Monsters (2010) de Gareth Edwards
Après le film d'aliens en Afrique du Sud (District 9), Edwards tente la même chose à la frontière américano-mexicaine - on ne désespère point de voir bientôt une autre version en Palestine (avec des monstres non halals) ou en Corée du Nord (film à très petit budget, avec des monstres joués par des huîtres non communistes). On pense qu'Edwards ne va pas hésiter pour enfoncer la politique protectionniste ou belligérante des Etats-Unis, mais son film se révèle sur ce sujet bien bien timide : il est certes fait allusion aux attaques des avions américains qui semblent ne faire guère de différence entre ennemis et civils, ou encore au fait que ces pauvres pieuvres géantes, qui n'ont rien demandé à personne, ont tendance à devenir dix fois plus agressives quand on leur lance dans la tronches des bombes chimiques ; le héros, sur la fin, fera également une petite réflexion sur ce mur à la frontière entre les deux pays beaucoup plus impressionnant d'un côté que de l'autre (celui où l'on se sent protégé, forcément). Sorti de là, c'est quand même loin d'être bien folichon, dans le fond. On sent bien, au niveau de la forme, qu'Edwards se plaît à nous montrer ces beaux paysages locaux (le film a été tourné apparemment au Costa-Rica) et des endroits plus roots (genre carnet de voyage du parfait routard) où l'on retrouve partout des traces des combats entre l'Armée américaine et celles des Pieuvres (murs graffés, carcasses d'avions, de tanks, bâtiments à moitié en ruines...) et ce petit côté réaliste au sein même de ce "délire S.F." est relativement bien amené. Bon voilà pour clore sur les bons côtés... Le gros problème c'est que 95% du film se concentre sur "l'idylle" de nos deux jeunes gens (elle est riche et fiancée, il est pauvre et célibataire et franchement dég de la life) qui vont devoir traverser à pied, en bateau, en bagnole une grosse partie de la jongle en territoire infesté : ils s'observent tout du long, rient ensemble, ont les pétoches ensemble, tout cela pour finir par se faire ENFIN un bécot dans une station-service (cherchez po la référence à Demy, nan) après avoir assisté à une danse amoureuse de Pieuvres roses flashy (!) dont on sait pas s'il faut en rire (j'aurais préféré, quitte à en arriver là, à ce que les monstres soient des hippocampes...) ou en pleurer (Jean Painlevé, réveille-toi, ils sont devenus fous...). Personnellement je suis resté totalement effaré devant ce final grandiloquent qui fait pschitt... (l'Américain qui finit par concevoir que l'ennemi peut aussi avoir des sentiments, hip hip hip hourra). En plus, j'ai même pas vraiment eu ma dose de monstres qui foutent les boules et te font cauchemarder pendant des nuits... Disgusted, clear.


