberg est un homme arrivé trop vite au sommet, et comme lui, c'est avant tout un être dont la solitude et l'inadaptation sociale ont fait tout le génie. La grande idée du film, c'est d'insister sur le socle sentimental qui préside à la création de Facebook : le plus grand réseau social du monde a été créé par frustration sentimentale, par un geek qui supportait mal une rupture amoureuse. Le monde de Zukerberg, désintéressé par l'argent, n'est mû que par cela : retrouver la femme aimée, lui prouver qu'il n'est pas un "connard" comme elle le lui dit à la première scène, tenter de créer le plus grand réseau "d'amis" pour ne retrouver qu'un seul être. C'est superbe, et ça donne lieu à quelques scènes absolument bouleversantes comme ce plan final, où Zukerberg tape inlassablement sur F5 pour renouveler son écran et vérifier si la belle lui laisse un message. Comme Kane dans son Xanadu, Zukerberg a érigé un empire pour y enfouir son amour perdu, son enfance, son innocence. L'acteur (Jesse Eisenberg) est formidable, parvenant à jouer les sombres connards fiers d'eux-mêmes tout en suggérant cette fêlure première : il a tout, sauf l'essentiel.

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On voit la part de romantisme contenue dans cette idée. Et romantique, le film l'est, malgré son apparence chicosse et glacée. Les lumières, les décors, tout est clinquant et froid dans ce film, puisqu'on y voit décrits l'univers superficiel des étudiants bourgeois d'aujourd'hui, leurs fêtes, leurs clans fermés, leur fascination pour le fric. La flamme cachée de Zukerberg prend encore plus de beauté dans cet écrin sophistiqué : tout est en toc, sauf les sentiments, bien réels ceux-là. L'amour, donc, mais aussi et surtout l'amitié, la fraternité : tout se résume finalement à la trahison de l'ami d'enfance (Andrew Garfield, bouleversant dans son désir effréné de rester sincère), et du coup au reniement de son enfance. Zukerberg, en s'enfonçant dans l'âge adulte, rejette sans le vouloir, par réflexe, par manque de réflexion, tout ce qui faisait la beauté de son adolescence, à commencer par sa bande de potes, qu'il sacrifie au profit du premier parvenu qui passe (Justin Timberlake, magistral). Dans la scène où l'ami comprend qu'il s'est fait entuber, où il saisit que tout son monde s'est écroulé, on pense à la fin de White Heat de Walsh, pas moins. Les personnages sont forts, les situations encore plus ; quant aux dialogues, ça faisait bien longtemps qu'on n'avait pas entendu une langue si sophistiquée, si brillante. L'écriture est très incisive, drôle ; c'est un gars qui vient de la série télé qui a fait ça, ce qui prouve la bonne santé d'icelle. Bref, je n'ai franchement que du bon à dire de The Social Network, qui fait du classicisme un outil pour mieux comprendre le monde moderne. Je l'ajoute comme ami. (Gols 23/11/10)


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Ce qu'il y a en effet de plus impressionnant, c'est la façon dont ces dialogues s'enchaînent à toute blinde, à tel point que j'ai commencé à me demander si je n'allais pas passer plus de temps à lire ce film qu'à le regarder... A ce petit jeu-là, reconnaissons que Jesse Eisenberg fait preuve d'un (haut) débit de mitraillette proprement hallucinant - et je ne parle même pas de sa façon de taper sur son clavier, il m'a rappelé Chopin - toute proprotion gardée, hein. Zukerberg se voit donc, en début et en toute fin, traité de "trou du cul" (si je puis me permettre de traduire littéralement), un trou de cul dans lequel vont tout même s'engouffrer 500 millions de personnes, ce qui n'est pas rien. Lourdé par sa copine, à la recherche de "connexions" pour pouvoir pénétrer dans les lieux les plus réputés, il va créer, le bougre, le plus gros réseau social, pour finir... par se retrouver tout seul. Le type perdant en route son meilleur pote, on voit facilement toute l'ironie de la chose. A trop vouloir "surfer" sur un succès qui ne tarde point à le dépasser, notre Zukerberg se retrouve avec un vague à l'âme terrible qui en dit long sur, finalement, l'intérêt et le bien fondé de toute "l'entreprise" - ah ouais, le type est richissime mais le pire, c'est que cela ne lui fait apparemment ni chaud ni froid. Fincher n'est pas un manche pour monter son film à vitesse grand V, multipliant flashs-forward et flashs-back avec maestria : le tout défile en un clin d'oeil, pour ne pas dire en un clic, et on serait franchement mal avisé de critiquer cette adéquation du fond et de la forme ; l'oeuvre parvient ainsi à illustrer toute la complexité et la rapidité de ces temps modernes où la technique prend le pas sur les émotions : c'est basique, mais plus simpliste à dire qu'à faire, et Fincher s'en sort, in situ, avec les honneurs. Alors bon - sans bémol, on ne serait plus ce qu'on est... -, c'est vrai qu'au final on a surtout l'impression d'assister à une oeuvre "en streaming", parfaitement maîtrisée sans être capable "d'enregistrer" les réelles aspérités ou la profondeur des personnages - en un mot, on saisit facilement "leur profil", leur moteur (de recherche), sans pénétrer plus en avant leur psychologie... Cela sert certes le propos du film, mais c'est aussi sa limite - ben ouais, comme Facebook, justement - auquel je ne suis point inscrit. Ceci étant dit, on va po refaire le film... (Shang 06/12/10)

