02 octobre 2011

Fini de rire (His Kind of Woman) (1951) de John Farrow

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Le titre français peut paraître un poil ridicule (d'autant que c'est l'un des films "noirs" (avec tout de même les guillemets d'usage) les plus drôles qu'il me soit arrivé de voir... et ouais, j'en ai vu quand même po mal) et l'intrigue de ce film (produit par Howard Hugues par sa vedette Jane Russell) bien mince (un homme, mais quel homme puisqu'il s'agit de Robert Mitchum, est censé être utilisé - entendez par là "supprimé" - pour permettre l'entrée sur le territoire américain d'un mafieux (El Raymond Burr), exilé par le gouvernement, qui doit prendre son identité après une ptite opération de chirurgie esthétique (y'a du taff quand même...)) mais ces deux heures passent absolument comme un charme grâce à des acteurs fidèles à leur réputation (le charsime de Mitchum qui s'arrange toujours pour être torse nue dans le dernier tiers du film, le sex appeal de la Russell avec ses robes taillées sur elle et puis, mention spéciale, Vincent Price en "totale roue libre" qui est proprement hilarant) et à des dialogues joliment ciselés où chaque réparti de notre couple phare a des allures de cracking jokes. On sent que Farrow fait durer le plaisir (une multitudes de situations qui ne font en rien évoluer l'intrigue, un final qui devrait durait cinq minutes qui en fait facilement dix fois plus - notamment une simple petite saynète de fusillade dans la jungle qui dure aussi longtemps que The most dangerous Game...) et pour peu qu'on soit dans un bon jour et qu'on ait le temps - un dimanche aprème tout gris et pis vu qu'on m'a tiré mon scotter et que j'ai du mou dans le genou (mais je vous raconte peut-être ma vie), que faire d'autre, c'est ça... -, on aimerait presque que le bazar dure deux petites heures supplémentaires...

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Après une petite intro juste histoire de dire qu'on a réfléchi un poil sur la construction de la trame, on retrouve toute une pléiade d'individus disparates dans un resort mexicain : un petit couple en lune de miel qui semble avoir quelques problèmes d'argent, un étrange joueur d'échecs solitaire aux allures de Cocteau, un pilote d'avion qui joue à l'alcoolo et qui prétend être de la police, un acteur de cinoche entre deux femmes qui aimerait bien tirer (sens premier) avec de vraies balles (Price), le directeur du resort qui fait son cachottier, des hommes achement louches qui surveille de près le Mitchum, un Mitchum, donc, joueur de son état mais sans le sous, et une Russell, chanteuse à ses heures qui traque une meilleure fortune... On voit bien que tout ce petit monde est dans l'attente - que quelque chose se passe enfin pour qu'il puisse quitter cette prison dorée ! - et Farrow de se faire un plaisir de faire patienter son spectateur en multipliant les micro-intrigues : on sait pertinemment que le couple Mitchum/Russell va finir dans les bras l'un de l'autre mais on ne se lasse point de leur petite passe d'arme pour le plaisir de flirter, on sort parfois des flingues longs comme mon bras et on se rudoie un peu mais juste pour jouer avec quelques codes du film noir, on construit des mini-séquences uniquement pour montrer à quel point Mitchum est malin et intègre (il sort de la panade le ptit couple de jeune en s'accordant une unique partie de poker), Russell divine (et une chansonnette pour la route dans une robe de diamants) et Price tordant (jouer dix minutes avec un canard déplumés dans la main entre sa femme et sa maîtresse, il faut le voir pour le croire) ou encore on se lance dans de vachardes scènes dialoguées juste pour le plaisir des mots puisque ce sera toujours Mitchum ou Russell qui auront la réplique la plus spirituelle (Ah si Hollywood pouvait nous rendre ces scénaristes d'antan, snifff).

