Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa - 1993
Un petit tour du côté du cinéma français de qualité, comme dit Télérama, ça ne fait pas forcément du mal. Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel fait partie de ce genre dangereux, et s'en tire plutôt bien. C'est de l'ouvrage bien menée, de l'actrice inspirée, du scénario concerné, du film qui regarde le monde et en retire une morale humaniste tout à fait respectable. On rêve un peu de ce qui aurait pu éclater de ce joli sujet (une femme trahie qui plonge dans la folie douce, et tente de redonner de l'amour à ce monde tordu), en constatant que Ferreira Barbosa se contente souvent de contempler sa comédienne en applaudissant des deux mains. Mais le film se laisse vraiment regarder, et touche même souvent, grâce à la présence de Valeria Bruni-Tedeschi, impeccable une scène sur deux mais impeccable quand même, et à cette bande d'allumés filmée gentiment. Les dialogues sont fins (un "fou" à un "normal" : "Vous verrez, vous vous habituerez vite, mais il faut être au courant de pas mal de choses." L'autre : "Ah
non non, mais moi je suis juste de passage." Le premier : "Mais vous savez, les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel. Je disais ça en général."), et l'ensemble assez subtil. Rien à reprocher donc, si ce n'est que le film a beaucoup vieilli dans ses choix, si bien qu'on tombe souvent dans le cliché de ce cinéma d'acteurs qui mit en rogne tant de cinéastes dans les années 50. La mise en scène se veut modeste, mais du coup est plate ; la comédienne agace un brin par tant de construction ; le personnage finit par être lourd, et perd notre sympathie ; et ce regard plein de bonté sur le monde contemporain devient forcé, trop volontairement déclaré pour être crédible. A force de décalage, Ferreira Barbosa finit par pondre exactement les plans qu'on attend, et les comportements de ses personnages déclaftés ne surprennent plus. Finalement, on a la gênante sensation de faire partie de ce petit cercle de gens-de-gauche-cultivés-capables-de-regarder-la-différence-avec-des-yeux-pleins-de-tendresse, et on s'en veut. Un film dépassé, qui reste plaisant. C'est tout ce que je peux vous dire.