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22 mars 2009

L'Etrange Histoire de Benjamin Button (The Curious Case of Benjamin Button) de David Fincher - 2009

19012306_w434_h_q80Fincher est pris en flagrant délit de fausse bonne idée avec ce film clicheteux et finalement bien normatif. Alors qu'il croit avoir déniché le sujet en or (un homme vit sa vie à l'envers, vieux à sa naissance, bébé à sa mort), on se rend vite compte que cette idée ne mène strictement à rien : on assiste tout bêtement à une histoire d'amour tout ce qu'il y a de banal. Rencontre, séparation, retrouvailles, amour impossible puis mort, c'est le cursus normal. L'erreur du script réside dans le fait que Benjamin Button ne rajeunit que physiquement : moralement, il vit la vie d'un homme comme les autres. Seule son enveloppe corporel témoigne de l'étrangeté de son cas. Ainsi, les trois temps de la vie sont finalement rangés dans le bon ordre : enfance, age adulte et vieillesse, avec ce que chaque âge apporte de métamorphoses physiques.

Fincher, lui, est persuadé que son scénario est prodigieux. Il tente donc de réaliser son Titanic à lui, grâce à des images chromo venues directement d'Epinal, grâce à une esthétique sur-romantique qui apparaît du coup 19016596_w434_h_q80plaquée contre son gré sur ce sujet sans intérêt, grâce à une "glamourisation" excessive de ses acteurs. Il aurait pu trouver quelque chose dans le corps de Brad Pitt, le film aurait pu prendre de l'intérêt dans l'enregistrement du corps d'une légende, depuis son âge actuel jusqu'à sa période de starisation. Et c'est vrai que dans sa partie centrale, The Curious Case of Benjamin Button parvient à troubler un peu son jeu. Le plaisir vient de ce que, dans ce corps qui rajeunit, on décèle petit à petit les traits de Pitt, et qu'on ne sait plus trop quand il est vieilli ou quand il est rajeuni. Comme une statue qui sortirait d'un magma de pierre, dirais-je pour faire le malin. Cet exercice est bien troublant, et Pitt semblait bien être l'icône idéale pour incarner cette métamorphose (on aurait bien vu Cruise aussi, mais il est moins bon acteur : Pitt est dans l'ensemble très convaincant). Jolies séquences, notamment, entre Pitt "au milieu" de sa transformation et une femme vieillissante qui le rejoint chaque nuit : là, on touche enfin à un sujet, celui de l'aspect éphémère de l'amour et de la tristesse de la perte.

A part cet agréa19012307_w434_h_q80ble petit jeu, le film déroule une trame très convenue et très polissée. Fincher, frileux, refuse obstinément de se coltiner à la seule bonne piste qu'aurait pu donner son sujet : celle de la chair et des corps. On aurait aimé qu'il montre plus frontalement ces deux corps inadaptés (celui vieux de Button et celui adolescent de Winslet au début, puis l'inverse sur la fin). Mais les scènes de sexe sont soigneusement cachées, par peur de la censure sûrement, et on n'assiste jamais à ces plans dérangeants tant espérés. Pour combler le manque d'enjeu (mais était-il nécessaire de prendre 2h45 pour filmer une aussi classique histoire ?), Fincher remplit avec des scènes complètement déconnectées du reste (une bataille pendant la guerre, une foule de personnages inutiles), creusant sans profondeur dans sa thématique de la métamorphose (un marin tatoué, un père plus jeune que son fils, une femme qui meurt à l'hôpital), et multipliant les clichés. Winslet, en danseuse, est énervante en diable, surtout dans cette scène sucrée et infâme où elle danse au clair de lune devant Pitt médusé : c'est sûrement romantique, c'est sûrement une allusion à Fitzgerald (à l'origine du scénario), mais c'est surtout ridicule de poses. Le film est vraiment raté, déjà vu dans son esthétique (Titanic, donc, qui a eu le mérite d'arriver avant) et sans enjeu. Fincher n'a pour l'instant fait qu'un seul bon film (Zodiac).