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Au bout de plus d'une heure, rien a évolué et on s'en fout comme d'une vieille chaussette dépareillée. Quand on passe enfin à l'action, la vraie (Mitchum embarqué par trois hommes armés), c'est en fait, encore une fois, juste pour le fun : Price, après une éternelle fusillade, va littéralement péter un plomb et jouer au (véritable...) héros comme dans ses films ridicules de cape et d'épée (il enquille les répliques shakespeariennes, dirige les policiers mexicains avec grandiloquence et fougue, se retrouve dans des situations absolument absurdes et bouffonnes (en proue d'un navire chargé de flics qui coule un mètre plus loin)) et Mitchum qui aurait vingt-cinq fois l'occasion de se faire descendre de se prendre pour Jack Bauer (jamais mort ni battu) tout en faisant admirer sa plastique... C'est cousu de fil blanc (admettons) mais l'ensemble est tellement bien ficelé et écrit - les dialogues, of course - qu'on ne va point bouder son plaisir. Les grands amateurs de noir grinceront peut-être un peu des dents mais ceux en quête d'un petit plaisir gourmand polaro-comico-romantico en auront pour leur argent. Yeah, this kind of movie...     

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04 mars 2011

Voyage sans Retour (Where Danger lives) (1950) de John Farrow

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Un morceau de choix pour tout bon fan de Robert Mitchum qui va être victime d'une descente aux enfers digne d'un Faust amoureux de la mauvaise personne. Dans la vie, et qui plus est dans les films noirs, il y a les femmes qui préfèrent les roses blanches (Maureen O'Sullivan, infirmière, une patience d'ange, un trésor) et celles qui préfèrent les roses rouges (Faith Domergue, brune volcanique, tu l'embrasses, t'es damné). Le problème c'est qu'on a beau se dire qu'une rose blanche correspond parfaitement à nos attentes, à notre destin, il faut toujours qu'on tente de jouer avec le feu, de s'exciter outre mesure à la vue d'une rose rouge. Et Robert Mitchum n'est pas mieux loti que nous. Docteur travailleur et admiré dans son service, il est appelé un soir pour une ultime opération. Il opère une patiente qui a fait une tentative de suicide et dès son réveil celle-ci le regarde comme son sauveur - elle n'a pas forcément tort. Le hic c'est que le Mitch tombe dans ce regard comme dans un puits sans fond et que, sous la couverture, il n'a point vu les épines de la rose. Comment s'étonner ensuite qu'il s'enfonce de plus en plus dans la vase...

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Mitchum passe quelques soirées idylliques auprès de sa nouvelle conquête - délaissant la chtite Maureen qui ne fait qu'une poignée d'apparitions - et ne parvient pas à se faire à l'idée que celle-ci doit partir pour passer quelques jours avec son vieux père. Elle finit par partir à son rendez-vous et le Mitch de boire comme un trou quelques cocktails noix-de-cocotés - les plus traîtres. Il prend son courage à deux mains, ivre mort, et se rend dans la résidence de sa douce qui reçoit donc la visite de son père. Mitchum a la mèche en pétard, Faith ne sait pas trop où donner de la tête et le pater a un petit rictus aux coins des lèvres qui en dit long... Ambiance trouble. Les deux hommes se mettent à discuter et premier coup de théâtre : ah c'est pas son père, c'est son mari... Elle était jeune, il est pété de thune, l'histoire classique qui ne fait même plus marrer Polnareff. Mitch est écoeuré, quitte la demeure de son pas mal assuré, entend un cri de femme, revient - elle est blessée à l'oreille (si) -, observe le couple qui en vient aux mains, intervient, se prend une pluie de coups sur la tronche et sur le dos avec un pique-feu tenu par le mari, l'aligne d'un coup de poing bien placé, part se mettre de l'eau sur la figure pour reprendre ses esprits, revient : le mari est mort, oups... Il faudrait forcément téléphoner à la police, bien sûr. Le problème c'est qu'à partir de là Robert n'a plus toute sa tête, victime - il peut facilement s'auto-diagnostiquer - d'une commotion cérébrale... Faith prend plus ou moins les choses en main : pour elle, une seule échappatoire est possible, partir pour le Mexique. On sent à de petits signes qui ne trompent point (quand la police commence à les rechercher, elle insiste pour ne pas écouter les nouvelles à la radio) qu'elle cache encore au Robert quelques petits secrets perso. Il est tellement dans les vapes qu'il n'a pas vraiment le temps de faire le point, même ouvrir les yeux est un effort en soi.

