Un petit Carrousel de Fête (Körhinta) (1956) de Zoltán Fábri
Voilà un petit film hongrois bien sympathique. Même si le caméraman se la pète un peu - caméra embarquée sur des manèges, plans tournicoti-tournicotant lors de la danse de nos deux héros, gros plan sur les yeux songeurs de la belle, et autres diverses contorsions en tout genre - cela dynamise au final le récit: il est clair qu'un film situé dans la campagne hongroise dans les années 50, c'est pas le genre de trucs qu'on s'attend à voir en prime time sur TF1.
Po de chance pour la chtite Mari: son père qui a quitté la coopérative décide de la marier à un moustachu avec lequel il s'associe pour bosser ("la terre épouse la terre", c'est son slogan au vieux). Mari n'a d'elle d'yeux que pour le séduisant Mate (qui bosse toujours à la coopérative) et ils vont, contre vents et marées, tenter de faire fléchir le vieux. Mari sera à
deux doigts de se prendre un coup de hache dans la tête (ça lui passe à "ça", clair) mais tiendra bon pour partir dans la vie sur de bonnes bases... Le film est relativement enlevé, avec quelques grands moments quand les deux jeunes amoureux flirtouillent lors de la fête ou qu'ils défient tout le village: lors d'un mariage, ils passent des heures à danser ensemble, seuls au monde, faisant fi du qu'en dira-t-on... Après une grosse engueulade entre le père et la fille, la tension vers la fin du film, lorsque le père, la fille, son fiancé et son amoureux sont réunis est ultra-palpable (aussi lourde
que l'atmosphère shanghaienne en été : 50 degrés, 200% d'humidité dans l'air) : on se demande si on va assister à un pugilat, à grands coups de hache (oui, le Hongrois, son truc, on l'aura compris, c'est la hache)... La raison finira par l'emporter comme si une nouvelle ère avait sonné (on y croyait encore à cette époque en Hongrie...).
Une réalisation aussi limpide que les yeux de la Mari qu'elle passe son temps à lever au ciel. Une belle réussite teintée d'un romantisme de la vieille école. (Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils vaincront!)