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10 janvier 2009

Alien 3 de David Fincher - 1992

alien3specialedition570qj7Je sais bien que les aficionados de la première heure vont hurler, mais pour moi cet opus 3 de la saga est nettement au-dessus des deux précédents. Autant Scott et Cameron échouaient totalement à inventer un univers et une esthétique qui ne soient pas des copies d'autres films, autant Fincher (contre toute attente) parvient à imposer un vrai style dans cette commande ultra-cadrée. Bien sûr, ça reste du gros film qui tâche, avec acteurs inregardables, musique tonitruante et évènements prévus 3 heures à l'avance, mais le fait est que Alien 3 est doté d'une atmosphère et d'un caractère assez personnels.

La fameuse bête est d'ailleurs bottée en touche tout au long du film. Elle est bien là, décimant sagement la distribution, c'est obligatoire ; mais ce n'est pas le sujet qui intéresse le plus Fincher. Il est plus préoccupé par l'univers original où prend place cette trame usée : un pénitentier perdu dans l'espace, où les hommes n'ont pas vu de femme depuis des années et se sont repliés sur la foi et la solidarité communautariste. Dans ce monde masculin et abandonné de tous, Ripley atterrit ballotement avec sa navette pourrie,untitled accompagnée de l'alien tout en dents. Les rapports entre la femme (qui n'en est plus vraiment une, après deux épisodes couillus) et ces hommes rejetés construisent un scénario plutôt intéressant. Weaver, à qui on attribue enfin de la place pour jouer, est vraiment bien, brisée par ses aventures, devenue aussi monstrueuse que le monstre (elle est d'ailleurs enceinte de l'alien), abandonnant toute féminité au fur et à mesure de ses combats. Elle joue avec pas mal de profondeur cette femme-paria, et son personnage est toujours filmé comme "autre", comme si c'était elle l'alien. Belle idée, pas révolutionnaire non plus, mais qui apporte une petite touche un peu intelligente à une série qui en est dépourvue.

La mise en scène de Fincher obéit tranquillement aux codes du genre, mais ce film-là est beaucoup plus lisible que les autres, le gars ne faisant pas dans la surenchère d'explosions et de cris d'horreur. Il préfère 18809039soigner ses lumières (on voit enfin quelque chose dans un Alien, hosannah), dérouler une intrigue beaucoup plus tenue, et proposer un final très joli (l'héroïne qui se dissout dans un volcan de flammes, comme pour clôre la légende, plans abstraits d'une belle force visuelle). Bon, dit comme ça, on a l'impression que j'ai adoré ça : ce n'est pas le cas, c'est toujours aussi mal joué et mal dialogué, c'est pas passionnant, mais je note quand même qu'on a enfin fait appel à un homme de chair et de sang, et non à une énième machine à fric, pour diriger un Alien.

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18 juillet 2007

Zodiac (2007) de David Fincher

Grand plaisir de voir que David Fincher a plus ou moins laissé tomber ses tics d'ado pour commettre ce film à18760980_w434_h289_q80 l'ancienne, modeste et efficace comme ont pu l'être les Lumet ou Siegel de la grande époque. On n'aurait pas parié très cher, à l'époque de Fight Club, sur l'avenir du garçon ; eh bien le voilà qui fait son retour par la petite porte, qui semble lui convenir beaucoup plus.

Ici, à part une ou deux mauvaises idées dans lesquelles on reconnaît le crâneur d'antan (une tour qui se construit à toute vitesse pour montrer le temps qui passe (naze), ou un une salle de rédaction où les lettres d'un serial-killer envahissent le décor (too much)), on a droit au r18760982_w434_h289_q80écit haletant d'une enquête, qui montre un vague dessinateur du San Francisco Chronicle traquer jusqu'à l'obsession un tueur pas cool. Même s'il ne se passe rien ou presque côté action, Fincher arrive à nous tenir en haleine sur plus de 2h30 par la précision de ses détails, par les multiples rebondissements de son intrigue, et par des personnages tout simples mais joliment dessinés. On finit par marcher dans les traces des enquêteurs avec la même exaltation, d'autant que le réalisateur a la politesse de ne pas nous précéder, de nous traiter d'égal à égal avec ses personnages. On découvre l'histoire en même temps qu'eux, un vrai plaisir, ça s'appelle le18701433_w434_h289_q80 respect, et ça avait tendance à méchament disparaître du cinéma yankee depuis quelques temps.