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Mitchum est stone pendant tout le film (il pouvait picoler sur le tournage, cela ne pouvait que servir son rôle), le poison Faith dans la tête mais aussi dans le corps puisque peu à peu, suite aux coups reçus, ses membres se paralysent. Descente vers le Mexique et plongée en Enfer qui pourraient sembler un poil convenues s'il n'y avait en route quelques épisodes plutôt farfelus. Alors qu'ils font tout pour passer incognito, un poivrot roulant en sens inverse au milieu d'un bled perdu provoque un accident... Po de bol. Pire, ils se font prendre carrément en otage par les habitants d'un bled encore plus nase à quelques miles de la frontière : eh ouais, c'était la semaine où chacun devait s'habiller en cow-boy et porter une barbe et le Mitch... que nenni. Pour sortir de cet imbroglio absurde, ils finiront par se marier dans ce trou, le mariage le plus triste du siècle. Mitchum est de plus en plus déchiqueté, Faith de plus en plus hystérique, grooooossssee galèreeeeee. "La femme fatale qui me fut fatale", c'est la ritournelle qui doit tourner en boucle dans la pauvre tête de Mitch qui nous gratifie, sur la fin, d'une petite descente d'escalier (bon pour ma thèse) d'anthologie... Faith, no more, c'est clair, mais po sûr que le Robert, qui a gardé malgré tout une once de lucidité, parvienne à s'en sortir indemne... La frontière americano-mexicaine sera la ligne d'arrivée de cette histoire "passionnelle" cauchemardesque. Grande composition du gars Mitch dont la déchéance physique et cérébrale fait peine à voir et quelques petites pointes de causticité (quand le sort s'acharne de façon ridicule...) qui pimentent parfaitement le récit. Ce volume 4 du "Film Noir classic collection" est décidément un must.

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21 février 2010

Le Défilé de la Mort (China) (1943) de John Farrow

Un petit film de propagande pour bien expliquer aux Américains que les Chinois sont leurs amis alors que les Japs sont de sales chiens chaunes. Tourné en 1943, juste après Pearl Harbor, l'action du film se passe, elle, en 1941 et met en scène un Américain couillu qui réside en Chine et qui vend de l'essence aux plus offrants, c'est à dire, bien entendu alors, les Japs. Mais peu à peu, parallèlement à une vague histoire d'amour qui se trame, notre type va ouvrir les yeux (ouah!) et va héroïquement s'allier aux Chinois contre les Japs... C'est cousu de fil blanc et l'on retrouve l'éternel cocktail de ce genre de production : une pincée de franche camaraderie, de l'aventure et de l'action, et un zeste d'amour, donc. Alan Ladd, qui va faire péter le torse musculeux, a pour partenaire la très jolie Loretta Young et même si les deux ne semblent pas du tout sur la même longueur d'onde (le macho rugueux sans principe vs l'idéaliste au regard tendre comme un cuisseau d'agneau), comme le scénar prévoit qu'ils tombent dans les bras l'un de l'autre, ils vont bien finir par s'y coller.

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Ca démarre plutôt bien avec un long plan séquence sur notre ami William Bendix qui parcourt la ville sous les bombes; notre homme tombe sur un pauvre bébé chinois qui chouine tout seul au milieu des ruines et comme notre homme est bon, n'écoutant que son petit coeur qui bat, il le prend sous son aile. Il retrouve son comparse et chef, Alan Ladd, que la mini trouvaille ne fait pas vraiment rire - "débarrasse-toi de ce truc encombrant, un conseil" - et les deux hommes de prendre dans la foulée la route, en direction de Shanghai, alors que les bombes japs coCxOAdETp9WpqdDOntinuent de pleuvoir. Ils y vont pour vendre donc de l'essence, le conflit entre les Japs et les Chinois n'étant po vraiment, pour l'heure, leur problème - un chef chinois les arrêtera sur la route pour leur dire que c'est bien mal ma foi ce qu'ils font, mais Alan restera sourd. William Bendix n'a pu s'empêcher d'emporter dans le convoi son bébé qu'il a rebaptisé Donald Duck - cool - et Alan tire la tronche tout du long. Leurs affaires ne s'arrangent pas lorsque leur camion s'écrase dans une paillote : ils sont pris à parti par la foule avant d'être sauvés par une Loretta qui sort de nulle part : elle calme la situation et demande aux deux hommes de transporter toute une troupe d'étudiantes en direction de Chengdu (au centre de la Chine, voyez, po vraiment la porte à côté de Shanghai...). Alan est sceptique, accepte finalement de les prendre juste sur une portion de route... jusqu'à recevoir l'illumination et devenir un vrai héros chinois (c'est vrai que les Japs qu'ils croisent ont un comportement vraiment limite : ils flinguent des paysans et même notre Donald Duck, froidement, et s'apprêtent à violer une jeune fille avant qu'Alan survienne; ce dernier les tue comme des mouches sans aucune pitié : ouais, les Japs sont des méchants). Plus rigolo, a posteriori, est la volonté de Loretta de sauver ces jeunes étudiantes qui représentent à ses yeux la Chine Nouvelle, la fameuse Chine de demain : Loretta, grande fan de Chang Kaï-Chek, espère bien d'une part que ces jeunes femmes suivront ce leader éclairé et d'autre part, en passant, qu'elles deviendront catholiques. Bon feeling. Le film n'a jamais dû être un must en Chine maoïste, m'est avis...

