Dans la Vie de Philippe Faucon - 2008
Ne soyez pas rebutés par l'affiche genre BD ou par la bande-annonce bassement commerçante de Dans la Vie : on est bien dans un film de Faucon, très loin des clichés douteux de La Vérité si je mens. Si comédie il y a, c'est dans le sens d'un film lumineux, positif, non dans le gag ; et si choc des cultures il y a, c'est dans le finesse, non dans les gros traits faussement humanistes des productions françaises grand public.
Il y avait de quoi se ramasser méchamment dans cette idée de base : une Algérienne handicapée et juive s'octroie les services d'une aide à domicile pareillement algérienne mais musulmane, et l'amitié va naître de cette situation. On imagine
en frémissant ce que n'importe quel tâcheron en aurait fait. Faucon est un cinéaste intelligent, et il réalise une petite chose chaleureuse, discrètement et gentiment. On n'est pas dans le grand chef-d'oeuvre, ni même dans le film franchement politique. Juste des petits faits quotidiens qui dessinent tranquillement une réunion entre les peuples par-delà le clivages religieux.
Si Dans la Vie manque parfois un peu d'ambition, si Faucon, en abordant la comédie, n'atteint pas la puissance de ses autres films, on passe un moment tout à fait charmant avec ces actrices pleines d'humanité et de beauté, et avec cette historiette mignonne comme tout. D'ailleurs, la rigueur de la
réalisation est bien toujours là, avec ces gros plans amoureux sur les visages, avec ces relations entre les personnages qui se tracent dans la simple utilisation des décors et des champs/contre-champs. Sans bruit, Faucon réussit un film simplissime, avec d'ailleurs l'audace supplémentaire de ne jamais charger son scénario de quelconques évènements forts qui pourraient créer un climax : les relations entre juive et musulmane se passent absolument sans problème, sans crise, sans accidents. Le film sort vite de son sujet assez lourd pour enregistrer tout bonnement la naissance d'une amitié antre deux femmes de tous les jours, c'est tout. On peut vouloir plus, mais on peut ausi se contenter de la tranquille beauté des choses et des êtres. Oubliable, mais frais et attachant.
La Trahison de Philippe Faucon - 2006
Là, on est dans la grande école du cinéma objectif, qui va de Bresson à Dumont, et dans laquelle Faucon s'est souvent illustré. La Trahison est un film absolument dénué de tout effet, alors même que sa trame pouvait entraîner sur les pistes floues de la violence.
Guerre d'Algérie : un jeune lieutenant (parfait acteur, un des seuls vraiment bons, il faut le reconnnaître, ce n'est pas dans sa direction d'acteurs que ce truc convainc le plus) dirige tant bien que mal un régiment, entre moments creux, tours de garde, tortures et dangers cachés. La présence dans sa troupe de quatre Algériens d'origine va troubler sa vision du conflit. La trahison du titre, c'est en même temps celle de ces "infiltrés" à la solde du FLN, et celle d'une démocratie vaine prônée par un De Gaulle bien optimiste.
Sans musique ou presque, en laissant toute l'artillerie lourde au vestiaire, Faucon dresse un portrait d'une guerre secrète, où il est plus question de rapports entre les hommes et de confiance que de combats proprement
dits. Laissant hors-champ les scènes violentes (la torture se limite à des cris lointains, les gars arrivent la plupart du temps après la bataille, quand les corps sont déjà alignés les yeux ouverts dans le sable), le réalisateur fait monter une tension sans tension, et livre quelques signes très discrets de la possible trahison des soldats. C'est justement par son calme, son objectivité, et par la justesse de la distance prise par la caméra que le film atteint son but. Les personnages, fatigués, trop jeunes, pas forcément convaincus de la
tâche qu'ils ont à effectuer, perdus dans ce conflit dont ils ne comprennent pas les codes (Faucon laisse les Algériens s'exprimer en arabe sans les sous-titrer, ce qui augmente le trouble), sont de vrais pantins abandonnés dans le désert. Et c'est sûrement une vision très juste de cette guerre fourbe et sans héros que fut l'Algérie. Un film honnête et droit dans ses bottes.
