07 novembre 2006

Blood on Wolf Mountain (Lang shan die xue ji) (1936) de Mu Fei

CHINAjiang_1_Tourné dans le Gévaudan chinois, ce film met en scène des loups qui attaquent - tourné en 36, vous êtes vraiment de mauvaise foi si vous y voyez une métaphore. Pour les vaincre, les anciennes croyances et les anciennes peurs ne servent à rien: il faut s'unir. Loup y es-tu?

Qui va à la chasse perd la face: quand le héros part sur les traces du loup, celui-ci saute par la fenêtre et va bouffer un bébé - heureusement il sera soutenu dans son combat par Jiang Qing (et oui la quatrième femme de Mao herself - on voit qu'elle a un potentiel de teigne, elle fera interdire le film par la suite); armé de fusils qui datent de Mathusalem, ce village de pêcheurs qui tirent aussi mal que Duclos-Lassalle (faut avoir de la culture pour comprendre) vont partir sur les traces de la Bêeeeeete. Même le vieux sage - qui perd son fils, l'idiot du village, déjà aperçu dans le même rôle dans un autre film (voir une chronique précédente) - finira par se joindre au combat et les loups morfleront (aucune bête ne semble avoir été tué pendant le tournage, le loup semblant plutôt très gentil sur les images). Fei Mu abuse des plans en contre-plongée - le ciel rempli l'écran à foison- , et n'hésite pas même, parfois, sur les plans larges, à ne montrer que les têtes des villageois pour mieux cadrer les arbres. Je fais l'impasse sur le chant de guerre de la chasse au loup (genre aïli-aïlo) que nos amis les petits louveteaux devraient aimer reprendre en choeur. On va dire à voir pour l'aspect "historique" et naturel...

(N'ayant pas trouvé de photo du film, j'ose mettre une photo de Jiang Qing - non contractuelle comme on dit...)

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24 octobre 2006

Printemps dans une petite ville (Xiao cheng zhi chun) (1948) de Mu Fei

springSi le remake de Tian Zhuangzhuang n'a en rien à rougir de la comparaison, il est vrai qu'il y a dans cette version originale un charme, une légéreté mais aussi une noirceur qui a permis au film d'être élu le meilleur film chinois de tous les temps l'an dernier à Hong-Kong.

Oeuvre à la croisée des chemins ou oeuvre d'amour intemporelle? Le problème systématique avec les films chinois c'est qu'on a de cesse de vouloir y trouver un contenu politique, historique ou traditionnel qui gomme tout côté artistique ou sensible. Alors oui, on est en 48, à la croisée des chemins dans l'histoire de la Chine et on pourrait essayer de trouver indéfiniment dansspring_2 ce film des signes de la chape de plomb qui va s'abattre dans les années suivantes - l'un des personnages souffre d'une étrange maladie, un état dépressionnaire dont la Chine aura peut-être beaucoup de mal à sortir, malgré la nouvelle aube qui s'annonce à la fin du film. Une lecture à deux balles à laquelle on pourrait faire dire tout et son contraire, alors autant se dire que le personnage souffre tout bêtement du "coeur" au sens large, et que Printemps dans une petite ville est avant tout un ballet entre 4 personnages dans lequel le passé et le présent, les liens amicaux et amoureux mènent la danse.

Liyan et sa femme Yuwen sont un couple qui va au plus mal dans cette petite ville, mariés depuis 8 ans mais faisant chambre à part depuis 6, la routine ayant pris le pas sur tout (elle n'a que sa broderie et les courses chaque matin en ville pour acheter des légumes - lui  oscille constamment entre la fatigue absolue et l'état grincheux, un cyclothymique avec beaucoup de nuages aurait dit Gillot-Pétré); comme elle l'annonce en voix off (structure que n'a pas reprise Tien), d'une voix qui donne un caractère très nostalgique et presque éthéré au récit, elle n'a pas le courage de mourir et lui n'a pas la force de vivre. La maison éventrée par les bombes et les anciens murs d'enceinte de la ville qui ne sont plus qu'un amas de brique rendent compte de leur éclatement sentimental et de leur désarmement, leur désarroi hold_1_moral. L'arrivée de Zhichen (devenu docteur, il a également beaucoup voyagé avec les forces de résitance chinoises), son ami d'enfance -à lui-, qui se trouve être aussi l'amour de jeunesse -à elle- va forcément bouleverser la donne... Si Tian n'a pratiquement rien changé à la trame, il y avait dans son film une façon lente et belle de filmer ses protagonistes. Chez Fei, l'on a des scènes plus courtes, plus heurtées, plus frontales si on veut, en même temps que des échappées dans la campagne (trop noires chez Tian), scènes souvent muettes d'une liberté Jules-et-jimesque (même la musique semble être du Delerue un moment, mais j'extrapole). Cet ancien amour qui est flagrant entre Yuwen et Zhichen a du mal maintenant à dire son nom, partagée qu'elle est entre les regrets du passé et les quelques fils qui continuent de la relier malgré elle à son mari malade. De la difficulté de faire un deuil amoureux, de la difficulté à vouloir retrouver son passé, de la difficulté à reprendre une histoire après 10 ans, il s'agit de la plus ancienne histoire du monde... La petite soeur de Liyan, Xiu, vient jouer les trouble-fêtes dans ces retrouvailles, puisque rapidement, elle s'attache à Zhichen... Elle a 16 ans, l'âge auquel les Zhichen et Yuwen se sont séparés, elle représente une nouvelle jeunesse chinoise mais aussi s'exprime à travers elle, la duplicité des sentiments de Yuwen-  si Zhichen astroll_1_ tendance à la prendre pour une enfant qu'il initie à des jeux (dont celui de l'amour?), Yuwen n'hésite pas à la jeter dans les bras de Zhichen tout en ayant du mal à cacher sa jalousie - est-elle prête à se sacrifier en revenant à son mari et en laissant Zhichen partir au bras d'une jeunesse éclatante ?... ou à sacrifier son couple en suivant Zhichen.

On est sur la corde raide des sentiments et il ne faut jamais grand-chose pour que le vent soufle d'un côté ou de l'autre, c'est là toute la subtilité de la mise en scène de ce film... Zhichen s'en ira sans trop de bruit en promettant à Xiu de revenir le printemps prochain, Liyan après avoir frôlé la mort se rapproche définitivement de sa femme après le passage de ce docteur... des coeurs. Une histoire éternelle, c'est bien ça.

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