Côté mise en scène, c'est très class, très sobre en même temps que parfaitement rythmé. On s'attend sans arrêt à voir débouler Robert Redford ou Dustin Hoffman, tant Zodiac rend admirativement hommage aux grands films d'enquête des annes 70, jusqu'à citer textuellement Dirty Harry ou William Friedkin. Porté par des acteurs tout en finesse (surtout Mark Ruffalo, grand acteur école Fonda), par une photo taquine dans son côté démodé, et par un montage serré et "invisible", ce film est indiscutablement, et de loin, le meilleur de son réalisateur, et redonne confiance dans les vertus de la maturité.   (Gols - 25/06/07)


zodiac4L'ami Bibice semble déjà avoir fait le tour de la question: il y a un petit côté Les Hommes du président en sur-vitaminé qui rend le récit relativement haletant -superbe montage- sans jamais tomber dans une facilité de la violence - en dehors de la scène d'ouverture et d'un coup de feu tiré à bout pourtant qui charcle grave; Fincher propose dans la foulée un plan d'ensemble de la même scène comme si lui-même avait pris le parti de prendre du recul par rapport aux effets spectaculaires - et ça fonctionne parfaitement. Finis également les éternels flashes forward ou backward pour emmêler inutilement un récit qui possède son propre moteur - un peu gavé de tous ses films qui brouillent 300 fois les pistes avant une fin qui tombe à plat.

Du côté des acteurs, je ferai pour ma part un petit clin d'oeil à Robert Downey Jr qui même si son personnage tombe une nouvelle fois dans l'alcool ou la drogue est ultra convaincant dans ce rôle de journaliste un peu à la ramasse.

Moins d'éclats, plus de classicisme, comme si la réussite des séries télé aux Etats-Unis poussait les films Hollywoodiens (ceux qui se respectent tout du moins) vers plus de rigueur formelle. C'est pas moi qui vais m'en plaindre.   (Shang - 18/07/07)

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28 août 2006

Fight Club de David Fincher - 1999

044911_ph8Je crois bien avoir raison dans ma haine viscérale de l'esthétique des clips et de la pub : ces deux genres, même s'ils ont rendu les marchands de filtres bleus et jaunes richissimes, ont donné naissance à des films inregardables. Je suis désolé de casser un quasi-mythe : Fight Club est d'une laideur qui n'est pas sans rappeler les bons temps d'Alan Parker, de Ridley Scott ou de Luc Besson, références qui, vous l'avouerez, font moyen sur un cv.

Tout est boursouflé, gonflé au botox, crâneur, artificiel et froid. Quand Fincher veut parler de la société matérialiste, il filme un appartement comme un catalogue de la CAMIF ; quand il veut insinuer un peu d'acide dans ses personages, il fait crâmer la pellicule ; il fait parler des pingouins, fait exploser New-York sur un air des Pixies, filme des scènes de sexe en flou... tout ça sans aucune âme, comme un artificier, pour éblouir le bourgeois. Sa mise044911_ph5 en scène est celle d'un collégien impressionné, d'un lapin pris dans les phares. Désolé, mais je ne suis pas ébloui par les lumières fortes.

Pourtant, tourné par un vrai rockeur, Fight Club aurait pu être très bon. Il est rare de voir un film traiter de l'Anarchie, au sens politique et esthétique du terme. Il y a quelques dialogues vraiment bien écrits, où on sent que Fincher voudrait bien être le punk qu'il a vu lors de sa dernière sortie au concert. Mais la crête ne suffit pas, le costume-cravate du business man se voit encore sous les pin's "No future". Pour aborder le thème de l'anarchie et du chaos, il aurait fallu d'autres recettes que celles fabriquées par un Hollywood capitaliste et vénal. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Fincher passe à côté de son discours politique, et c'est bien dommage. Quant aux acteurs, caricaturaux, cabotins, trop maquillés, ils ne sont pas convaincants.

Deux ou trois bonnes idées de dialogue et de scénar ne réussissent pas à faire de ce film le brûlot qu'on attendait. Il y a plus de provocation dans 3 secondes de Pasolini, de Warhol ou de Ferreri que dans les 2h15 (c'est trèèès long) de ce film de petit malin. La règle n°1 est "Ne parlons plus de Fight Club".

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