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Bref, la fin fait enfin parler la poudre, avec un Alan Ladd prêt à tout pour qu'enfin la Liberté triomphe. L'attaque de Pearl Harbor vient d'être lancée, un Jap a la malencontreuse idée de lui annoncer : il se prendra un glissement de terrain sur la tronche pour la peine. Alan mériterait absolument d'avoir sa statue sur le Bund de Shanghai - mais cela est une autre histoire... Bah, c'est une honnête série B vintage avec son lot d'explosions et d'actes courageux. Ladd, à la surprise générale, tombe dans les bras de Loretta qui vient tout juste de filer un râteau à ce pauvre William - on ne sait quelle mouche le pique, celui-là, quand il fait sa déclaration... Comme le disait dans le film l'une des étudiantes chinoises au taquet : "I've seen a lot of American cinema and in everyone I've seen, the men are either kissing somebody or shooting somebody... or both". Le bougresse peut être rassurée, China (le titre français est quand même franchement ridicule...) ne dérogera point à la règle. A replacer dans l'époque, certes, mais mérite tout de même sa petite étoile prise au drapeau chinois.

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18 novembre 2006

La grande Horloge (The Big Clock) (1948) de John Farrow

dvd_bigclock_01_1_Voilà une oeuvre que n'aurait pas désavoué le Hitch et qui vous remonte comme une pendule - un bon vieux film noir assorti d'un suspense haletant.

Pas de bol pour Ray Milland, journaliste et fin limier pour découvrir où se terrent les assassins, qui n'a pas pris de vacances depuis 7 ans. Sa femme - la délicieuse Maureen O'Sullivan - est à deux doigts de la crise de nerfs, mais ce soir, je te promets chérie, rien ne pourra m'empêcher de partir enfin en lune de miel. Et pis forcément dans ces cas-là, il aurait mieux fait de se taire... Non seulement il va louper son train (j'en connais d'autres comme ça qui arrive en retard à l'aéroport, remarquez), il va se saouler la tête avec une blonde et quand il décidera enfin de prendre l'avion pour aller retrouver sa femme, il apprendra en arrivant qu'il est le suspect numéro 1 dans le meurtre d'une mystérieuse blonde (oui, la même forcément). Rentrant illico presto, il se retrouve enquêtant sur lui-même, tentant par tous les moyens de réunir parallèlement les preuves sur le véritable meurtrier: son boss lui-même (excellentissime Charles Laugthon dans un rôle de gros moustachu qui fait immédiatement penser à Michel Simon), gérant bigcloc7_1_d'une immense industrie d'édition. Les deux hommes vont alors jouer au chat et à la souris, l'un bénéficiant de moyens énormes, l'autre d'un réseau d'amis.

Dès le premier plan-séquence de ce film construit en flash-back, on comprend que l'on a pas à faire à du tout venant vue la complexité du mouvement de caméra, l'on est d'entrée de jeu entrainé dans cette petite mécanique aux rouages parfaitement huilées, la pression ne vous lâchant plus. Si les multiples preuves finissent par accabler le pauvre Ray, qui se retrouve cerné au sein même de son immeuble par une foule de témoins desquels il doit se cacher, son sens du timing et l'aide de sa femme parviendront à déjouer ce compte-à-rebours qui le désigne comme le parfait faux-coupable. Grand sens de la mise en scène, des personnages parfaitement en place - sans parler des seconds rôles très réussis et souvent savoureux (dont l'excellent et inquiétant Dan Tobin en homme de main muet), du lourd qui n'a pas pris une ride.

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